vendredi 21 avril 2017

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre 

Lundi 24 avril 2017
16h-18h
En France: les bibliothèques en Révolution
(1789-années 1830)
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études 

NB: ATTENTION! voir ci-dessous la NOUVELLE ADRESSE DE LA CONFÉRENCE!

Abolition des privilèges (4 août 1789)
S’il est une période qui a très profondément marqué l’histoire des bibliothèques, non seulement en France, mais aussi dans une tout une partie de l’Europe, c’est bien évidemment le temps de la Révolution de 1789.Depuis le premier tiers du XVIIe siècle et la publication par Gabriel Naudé du premier classique de bibliothéconomie,le livre et l’imprimé sont très étroitement articulés avec le processus de construction de la rationalité et avec la catégorie même de progrès.
Les bibliothèques sont le laboratoire du savant, encore plus quand elles deviennent accessibles au public, à Milan et à Rome d’abord, plus tard à Paris (avec la bibliothèque du cardinal Mazarin) et dans un certain nombre de grandes villes européennes. Au XVIIIe siècle, cette fonction prend une dimension plus « politique », cet épithète étant pris au sens le plus large: les bibliothèques, mais aussi les nouveaux cabinets de lecture, s’imposent comme un lieu clé de l’espace public, notamment parce que l’on pourra y prendre connaissance des gazettes et autres périodiques, qu’on y aura parfois à disposition une collection d’usuels, dictionnaires, etc., qu’on y fera sa correspondance et qu’on s’y rencontrera pour discuter…
L’imprimé et les bibliothèques sont désormais théorisés comme les vecteurs d’une occidentalisation qui se s’identifie elle-même au progrès: en 1703, le tsar fonde sa nouvelle capitale de Saint-Pétersbourg, et organise systématiquement, par le biais des livres, le transfert des connaissances modernes vers la Russie. À la veille de la Révolution, le voyageur, médecin et philologue smyrniote Adamantos Koraïs visite Paris, et il admire les possibilités incroyables qu’il y découvre de s’informer et de s’instruire. Dans une lettre du 15 septembre 1788, il décrit ce qui peut s’apparenter à un véritable hub d'échanges et de culture: 
Représentez-vous à l’esprit une ville plus grande que Constantinople, renfermant 800000 habitants, une multitude d’académies diverses, une foule de bibliothèques publiques, toutes les sciences et tous les arts dans la perfection, une foule d’homme savants répandus par toute la ville, sur les places publiques, dans les marchés, dans les cafés où l’on trouve toutes les nouvelles politiques et littéraires, des journaux en allemand, en anglais, en français, en un mot, dans toutes les langues (…). Ajoutez à cela une foule de piétons, une autre foule portée dans des voitures et courant de tous côtés(…), telle est la ville de Paris!
Au même moment, la tête de file de ceux que l’on désignera bientôt comme les «Idéologues», le marquis de Condorcet, théorise lui aussi le rôle du média dans l’histoire. Dans son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, il organise l’histoire de l’humanité en neuf époques successives. L’invention de l’imprimerie par Gutenberg marque la transition de la septième à la huitième époque, et constitue l’agent décisif du progrès et des lumières: 
L’imprimerie multiplie indéfiniment et à peu de frais les exemplaires d’un même ouvrage. (…) Ces copies multipliées se répandant avec une rapidité plus grande, non seulement les faits, les découvertes, acquièrent une publicité plus étendue, mais elles l’acquièrent avec une plus grande promptitude. Les lumières sont devenues l’objet d’un commerce actif, universel... 
Dans cette conjoncture intellectuelle, on comprend que les législateurs de la période révolutionnaire accordent dans le principe toute leur attention au traitement des collections de livres et à leur mise à la disposition du public. Pour autant, les malentendus sont réels, dont le traitement des collections souffrira parfois de manière sensible  et, dans ces événements, le choix d’un bâtiment susceptible d’abriter la bibliothèque prend une dimension tout particulièrement révélatrice.

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a désormais lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (54 boulevard Raspail, 75006 Paris, salle 26, 1er sous-sol).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).



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