lundi 30 décembre 2013

La première reproduction de la bibliothèque de Strasbourg

De l’attention donnée en regardant ceci… ou cela,
et de l'intérêt de cataloguer (avec soin!) les pièces et autres travaux de ville.
Voici une petite plaquette d’une trentaine de pages, qui correspond pleinement au modèle traditionnel des « exercices » de collège et d’université sous l’Ancien Régime -il s’agit en l’occurrence du domaine du droit et de la jurisprudence. La plaquette a été donnée à Strasbourg, par un imprimeur relativement secondaire, en 1626: Repp travaillait apparemment de manière régulière avec les milieux de l’université, et notamment avec les milieux de la Faculté de droit (voir le VD 17, et le répertoire de Christoph Reske).
Le feuillet initial est très élégamment mis en page, avec un bel encadrement en taille douce et pour partie à fonds noirs, composé par la juxtaposition de plusieurs compartiments. Dans le bandeau supérieur, une vue du «Collegium Argentinense» [=Collège de Strasbourg], ancien couvent des Dominicains où est établie la Haute Ecole voulue par Jacques Sturm en 1531 et devenue plus tard Académie protestante (1566), puis Université (1621). La vue est prise du côté nord, de sorte que l’on distingue le bâtiment élevé en 1589-1609 sur le flanc nord du chœur et abritant, au rez-de-chaussée, le «Grand Auditoire», et, au premier étage la bibliothèque dite «publique». La représentation n’est pas absolument exacte,  s’agissant du nombre des croisées -en principe cinq sur le grand côté, lequel donne sur la prairie (Grasboden) du collège.
Dans les quatre coins, les figures des quatre facultés (théologie, philosophie, jurisprudence, médecine). De part et d’autre, les figures du courage (virtus) et de l’honneur (honor). Enfin, dans le bandeau inférieur, nous voici devant une vue de la salle du «Grand Auditoire», avec les bancs pour les auditeurs et l’estrade, tournée vers l’est, pour les enseignants et les étudiants participant à l’exercice. La salle voûtée est soutenue par trois colonnes dont Jean Rott explique qu’elles se prolongent au premier étage. Il signale en outre que cette planche, signée «Iacob9 ab heyden sculptor excudebat», est utilisée pour la première fois en 1619 (d’où la légende, qui fait référence au «collège» et non pas à l’université), et qu’elle sera reproduite par Seyboth, Das Alte Strassburg, p. 44.
Il s’agirait, toujours d’après le regretté Jean Rott, de la première représentation graphique des bâtiments de l’ancien couvent des Dominicains: la bibliothèque, l’une des plus riches du monde, sera détruite, avec l’église et les autres bâtiments, au cours du siège de la ville par les Allemands en 1870... Une histoire de la bibliothèque de Strasbourg est aujourd'hui en préparation, pour paraître conjointement avec l'ouverture de la «BNU nouvelle».
Réf.
Anthologia Justiniana. Hoc est Sententiæ miscellæ, maximam parte politicæ, ex universo Justino, Trogi Pompeii Historiarum breviatore, collectæ: Quas, in Inclyta Vniversitate Argentoratensi, Cum bono Deo, Viro Clarissimo atque Excellentissimo, Præside Dn. Matthia Bernegero, Histor. Professore Publico, A. A. Christianus Ienisch, Eitel Sigismvndvs Lvpin, & Iosephvs Ienisch, Memingenses, Mense Septembri…, Argentorati [Strasbourg], Typis Iohannis Reppii, Anno 1626, 4°.
Bibliographie 
Jean Rott, « Sources et grandes lignes de l’histoire des bibliothèques publiques de Strasbourg détruites en 1870 », dans Cahiers alsaciens d’archéologie, d’art et d’histoire, 15, 1971, p. 145-180 ; rééd. dans Investigationes historicae, t. I, p. 633-668, dont l’annexe donnant l’état des « Sources iconographiques » aux p. 660-663.

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