lundi 10 septembre 2018

Près de Paris: un vestige d'une ancienne bibliothèque

Au nord de Paris au tournant du XIe au XIIe siècle, Chaalis est situé dans un environnement de bois et de cours d’eau, auquel fait d'ailleurs référence le nom de la commune actuelle, Fontaine-Chaalis. Mais Chaalis est aussi à proximité de plusieurs possessions royales, des domaines ruraux, et surtout la ville de Senlis et son palais royal (rappelons que Senlis voit l’accession d’Hugues Capet au trône royal, en 987).
Vue générale (cliché Institut de France): à gauche, la chapelle de l'abbé; au centre, les vestiges de l'église et du cloître; à droite, le château-musée
Un moulin y est d’abord exploité, avant la fondation d’un prieuré bénédictin, lequel est rattaché à l’ordre de Cîteaux en 1127, puis érigé en abbaye indépendante dix ans plus tard. La nouvelle maison est protégée par le roi, et elle reçoit des dons nombreux et importants de la part de la famille et de l’entourage du capétien, et des seigneurs locaux (comme les Bouteillier de Senlis), au point de devenir rapidement une puissance: près d’une vingtaine de «granges» (dont certaines, très belles, conservées aujourd’hui), correspondant à des exploitations agricoles incluant des activités artisanales (pressoirs, moulins, etc.), et plusieurs hôtels en ville, dont l'un à Paris.
C’est l’abbé Guillaume du Donjeon, ancien prieur de Pontigny et futur archevêque de Bourges, qui lance à la fin du XIIe siècle un vaste chantier de construction, avec divers bâtiments organisés autour de la nouvelle église, Celle-ci est élevée en style gothique, et consacrée dès 1219 (peut-être avant même l'achèvement du chantier). Le grand cloître lui est adossé au nord, avec ses quatre galeries et, au premier étage, le vaste dortoir donnant directement sur le bras nord du transept.
L'armarium de Chaalis
Chaalis est le siège d’une activité intellectuelle très importante, comme en témoignent le catalogue du XIIe siècle (Bibliothèque de l’Arsenal, ms. 351, f. 123-127) et nombre de manuscrits conservés à la Bibliothèque nationale de France et dans un certain nombre d’autres établissements, notamment par le biais du fonds de Saint-Martin-des-Champs. Plusieurs moines, prieurs ou abbés ont par ailleurs laissé un nom, dont le plus célèbre est probablement Guillaume de Diguleville, auteur du Pèlerinage de la vie humaine.
Ce n’est pas ici le lieu de résumer l’histoire de l’abbaye de Chaalis, mais de signaler un vestige archéologique rare, et qui intéresse l’historien du livre. En effet, alors que ne subsistent que des ruines de l’ancienne abbaye, les vestiges du grand cloître présentent, au début de la galerie est, une double niche jumelle en plein cintre. Cette niche correspond à l’ancien armarium destiné à abriter les livres liturgiques et ceux servant à la lectio divina: il s’agit d’une sorte de placard ménagé dans l’épaisseur du mur, et dont les vestiges présentent les rainures destinées à accueillir deux tablettes supportant les manuscrits (il y a donc trois niveaux de rangement), et les traces des anciens gonds des volets permettant la fermeture (à gauche sur le cliché). La localisation de l'armarium entre la salle capitulaire et l'église est évidemment la plus commode.
Outre celui de Chaalis, plusieurs autres armariums sont aujourd’hui connus en France (Bonport, l’Escale-Dieu / Escaladieu, Fontenay, prieuré Saint-Maurice de Senlis, etc.), et à l’étranger. Rappelons pour finir que Chaalis est une propriété de l'Institut de France, à qui le domaine, les bâtiments et les collections du Musée ont été légués par Madame Jacquemart-André à sa mort en 1912.

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