Affichage des articles dont le libellé est distinction. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est distinction. Afficher tous les articles

vendredi 18 mai 2012

Conférence d'histoire du livre


École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 21 mai 2012
16h-18h
Les bibliothèques de l'Europe de la Réforme aux XVIe et XVIIe siècles (fin):

les bibliothèques de cour
par
Monsieur Frédéric Barbier, 
directeur d'études


Cliché ci-dessus: le château de Wolfenbüttel, premier siège de la Bibliothèque ducale après 1568 (cliché FB).
  
Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2011-2012.
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mercredi 28 mars 2012

Projet de colloque d'histoire du livre

COLLOQUE INTERNATIONAL
«LES SACRES DES ROIS DE FRANCE À REIMS & LA CULTURE DU LIVRE»
Reims, Bibliothèque Carnegie
15-16 novembre 2012

organisé par le CIRLEP et le CRIMEL
Université de Reims Champagne Ardenne

Le sacre des rois de France constitue un événement politique et symbolique majeur dans la société d’Ancien Régime. Il a fait jusqu’ici l’objet d’approches principalement historiques. L’objet de ce colloque n’est pas s’interroger sur le déroulement et le rituel de cet événement, mais de faire le point sur sa diffusion par les «médias» à l’époque de la monarchie. Sa perspective se veut interdisciplinaire, pour envisager, dans une chronologie large, l’évolution des formes et des enjeux de la place du sacre dans les représentations culturelles. Il vise à en étudier les mises en textes et en images, mais aussi les mises en livre, en prenant en compte les différents vecteurs de diffusion l’événement: livres imprimés, périodiques, manuscrits. Les communications pourront bien sûr porter sur les différents livres de sacres, qui font souvent une large place à l’image, mais aussi sur la production poétique suscitée par ces événements, comme sur les formes populaires de diffusion et sur la place que lui accordent les périodiques de l’époque. La place du sacre dans le discours politique ou polémique pourra aussi être étudiée. On s’interrogera enfin sur les réseaux de diffusion et les échos de l’événement dans les pays européens. Il s’agira donc d’étudier la constitution et la diffusion d’un large corpus textuel et iconographique, du Moyen-Âge au XIXe siècle, dans une perspective associant histoire des idées, histoire du livre et histoire des représentations.
Un fonds important de documents imprimés et manuscrits, concernant les sacres de rois à la cathédrale de Reims est conservé à la Bibliothèque Carnegie. Il est en cours numérisation. Ce colloque s’inscrit donc dans la politique scientifique d’étude et de valorisation des patrimoines textuels et iconographiques champenois.

Les propositions de communication (une page) sont à envoyer avant le 30 mai 2012 à Helga Meise (helga-maria.meise@univ-reims.fr) et à Jean-Louis Haquette (jean-louis.haquette@univ-reims.fr).
La durée des interventions est fixée à 30 minutes. Si elles sont proposées en langue étrangère, elles seront accompagnées d’un résumé en français.
Un catalogue des livres et des manuscrits liés aux sacres et conservés à la Bibliothèque Carnegie peut être obtenue auprès des organisateurs (cliché: Bibliothèque Carnegie: détail architectural. Cliché FB).
(Communiqué par les organisateurs).

dimanche 18 mars 2012

Histoire du livre et histoire des bibliothèques cardinalices

Après le concile de Trente (1543-1563), la papauté s’efforce de mettre en place les conditions de la reconquête intellectuelle face à la Réforme. Pour ce qui intéresse l'écrit et le livre, cette reconquête se fera en s’appuyant sur des structures d’enseignement (avec l’édification du Palais de la Sapienza à Rome, mais aussi avec l’essor des jésuites, autour du Collegium Romanum), sur un travail très important d’édition de textes (à commencer par celui de la Vulgate) et de réflexion scientifique, sur la fondation d’une imprimerie spécialisée (la Typographie Vaticane, en 1587) et sur la constitution de fonds de livres qui seront mis à la disposition des clercs et des savants. Une génération plus tard, ce sera la bulle Inscrutabili divinae de Grégoire XV (1622), et la création de la Congrégation De Propaganda Fide, établie dans le palais de la place d’Espagne, et où «gémissent» bientôt les presses de la célèbre Typographie polyglotte (cf. cliché).
Le Palazzo "De Propaganda Fide", place d'Espagne
D’autres axes seraient aussi à prendre en considération, par ex. le travail de rationalisation de la gouvernance dans l’État pontifical (surtout sous Sixte Quint, 1585-1590, créateur du système des Congrégations), ou encore la mise en œuvre d’une nouvelle esthétique et d’un nouveau vocabulaire stylistique dans le domaine notamment de l’architecture et de la peinture. Nous ne nous y arrêterons pas, même si l’art de la Contre Réforme trouve bien évidemment un riche champ d’application dans la décoration des bibliothèques.
Une caractéristique significative s’agissant des bibliothèques réside dans le fait que nombre de réalisations novatrices sont prises en charge certes par le pape, mais surtout par des représentants des grandes familles cardinalices. La capitale de la chrétienté occupe, bien évidemment, une position privilégiée, et les bibliothèques créées dans les palais romains sont célèbres, à commencer par celle des Barberini: Maffeo Barberini, ancien élève des jésuites, est élu pape (Urbain VIII) en 1623, et deux ans plus tard, le nouveau palais proche des Quatre fontaines (d’où son nom) commence à être construit. Il accueillera la bibliothèque de son neveu le cardinal Francesco Barberini. Passionné d’arts et de culture, celui-ci constituait des collections très riches, réunissait autour de lui un cercle d’artistes et de savants, et fondait la première académie romaine. Le P. Jacob explique, en 1644:
Après les bibliothèques papales, je n’en treuve point à Rome de plus célèbre que celle du cardinal François Barberin, neveu de nostre S.P. le pape Urbain VIII. Car si l’on considère la multitude des manuscrits grecs, latins & autres idiomes, elle ne cédera à aucune [bibliothèque] particulière de l’Europe. Le curieux lecteur pourra voir la description plus ample de cette bibliothèque dans celle du palais dudit cardinal faiye nouvellement en latin par le comte Hiérôme Teti. Je me contenteray seulement de dire que les sieurs Luc Holstein d’Hambourg en Allemagne, qui a en son particulier une assez bonne bibliothèque des autheurs classiques, et Charles Moroni, ont la charge de cette bibliothèque.
Le cardinal Anthoine Barberini, frère du cardinal François (…) en a aussi une très belle en son particulier, de laquelle le sieur Gabriel Naudé a été autrefois bibliothécaire… (p. 93-94).
Et le bibliographe de dévider sa théorie des cardinaux bibliophiles, de Jules Mazarin avec la bibliothèque du palais romain du Quirinal, aux Carpi, aux Colonna ou encore aux Farnèse, pour nous limiter toujours à Rome.
Entrée principale du Palazzo Barberini.
Notre courte citation met au passage en évidence un élément significatif qui intervient dans le statut d’une bibliothèque remarquable: la richesse de la collection, certes (les manuscrits grecs et latins!), la somptuosité du décor, oui, mais désormais aussi la qualité du bibliothécaire, lequel sera reconnu comme un savant, et dont le travail valorise, pour reprendre le terme si apprécié de nos actuels décideurs, le fonds qu’il a à administrer.
Mais l’historiographie actuelle des bibliothèques met volontiers l’accent sur le fait que ces collections sont considérées comme ouvertes, et qu’elles préfigureraient par conséquent la «bibliothèque publique moderne» (Denis Pallier). Il s’agit, à notre sens, d’un anachronisme: la volonté des cardinaux est bien plutôt celle d’illustrer une famille (gens) dont un ou plusieurs membres a souvent déjà accédé au trône de saint Pierre, et le mécénat, la collection d’art, la constitution d’une bibliothèque jouent un rôle essentiel. Il s’y ajoute, surtout à Rome, la gloire de l'Église, et la référence classique à l’évergétisme des grandes familles de la Rome antique ayant elles-mêmes fondé des bibliothèques présentées comme «publiques». Le P. Jacob précise d’ailleurs à propos de
Dominique Capranica, cardinal et grand pœnitencier de l’Église romaine, [qu’il] prit un soin nompareil pour perfectionner sa bibliothèque: laquelle est conservée dans le collège que ce cardinal a fondé, pour une éternelle mémoire de l’affection qu’il avoit pour les bonnes lettres (p. 96).
L'exemple de l'Ambrosienne, effectivement ouverte au public à Milan en 1609 par le cardinal Borromée, apparaît comme un cas particulier. D'une manière générale, la référence au «public» n’est pas à entendre strictement dans l’acception actuelle du terme: la bibliothèque «publique» s’oppose bien plutôt à la bibliothèque «privée», c’est-à-dire à la bibliothèque plus ou moins inaccessible, et comme telle déjà critiquée par les Anciens.
Le public véritable de ces collections est en réalité un public «distingué» (au sens bourdieusien du terme) sur le plan social et, de plus en plus, sur le plan culturel: c’est le public des familiers du prince, qui sont peu ou prou ses obligés (et le Père Jacob cite encore, parmi les «domestique[s] du cardinal Barberin», le nom du «docte Léo Allatius, Grec de Nation, et [qui] possède une bibliothèque très-insigne pour les autheurs de sa nation» (p. 110). À ce petit groupe se joignent ceux que leur qualité même autorise à y être introduits, notamment parmi les voyageurs étrangers de passage dans la Ville.
De sorte que, s’agissant des bibliothèques cardinalices dont le modèle sera transporté en France par Gabriel Naudé et par Mazarin, la dénomination de «bibliothèque publique» s’analyse d’abord, de manière en apparence paradoxale, comme un élément de la distinction, donc d’une forme de renfermement, avant de devenir, par un jeu de glissement, un élément majeur de la gloire du souverain et de sa capitale.

vendredi 18 novembre 2011

Conférence d'histoire du livre


École pratique des hautes études,
IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre 

Lundi 21 novembre 2011
14h-16h
La librairie scolaire sous l'Ancien Régime (1),
par
Mme Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l’université d’Aix,
chargée de conférences à l’EPHE

16h-18h
Les bibliothèques en Bohême au siècle des Lumières.
Représentation aristocratique et ouverture au public,
par
Mme Claire Madl,
docteur de l’EPHE,
responsable de la bibliothèque du CEFRES (Prague)

Nota:
La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h.
Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage, salle 123).
Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2011-2012.

Transports en commun: Métro, ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare ((250 m. à pied). Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Un petit peu plus éloignés: Métro, ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterand).

Calendrier complet des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

(Cliché: la bibliothèque Nostitz à Prague).

dimanche 2 octobre 2011

En Hongrie: le rôle des magnats

Le rôle de la haute noblesse hongroise à l’époque des Lumières et de la révolution industrielle semble relativement spécifique par rapport à la situation ailleurs en Europe continentale.
Le trône de Hongrie est en effet occupé par un Allemand, l'empereur Habsbourg, à Vienne, sous la bannière duquel les Ottomans ont été chassés et qui a réussi, au début du XVIIIe siècle, a briser les velléités d’indépendance de la Transylvanie. À la tête de très grandes fortunes, les magnats hongrois, ont conservé un rôle important dans les domaines de la culture et de la religion. Ils ont souvent fait des études dans les universités occidentales, réunissent des bibliothèques parfois très riches et s’imposent comme les acteurs-clés de la modernisation économique, avant de participer activement, au XIXe siècle, au mouvement en faveur de l’autonomie ou de l’indépendance. Parmi ces familles, celle des comtes Széchényi occupe une place remarquable.
Ferenc (Franz) Széchényi (1754-1820) a fait ses études au Theresianum de Vienne et a deux années durant visité d'Europe occidentale. À son retour, il a compris le rôle décisif qui est celui de l'imprimé comme média de la modernisation. Il crée alors deux bibliothèque, dont celle de son château de Nagycenk, en Hongrie occidentale: surtout des titres «modernes» (économie, politique, etc.) et de la littérature en hongrois (1799), outre des collections de numismatique et de minéralogie. Il en fait réaliser un catalogue imprimé (1799), qu’il diffuse pour mettre son fonds à la disposition de ses contemporains.
Puis, trois ans plus tard, Széchényi obtient de Vienne l’autorisation de faire don de ses collections à l’Académie, sous la forme de Bibliotheca regnicolaris -future Bibliothèque nationale. La formule peut surprendre: elle est en réalité très bien adaptée au caractère multiculturel du royaume de Hongrie, en ce qu’elle fait référence aux catégories politiques (ungarus) et non pas aux particularismes des différentes composantes (dont les Magyars). La loi de 1808 institue la Bibliothèque comme un département du nouveau Musée national. À la mort de Ferenc Széchényi, les collections sont relativement modestes (vingt mille documents, dont six mille cartes géographiques), mais elles s’enrichissent au XIXe siècle d’un grand nombre d’autres bibliothèques de magnats, dont celle du comte István Illésházy donnée en 1835.
Mais la figure principale est, à la génération suivante, celle d’István Széchenyi. Celui-ci poursuit en effet systématiquement, sa vie durant, une action d’innovateur et de passeur culturel visant à favorisant la modernisation de la Hongrie. Il publie lui-même, sur l’élevage des chevaux (1828), sur la situation de la Hongrie de son temps (1831, 1833), sur le crédit (1832); il participe au lancement de compagnie de navigation à vapeur sur le Danube, fait entreprendre d’immenses travaux de régulation du fleuve dans la plaine hongroise, fonde la société pour la construction d’un premier pont entre Buda et Pest (le célèbre Pont des chaînes) et participe activement à la création de la Banque nationale de Hongrie.
Ministre des transports dans le Gouvernement indépendant du comte Batthyány en 1848, Széchényi, après l’écrasement de la Révolution et la répression sanglante imposée par Vienne, sera interné à Döbling, en Autriche, où il se suicidera en 1860. Sept ans plus tard, la défaite de l’Autriche dans la guerre contre la Prusse impose à Vienne d’adopter une politique nouvelle avec la Hongrie: par le Compromis de 1867, le royaume devient très largement autonome, et l’appellation traditionnelle d'Autriche laisse place à celle, nouvelle, de la monarchie bicéphale d’Autriche-Hongrie.
Quittons un instant le monde du livre: Ödön (Edmond) Széchényi, fils d'István, est également connu comme un promoteur de la navigation: il est célèbre en France pour être venu dans son propre yacht de Budapest à Paris par voie fluviale à l'occasion de l'Exposition de 1867!

Catalogus Bibliothecae hungaricae Francisci com[itis] Szechenyi. Tomus I scriptores hungaros et rerum hungaricarum typis editos complexus, pars I [II], Sopron, Typis Siessianis, 1799, 2 vol.

Cliché: une image inattendue d'István Szechényi près du Parlement à Budapest aujourd'hui.

samedi 25 septembre 2010

Histoire du livre à Bucarest

Le IIIe symposium «Le livre, la Roumanie, l’Europe» (Cartea, România, Europa), qui s’est tenu cette semaine à Bucarest, était organisé en quatre grandes sections, dont la première portait sur l’histoire du livre. Après la séance inaugurale, nous avons pu entendre trente-cinq communications rassemblées autour de la problématique de la langue, et notamment de la production, de la diffusion et de l’usage du livre en français en Europe au cours des périodes moderne et contemporaine. Ces quelques notes (nécessairement incomplètes) permettront de se faire une idée de la richesse des travaux présentés. Elles ne suivent pas l'ordre des communications.
D'abord, deux remarquables interventions ont rappelé l’ancienneté de la mise par écrit du français, dont le premier texte «littéraire» connu date des années 880 (Marie-Pierre Dion-Turkovics) et qui s’impose comme langue écrite et langue de culture à la cour royale de Jean II (le Bon) et de Charles V, le fondateur de la Bibliothèque royale (Marie-Hélène Tesnière). Il y a là un modèle relativement spécifique en Europe, qui fait de la langue de la cour royale la langue écrite du royaume, puis la langue orale progressivement adoptée par les bourgeoisies des villes principales de celui-ci.
La Renaissance a été envisagée à travers une étude novatrice de la «langue des devises» au XVIe siècle (Monica Breazu), mais aussi à travers la problématique de la stratégie éditoriale des éditeurs vénitiens et lyonnais (Raphaële Mouren). Pourtant, le moment clé de la diffusion du livre français ou en français date bien sûr du XVIIIe siècle, et il s’étendra à bien des égards jusqu’à la première moitié du XXe. Otto Lankhorst et Sabine Juratic évoquaient tous deux la question de la «francophonie» aux Pays-Bas et plus généralement en Europe aux XVIIe et XVIIIe siècles. Claire Madl étudiait avec précision les catalogues «français» du libraire pragois Gerle, dont les connexions avec Neuchâtel sont les principales, tandis que Luisa López-Vidriero envisageait le rôle de la «francophonie» dans le cas des bibliothèques de cour en Espagne, au premier chef la Bibliothèque royale.
Les exposés sur l’Europe centrale et orientale ont tout naturellement, et heureusement, tenu une place centrale dans le colloque. Maria Danilov a évoqué les origines de l’imprimerie en pays roumains, tandis que les Battyány illustraient de manière idéaltypique le thème de la francophonie (Doina Biro/ István Monok). Le cas de la Bucovine est excellemment traité par Olimpia Mitri, et Popi Polemi donne trop brièvement (mais c'est la loi du genre) les résultats des comptages réalisés à partir de la remarquable bibliographie hellénique des XVIIIe et XIXe siècles. Nadia Danova, dans une conférence suggestive, souligne le rôle de la censure dans les Balkans aux XVIIIe et XIXe siècles, et Vera Tchetsova éclaire, à propos des éditions du patriarche d’Antioche Athanase IV, un moment clé d’une histoire culturelle et de l'histoire du livre trop étroitement soumise aux considérations de l’histoire polico-diplomatique. Enfin, le travail de Virgil Teodorescu sur un livre exceptionnel de la période contemporaine (Podul Mogosoaiei) est à tous égards exemplaire. On souhaite à Monsieur Teodorecu de terminer bientôt sa recherche pour pouvoir publier l'édition critique de l'œuvre.
D’autres exemples ont aussi été envisagés, qui éclairent la problématique de l’histoire comparée, et la charge symbolique des écritures (voire le rôle plus complexe qu’on ne croit a priori dévolu à la «mise en livre»), et qui soulignent l’importance d’une contextualisation la plus précise possible: ainsi de l’écriture de Krk/Veglia, en Dalmatie (Daniel Baric). Marisa Midori Deaecto traitait des «liaisons transatlantiques» de la librairie française du XIXe siècle. Enfin, Andrea De Pasquale, le très actif directeur de la Bibliotheca Palatina de Parme, apportait l’exemple exceptionnel des éditions de Bodoni dans des caractères non latins (exoticis linguis). La problématique des "trois révolutions du livre" réapparaissaient avec la conférence consacrée par Catherine Lavenir au problème de la langue face aux nouveaux médias du début du XXIe siècle, et notamment à Internet.
Pour conclure un billet déjà trop long, revenons sur le cas presque idéaltypique des 1001 nuits et de leur traduction roumaine (Carmen Cocea). Peu d’exemples en effet illustrent de manière aussi pertinente la problématique des transferts culturels que celui du recueil de contes arabes, d’abord traduits en français, puis à Venise en italien et en néo-grec, et enfin en roumain -Venise, porte de la Méditerranée orientale s’agissant de la diffusion comme de l’élaboration des textes et des livres jusqu’au début du XXe siècle. Il nous reste à attendre l'édition aussi rapide que possible des Actes du symposium, édition qui contribuera à confirmer Bucarest comme l'un des pôles de la recherche actuelle en histoire du livre, mais qui donnera aussi, plus immédiatement, l'opportunité à chacun de prendre la mesure de la richesse du symposium de 2010.

Clichés: 1) séance d'ouverture; 2) la Faculté de droit, où s'est tenue la séance inaugurale; 3) au fil des séances (Monsieur Andrea De Pasquale, président de séance, présente Madame Lopez Vidriero).

Quelques photos prises au fil du symposium: Histoire du livre à Bucarest

dimanche 5 septembre 2010

Sur la côte normande

Parmi les classiques de la rentrée parisienne figure la traditionnelle petite «virée» à la mer, autrement dit l’excursion que l’on fait à Trouville, à Deauville ou dans quelque autre station, début septembre, si le temps s’y prête (ce qui était le cas hier).
La proximité de Rouen et surtout de Paris explique que la côte normande soit célèbre pour les grandes figures de peintres, d’artistes et d’écrivains, mais aussi du «monde», qui en ont fréquenté les hauts lieux. La ligne Paris-Rouen est l’une des premières grandes radiales ferroviaires construites en France (1843). Le Havre et Dieppe sont atteintes respectivement quatre et cinq ans plus tard, tandis que la gare de Deauville-Trouville est inaugurée en 1863. À Paris, l’«embarcadère» d’où l’on part pour la côte, l’actuelle gare Saint-Lazare, est au cœur du quartier des affaires et, à un certain nombre d’égards, les grandes stations sont un prolongement des arrondissements les plus aisés de la capitale et des villégiatures de la banlieue ouest, entre Paris, Versailles et Saint-Germain.
Ce sont les stations du nord de la Seine qui sont d’abord privilégiées: Fromental Halévy achète une maison au Tréport en 1855, et Madeleine Lemaire s’installe à Dieppe, où on trouve aussi La Case du comte de Greffulhe. Cousin de la comtesse de Greffulhe, Robert de Montesquiou y séjourne régulièrement. Le peintre Jacques-Émile Blanche vient lui aussi à Dieppe, Villa du Bas-Fort, avant de choisir une ancienne ferme à Offranville. Les Alexandre Dumas ont une villa à Puys, un village à la sortie nord de Dieppe, où se retrouvent aussi Turquet, le directeur des Beaux Arts, Alphonse Karr et les Carvalho. Plus tard, les Pozzi s’installent à leur tour à Dieppe, dans la Villa Landron (1893). Non loin, Étretat accueille Offenbach dans sa villa d’Orphée, où Ludovic Halévy est bloqué pendant la Guerre de 1870, l’année même où la ville ouvre son casino… Et Maupassant y fera construire sa maison de la Guillette.
Mais les principales stations se regroupent bientôt au Sud de la Seine, entre Cabourg et Honfleur. Trouville compte quelque six mille habitants au début du XXe siècle, où tous les représentants du «monde» s’installent pour la saison, soit à l’hôtel des Roches noires (construit en 1868, reconstruit en 1910), soit dans une villa en location. À partir de 1876, la princesse de Sagan habite la «Maison persane», quand les Porto-Riche sont à Villerville, les Gallimard dans leur villa de Bénerville et le baron Fould dans sa Hutte de Deauville. C'est encore à Deauville que les Rothschild font construire en 1905 une résidence qui semble plutôt un château. Le Balbec de Marcel Proust est tout proche, alias Cabourg, ses «jeunes filles en fleur»... et son Grand Hôtel.
Les grandes «villas» se multiplient sur les hauteurs de Trouville: la Cour brûlée, bâtie en 1864, appartient à Lydie Aubernon de Neville, laquelle aurait inspiré à Proust le personnage de Madame Verdurin. Les Frémonts sont élevées en 1869 pour le banquier Arthur Baignières, puis la propriété passera à un autre banquier, issu d'une famille de Budapest, Hugo Finaly. Proust y séjourne à plusieurs reprises.
À Paris comme en villégiature, une figure majeure du «monde» est celle de Geneviève Straus, la veuve de Bizet et l’hégérie de Proust. Après avoir loué la Cour brûlée, les Straus font constuire à partir de 1893 par l’architecte A. Le Ramey une villa de style normand, Le Clos des mûriers: trois étages dont l’un en mansarde, une large terrasse en surplomb, et un magnifique jardin aménagé par Charles Tanton, lequel était recommandé par la princesse de Sagan. La société parisienne, dont la jeune Colette, prend bientôt ses habitudes aux Mûriers, et le nom revient constamment dans la correspondance de Proust, comme en 1918: «J’ai vu naître, grandir, devenir de plus en plus belle votre demeure d’aujourd’hui. Je vous revois encore dans la précédente, le manoir de la Cour-brûlée (…), de cette pauvre Madame Aubernon».
Écrivains, journalistes, critiques, éditeurs: une promenade sur la côte normande nous fait toucher une certaine géographie du monde des livres et des périodiques, mais aussi des spectacles, en France entre 1870 et la Première Guerre mondiale. L‘aménagement récent du Clos des mûriers comme support d’une opération immobilière d’importance fait disparaître l'essentiel du jardin, mais a au moins pour mérite de permettre la conservation de l’immeuble d’origine...

(Clichés ci-dessus: 1 et 4: vues de Trouville, 2010; 2: Les Vacances à Trouville, 1888; 3: le Clos des mûriers en 2008).