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vendredi 31 juillet 2015

Au pays des livres

Le Vieux pont, sur la Gartempe
Nous voici aujourd'hui en Poitou. Montmorillon est une sous-préfecture du département de la Vienne, dans un site encaissé de part et d’autre de l’ancien pont permettant de traverser la charmante rivière de la Gartempe. Sur le plan historique, la région est pourtant une région de frontière, avec les conséquences tragiques qui s’ensuivent du XIVe au XVIe siècle: Montmorillon est un temps anglaise, puis, reconquise par les troupes royales, elle est à nouveau détruite à plusieurs reprises par les Protestants, avant de se donner aux Ligueurs et d’être pillée par les «Royalistes» en 1591.
Ce petit centre agricole et industriel cherche aujourd’hui un nouvel élan dans le domaine du tourisme et des activités culturelles. Parmi celles-ci, Montmorillon a fait le choix du livre: elle est l’une des huit «villes, cités et villages du livre» que recense notre pays. Un salon du livre se tient chaque année à la mi-juin depuis 1990, et, dix ans plus tard, la ville prend le titre officiel de «Cité de l’écrit et des métiers du livre», favorisant l’installation et le développement de librairies et d’activités diverses autour du livre.
Pour décorer le pont,... un massicot
La «Cité du livre» est localisée dans l’ancien quartier au-delà du Vieux pont de 1404 (cliché). Elle est jalonnée de panneaux pédagogiques présentant (brièvement!) les différents aspects de l’histoire du livre, et s’ouvre par un point accueil abrité dans le bâtiment de «La Préface». Une exposition présente, en ce moment, l’histoire de la machine à écrire et de la machine à calculer. Puis le promeneur déambule agréablement dans les quelques rues du quartier joliment restauré, pour y découvrir les librairies d’ancien, ateliers spécialisés (calligraphie, restauration, etc.) et autres galeries d’art.
Il n’y a pas si longtemps, on s’inquiétait de la montée en puissance de l’informatique et d’Internet, et parallèlement, du déclin annoncé de la «galaxie Gutenberg». Il n’est pas question de remettre ici en cause l’importance de la «révolution informatique» pour l’imprimé, mais nous constatons aujourd’hui que ses contrecoups s’étendent bien au-delà de ce seul domaine, et dans des secteurs auxquels nous n’aurions pas pensé a priori (par ex.,… les taxis).
Les difficultés de nombreux libraires de détail sont évidentes, face à l’omniprésence des grandes centrales connectées qui ont investi le champ de la distribution. Pourtant, des possibilités certaines restent ouvertes, même dans des géographies qui ne sont pratiquement pas liées à une quelconque tradition livresque. Les facteurs de dislocation jouent aussi comme des agents de restructuration: les libraires installés à Montmorillon ne réalisent évidemment pas l’essentiel de leurs affaires avec la clientèle locale ou régionale, même quand, effet d'annonce oblige, les estivants se font un petit peu plus nombreux. Ce sont des libraires d’ancien (ou d’antiquariat moderne), auxquels Internet permet de s’informer sur les titres éventuellement disponibles, et surtout de faire connaître et d’écouler une partie de leur catalogue en France et à l'étranger.
Au pays des livres aussi, il est besoin d'une carte
Il serait pourtant dommage, pour ceux qui sont dans la région, de ne pas en profiter pour faire l’excursion de Montmorillon, et s’y adonner à l’agréable divertissement consistant à fouiller, au fil des rayonnages, dans une vraie librairie, qui plus est installée dans un pittoresque quartier, pour y découvrir ces titres que l’on ne cherchait pas, mais que l’on est d’autant plus content d’avoir trouvés. Ajoutons que l’excursion devrait se prolonger, au nord, le long de la pittoresque vallée de la Gartempe, jusqu’au site exceptionnel de Saint-Savin (avec ses peintures romanes), et jusqu’au charmant village d’Angles-s/Anglin, l’un des plus beaux villages de France (selon la formule consacrée).

dimanche 4 août 2013

Mondialisation et histoire du livre (2/3)

Les phénomènes relevant du domaine de l’imprimé s’inscrivent pourtant dans une chronologie qui présente à long terme des spécificités certaines, et à propos de laquelle trois remarques doivent être prises en considération.
1) Rappelons d’abord que la première langue imprimée dominante est, bien évidemment, le latin, qui répond à la demande du public de clercs constituant traditionnellement la majorité des lecteurs. Même si, dès les années 1470, les différentes langues vernaculaires tendent à monter en puissance, elles ne s’imposeront définitivement comme langues imprimées qu’au cours du XVIIe siècle, voire plus tard dans certaines géographies. Avec le latin, nous sommes a priori face à un marché transnational, dominé par les grands centres éditoriaux de l’Europe continentale et organisé autour de la foire du livre de Francfort: les pôles de cette activité sont ceux de Venise, Paris, Leipzig et Lyon, auxquels s’ajoutera plus tard certaines villes des «anciens Pays-Bas», à commencer par Anvers. Au-delà de cette Europe dure des activités du livre, nous entrons dans la logique des géographies dominées et de la périphérie, dont nous rencontré un exemple avec la ville de Kronstadt, en Transylvanie (mais on rappellera au passage que l'Angleterre aussi reste largement une géographie d'importations jusque dans la seconde moitié du XVIIe siècle).
2) Kronstadt, précisément, nous le montre: il serait difficile, dans cette conjoncture de surestimer l’importance des conséquences entraînées par la pré-Réforme et par la Réforme. Sébastien Brant déjà veut s’adresser au plus grand nombre des lecteurs lorsqu’il rédige et publie en allemand sa Nef des fous (Das Narrenschiff), en 1494, avant de la faire traduire en latin pour toucher le public non germanophone. Luther suivra le même principe, tout en manifestant une étonnante maîtrise du média, en faisant notamment publier de «petits textes» faciles d’accès et peu onéreux, plutôt que de gros traités que personne ne lirait. Surtout, avec la Réforme, le modèle de la société chrétienne unifiée est battu en brèche, et le temps s’ouvre, d’une diversité croissante de la production imprimée, diversité désormais articulée avec l’émergence de phénomènes de transferts et d’échanges de plus en plus complexes.
Les "95 thèses" de Luther (1517), ou l'invention, par hasard, de la révolution des médias modernes
3) Enfin, les marchés de l’imprimé tels qu’ils se développent sous l’Ancien Régime obéissent à une typologie dominée par les coûts des transports. Par suite, la nature des produits se combine au premier chef avec leur géographie de fabrication et de diffusion. Au niveau local, voire régional, la production imprimée sera d’abord celle des pièces et autres «travaux de ville», qui ne demandent pas d’investissement important, qui peuvent être écoulés assez rapidement sans frais excessifs, et qui correspondent souvent à des commandes locales: l'exemple le plus connu est celui des Indulgences, mais ce modèle peut aussi s'étendre à des ouvrages à proprement parler, comme les Heures ou encore le Bréviaire de tel ou tel diocèse. Ainsi, au XVe siècle, dans la comté et duché de Bourgogne, à Dole comme à Dijon ou encore à Chablis (pour le Bréviaire d’Auxerre donné dans cette ville par Pierre Le Rouge, sur une commande de l’évêque Jean Baillet, en 1483).
Si nous envisageons en revanche des centres de productions plus importants et des cadres géographiques plus larges, la question du marché se pose dans des conditions tout autres –tout en restant dominée par l’impératif d’articuler les coûts avec un certain modèle de diffusion. Nous sommes en général devant une production relativement courante de textes à caractère religieux, scientifique, littéraire ou autre, production qui tend à monter en puissance et au sein de laquelle les équilibres entre catégories se déplacent peu à peu. Certes, en-deçà d’un niveau de prix assez limité, il serait possible d’atteindre des chiffres de tirage élevés, mais les difficultés de la distribution constituent souvent un obstacle dirimant. Dès lors, on répondra à la demande en multipliant les éditions successives d’un même texte, souvent réalisées dans différentes villes, et sans que les droits théoriques du premier libraire ou libraire-imprimeur, encore moins ceux de l’auteur, soient généralement respectés. La poussée du marché est telle que ces éditions et rééditions s’inscrivent au XVIIIe siècle dans la logique très particulière qui est celle des «presses périphériques».
La Lettre d'indulgences, ou l'invention du formulaire imprimé
Bien entendu, plus nous montons dans l’échelle des prix, moins l’argument du surcoût lié à la distance reste pertinent: à un certain niveau de revenu, le prix n’entre pas vraiment en ligne de compte. Lorsqu’il cherche à constituer à Séville une bibliothèque universelle, Fernand Colomb illustre pleinement les problèmes posés, malgré la fortune dont il dispose, par la «résistance» de l’espace –au point de l’amener à faire lui-même plusieurs voyages bibliographiques en dehors de la péninsule: en effet, en se fournissant auprès des seuls professionnels de
Séville ou [de] Salamanque, il y aura une infinité de livres dont on n’apprendra jamais l’existence et qui ne seront jamais inclus dans la bibliothèque, car ils ne seront jamais envoyés jusqu’ici.

Frédéric Barbier, « L'invention de l'imprimerie et l'économie des langues en Europe au XVe siècle », dans Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, 2008, 4, p. 21-46.
(à suivre)

jeudi 28 juin 2012

Le Mariage de Figaro

Né à Paris en 1732, Pierre Augustin Caron de Beaumarchais est une figure très moderne, par la conscience qu'il a des mutations intervenant dans le domaine des médias au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle. À ce titre, Beaumarchais intéresse très directement l'historien du livre.
Beaumarchais est évidemment d'abord connu comme un auteur et comme un journaliste, mais il est aussi un entrepreneur, un éditeur et un homme d’affaires, qui maîtrise parfaitement toutes les techniques de la «publicité»: le voici qui participe à la fondation du Courrier de l’Europe, qui s’engage pour les insurgés américains, qui crée la Société des auteurs dramatiques, qui lance l’édition des Œuvres complètes de Voltaire, dite «Édition de Kehl» et qui fonde pour ce faire la Société littéraire et typographique de Kehl...
Entre la publication de la Lettre de Diderot sur le commerce de la librairie (1763) et la réorganisation de la «librairie» du royaume de France par les arrêts de 1777, nous sommes en pleine période de débats sur le statut et sur le rôle du média imprimé, sur la censure et sur le contrôle exercé par l’administration sur la branche. Le dossier du Mariage illustre pleinement cette conjoncture.
On sait que, après le Barbier, le Mariage de Figaro est l’une des pièces les plus célèbres de Beaumarchais, que celui-ci termine en 1778, pour répondre à un défi de Louis François de Bourbon-Conti, l'un des opposants les plus notoires du trône:
«Feu M. le prince de Conti, de patriotique mémoire, me porta le défi public de mettre au théâtre ma Préface du Barbier, plus gai, disait-il, que la pièce, & d’y montrer la famille de Figaro, que j’indiquais dans cette Préface» (p. XII). La pièce est rédigée, le prince la lit et l’approuve, mais Beaumarchais est surchargé de travail, tandis que le Mariage fait scandale. En 1781 seulement, il est lu et reçu à la Comédie française, mais le roi refuse d’en autoriser la représentation. Le débat devient public: des extraits sont lus en société, avant que le Mariage ne soit donné pour la première fois, en représentation privée, au château de Genevilliers, par le marquis de Vaudreuil et ses hôtes, le 26 septembre 1783.

Dès lors, les rapports de force évoluent: le baron de Breteuil, ministre de la Maison du roi, estime la représentation possible, la pièce est approuvée par les deux censeurs Coquely de Chaussepierre et Bret les 21 et 28 février 1784, avant que le «permis d’imprimer & représenter» ne soit délivré le 29 mars suivant par Le Noir, qui a succédé à Sartine à la lieutenance de police.
Le Mariage est donc donné en public, pour la première fois, le 27 avril 1784. Comme il est de règle, la controverse est facteur de succès, et l'on sait que la pièce a marqué les esprits par le triomphe qu’elle reçut, et par le montant extraordinaire de la recette qu’elle procura (80000f. à l’auteur en deux ans). Laffont et Bompiani rapportent qu'il y eut 67 représentations en 1784, 26 en 1785-1786 et encore 85 de 1787 à 1790...
Mais, dans l’intervalle, Beaumarchais veut ajouter à son texte une importante préface, pour laquelle de nouvelles autorisations sont nécessaires avant de pouvoir imprimer. La Préface est approuvée par Bret, puis autorisée par Le Noir (25 et 30 janvier 1785). L’ouvrage sort donc pour la première fois avec l’achevé d’imprimer du 28 février 1785: cette première édition est publiée sans gravures, mais on réalisera ensuite un deuxième tirage avec les cinq gravures de Malapeau et de Roi d’après Philippe de Saint-Quentin (achevé d’imprimer à la date du 28 avril). Le tirage initial aurait été de mille exemplaires.
On remarque, au verso de l’avant-titre, une liste nominative de onze libraires français et un libraire de Bruxelles chez lesquels on peut se procurer le volume: Beaumarchais et Ruault sont tous deux des professionnels de la librairie, très attentifs à contrôler autant que possible la diffusion et à barrer la contrefaçon. Ils publient d’ailleurs, parallèlement à la première édition, une édition illustrée destinée au marché étranger, toujours à l’adresse de Ruault mais sortant des presses de la Société littéraire-typographique de Kehl.
Cette attention est confirmée par l’ «Avis de l’éditeur» figurant en bas de page: «Par un abus punissable, on a envoyé à Amsterdam un prétendu manuscrit de cette pièce, tiré de mémoire & défiguré, plein de lacunes, de contre-sens et d’absurdités. On l’a imprimé & vendu en y mettant le nom de M. de Beaumarchais. Des comédiens de province se sont permis de donner & représenter cette production comme l’ouvrage de l’auteur: il n’a manqué à tous ces gens de bien que d’être loués dans quelques feuilles périodiques». Le paratexte a donc un rôle décisif dans le dossier du Mariage: la Préface occupe les pages I – L, et elle est suivie du détail des «Caractères et habillements de la pièce» (p. LI – LVI). La pièce elle-même est enrichie de didascalies, donnant la succession des personnages, et précisant la mise en scène et, le cas échéant, certaines situations.
Pour autant, plusieurs contrefaçons sont publiées, l’une, on l'a vu, à Amsterdam, et deux autres à Lyon, «d’après la copie envoyée par l’auteur».
Le Mariage est ainsi un livre emblématique d'un certain nombre de problèmes majeurs agités dans les dernières décennies de l'Ancien Régime, y compris s'agissant du statut de l'auteur.

Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, La Folle journée, ou le Mariage de Figaro. Comédie en cinq actes, en prose, par M. de Beaumarchais. Représentée pour la première fois par les Comédiens Français ordinaires du Roi, le mardi 27 avril 1784, Au Palais-Royal, chez Ruault, libraire, près le Théâtre, n° 216, M.DCC.LXXXV (A Paris, de l’imprimerie de Ph.-D. Pierres, imprimeur ordinaire du Roi, &c),
[4-]LVI-237 p., 1 p. bl., 8°.
A la fin du texte de la pièce, p. 236, se trouve la mention: «S’adresser pour la Musique de l’ouvrage, à M. Baudron, Chef d’Orchestre du Théâtre Français».
Cordier (Bibliographie de Beaumarchais), 128. Tchémerzine, I, 491. Soleinne, 299. Conlon, 85/837. En français dans le texte, 178.
Contient : Avant-titre. Au v°: liste des libraires distribuant l’ouvrage, et avis de l’éditeur. Titre, avec un fleuron (bois gravé représentant une casse, une presse, des livres et différents outils d’imprimerie. Préface. Caractères et habillemens de la pièce. Approbation du 15 janvier 1785 (p. LVI). Titre de la pièce (p. 1) et distribution des rôles (p. 2). Le Mariage de Figaro. Approbation du 28 février 1784.

mercredi 11 avril 2012

Histoire du livre et mondialisation

En matière de «librairie», la mondialisation est un phénomène très précoce. La typographie en caractères mobiles apparaît probablement en 1452, et le «premier grand livre européen», la Bible à 42 lignes, date de 1454-1455. Après une courte période (jusqu’en 1462) où la technique est tenue secrète pas ses promoteurs, la géographie de l'art nouveau explose: 250 villes sont des villes «roulantes» en Europe entre 1450 et 1501, et les presses apparaissent au XVIe siècle dans les colonies espagnoles d’Amérique, à Mexico d’abord, puis à Lima. Deux autres imprimeries sont ensuite établies à Puebla (1640) et Guatemala (1660).
Christophorus Columbus, De Insulis nuper in mari indico repertis,
Basel, Johann Bergmann, de Olpe, 1494, 36 f., 6 gravures.
Le retour de l’expédition a lieu en mars 1493,
mais le rapport (la Lettre) de l’amiral est écrit en mer
dès le 15 février.
Les colonies anglaises suivent l’Espagne avec retard, mais leur rattrapage est d’autant plus rapide: la première presse arrive en Amérique du Nord en décembre 1638, et le premier titre sort des presses de Newtown (Cambridge) en 1640 (le Bay Psalm Book). Une seconde presse est importée en 1659, et les programmes de bibliographie rétrospective recensent quelque soixante-huit titres publiés en Amérique du Nord au XVIIe siècle. Vers l’Est, une imprimerie jésuite est créée par les Portugais à Goa en 1557, et le collège jésuite d’Amakusa (Japon) possède des presses en 1591.
Si nous voulions tracer les très grands traits d’une conjoncture de la mondialisation dans le domaine de l'imprimé entre le XVe et le XVIIIe siècle, nous distinguerions donc deux moments où la dilatation géographique est plus sensible, les XVe et en partie XVIe siècles, et l’époque des Lumières. Ces deux temps forts sont séparés par un temps de latence, qui recouvre pour l’essentiel un «grand XVIIe siècle». Un second phénomène doit cependant être souligné: la concurrence qui se développe dès les années 1470-1480 conduit à une innovation de produit qui s’appuie notamment sur le recours aux langues vernaculaires. La librairie moderne sera une librairie compartimentée, dans laquelle le rôle du latin comme langue internationale devient très progressivement minoritaire.
L’abbé Raynal nous l’a appris, la mondialisation est un phénomène d’ordre géographique, mais l’économie y joue un rôle décisif, et fait que les équilibres géographiques se déplacent au cours des âges. Les presses ne «roulent» d’abord, dans nombre de villes d’Europe et dans les colonies, que pour l’Église et ses missions, ou pour les travaux d’intérêt local. L’essentiel des livres proprement dits continue à être produit dans quelques grands centres, et, pour l’outre-mer, importé d’Europe:
«L’apparition précoce de l’université et de l’imprimerie [dans les colonies hispano-américaines] était loin de signifier une position de tolérance. C’était, au contraire, un signe d’intransigeance culturelle, d’écrasement, de destruction, et de la nécessité impérieuse d’utiliser les moyens adéquats pour implanter la culture externe justificatrice de la domination, de l’occupation et de l’exploitation» (Nelson Werneck Sodré).
Au monastère de Belem, près de Lisbonne (cliché FB)
Le premier exemple d’une autonomie réelle de la production imprimée locale hors d’Europe est sans doute celui des Treize colonies anglaises d’Amérique, portées par un essor démographique qui les fait passer de 55000 en 1670 à 265 000 habitants en 1700 et à plus de deux millions vers 1770. La production conservée atteint 8000 titres pour le XVIIIe siècle, avec un développement particulièrement rapide des gazettes et des journaux après 1770-1780. Une génération après l’indépendance (1776), New York (qui n’avait qu’une «petite librairie» en 1700) est devenue la seconde ville de production de librairie en langue anglaise, après Londres, et la concurrence américaine se fait de plus en plus sensible au niveau international.
Mais la règle restera longtemps  celle de la dénivellation entre niveaux de développement et, même à la fin du XVIIIe siècle, lorsque des presses seront établies en Australie, cet auteur constate :
«Ce qui est sûr, c’est que les Anglais ont prévu une présence autonome de l’imprimé dans la Nouvelle-Galles-du-Sud dès le début, en 1788. Autonome, mais subalterne dans la mesure où la production locale devait être strictement officielle, ce qui supposait que tout le reste allait être importé d’Angleterre. On a donc envoyé une presse avec les navires de Philip, mais comme il n’y avait pas d’imprimeur, on a dû attendre 1795 et la présence d’un bagnard sachant se servir du matériel pour voir sortir les premières affiches et annonces…»
C’est que la «librairie» représente une activité hautement capitalistique et que, dès le XVe siècle, elle est structurée par les réseaux financiers. Autour de 1500, le marché est dominé par quatre villes, Venise, Paris, Leipzig et Lyon, dont la supériorité vient aussi de ce qu’elles assurent l’interface avec une périphérie moins développée: Venise pour la Méditerranée et l’Orient, Paris pour la France, Leipzig pour l’Europe centrale et orientale, Lyon pour le Sud-Ouest et la péninsule ibérique, bientôt aussi pour l’Amérique espagnole.
En 1539, le Sévillan Juan Cronberger obtient le privilège d’exclusivité pour l’exportation de livres en Nouvelle-Espagne. Mais, dans la seconde moitié du XVIe siècle, c’est la montée d’Anvers, avec Christophe Plantin: ce Tourangeau devenu archi-typographe du roi d’Espagne obtient à son tour le privilège du commerce du livre pour l’Empire espagnol. Les développements de la crise religieuse provoqueront bientôt le recul d’Anvers, au bénéfice des villes des Pays-Bas, notamment Amsterdam, et surtout, à terme, au bénéfice de Londres (XVIIe siècle).
Les pôles d’une librairie que l’on peut qualifier de mondiale se déplacent ainsi en fonction de la conjoncture, et leur position s’appuie sur le différentiel de développement d’une géographie à l’autre. À chaque époque, une ville ou un groupe de villes bénéficie de sa position par rapport aux géographies vers lesquelles se fera l’exportation des produits imprimés. Ajoutons que les réseaux professionnels ne sont pas tout: le rôle des réseaux informels des voyageurs, diplomates, étudiants, des militaires, des pèlerins et des commerçants de toutes sortes, est essentiel pour la diffusion des livres, comme le montre éloquemment, jusqu’au XVIIIe siècle, l’exemple de l’Europe centrale et orientale.

lundi 9 avril 2012

Histoire du livre et de la communication scientifique

Voici un titre trop modeste, et qui n'affiche pas tout l'intérêt du volume auquel il introduit:
Guylaine Beaudry,
La Communication scientifique et le numérique,
Paris, Lavoisier, 2011, 327 p., index, ill.
ISBN 978-2-7462-3133-7

Le livre que Madame Beaudry a tiré de son travail de thèse répond en effet à un désidérata permanent de la recherche, mais à un désidérata trop rarement concrétisé: il s'agit de l'interdisciplinarité, et en l'occurrence du souci d'inscrire dans une perspective pleinement historique un travail qui relève d'abord des sciences de l'information et de la documentation.
Chacun sait que les sciences dites "dures" sont particulièrement sensibles aux conditions de la publicité: il convient, d'une part, que les procédures de contrôle et de validation y soient le plus strictement respectées et, de l'autre, que les délais de publication soient réduits. Enfin, c'est peu de dire que ces conditions de fonctionnement peuvent avoir des implications financières extrêmement lourdes.
Le système des revues a des décennies durant prévalu dans le secteur des "sciences", avant que celui-ci ne bascule aujourd'hui dans la logique des nouveaux médias et du numérique.
Madame Beaudry est l'une de nos meilleures spécialistes de la problématique de l'information scientifique en nos débuts du IIIe millénaire, mais elle a précisément voulu inscrire son travail dans le long terme de l'histoire du livre et des médias: nous ne pouvons que lui en être reconnaissants, car la transdisciplinarité représente, toujours et partout, un véritable défi intellectuel, et d'abord pour celui qui s'y risque. Ayant par conséquent acquis une expertise très réelle dans un champ qui n'était pas a priori le sien, Madame Beaudry s'est donc attaché' à reprendre sa problématique en fonction de l'histoire même du domaine, recoupant histoire des idées, évolution des conditions de travail et de publication, et problématique de la lecture et de l'appropriation.
Le livre très convaincant de notre collègue canadienne reste un exemple trop rare, qui associe de la manière la plus heureuse la réflexion actuelle au soubassement historique, sans rien sacrifier des savoirs plus proprement bibliothéconomiques. En cela, l'auteur donne une leçon que l'on souhaiterait voir porter le plus largement possible.

Sommaire
Chapitre I- Regards historiques sur la révolution numérique
Chapitre II- Le livre savant au temps des premières universités
Chapitre III- Le livre savant imprimé
Chapitre IV- Le journal scientifique et la naissance d'un nouveau champ éditorial
Chapitre V- Historicité et contemporainéité des mutations de la communication scientifique
Chapitre VI- Production et évaluation du discours scientifique
Chapitre VII- Mutations sociales, économiques et organisationnelles des champs éditoriaux scientifiques du livre et de la revue

vendredi 30 septembre 2011

Deux conférences d'histoire du livre sur l'Italie

Monsieur Luca RIVALI,
professeur adjoint
à l'Université catholique du Sacré-Coeur (Milan)
donnera deux conférences
le mardi 4 octobre 2011, à l'enssib

À 14h., salle de bibliographie
La production et la circulation du livre à Brescia
dans la première moitié du XVIIe siècle

Brescia et son territoire sont un cas particulier dans le monde de la production et du commerce du livre en Italie. Depuis le XVe siècle, nous trouvons dans la ville des importantes imprimeries et la riviera du Lac de Garde est le centre de papeterie le plus important de la République de Venise. La tradition de l’édition de Brescia se poursuit sans interruption jusqu’aux années trente du XVIIe siècle. À cette époque, l’édition de Brescia est spécialisée dans le domaine religieux, et les imprimeurs et libraires sont tous liés les uns aux autres par des liens familiaux ou associatifs: en témoigne le nombre élevé des émissions de plusieurs éditeurs. Du point de vue de la librairie, Brescia est un pôle majeur, à mi-chemin entre Milan et Venise, et un centre de transit et de redistribution pour les livres destinés à d’autres villes moins importantes.


À 17h., salle N. 0. 26
Bibliographie et identité nationale:
le cas du Trentin au XVIIIe siècle

En 1733, Jacopo Tartarotti (Rovereto 1708-1737) a publié à Rovereto un Saggio della Biblioteca Tirolese, qui constitue la première tentative de reconstruire l’histoire littéraire du Trentin. Cette petite publication a provoqué une discussion de plus en plus animée jusqu’à la fin du siècle, dans l’environnement culturel de Trente et de Rovereto. Ce cas particulier montre comment la bibliographie, souvent considérée comme une discipline secondaire, peut contribuer à la définition de l’identité linguistique et culturelle d’une zone géographique de frontière.

Luca Rivali est diplômé de l’Université catholique, siège de Brescia, et il s’est spécialisé à l’Université d'Udine, où il a obtenu son doctorat en 2010. La même année il a été chercheur visiteur à l’Université catholique de Louvain à Louvain-la-Neuve (Belgique). Actuellement il est professeur adjoint de Bibliographie à l’Université catholique de Brescia, et il travaille à la compilation du catalogue des incunables et des édition du XVIe siècle du couvent de Saint-Sauveur de Jérusalem. Ses intérêts de recherche vont de l’histoire du livre à la bibliothéconomie, mais il s’est surtout occupé de l’histoire de la bibliographie et du commerce du livre. Il a publié en particulier Bibliografia e nazione: il caso Trentino nel ‘700, Udine, Forum, 2009 (Libri e biblioteche, 24).

École Nationale Supérieure des Sciences de l'Information et des Bibliothèques
17-21 boulevard du 11 Novembre 1918
69623 Villeurbanne Cedex (France)

(Communiqué par Raphaële Mouren et Dominique Varry).

samedi 24 septembre 2011

Actes du symposium de Bucarest, 2010

Viennent de paraître: les Actes du IIIe Symposium international d’histoire du livre tenu à Bucarest en 2010, en 4 impressionnants volumes sous emboîtage, soit plus de 2000 pages au total ! Les volumes sont répartis de la manière suivante:
1- Histoire et civilisation du livre, 516 pages.
2- Bibliothéconomie et sciences de l’information, 242 pages.
3- Études euro- et afro-asiatiques, 755 pages.
4- Latinité orientale, 636 pages.
Le volume I, coordonné par Frédéric Barbier, traite notamment de la problématique de la langue en tant que langue imprimée. Il prend ainsi la suite de la quatrième livraison de Histoire et civilisation du livre. Revue internationale (2008), qu’il vient enrichir et compléter de manière particulièrement heureuse pour une géographie souvent méconnue en Europe occidentale.

Table du volume I, Histoire et civilisation du livre (ordre alphabétique des auteurs)
- Frédéric Barbier, «Construction et réception du texte imprimé en Occident, XIVe-XXe siècle : le problème de la langue»
- Daniel Baric, «Oubli d’une écriture, mort d’une langue –résurrection par l’imprimé? Le cas du glagolitique et du végliote, île de Veglia / Krk (XIXe-XXe siècle»
- Monica Breazu, «L’usage des devises au XVIe siècle en France dans le livre imprimé»
- Vera Tchentsova, «La correspondance du patriarche d’Antioche Athanase IV Dabbās avec la cour russe: à propos de l’imprimerie arabe d’Alep»
- Carmen Cocea, «Les Mille et une nuits en version roumaine: que reste-t-il à faire?»
- Maria Danilov, «About Macarie’s Liturghier (1508) discovered in Bessarabia at the end of 19th century»
- Nadia Danova, «Sur le chemin difficile de la modernisation: notes sur la censure dans les Balkans aux XVIIIe-XIXe siècles»
- Marisa Midori Deaecto, «Édition et idées de révolution au Brésil (1830-1848)»
- Andrea De Pasquale, «Exoticis linguis: le edizioni di Giambattista Bodoni in caratteri orientali»
- Marie-Pierre Dion Turkovics, «Les langues et le livre: le manuscrit 150 de la Bibliothèque de Valenciennes»
- Vincenza Grassi, «A survey of Arab-Islamic studies published at the university of Naples L’Orientale»
- Martin Haeuser, «Les cultures européennes et l’avenir»
- Jacques Hellemans, «Le commerce international de la librairie belge au XIXe siècle: l’affaire des réimpressions»
- Doina Hendre Biro, «Les Batthyány et les livres français de leurs bibliothèques»
- Sabine Juratic, «Francophonie et commerce du livre en Europe de l’Est et du Sud-Est au XVIIIe siècle: quelques questions»
- Otto Lankhorst, «La francophonie dans la librairie hollandaise aux XVIIe et XVIIIe siècles»
- Catherine Bertho Lavenir, «Nouvelles technologies et question de la langue: les blogs littéraires et les langues dominées. L’exemple du Québec»
- Doina Lemny, «Brancusi, la tentation de l’illustration»
- Maria-Luisa Lopez-Vidriero, «Contraintes des gens du livre et du marché lecteur espagnol: le français comme affaire»
- Claire Madl, «Les réseaux francophones du libraire praguois Gerle (1770-1790)»
- Olimpia Mitric, «Valeurs bibliophiliques dans la langue française présente en Bucovine (XVIIe-XVIIIe siècles»
- István Monok, «Boldizsár Batthyány, un homme de culture française»
- Raphaële Mouren, «Choix de langues et stratégies éditoriales au milieu du XVIe siècle»
- Ioan Maria Oros, «Livre et propriétaire, un binôme symbolique, ou Sur le statut du donateur»
- Radu G. Pãun, «Paradoxe des langues: des usages du français dans le premier XIXe siècle roumain»
- Popi Polemi, «Le livre grec dans les milieux balkaniques à la veille de la Révolution nationale: l’exemple des prospectus et des listes de souscripteurs»
- Geoffrey Roper, «England and the printing of texts fir the Orthodox Christians in Greek and Arabic, 17th-18th centuries
- Virgiliu Z. Teodorescu, « Contributions to the biographie of the author of the book Podud Mogoṣoaiei»
- Marie-Hélène Tesnière, «Vitalité et rayonnement du français en Europe à la fin du Moyen Âge: l’exemple de la librairie de Charles V»
- Radu Ṣtefan Vergati, «Des documents, des incunables et des livres traitant des universités médiévales européennes, XIIIe-XVIIIe siècle»
- Attila Verók, «Ungarländische Geschichtsschreibung mit französischer Manier in Deutschland? Französische Gesinnungselemente im Lebenswerk Martin Schmeizels»

Quelques articles d’histoire du livre sont aussi publiés dans le volume II, et, d’une manière générale, l’historien des cultures trouvera beaucoup à glaner dans l’ensemble des quatre volumes.

Éditeur: Bibliothèque de Bucarest, ISSN 2068-9756
NB: les auteurs, notamment les auteurs qui ne sont pas roumains et qui souhaitent obtenir leur exemplaire, doivent s'adresser directement à la Bibliothèque métropolitaine de Bucarest.

samedi 17 septembre 2011

Conférence d'histoire du livre

Dans le cadre du séminaire « Langues, livres, lecteurs » organisé par Frédéric Barbier et Sabine Juratic à l’Institut d’histoire moderne et contemporaine (CNRS-ENS)

Mardi 27 septembre 2011
de 14h à 16h

Mme Marisa MIDORI DEAECTO,
professeur à l’université de SÃO PAULO,

présentera une intervention sur le thème

La réception des livres et périodiques français
au Brésil au XIXe siècle

École normale supérieure,
45 rue d’Ulm,
75005 Paris,
salle de réunion de l’IHMC (esc. D. 3e étage)
Entrée libre dans la limite des places disposnibles
Pr. Dr. Marisa Midori Deaecto

lundi 30 août 2010

Des livres pour tous

Nous signalions, le 17 mai dernier, la sortie du remarquable recueil d’études dirigé par Lodovica Braida et Mario Infelise sur le thème des «livres pour tous» (Libri pet tutti). La lecture des différents articles en est particulièrement stimulante, non seulement de par la problématique très large du propos, mais aussi parce que celui-ci est envisagé dans une perspective implicitement comparatiste, et surtout dans le long terme (de l’Ancien Régime à aujourd’hui).
Entre économie et contrôle. Le «livre pour tous» recouvre des problématiques qui sont d’abord d’ordre économique, dimension qui se fait progressivement plus sensible à partir de la fin de l’Ancien Régime et avec la seconde révolution du livre (à partir des années 1760 et au XIXe siècle). L’élargissement du public des lecteurs s’accompagne d’un élargissement du volume des affaires, et la logique même de l’industrialisation de la branche se fonde sur la mise en place d’une forme de production de masse dont la question de la qualité ne tardera pas à être posée.
Car le modèle du «livre pour tous» touche aussi à l’écriture (le type de diffusion est déjà pris en compte au niveau de l’écriture elle-même), tout comme à la problématique d’une lecture éventuellement définie comme «populaire» (voir sur ce point la critique très bien venue de Mario Infelise, p. 3). Mais il touche surtout au contrôle des textes et de leur diffusion, et, quelques décennies à peine après l’invention de la typographie en caractères mobiles (vers 1450), l’élargissement du public dévoile déjà certaines des ambiguïtés qu’il implique. D’une part, il est considéré comme bénéfique que chacun, du moment qu’il sait lire (mais pas nécessairement, avec la pratique de la lecture en public), puisse avoir accès aux textes imprimés, et d’abord aux textes sacrés. De l’autre, les dangers potentiels présentés par une lecture sans contrôle apparaissent aussi: il convient, pour pouvoir accéder à un certain type de textes, de disposer d’un certain niveau de formation intellectuelle qui garantirait de pouvoir distinguer plus précisément le vrai du faux, et qui serait nécessaire pour asseoir un jugement fondé. Bref, si tout un chacun peut lire, cela n’est pas nécessairement souhaitable, bien au contraire.
Six grandes parties. Après l’introduction de Mario Infelise, l’ouvrage publié par nos collègues envisage d'abord la question de l’articulation entre oralité et imprimé, puisque l’imprimé de grande diffusion s’adresse en priorité à un monde dominé par la communication orale: Mario Infelise rappelle d'ailleurs que, encore au début du XXe siècle, la Calabre compte 70% d’analphabètes, contre 11% au Piémont. De telles distorsions ne peuvent pas rester sans effets sur l’économie du livre.
Mentionnons plus particulièrement l’étude des chansons imprimées (par Tiziana Plebani, p. 57 et suiv.). On pourrait, d’une certaine manière, relier à cet exemple la question de l’image, traitée notamment par Giorgio Bacci pour la fin du XVIIIe et le XIXe siècle (p. 163 et suiv.) : l’article de Bacci envisage aussi la question des transferts de modèles éditoriaux, avec la prégnance de certains modèles français sur l’édition italienne au XIXe siècle.
Mais, bien évidemment, la lecture de grande diffusion concerne prioritairement les livres de piété, pour lesquels la conjoncture change très profondément entre le temps des Réformes, les suites du conciles de Trente et le passage à l’industrialisation au XIXe siècle: le problème du «livre pour tous» implique de plus en plus une perspective de prosélytisme, comme le montre l’exemple des publications catholiques (ou protestantes) dans l’Italie contemporaine (p. 206 et suiv.).
Du côté des stratégies éditoriales, le problème de la vulgarisation est envisagé de manière exemplaire par Paola Govoni («Scienza per tutti», p. 181 et suiv.). Le domaine du livre pédagogique constitue bien entendu un modèle idéaltypique pour le marché de masse à l’époque contemporaine, mais on peut bien penser qu’il aurait été intéressant d’essayer de le faire remonter antérieurement au XIXe siècle (p. 201 et suiv.).
Les deux dernières parties du recueil sont particulièrement suggestives: la première, qui ne compte que deux contributions, concerne la problématique de la distribution (p. 249 et suiv.) –puisque l’on sait qu’une des caractéristiques de la librairie pour le plus grand nombre est précisément de ne pas toujours passer par les canaux traditionnels de la diffusion. La dernière partie, enfin, porte sur l’historiographie, avec des articles sur la trajectoire des travaux sur le thème en Allemagne, en Espagne, en France et en Italie.
Quelques remarques qui s'inscrivent moins comme des critiques que comme des interrogations en vue d'une poursuite de la recherche. En premier lieu, une partie croissante de la «librairie» de grande diffusion concerne, depuis le XVIIIe siècle, non plus les livres, mais bien les périodiques, voire les journaux, et cette dualité fondamentale de l'objet n'apparaît peut-être pas si clairement au fil des différentes contributions. D'autre part, nous avons parfois le sentiment que, si la préférence donnée à une organisation thématique de ce recueil est tout à fait fondée, elle présente peut-être l'inconvénient de gommer, dans une certaine mesure, les processus de changement. Enfin, il faut souligner le fait que l'ouvrage porte prioritairement sur l’histoire du livre en Italie, par rapport à laquelle les autres traditions observables dans les différents pays européens restent largement absentes: la matière pour un second recueil, que l’on souhaiterait de qualité équivalente?

L'ouvrage comporte un index des noms de personnes et un cahier d'illustrations.

mardi 16 mars 2010

Conférence d'histoire du livre


Vendredi 19 mars 2010, 14h-16h
Troisième séance du séminaire "Langues, livres, lecteurs".

Les horizons de diffusion des publications en langue française à la lumière des archives commerciales de deux maisons d’édition de la fin du XVIIIe siècle
La Société typographique de Neuchâtel, par Monsieur Frédéric Inderwildi (Université de Lausanne),
La librairie Desaint de Paris, par Madame Sabine Juratic (Institut d'histoire moderne et contemporaine).

Le séminaire se tient dans la salle de réunion de l'Institut d'histoire moderne et contemporaine, École normale supérieure, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris (01 44 32 31 52). Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Informations sur ce séminaire:
http://www.ihmc.ens.fr/Langues-livres-lecteurs-le.html