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mercredi 6 juin 2012

Le premier catalogue d'Oxford

Nous évoquions récemment les origines de la nouvelle bibliothèque de l’université d’Oxford, à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle. La récente conférence de l’EPHE tenue à la Bibliothèque Mazarine a donné l’occasion d’examiner de manière plus précise le premier catalogue imprimé de cette bibliothèque:
Thomas James, Catalogus librorum bibliothecae publicae quam vir ornatissimus Thomas Bodleius eques auratus in Academia Oxoniensi nuper instituit; continet autem libros alphabeticæ dispositos secundum quatuor facultates: cum quadruplici elencho expositorum S. Scripturæ, Aristotelis, iuris vtriusq[ue] & principum medicinæ, ad vsum Almæ Academiæ Oxoniensis, auctore Thoma James ibidem bibliothecario, Oxoniæ [Oxford], apud Josephum Barnesium, 1605, 656 p.(Early English books, 1475-1640, 741:12.)
A 14868 (ex libris manuscrit de l’Oratoire, Paris, avec la cote ancienne).
La page de titre (cliché 1) et toutes les pages du catalogue s'inscrivent dans un élégant encadrement de quatre filets. Le titre lui-même est un titre long, avec un dispositif typographique très soigné: le metteur en pages a adopté la forme d'un sablier, en jouant sur les casses (capitales / petites capitales / minuscules, romains / italiques) et sur les différents corps de caractères. L’accent est mis sur la formule de «Bibliothèque publique», et sur le nom du fondateur. Le titre annonce précisément le contenu de l’ouvrage, soit un «catalogue alphabétique des livres selon les quatre facultés», mais qui fournira aussi quatre index thématiques (sur les commentateurs de la Bible, etc.) mis à la disposition des membres de l’université. Le nom de l’auteur figure en plus petit corps, avec l’indication de sa fonction («Bibliothécaire là même», autrement dit, dans et de cette même bibliothèque). Cette mention discrètement en retrait témoigne pourtant de la professionnalisation du métier, et le catalogue est en effet une démonstration très efficace du savoir spécialisé qui est celui du bibliothécaire. Nous sommes, à la nouvelle bibliothèque d'Oxford, devant une configuration très moderne.
Les Observations fournissent le mode d’emploi du catalogue, lequel sert à trouver les volumes et les textes dans la bibliothèque (cliché 2): il s’agit donc d’un usuel pratique, et tout a été en effet conçu (le système des cotes, etc.) dans un but pratique. D’abord la cote, constituée de trois éléments: la lettre majuscule correspond au classement systématique et topographique; le premier chiffre désigne la subdivision de cette lettre; le second chiffre, la position du volume dans la subdivision. Le pied de mouche permet de traiter les recueils in folio (les volumes constitués de plusieurs textes): il s’agit d’un renvoi à la notice principale, avec la cote sous laquelle on trouvera le volume en question. Tous ces volumes sont enchaînés, et les lecteurs y ont par conséquent directement accès. Les volumes de plus petit format sont indiqués par des astérisques (*), et ils ne sont pas enchaînés, de sorte qu'on doit les demander au bibliothécaire. La mention MS désigne un manuscrit, la mention Q, un document d’archive, et le détail des quatre tables et de l’index est précisé, avec la pagination pour les tables.
Les pages du catalogue lui-même se présentent selon un modèle constant (cliché 3): la faculté (Libri Theologici) et la pagination en titre courant, puis la lettre de série et la sous-série (A 1), suivies du détail des volumes et des textes, avec le numéro d’ordre de chacun. Nous sommes ici sur la page consacrée à saint Augustin, qui présente treize volumes, dont quatre manuscrits (n° 10 à 13). À la suite figurent les œuvres de saint Augustin reliées avec d’autres textes, et que l’on trouvera aux cotes indiquées (A 2 12, A 3 8, etc.). En bas de page, un petit opuscule in quarto ne figure par conséquent pas parmi les livres enchaînés. Le catalogue est conçu de telle manière que le chercheur travaillant sur un certain auteur trouvera rassemblés sur une même page en un même lieu les œuvres disponibles de cet auteur, mais on lui fournit aussi les indications permettant de retrouver les textes isolés inclus dans d'autres volumes. En revanche, si les notices catalographiques sont normalisées, elles restent relativement peu développées, en particulier pour les manuscrits (dont rien n'est dit de la datation, etc.).
Le volume de James représente donc un catalogue systématique sous-classé alphabétiquement, mais il fait aussi office de catalogue topographique (puisque les séries et sous-séries correspondent aux pupitres et aux rayonnages). L’ouvrage constitue aussi un index par auteurs et par titres des livres et des textes figurant dans la bibliothèque, avec tout un système de renvois. Enfin, les quatre tables en font un instrument de travail précieux donnant, toujours à partir du fonds de la bibliothèque, les références des principaux textes pour les théologiens, les philosophes, les juristes et les médecins.
La langue du catalogue est évidemment le latin, qui est la langue savante dominant le monde occidental au moins jusqu'au XVIIe siècle, voire plus tard. Le catalogue de James est donc reçu dans toute la République des Lettres, et il est bientôt considéré comme un usuel de travail pour les principales bibliothèques, par ex., dans notre cas, à l'Oratoire de Paris. Nous le retrouvons entre autres mentionné sous la plume du Père Jacob: Le catalogue de cette bibliothèque [Oxford] a esté imprimé in 8° par Thomas James, bibliothécaire (…), et depuis in quarto (Traicté des plus belles bibliothèques publiques et particulières qui ont este et qui sont maintenant dans le monde, Paris, Rollet le Duc, 1644, p. 265 et suiv.). Il est en effet rapidement réédité, avec un dispositif qui évolue progressivement pour s’adapter à l’accroissement des collections.
La conférence d’«Histoire et civilisation du livre» remercie la Bibliothèque Mazarine d’avoir rendu possible la riche séance de travail sur les premiers catalogues imprimés de bibliothèques.

mercredi 30 mai 2012

Les premiers catalogues imprimés de bibliothèques (en prélude à une conférence de l'EPHE)

On sait que les universités médiévales ne possèdent pas de bibliothèques, et que celles-ci sont abritées dans les collèges (comme la Sorbonne à Paris). Oxford ne déroge pas à la règle, avec notamment la bibliothèque de Divinity School, mais celle-ci est dispersée lors du passage à la Réforme anglicane (1550-1556). Les manuscrits sont bradés, et le mobilier cédé à Church College.
C’est pour remédier à ces pertes que Thomas Bodley (1545-1613), fellow de Merton College et diplomate d’Élisabeth Ière, décide de s’engager personnellement en faveur de sa refondation. Il écrit au vice-chancelier de l’université, en 1598:
Là où il y a eu une bibliothèque publique à Oxford (ce qui appert, comme vous savez, de la salle qui subsiste encore et de nos archives), je prendrai sur moi la charge te les frais de la restituer à son ancien usage ; et de la rendre apte et agréable, avec des sièges, des rayons et des pupitres, et tout ce qui peut être utile, pour inciter d’autres hommes à [cette] libéralité, et pour aider à lui procurer des livres (lettre citée par Antony Grafton, Grandes bibliothèques, p 166).
Notons l’épithète de « publique », qui ne correspond pas réellement à notre concept moderne, mais signifie plutôt que la bibliothèque n’était (et ne sera) pas privée, réservée aux seuls membres d’un collège. Il figurera au titre du premier catalogue imprimé (cf. infra).
La proposition de Bodley est acceptée, et une enquête conduite pour déterminer le programme de la construction:
Bodley (…) estima que ni lui-même, ni les architectes ne pouvaient improviser (…). Il écrivit au vice-chancelier en le priant de nommer un comité consultatif chargé de déterminer la meilleure présentation et la forme la plus digne. Le vice-chancelier était Thomas Thornton, chanoine de la cathédrale d’Hereford, «maître de la librairie» et responsable de l’adoption du «stall system» à Hereford en 1590, qu’il fit également choisir dans la grande salle du duc Humphrey, à la Bodléienne. Ce mobilier, très médiéval encore de style, fut installé avant 1600 (Masson, p. 112).
La grande salle de bibliothèque est ouverte en 1602 (Oldest Reading Room) au premier étage de Divinity School. Laissons de côté la question, pourtant célèbre, du mobilier et de l’aménagement d’ensemble. La bibliothèque sera confiée à Thomas James jusqu’en 1620, lequel en publie le catalogue en 1605, catalogue réédité et considérablement augmenté en 1620. Il est dédié au prince héritier, et s’ouvre par une préface qui reprend notamment l’historique de la collection.
Les volumes sont présentés selon l’ordre des facultés (théologie, médecine, droit, arts), avec une lettre de classement et un numéro d’ordre, tandis qu’un certain nombre de signes diacritiques désignent différentes catégories de textes ou d’exemplaires: le pied de mouche indique ainsi qu’il s’agit d’un recueil, et l’astérisque (*) accompagne les exemplaires de plus petit format (4° et 8°), qui ne sont pas enchaînés, et auxquels on n’a par conséquent pas accès directement (il faut pour les consulter s’adresser au bibliothécaire).
Deux tables sont insérées au fil du catalogue, qui sont des instruments de travail pour les chercheurs: la première référencie les commentateurs des différents livres de la Bible, la seconde, ceux d’Aristote. Enfin, le catalogue est complété par une table alphabétique des auteurs et des titres, table présentée sur trois colonnes.
On sait que le classement systématique sera abandonné dans l’édition de 1620 au profit du classement alphabétique, sans doute plus adapté à une collection qui a triplé ou quadruplé d’importance, mais qui reste elle-même classée systématiquement. Avec ce basculement, la question de repérer les auteurs et les textes de références se pose dans des termes nouveaux: il ne s’agit plus de suivre un ordre qui désigne par lui-même une hiérarchie, mais d’instituer de nouvelles instances et de nouvelles procédures de prescription dans lesquelles la «République des Lettres» (la préface du premier catalogue en fait déjà mention) jouera un rôle croissant.
Mais ce sujet relèverait d’un autre billet. Soulignons simplement, pour conclure, que le catalogue imprimé d’Oxford s’impose rapidement comme un usuel bibliographique que l’on trouvera dans les principales collections de l’Europe du début du XVIIe siècle –entre autres, à la Mazarine.

Thomas James, Catalogus librorum bibliothecae publicae quam vir ornatissimus Thomas Bodleius eques auratus in Academia Oxoniensi nuper instituit; continet autem libros alphabeticè dispositos secundum quatuor facultates: cum quadruplici elencho expositorum S. Scripturae, Aristotelis, iuris vtriusq[ue] & principum medicinae, ad vsum almae Academiae Oxoniensis, auctore Thoma James ibidem bibliothecario, Oxoniae, apud Josephum Barnesium, 1605, 656 p.

lundi 28 mai 2012

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études,
IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 4 juin 2012
14h30-17h (environ)
Catalogues de bibliothèques (Moyen Âge-XVIIIe siècle)

 par
Monsieur Frédéric Barbier, directeur d'études,
Monsieur Istvan Monok, professeur d'histoire du livre à l'Université de Szeged,
Monsieur Yann Sordet, directeur de la Bibliothèque Mazarine,
Monsieur Jean Vezin, membre correspondant de l'Institut

Attention: cette conférence, la dernière de l'année universitaire 2011-2012 se tiendra à la Bibliothèque Mazarine, salle Alfred Franklin,
25 quai de Conti, 75006 Paris 

La capacité d'accueil de la salle étant limitée, les participants sont invités à s'inscrire auprès du secrétariat de l'IHMC, Tél. 01 44 32 31 52, avant vendredi 1er juin à midi.

Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2011-2012.

dimanche 20 mai 2012

Une histoire de catalogues (en prélude à une conférence de l'EPHE)

La bibliothèque de Wolfenbüttel dispose depuis un vingtaine d’années d’un usuel particulièrement intéressant pour les historiens: il s’agit du Lexicon zur Geschichte une Gegenwart der Herzog August Bibliothek Wolfenbüttel, autrement dit d’un petit dictionnaire présentant par ordre alphabétique une suite d’articles qui tracent un tableau d’ensemble de la bibliothèque, entre sa création dans la seconde moitié du XVIe (Bibliotheca Julia) et la fin du XXe siècle. L’ouvrage, diffusé en commission par la Librairie Harrassowitz de Wiesbaden, compte moins de 200 pages, imprimées sur deux colonnes et largement illustrées. Il a été offert à l’ancien directeur de la bibliothèque, et son refondateur, le Pr. Dr. Paul Raabe, à l’occasion de son départ à la retraite après vingt-quatre années passées à la tête de l’établissement.
Un dictionnaire de ce type ne remplace pas absolument une monographie de l’histoire de la bibliothèque, parce que les informations y sont dispersées selon la série des intitulés d’articles, les uns thématiques (par ex.: Blockbücher, qui donne une information rapide et une bibliographie sur les livrets xylographiques conservés à Wolfenbüttel), les autres consacrés à telle ou telle personnalité ou à tel ou tel exemplaire spectaculaire (dont le premier est le célébrissime Évangéliaire de Henri le Lion).
Mais l’ouvrage est particulièrement commode, et il fournit toutes les informations utiles au chercheur qui voudrait approfondir un certain sujet. Bien évidemment, il complété aujourd’hui par les sources disponibles sur Internet, soit sur le site de la Bibliothèque elle-même, soit dans la notice correspondante du Handbuch coordonné par Bernhard Fabian.
Arrêtons-nous un instant sur les premiers catalogues anciens de Wolfenbüttel. La bibliothèque a été créée par le duc Julius, lui-même collectionneur, qui monte sur le trône en 1568, qui fait passer la principauté du côté de la Réforme, qui en modernise en profondeur l’administration et qui fonde l’université de Helmstedt, un temps l’un des plus importantes de toute l’Allemagne. Les bibliothèques sécularisées rejoignent la bibliothèque du prince à Wolfenbüttel, tandis que les acquisitions se poursuivent, concernant parfois des bibliothèques entières (dont une partie de la bibliothèque de Johann Aurifaber, ancien famulus de Luther, en 1578).
Un bibliothécaire est nommé en 1571, et le règlement de la bibliothèque, daté du 5 avril 1572, précise expressément que la rédaction d’un catalogue sera l’une de ses charges principales. À la fin du XVIe siècle, la bibliothèque compte environ 4300 titres.
Le premier catalogue général n’est entrepris qu’en 1599, sur ordre du nouveau duc par le bibliothécaire Johann Adam Leonicerus. Le travail sera poursuivi pendant une quinzaine d’années, jusqu’en 1614. Il s’agit d’un catalogue systématique et topographique: les livres sont classés en trente-quatre catégories, qui suivent le dispositif des sept arts libéraux (trivium et quadrivium), et qui correspondent aussi à l’ordre matériel du rangement (ms. Cod. Guelf. A. Extr.).
L’énorme avantage de la systématique est de donner une information sur la qualité des textes (l’ordre des classes est un ordre selon une importance décroissante), ce qui n’est pas directement le cas avec un catalogue par noms d’auteurs. Par ailleurs, les notices de Wolfenbüttel précisent un certain nombre de particularités d’exemplaires.
Le second grand catalogue est commencé en 1627, et il sera poursuivi pratiquement un siècle durant: sous le duc August († 1666), la bibliothèque devient la première d’Europe (135 000 titres à la mort du duc), ce qui suppose bien évidemment de prendre des dispositions nouvelles pour sa gestion. Les fonds sont répartis en dix-neuf classes, auxquelles s’ajouteront une classe consacrée aux manuscrits (Libri manuscripti) et une pour les acquisitions (Libri varii). Chaque exemplaire présent dans la bibliothèque porte une cote au dos, qui indique la classe (par ex. Hist.) et le numéro d’ordre (112), éventuellement développé (112.1, 112.2, etc.), avec parfois la précision qu’il s’agit d’un grand format.
Ce catalogue, qui comptera pour finir six volumes, est complété par un premier index des noms d’auteurs, avant que Leibniz ne prenne en 1691 l’initiative de réaliser un catalogue alphabétique à titres courts. Ajoutons que le duc August lui-même assure lui-même une grande partie de la rédaction des notices (jusqu’à la page 3692!), et que le catalogue est disponible sur la célèbre «roue à livre» (Bücherrad), qui facilite à la fois la copie et la consultation de ces gros volumes in-folio (cliché ci-contre).
La thématique des catalogues de bibliothèques sera reprise dans les conférences de l'École pratique des hautes études des 21 mai et 4 juin 2012 (la seconde conférence se tiendra à la Bibliothèque Mazarine). 

Sur les anciens catalogues de Wolfenbüttel, voir: Maria von Katte, «Herzog August und die Kataloge der seiner Bibliothek», dans Wolfenbütteler Beiträge, 1, 1972, p. 168-199.

lundi 7 mai 2012

Aux Pays-Bas: catalogues anciens et numérisation

Nous étions aux Pays-Bas, à Leyde, pour y découvrir la bibliothèque de l'université et la Bibliotheca Thysiana. Au nord du pays, la ville de Groningue (Groningen), chef-lieu de la province du même nom et ancienne cité hanséatique, est intégrée en 1536 dans les territoires soumis à Charles Quint. Mais Groningue participe dès 1579 à l’union d’Utrecht contre les Espagnols. Elle est siège d’une université, qui prend la suite du Lycée, à partir de 1614 (à terme, chaque province aura son université). Une bibliothèque est prévue, abritée au premier étage, dans une galerie de 30m sur 4m environ éclairée par six fenêtres. Sa gestion est confiée à un professeur: une première liste des titres disponibles est dressée en 1618-1619 par Nicolaus Mulerius, professeur de mathématiques et de médecine, et en charge de la bibliothèque. Ce catalogue fait l’objet d’un exemplaire de travail et d’un exemplaire calligraphié sous une belle reliure en peau de truie.
Les fonds de la bibliothèque seront d’abord constitués de dons et de legs, mais aussi à l’occasion des ventes qui se tiennent dans les villes des provinces méridionales, et surtout par le dépôt des collections religieuses sécularisées (1624). Lorsque les moyens le permettent, des acquisitions ponctuelles sont également effectuées. L’imprimeur de l’université a l’obligation de verser un exemplaire de chaque ouvrage qu’il publie, de même que les nouveaux professeurs. Le dispositif matériel est probablement analogue à celui de Leyde, les livres étant classés systématiquement en huit «pupitres» doubles (soit seize lettres, de A à Q), et enchaînés. On sait que la salle était aussi équipée d’une table, et décorée de globes et de portraits. Les pièces les plus précieuses, notamment les manuscrits, sont conservées dans une armoire fermée.
La bibliothèque est agrandie en 1667, un nouveau règlement est adopté l’année suivante, et le nouveau catalogue publié en 1669 (donc sensiblement après Leyde, en 1595, et Franeker, en 1601). Le dispositif des chaînes est probablement démonté dans les années 1655, quand les étudiants obtiennent un accès, même limité, à la collection. En dehors de l’université, la bibliothèque est aussi ouverte aux fonctionnaires de la ville et de la province, pasteurs, médecins, etc.
Le catalogue «calligraphié» de 1618-1619 a été digitalisé et est aujourd’hui disponible sur Internet d’une manière particulièrement commode. Les 405 notices sont normalisées: auteur, titre, adresse typographique, éventuellement quelques indications complémentaires. Il s’agit d’un exemplaire destiné à susciter les donations, comme le titre le précise.


On accède au document sur un site spécialisé:
http://syllabus.ub.rug.nl/index.html,

en cliquant sur le deuxième hier figurant dans le texte. Suivent le frontispice et le titre manuscrit (Syllabus librorum omnium in bibliotheca academica: cliché 1), puis la préface, enfin le détail des notices. Celles-ci s’ouvrent avec la section de théologie, qui commence elle-même par un exemplaire de la Bible polyglotte donnée par Plantin à Anvers (la Biblia Regia). Le site propose la transcription de la page manuscrite (ce que la qualité de l'écriture ne rend pas indispensable), et surtout, en cliquant sur chaque notice, une description bibliographique courte (dans la marge de droite: cliché 2). Un second «clic», sur la cote (pour la Biblia Regia, UKLU AA-1), permet d’accéder à la notice bibliographique complète de l’exemplaire considéré (cliché 3).
Voici un exemple remarquable d’ancien catalogue à la fois systématique et topographique, et de mise en œuvre élégante et efficace des nouveaux moyens de communication liés à Internet.
(Nous remercions notre collègue Monsieur Otto Lankhorst de nous avoir signalé le site du Syllabus de Groningue).

dimanche 26 février 2012

Alsatica de Colmar

Nous évoquions sur ce blog, il y a déjà quelque temps, les richesses exceptionnelles de la Bibliothèque municipale classée de Colmar, dans le département du Haut-Rhin.
Aujourd'hui, cette bibliothèque annonce qu’une part significative de ses collections patrimoniales, à savoir sa très riche collection d’Alsatiques, est désormais signalée sur son catalogue informatique, à l’adresse suivante:
http://bibliotheque.colmar.fr/
ou, en se connectant directement à la page consacrée au catalogue des Alsatiques:
http://bibliotheque.colmar.fr/Patrimoine/fonds_local_alsatique
Cette collection, axée principalement sur l'Alsace centrale et le Haut-Rhin constitue, par son ampleur, un fonds régional de référence, le plus important après celui de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, et avec la collection de la Bibliothèque Alsatique du Crédit Mutuel de Strasbourg. À vocation encyclopédique, il ne laisse de côté aucun aspect de la vie locale et comprend des documents de tout niveau, de la lecture de divertissement aux études les plus savantes. La collection léguée par Ignace Chauffour à la ville en 1879 en constitue une partie essentielle.
Le chantier de catalogage a été ouvert en 2011, grâce à un cofinancement notamment assuré par la Ville de Colmar: 26459 notices, décrivant 33192 documents imprimés, du XVIe siècle à nos jours, ont été versées dans la base bibliographique, alors qu’elles étaient auparavant seulement consultables dans les fichiers de la Bibliothèque. Ces Alsatiques vont être également signalés par le Catalogue Collectif de France.

(Information communiquée par Rémi Casin)

mardi 14 février 2012

Histoire des classifications

Nous avons mis en ligne ce jour une note d'une dizaine de pages sur l'histoire des cadres de classement, tant sur le plan de l'épistémologie que sur celui de la bibliothéconomie (ci-contre, rubrique "pages", sous l'intitulé Esthétique de la taxinomie). Le lecteur trouvera ci-dessous quelques clichés susceptibles de servir d'illustrations. Rappelons que l'utilisation des textes présentés sur ce blog est libre, mais qu'elle suppose que l'on en indique la provenance. Rappelons aussi que nous recevons toujours avec reconnaissance les remarques, compléments, suggestions et autres qui nous sont faites. 
1- Supplément à la Bibliographie instructive de Debure (exemplaire de la Bibliothèque de Valenciennes).
2- À la cathédrale du Puy: la fresque de la Rhétorique.

3- Catalogue de vente de Peter Schoeffer (Bayerische Staatsbibliothek, Munich)
4- Incipit du catalogue.
5- Note manuscrite: le voyageur de Schoeffer loge à l'auberge de l'Homme sauvage, où l'on est prié de se rendre.
6- La Bibliotheca universalis de Gesner (page de titre).
7- Dans la Bibliotheca de Gesner, la table par noms d'auteurs.
8- Avertissement de la table.





dimanche 12 février 2012

Conférence EPHE


Nota. Nous nous excusons de ne publier le présent billet qu'avec retard. En déplacement à Bologne, à l'occasion de la fondation du Centre européen d'histoire du livre, le directeur d'études a en effet été quelque peu retardé par les intempéries. Le cliché, qui pour une fois ne se rapporte pas à l'histoire du livre, donne une vue réellement insolite de la charmante église de S. Stefano, en plein cœur de la ville ancienne.


École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 13 février 2012
16h-18h
1) Introduction à l’histoire des classifications (fin)
2) Glossaire de l'histoire du livre (fin)


par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études
Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2011-2012.
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mardi 7 février 2012

Colloque d'histoire du livre à Bologne

Projet "Bologna ville capitale du livre"
 
Colloque international
“D’une révolution du livre à l’autre:
le paradigme de la classification bibliographique ”
En collaboration avec la Bibliothèque de l’Archiginnasio de Bologne
Bibliothèque de l'Archiginnasio, salle du Stabat Mater
 10-11 février 2012
Bibliothèque de l’Archiginnasio, salle du “Stabat Mater”
Bibliothèque des Collections d’art et d’histoire
de la Fondazione Carisbo,
église de San Giorgio in Poggiale
 
Programme
10 février, 16h–19h
Bibliothèque de l’Archiginnasio,
salle du “Stabat Mater”
Interventions de:
Pierangelo Bellettini, directeur de la Bibliothèque de l’Archiginnasio
Frédéric Barbier, directeur d'études à l'École pratique des hautes études, Paris
Gilles Mandelbrote, directeur de la Lambeth Palace Library, London
Andrea De Pasquale, directeur de la Bibliothèque nationale Braidense, Milano
Istvan Monok, professeur à l'université de Szeged
Christine Lebeau, professeur à l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne
Mario Infelise, professeur à l'université Ca’ Foscari, Venezia
 
11 février, 9h30
Biblioteca di San Giorgio in Poggiale
Rencontre de fondation du “Centre d’études d’histoire du livre”
sous l'égide de la Fondazione Cassa di Risparmio in Bologna
Débat avec les participants du colloque
coordonné par Daniela Gallingani,
présidente de la Faculté des langues et littératures étrangères,
membre du conseil de la Fondazione Carisbo
 
Visite de la Bibliothèque d’art et d’histoire de San Giorgio in Poggiale
et des palais de “Genius Bononiae – Musées de la ville”
 
13h Déjeuner conclusif

dimanche 5 février 2012

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 6 février 2012
16h-18h
Introduction à l’histoire des classifications

par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études

La conférence abordera le problème de l’histoire de la taxinomie et des classifications bibliographiques, en développant d’abord quelques considérations théoriques: la classification bibliographique relève de deux domaines largement disjoints l’un de l’autre, et qui sont, d’une part, la théorie du classement des connaissances, et de l’autre l’économie des livres. Cette dernière formule elle-même recouvre des réalités différentes : on pense naturellement au classement et au rangement des livres sur les rayons, mais il faut aussi penser à la nécessité économique qui est celle de produire et de faire circuler une information bibliographique permettant de diffuser les productions (d’où l’édition de catalogues, etc.).
Les logiques de classement sont d’une grande variété, mais elles peuvent se réduire à trois modèles théoriques fondamentaux:
1) Le premier, qui est longtemps le plus pratiqué, se réfère au contenu des livres (caractères internes des livres), et le classement se fait en général par sujets (c’est un classement systématique). Pourtant, on peut aussi classer en fonction de caractères particuliers: un classement relativement fréquent semble être celui par langues, notamment le latin et le grec à la Renaissance, puis les différentes langues modernes (avec l’opposition entre la langue vernaculaire principale et les langues dites «étrangères»). C’est évidemment à ce niveau que le rapport est le plus direct avec la théorie de la classification des connaissances –mais pas seulement : une catégorie spécifique concerne les livres interdits, voire ceux dont on estime que l’on ne pourra pas les mettre «entre toutes les mains» («l’Enfer»).
À Admont, une partie du rayons des "Écritures" (Scripturae)
2) Articulé avec le premier, le second modèle se fonde sur ce que nous avons appelé l’«étiquette», autrement dit la formule de référence permettant d’identifier le texte –et le livre. Cette étiquette peut se limiter à l’incipit, mais sa forme classique articulera les deux catégories fondamentales de l’auteur et du titre, complétées progressivement par des catégories secondaires, notamment l’adresse bibliographique. Dès lors que le classement est celui des étiquettes normalisées, il devient possible d’appliquer au corpus un modèle abstrait, celui de l’ordre alphabétique (classement par auteurs ou par titres): mais d’autres catégories peuvent être employées, avec par exemple le classement par ordre chronologique des éditions (cas des incunables), celui par villes d’édition, voire celui qui se cale sur les pratiques d'utilisation (avec les fonds d'usuels mis à disposition dans les bibliothèques, à commencer par les livres enchaînés: cf. cliché).
3) Le troisième modèle est celui qui privilégie les caractéristiques physiques externes des objets (des livres): il s’agit le plus souvent des formats, mais le classement peut aussi se faire selon d’autres critères, comme ceux de la fabrication du volume (les manuscrits sont classés à part), de la présence en nombre d’illustrations («livres illustrés»), ou encore du caractère particulièrement rare ou précieux des exemplaires (aboutissant à l’institution de «réserves des livres rares et précieux»). Ces indicateurs sont intéressants a posteriori, parce qu’ils informent éventuellement sur les objectifs des responsables, bibliothécaires ou libraires, et sur les conditions dans lesquelles s’exerce leur activité.
Bien entendu, les trois catégories ainsi définies ne se présentent en général pas comme des entités indépendantes: le classement principal est complété par des sous-classements spécifiques, tandis que d’autres instruments de travail sont mis à disposition en complément de la série principale. C’est ainsi qu’un catalogue systématique pourra être complété par des jeux d’index alphabétiques permettant de retrouver les textes ou les volumes que l’on cherche, tandis que la disposition des volumes sur les rayonnages d’une bibliothèque (classement topographique) suppose de disposer d'instruments de travail permettant à l’utilisateur de localiser lesdits volumes.
Différents exemples de catalogues et de bibliothèques des périodes médiévale et moderne (surtout jusqu’au XVIIe siècle et à Gabriel Naudé) seront donnés comme illustrations.

Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2011-2012.
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).


Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

dimanche 6 mars 2011

Conférences d'histoire du livre

École pratique des Hautes Études
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 7 mars 2011
14h-16h
Des bibliothèques parlantes:
circulation et usages des catalogues de bibliothèque
à l'époque moderne (XVIIe-XVIIIe siècle)
par
Madame Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille
chargée de conférences à l’EPHE
16h-18h 
Traductions et transferts culturels au Siècle des Lumières:
approches, circulations, appropriations
 professeur à l'université de Sarrebruck,
directeur d'études invité étranger

Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage, salle 123).
Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2010-2011.

Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur ce blog).
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samedi 13 février 2010

Conférence d'histoire du livre

Vendredi 19 février 2010, deuxième séance du séminaire "Langues, livres, lecteurs".
14h-16h
Les catalogues de livres comme source de l'histoire du livre, par Madame Ève Netchine (Bibliothèque de l'Arsenal)
La langue et la bibliothéconomie d'Ancien Régime, par Monsieur Frédéric Barbier (EPHE/CNRS).
Le séminaire se tient dans la salle de réunion de l'Institut d'histoire moderne et contemporaine, École normale supérieure, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris (01 44 32 31 52). Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Informations sur ce séminaire:
http://www.ihmc.ens.fr/Langues-livres-lecteurs-le.html