C’est faute de compétences linguistiques suffisantes que les historiens du livre négligent trop souvent le cas pourtant très important des «anciens Pays-Bas», et plus particulièrement de leur partie nord, qui correspond à la géographie politique des actuels Pays-Bas. Rappelons que nous sommes, au bas Moyen Âge, dans l’espace privilégiée de la piété nouvelle, la devotio moderna, dont tous les auteurs ont souligné le lien qu’elle entretient avec l’essor de l’alphabétisation, avec le passage à des pratiques individuelles de lecture et, in fine, avec les développements de l’économie du livre en général. Les Frères de la Vie commune, qui sont les initiateurs du mouvement, s’établissent d’abord à Deventer (où Gert Groote naît en 1340) et à Zwolle. Le recueil de l’Imitation de Jésus-Christ, le plus grand succès de la librairie occidentale après la Bible, naît dans leur obédience, et il sera très rapidement (et très longtemps) diffusé partout.
De manière pratiquement concomitante, la poussée de la demande en livres provoque l’apparition, dans cette même géographie, de techniques «proto-typographiques» permettant de reproduire les textes: il s’agit certainement de xylographies, peut-être de caractères et groupes de caractères gravés dans le bois et combinés entre eux, voire parfois de procédés mal aboutis faisant déjà appel au métal. Sur la place principale de Haarlem, la statue de Laurent Coster commémore toujours celui qui est proclamé le véritable inventeur de la typographie en caractères mobiles, une vingtaine d’années avant Gutenberg… (cliché 1).
On sait d’autre part que les Pays-Bas se caractérisent à la fois, dans la seconde moitié du XVe siècle, par la pénétration précoce de l’imprimé et par la place globalement tenue dans la production par les textes en langue vernaculaire, en l’occurrence le flamand. La ville hanséatique de Deventer prend rang parmi les dix premiers pôles d’impression dans l’Europe des incunables: son école latine accueille successivement Thomas a Kempis, le futur pape Adrien VI, Érasme, et beaucoup d’autres (cliché 2).
Le second XVIe siècle pourrait être qualifié de «siècle de fer» s’il n’était déjà pour partie le «siècle d’or»: les Pays-Bas sont intégrés à l’empire de Charles Quint, mais, après l’abdication de l’empereur (1555), ils passent sous l’obédience de Philippe II d’Espagne. Or, si Charles Quint, né à Gand, était attaché aux anciens territoires bourguignons, Philippe II résidera pratiquement toujours en Espagne et, surtout, sa politique vise avant tout à préserver l’orthodoxie catholique quand la pénétration de la Réforme se fait de plus en plus sensible dans la géographie des Pays-Bas.
Le pays confié en 1558 par le roi au stathouder (gouverneur) Guillaume d’Orange, dit le Taciturne (la Hollande, la Zélande et Utrecht), bascule progressivement dans la révolte, et la noblesse locale (les «Gueux») joue un rôle décisif dans l’essor du mouvement. Par ailleurs, les Pays-Bas, qui disposent d'États provinciaux, sont peu disposés à obéir à une monarchie absolutiste lointaine. La révolte ouverte est déclarée en 1568, et l’Union d’Utrecht scelle en 1579 l’alliance de cinq provinces (Hollande, Zélande, Utrecht, Groningue et Gueldre): la lutte contre l’Espagne ne prendra fin qu’au terme de la «Guerre de quatre-vingts ans», avec les traités de Westphalie (1648) par lesquels est définitivement reconnue l’indépendance des Provinces-Unies.
Or, la crise religieuse, la guerre et la conquête de l’indépendance sont des temps forts pour la publicistique, donc a posteriori pour l’histoire du livre. Nous ne ferons que mentionner ici la fondation de l’université de Leyde par Guillaume le Taciturne, en 1575, fondation qui fera bientôt de la ville un pôle éditorial de première importance –il n’est que de penser à la dynastie des Elsevier.
Arrêtons-nous plutôt aujourd’hui sur l’essor d’une production de pièces de circonstances, textes réglementaires, nouvelles et canards, attaques des uns et des autres, polémiques de toutes sortes, sans oublier les caricatures –le duc d’Albe figuré en hydre, mangeant un enfant et agitant, de ses multiples bras, les pantins de Guise, de Granvelle (un étranger...) et de plusieurs autres, tout en piétinant des cadavres. L’économie des pièces de polémique s’impose certes d’abord en Allemagne avec la Réforme luthérienne, mais les Pays-Bas de la Guerre de quatre-vingts ans constituent aussi une de leur géographie de prédilection: la présence de colporteurs et de marchands ambulants en porte éloquemment témoignage (cliché 3).
Légendes des clichés: 1) Statue de Laurent Coster, sur la grande place de Haarlem; 2) Production imprimée en vernaculaire dans les dix premiers centres éditoriaux d'Europe au XVe siècle (source: Philippe Niéto, dans Mélanges Aquilon; 3) Colporteurs des Pays-Bas au XVIIe siècle (Prinsenshof, Delft).
vendredi 20 avril 2012
vendredi 13 avril 2012
Une devinette d'histoire du livre
Comment mieux commencer les vacances qu'avec une petite devinette que nous propose le site de la Bibliothèque du Musée Condé, au château de Chantilly?
"Quelle chose est au monde qui moins prouffite quand il est clos?"
"C'est ung livre"
Le site de la Bibliothèque explique que la devinette est tirée du manuscrit 654, manuscrit visiblement fort élégant, "écrit sur parchemin à Gand ou Bruges vers 1470, [et qui] est le plus ancien et le plus riche recueil de devinettes du Moyen Age", tout au moins s'agissant de l'espace francophone.
"Quelle chose est au monde qui moins prouffite quand il est clos?""C'est ung livre"
Le site de la Bibliothèque explique que la devinette est tirée du manuscrit 654, manuscrit visiblement fort élégant, "écrit sur parchemin à Gand ou Bruges vers 1470, [et qui] est le plus ancien et le plus riche recueil de devinettes du Moyen Age", tout au moins s'agissant de l'espace francophone.
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mercredi 11 avril 2012
Histoire du livre et mondialisation
En matière de «librairie», la mondialisation est un phénomène très précoce. La typographie en caractères mobiles apparaît probablement en 1452, et le «premier grand livre européen», la Bible à 42 lignes, date de 1454-1455. Après une courte période (jusqu’en 1462) où la technique est tenue secrète pas ses promoteurs, la géographie de l'art nouveau explose: 250 villes sont des villes «roulantes» en Europe entre 1450 et 1501, et les presses apparaissent au XVIe siècle dans les colonies espagnoles d’Amérique, à Mexico d’abord, puis à Lima. Deux autres imprimeries sont ensuite établies à Puebla (1640) et Guatemala (1660).
Les colonies anglaises suivent l’Espagne avec retard, mais leur rattrapage est d’autant plus rapide: la première presse arrive en Amérique du Nord en décembre 1638, et le premier titre sort des presses de Newtown (Cambridge) en 1640 (le Bay Psalm Book). Une seconde presse est importée en 1659, et les programmes de bibliographie rétrospective recensent quelque soixante-huit titres publiés en Amérique du Nord au XVIIe siècle. Vers l’Est, une imprimerie jésuite est créée par les Portugais à Goa en 1557, et le collège jésuite d’Amakusa (Japon) possède des presses en 1591.
Si nous voulions tracer les très grands traits d’une conjoncture de la mondialisation dans le domaine de l'imprimé entre le XVe et le XVIIIe siècle, nous distinguerions donc deux moments où la dilatation géographique est plus sensible, les XVe et en partie XVIe siècles, et l’époque des Lumières. Ces deux temps forts sont séparés par un temps de latence, qui recouvre pour l’essentiel un «grand XVIIe siècle». Un second phénomène doit cependant être souligné: la concurrence qui se développe dès les années 1470-1480 conduit à une innovation de produit qui s’appuie notamment sur le recours aux langues vernaculaires. La librairie moderne sera une librairie compartimentée, dans laquelle le rôle du latin comme langue internationale devient très progressivement minoritaire.
L’abbé Raynal nous l’a appris, la mondialisation est un phénomène d’ordre géographique, mais l’économie y joue un rôle décisif, et fait que les équilibres géographiques se déplacent au cours des âges. Les presses ne «roulent» d’abord, dans nombre de villes d’Europe et dans les colonies, que pour l’Église et ses missions, ou pour les travaux d’intérêt local. L’essentiel des livres proprement dits continue à être produit dans quelques grands centres, et, pour l’outre-mer, importé d’Europe:
«L’apparition précoce de l’université et de l’imprimerie [dans les colonies hispano-américaines] était loin de signifier une position de tolérance. C’était, au contraire, un signe d’intransigeance culturelle, d’écrasement, de destruction, et de la nécessité impérieuse d’utiliser les moyens adéquats pour implanter la culture externe justificatrice de la domination, de l’occupation et de l’exploitation» (Nelson Werneck Sodré).
Le premier exemple d’une autonomie réelle de la production imprimée locale hors d’Europe est sans doute celui des Treize colonies anglaises d’Amérique, portées par un essor démographique qui les fait passer de 55000 en 1670 à 265 000 habitants en 1700 et à plus de deux millions vers 1770. La production conservée atteint 8000 titres pour le XVIIIe siècle, avec un développement particulièrement rapide des gazettes et des journaux après 1770-1780. Une génération après l’indépendance (1776), New York (qui n’avait qu’une «petite librairie» en 1700) est devenue la seconde ville de production de librairie en langue anglaise, après Londres, et la concurrence américaine se fait de plus en plus sensible au niveau international.
Mais la règle restera longtemps celle de la dénivellation entre niveaux de développement et, même à la fin du XVIIIe siècle, lorsque des presses seront établies en Australie, cet auteur constate :
«Ce qui est sûr, c’est que les Anglais ont prévu une présence autonome de l’imprimé dans la Nouvelle-Galles-du-Sud dès le début, en 1788. Autonome, mais subalterne dans la mesure où la production locale devait être strictement officielle, ce qui supposait que tout le reste allait être importé d’Angleterre. On a donc envoyé une presse avec les navires de Philip, mais comme il n’y avait pas d’imprimeur, on a dû attendre 1795 et la présence d’un bagnard sachant se servir du matériel pour voir sortir les premières affiches et annonces…»
C’est que la «librairie» représente une activité hautement capitalistique et que, dès le XVe siècle, elle est structurée par les réseaux financiers. Autour de 1500, le marché est dominé par quatre villes, Venise, Paris, Leipzig et Lyon, dont la supériorité vient aussi de ce qu’elles assurent l’interface avec une périphérie moins développée: Venise pour la Méditerranée et l’Orient, Paris pour la France, Leipzig pour l’Europe centrale et orientale, Lyon pour le Sud-Ouest et la péninsule ibérique, bientôt aussi pour l’Amérique espagnole.
En 1539, le Sévillan Juan Cronberger obtient le privilège d’exclusivité pour l’exportation de livres en Nouvelle-Espagne. Mais, dans la seconde moitié du XVIe siècle, c’est la montée d’Anvers, avec Christophe Plantin: ce Tourangeau devenu archi-typographe du roi d’Espagne obtient à son tour le privilège du commerce du livre pour l’Empire espagnol. Les développements de la crise religieuse provoqueront bientôt le recul d’Anvers, au bénéfice des villes des Pays-Bas, notamment Amsterdam, et surtout, à terme, au bénéfice de Londres (XVIIe siècle).
Les pôles d’une librairie que l’on peut qualifier de mondiale se déplacent ainsi en fonction de la conjoncture, et leur position s’appuie sur le différentiel de développement d’une géographie à l’autre. À chaque époque, une ville ou un groupe de villes bénéficie de sa position par rapport aux géographies vers lesquelles se fera l’exportation des produits imprimés. Ajoutons que les réseaux professionnels ne sont pas tout: le rôle des réseaux informels des voyageurs, diplomates, étudiants, des militaires, des pèlerins et des commerçants de toutes sortes, est essentiel pour la diffusion des livres, comme le montre éloquemment, jusqu’au XVIIIe siècle, l’exemple de l’Europe centrale et orientale.
Les colonies anglaises suivent l’Espagne avec retard, mais leur rattrapage est d’autant plus rapide: la première presse arrive en Amérique du Nord en décembre 1638, et le premier titre sort des presses de Newtown (Cambridge) en 1640 (le Bay Psalm Book). Une seconde presse est importée en 1659, et les programmes de bibliographie rétrospective recensent quelque soixante-huit titres publiés en Amérique du Nord au XVIIe siècle. Vers l’Est, une imprimerie jésuite est créée par les Portugais à Goa en 1557, et le collège jésuite d’Amakusa (Japon) possède des presses en 1591.
Si nous voulions tracer les très grands traits d’une conjoncture de la mondialisation dans le domaine de l'imprimé entre le XVe et le XVIIIe siècle, nous distinguerions donc deux moments où la dilatation géographique est plus sensible, les XVe et en partie XVIe siècles, et l’époque des Lumières. Ces deux temps forts sont séparés par un temps de latence, qui recouvre pour l’essentiel un «grand XVIIe siècle». Un second phénomène doit cependant être souligné: la concurrence qui se développe dès les années 1470-1480 conduit à une innovation de produit qui s’appuie notamment sur le recours aux langues vernaculaires. La librairie moderne sera une librairie compartimentée, dans laquelle le rôle du latin comme langue internationale devient très progressivement minoritaire.
L’abbé Raynal nous l’a appris, la mondialisation est un phénomène d’ordre géographique, mais l’économie y joue un rôle décisif, et fait que les équilibres géographiques se déplacent au cours des âges. Les presses ne «roulent» d’abord, dans nombre de villes d’Europe et dans les colonies, que pour l’Église et ses missions, ou pour les travaux d’intérêt local. L’essentiel des livres proprement dits continue à être produit dans quelques grands centres, et, pour l’outre-mer, importé d’Europe:
«L’apparition précoce de l’université et de l’imprimerie [dans les colonies hispano-américaines] était loin de signifier une position de tolérance. C’était, au contraire, un signe d’intransigeance culturelle, d’écrasement, de destruction, et de la nécessité impérieuse d’utiliser les moyens adéquats pour implanter la culture externe justificatrice de la domination, de l’occupation et de l’exploitation» (Nelson Werneck Sodré).
![]() |
| Au monastère de Belem, près de Lisbonne (cliché FB) |
Mais la règle restera longtemps celle de la dénivellation entre niveaux de développement et, même à la fin du XVIIIe siècle, lorsque des presses seront établies en Australie, cet auteur constate :
«Ce qui est sûr, c’est que les Anglais ont prévu une présence autonome de l’imprimé dans la Nouvelle-Galles-du-Sud dès le début, en 1788. Autonome, mais subalterne dans la mesure où la production locale devait être strictement officielle, ce qui supposait que tout le reste allait être importé d’Angleterre. On a donc envoyé une presse avec les navires de Philip, mais comme il n’y avait pas d’imprimeur, on a dû attendre 1795 et la présence d’un bagnard sachant se servir du matériel pour voir sortir les premières affiches et annonces…»
C’est que la «librairie» représente une activité hautement capitalistique et que, dès le XVe siècle, elle est structurée par les réseaux financiers. Autour de 1500, le marché est dominé par quatre villes, Venise, Paris, Leipzig et Lyon, dont la supériorité vient aussi de ce qu’elles assurent l’interface avec une périphérie moins développée: Venise pour la Méditerranée et l’Orient, Paris pour la France, Leipzig pour l’Europe centrale et orientale, Lyon pour le Sud-Ouest et la péninsule ibérique, bientôt aussi pour l’Amérique espagnole.
En 1539, le Sévillan Juan Cronberger obtient le privilège d’exclusivité pour l’exportation de livres en Nouvelle-Espagne. Mais, dans la seconde moitié du XVIe siècle, c’est la montée d’Anvers, avec Christophe Plantin: ce Tourangeau devenu archi-typographe du roi d’Espagne obtient à son tour le privilège du commerce du livre pour l’Empire espagnol. Les développements de la crise religieuse provoqueront bientôt le recul d’Anvers, au bénéfice des villes des Pays-Bas, notamment Amsterdam, et surtout, à terme, au bénéfice de Londres (XVIIe siècle).
Les pôles d’une librairie que l’on peut qualifier de mondiale se déplacent ainsi en fonction de la conjoncture, et leur position s’appuie sur le différentiel de développement d’une géographie à l’autre. À chaque époque, une ville ou un groupe de villes bénéficie de sa position par rapport aux géographies vers lesquelles se fera l’exportation des produits imprimés. Ajoutons que les réseaux professionnels ne sont pas tout: le rôle des réseaux informels des voyageurs, diplomates, étudiants, des militaires, des pèlerins et des commerçants de toutes sortes, est essentiel pour la diffusion des livres, comme le montre éloquemment, jusqu’au XVIIIe siècle, l’exemple de l’Europe centrale et orientale.
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lundi 9 avril 2012
Histoire du livre et de la communication scientifique
Voici un titre trop modeste, et qui n'affiche pas tout l'intérêt du volume auquel il introduit:
Guylaine Beaudry,
La Communication scientifique et le numérique,
Paris, Lavoisier, 2011, 327 p., index, ill.
ISBN 978-2-7462-3133-7
Le livre que Madame Beaudry a tiré de son travail de thèse répond en effet à un désidérata permanent de la recherche, mais à un désidérata trop rarement concrétisé: il s'agit de l'interdisciplinarité, et en l'occurrence du souci d'inscrire dans une perspective pleinement historique un travail qui relève d'abord des sciences de l'information et de la documentation.
Chacun sait que les sciences dites "dures" sont particulièrement sensibles aux conditions de la publicité: il convient, d'une part, que les procédures de contrôle et de validation y soient le plus strictement respectées et, de l'autre, que les délais de publication soient réduits. Enfin, c'est peu de dire que ces conditions de fonctionnement peuvent avoir des implications financières extrêmement lourdes.
Le système des revues a des décennies durant prévalu dans le secteur des "sciences", avant que celui-ci ne bascule aujourd'hui dans la logique des nouveaux médias et du numérique.
Madame Beaudry est l'une de nos meilleures spécialistes de la problématique de l'information scientifique en nos débuts du IIIe millénaire, mais elle a précisément voulu inscrire son travail dans le long terme de l'histoire du livre et des médias: nous ne pouvons que lui en être reconnaissants, car la transdisciplinarité représente, toujours et partout, un véritable défi intellectuel, et d'abord pour celui qui s'y risque. Ayant par conséquent acquis une expertise très réelle dans un champ qui n'était pas a priori le sien, Madame Beaudry s'est donc attaché' à reprendre sa problématique en fonction de l'histoire même du domaine, recoupant histoire des idées, évolution des conditions de travail et de publication, et problématique de la lecture et de l'appropriation.
Le livre très convaincant de notre collègue canadienne reste un exemple trop rare, qui associe de la manière la plus heureuse la réflexion actuelle au soubassement historique, sans rien sacrifier des savoirs plus proprement bibliothéconomiques. En cela, l'auteur donne une leçon que l'on souhaiterait voir porter le plus largement possible.
Sommaire
Chapitre I- Regards historiques sur la révolution numérique
Chapitre II- Le livre savant au temps des premières universités
Chapitre III- Le livre savant imprimé
Chapitre IV- Le journal scientifique et la naissance d'un nouveau champ éditorial
Chapitre V- Historicité et contemporainéité des mutations de la communication scientifique
Chapitre VI- Production et évaluation du discours scientifique
Chapitre VII- Mutations sociales, économiques et organisationnelles des champs éditoriaux scientifiques du livre et de la revue
Guylaine Beaudry,
La Communication scientifique et le numérique,
Paris, Lavoisier, 2011, 327 p., index, ill.
ISBN 978-2-7462-3133-7
Le livre que Madame Beaudry a tiré de son travail de thèse répond en effet à un désidérata permanent de la recherche, mais à un désidérata trop rarement concrétisé: il s'agit de l'interdisciplinarité, et en l'occurrence du souci d'inscrire dans une perspective pleinement historique un travail qui relève d'abord des sciences de l'information et de la documentation.
Chacun sait que les sciences dites "dures" sont particulièrement sensibles aux conditions de la publicité: il convient, d'une part, que les procédures de contrôle et de validation y soient le plus strictement respectées et, de l'autre, que les délais de publication soient réduits. Enfin, c'est peu de dire que ces conditions de fonctionnement peuvent avoir des implications financières extrêmement lourdes.
Le système des revues a des décennies durant prévalu dans le secteur des "sciences", avant que celui-ci ne bascule aujourd'hui dans la logique des nouveaux médias et du numérique.
Madame Beaudry est l'une de nos meilleures spécialistes de la problématique de l'information scientifique en nos débuts du IIIe millénaire, mais elle a précisément voulu inscrire son travail dans le long terme de l'histoire du livre et des médias: nous ne pouvons que lui en être reconnaissants, car la transdisciplinarité représente, toujours et partout, un véritable défi intellectuel, et d'abord pour celui qui s'y risque. Ayant par conséquent acquis une expertise très réelle dans un champ qui n'était pas a priori le sien, Madame Beaudry s'est donc attaché' à reprendre sa problématique en fonction de l'histoire même du domaine, recoupant histoire des idées, évolution des conditions de travail et de publication, et problématique de la lecture et de l'appropriation.
Le livre très convaincant de notre collègue canadienne reste un exemple trop rare, qui associe de la manière la plus heureuse la réflexion actuelle au soubassement historique, sans rien sacrifier des savoirs plus proprement bibliothéconomiques. En cela, l'auteur donne une leçon que l'on souhaiterait voir porter le plus largement possible.
Sommaire
Chapitre I- Regards historiques sur la révolution numérique
Chapitre II- Le livre savant au temps des premières universités
Chapitre III- Le livre savant imprimé
Chapitre IV- Le journal scientifique et la naissance d'un nouveau champ éditorial
Chapitre V- Historicité et contemporainéité des mutations de la communication scientifique
Chapitre VI- Production et évaluation du discours scientifique
Chapitre VII- Mutations sociales, économiques et organisationnelles des champs éditoriaux scientifiques du livre et de la revue
samedi 7 avril 2012
Histoire du livre dans une perspective transnationale
Séance du séminaire
Langues, livres, lecteurs: traductions et circulations
Mardi 10 avril 2012
14h-16h
Presse francophone et traduction dans l'espace culturel russe,
XVIIIe-début XIXe siècle
par
Vladislav Rjéoutski
(attaché de recherche à l'Université de Bristol)
et
Vladimir Somov
(enseignant et chercheur au Conservatoire national de Saint-Pétersbourg)
La séance se tient à l'École normale supérieure, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris, salle de réunion de l'Institut d'histoire moderne et contemporaine, Esc. D, 3e étage
Entrée libre dans la limite des places disponibles
mercredi 4 avril 2012
Histoire du livre à la Bibliothèque Mazarine
Un succès de librairie européen : l’Imitatio Christi, 1470-1850,
préf. Gabriel de Broglie, introduction Yann Sordet,
Paris, Éditions des Cendres, Bibliothèque Mazarine, 2012,
195 p., ill. 35 euros.
ISBN 979-10-90853-01-0 / 978-2-86742-194-5
Il y a quelques semaines sortait le Catalogue des Imitatio Christi conservées dans les principales bibliothèques parisiennes. L’exposition inaugurée hier soir à la Bibliothèque Mazarine présente une série d'exemplaires remarquables de l'Imitatio, et elle est accompagnée d’un catalogue co-édité par la Bibliothèque Mazarine et par les Éditions des Cendres.
Le titre du catalogue peut surprendre, en ce qu’il met l’accent sur la perspective d’histoire économique du livre: l’Imitatio est d’abord envisagée comme «un succès de librairie européen», voire mondial. Elle a été constituée en tant que recueil de quatre textes vers 1427, et nous en conservons quelque 800 manuscrits. Mais la typographie en caractères mobiles fait passer sa diffusion à un autre niveau, à partir de la première édition, à Augsbourg probablement en 1470 (édition princeps, réalisée du vivant de l’auteur): nous sommes à 74 éditions connues pour le XVe siècle, mais à 329 pour le XVIe, à 810 pour le XVIIe et à 1084 pour le XVIIIe…
Même si les chiffres de tirage moyen sont nécessairement de l’ordre de l’hypothèse et même si ceux retenus par Yann Sordet paraissent très (trop?) prudents, ce sont bien évidemment plusieurs millions (peut-être quatre à cinq millions) d’exemplaires du texte qui sont mis en circulation au cours de la période. Le tableau de la p. 107 donne des éléments tangibles sur lesquels appuyer les évaluations (tirage des Imitatio de Plantin entre 1598 et 1645).
Mais l’exposition ne se borne pas à souligner le rôle de l’Imitatio comme idéaltype du succès de librairie: l’essentiel réside bien évidemment ailleurs, dans l’histoire des sensibilités religieuses (à commencer par la devotio moderna), dans la réception du texte (largement diffusé dans les différentes langues vernaculaires), dans la problématique de son attribution (cf. p. 13 et suiv. du catalogue, mais aussi la notice 17, p. 101 et suiv.), dans l’étude de sa mise en livre, et notamment de son illustration.
L’exposition présente 35 numéros, par ordre chronologique de publication: deux manuscrits, puis l’exemplaire de l’édition princeps conservé à Sainte-Geneviève (n° 3) et celui de la première édition en français (Toulouse, 1488 : n° 5, exemplaire de la collection Dutuit). Cette édition est en grande partie reprise dans celle de Jean Lambert à Paris en 1493 (n° 9)… Parmi les autres éditions présentées, nous remarquons celle de Plantin en 1599 (n° 14), celle des presses du Collège anglais de Saint-Omer en 1613 (n° 15), sans oublier celle donnée par l’Imprimerie royale à Paris en 1640 (n° 22). C'est peu de dire que nous sommes alors dans la conjoncture de la reconquête catholique...
La notice consacrée à l’adaptation de l’Imitatio par Pierre Corneille en 1656 (n° 24 a et b) effectue un rapprochement avec un remarquable manuscrit réalisé pour le duc de Bourgogne Philippe le Bon en 1462 et aujourd’hui conservé à Valenciennes. Mentionnons encore une édition en arabe sortie de presses de la Congrégation De Propaganda Fide en 1663 (n° 27), celle donnée par l’Imprimerie de Monsieur à Paris en 1788 (n° 32) et celle de Bodoni à Parme cinq ans plus tard (n° 33).
La série se referme avec la seconde Imitatio de Curmer (1856, n° 35), qui fonctionne comme une proclamation des capacités techniques des «arts du livre» sous le Second Empire. Ajoutons que les exemplaires présentés sont tous exceptionnels non seulement du point de vue de l'histoire éditoriale et de la trajectoire du texte, mais aussi par leurs particularités, notamment s’agissant des reliures.
Le catalogue est à la fois un modèle d’érudition par ses notices savantes établies par les meilleurs spécialistes, et une belle démonstration de pédagogie, par les analyses plus générales et les tableaux d’ensemble permettant de contextualiser un certain nombre de phénomènes important. Il est enfin un livre parfaitement réussi sur le plan matériel, et remarquablement illustré. Il se referme sur la bibliographie et sur l’index.
préf. Gabriel de Broglie, introduction Yann Sordet,
Paris, Éditions des Cendres, Bibliothèque Mazarine, 2012,
195 p., ill. 35 euros.
ISBN 979-10-90853-01-0 / 978-2-86742-194-5
Le titre du catalogue peut surprendre, en ce qu’il met l’accent sur la perspective d’histoire économique du livre: l’Imitatio est d’abord envisagée comme «un succès de librairie européen», voire mondial. Elle a été constituée en tant que recueil de quatre textes vers 1427, et nous en conservons quelque 800 manuscrits. Mais la typographie en caractères mobiles fait passer sa diffusion à un autre niveau, à partir de la première édition, à Augsbourg probablement en 1470 (édition princeps, réalisée du vivant de l’auteur): nous sommes à 74 éditions connues pour le XVe siècle, mais à 329 pour le XVIe, à 810 pour le XVIIe et à 1084 pour le XVIIIe…
Même si les chiffres de tirage moyen sont nécessairement de l’ordre de l’hypothèse et même si ceux retenus par Yann Sordet paraissent très (trop?) prudents, ce sont bien évidemment plusieurs millions (peut-être quatre à cinq millions) d’exemplaires du texte qui sont mis en circulation au cours de la période. Le tableau de la p. 107 donne des éléments tangibles sur lesquels appuyer les évaluations (tirage des Imitatio de Plantin entre 1598 et 1645).
Mais l’exposition ne se borne pas à souligner le rôle de l’Imitatio comme idéaltype du succès de librairie: l’essentiel réside bien évidemment ailleurs, dans l’histoire des sensibilités religieuses (à commencer par la devotio moderna), dans la réception du texte (largement diffusé dans les différentes langues vernaculaires), dans la problématique de son attribution (cf. p. 13 et suiv. du catalogue, mais aussi la notice 17, p. 101 et suiv.), dans l’étude de sa mise en livre, et notamment de son illustration.
| Imitatio Christi en breton, Quimper, 1743 (notice n° 30, exemplaire de l'Arsenal) |
La notice consacrée à l’adaptation de l’Imitatio par Pierre Corneille en 1656 (n° 24 a et b) effectue un rapprochement avec un remarquable manuscrit réalisé pour le duc de Bourgogne Philippe le Bon en 1462 et aujourd’hui conservé à Valenciennes. Mentionnons encore une édition en arabe sortie de presses de la Congrégation De Propaganda Fide en 1663 (n° 27), celle donnée par l’Imprimerie de Monsieur à Paris en 1788 (n° 32) et celle de Bodoni à Parme cinq ans plus tard (n° 33).
La série se referme avec la seconde Imitatio de Curmer (1856, n° 35), qui fonctionne comme une proclamation des capacités techniques des «arts du livre» sous le Second Empire. Ajoutons que les exemplaires présentés sont tous exceptionnels non seulement du point de vue de l'histoire éditoriale et de la trajectoire du texte, mais aussi par leurs particularités, notamment s’agissant des reliures.
Le catalogue est à la fois un modèle d’érudition par ses notices savantes établies par les meilleurs spécialistes, et une belle démonstration de pédagogie, par les analyses plus générales et les tableaux d’ensemble permettant de contextualiser un certain nombre de phénomènes important. Il est enfin un livre parfaitement réussi sur le plan matériel, et remarquablement illustré. Il se referme sur la bibliographie et sur l’index.
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dimanche 1 avril 2012
Les origines de la Bibliothèque Vaticane
Au retour des papes d’Avignon à Rome (1420), la Ville a beaucoup perdu en importance, avec ses quelque 30000 habitants et son habitat réduit, souvent au milieu de champs de ruines. Le palais du Latran était l’ancienne résidence pontificale: il est tellement dégradé que les papes, à partir de Martin V, s’établissent au Vatican, qui se présente alors comme un palais forteresse près de la basilique de Saint-Pierre. Martin V (1420-1447) prend les premières mesures en vue de la renaissance de la Ville, mesures que Nicolas V (Tommaso Parentucelli da Sarzana, règne de 1447 à 1455) va s’efforcer de systématiser: le pape prépare un vaste plan d’urbanisme et rétablit l’Aqua Virgo, tandis que le Palazzo Bembbo (au pied du Capitole) sera achevé sous Paul II.
À sa mort, Nicolas V expliquera le rôle de l’urbanisme aux cardinaux qui l’entourent: Écoutez, vénérables frères, et pesez les raisons qui nous ont incité à donner tant d’importance aux constructions. (…) Nous savons bien que seuls ceux qui sont profondément versés dans les études peuvent comprendre quelle grande chose est l’Église romaine. Le vulgaire au contraire, privé de culture et sevré de toute étude, a beau avoir l’air de prêter attention aux enseignements autorisés des savants, en réalité, s’il n’est frappé par la grandeur de quelque œuvre matérielle qui s’impose à lui par sa magnificence, à mesure que le temps passe, il en vient peu à peu à perdre sa confiance (cité par Grimal, p. 156).
Ce texte fondamental nous donne comme la théorie de la double fonction de la bibliothèque moderne, en tant qu'elle est une institution destinée d’une part aux savants, et de l’autre, en quelque sorte de l’extérieur, à l’homme du «commun».
Nicolas V est en effet un clerc de petite origine formé à Florence, où il a nombre d'amis intellectuels et artistes. Il a accom- pagné l’humaniste Giovanni Aurispa (1376-1459) dans son exploration des bibliothèques allemandes à la suite du concile de Bâle.
Élu pape en 1447, il donnera toute son attention à la Bibliothèque, établie dans une salle de l'ancien palais de Nicolas III où lui-même tient des discussions avec ses amis: il la réorganise et l’enrichit. Il est en outre l’auteur d’un nouveau cadre de classification des livres, appliqué par Cosme de Médicis dans la Libreria di S. Marco avant de se diffuser dans les principales bibliothèques du XVe siècle. Le bibliothécaire Giovanni Tortelli († 1466), médecin, helléniste et auteur d’un De Orthographia, l’applique déjà aux volumes de la bibliothèque pontificale, dont il est en charge à partir de 1449.
La collection de Nicolas V est constituée de trois ensembles: d’abord, les livres des prédécesseurs du pape, notamment Eugène IV à l'époque du concile de Florence (340 volumes). Puis la bibliothèque humaniste rassemblée par Nicolas V (Enoch d’Ascoli recherche pour lui des manuscrits en Grèce, en Allemagne et jusqu'au Danemark). Le troisième groupe comprend les copies faites pour le pape, souvent aussi des traductions du grec (par Lorenzo Valla, George de Trébizonde, etc.).
Copistes et miniaturistes sont appelés de Bologne et de Florence pour poursuivre leur travail à Rome, où un petit groupe d’humanistes, traducteurs et éditeurs se rassemble autour de Théodore Gaza, l’un des hellénistes les plus actifs des décennies 1450-1470. Une partie de ces opérations a été financée par les revenus provenant de l’année jubilaire 1450. À la mort du pape, la bibliothèque compte déjà quelque 1200 manuscrits (dont 350 manuscrits grecs) dans douze armoires.
La Ville va s'imposer dès lors comme l’une des capitales de l’humanisme européen, où l’imprimerie est introduite dès 1466, et où la bibliothèque des papes se développe progressivement. Les successeurs de Nicolas V, Calixte III (Alphonse Borgia, 1455-1458), mais surtout Pie II (Æneas Silvius Piccolomini, 1458-1464) et Paul II (Pietro Barbo, 1464-1471), poursuivent la même politique d’enrichissement. Le rôle principal sera pourtant pris par un frère mineur de Savone, Francesco della Rovere (Sixte IV, pape de 1471 à 1484).
C’est Sixte IV en effet qui élève la bibliothèque pontificale au rang d’institution permanente, par la bulle Ad decorem militantis ecclesiae (15 juin 1475), et qui l’établit dans un local spécifique (la Bibliothèque Vaticane a donc pu commémorer son cinquième centenaire en 1975). La bulle ordonne de réunir les volumes appartenant à Sixte IV avec ceux qui viennent de ses prédécesseurs. Un premier inventaire des fonds ainsi réunis est réalisé de mars à mai 1475, et donne le détail des manuscrits. Comme on le sait, nous conservons aujourd'hui non seulement la grande fresque de Melozzo da Forli représentant la fondation de la bibliothèque et la nomination du premier bibliothécaire (cf. cliché), mais aussi une partie des fresque des frères Ghirlandaio et qui décoraient les deux premières salles de la «bibliothèque publique» à la fin du XVe siècle.
À sa mort, Nicolas V expliquera le rôle de l’urbanisme aux cardinaux qui l’entourent: Écoutez, vénérables frères, et pesez les raisons qui nous ont incité à donner tant d’importance aux constructions. (…) Nous savons bien que seuls ceux qui sont profondément versés dans les études peuvent comprendre quelle grande chose est l’Église romaine. Le vulgaire au contraire, privé de culture et sevré de toute étude, a beau avoir l’air de prêter attention aux enseignements autorisés des savants, en réalité, s’il n’est frappé par la grandeur de quelque œuvre matérielle qui s’impose à lui par sa magnificence, à mesure que le temps passe, il en vient peu à peu à perdre sa confiance (cité par Grimal, p. 156).
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| Melozzo da Forli, Fondation de la BIbliothèque Vaticane, 1475 |
Nicolas V est en effet un clerc de petite origine formé à Florence, où il a nombre d'amis intellectuels et artistes. Il a accom- pagné l’humaniste Giovanni Aurispa (1376-1459) dans son exploration des bibliothèques allemandes à la suite du concile de Bâle.
Élu pape en 1447, il donnera toute son attention à la Bibliothèque, établie dans une salle de l'ancien palais de Nicolas III où lui-même tient des discussions avec ses amis: il la réorganise et l’enrichit. Il est en outre l’auteur d’un nouveau cadre de classification des livres, appliqué par Cosme de Médicis dans la Libreria di S. Marco avant de se diffuser dans les principales bibliothèques du XVe siècle. Le bibliothécaire Giovanni Tortelli († 1466), médecin, helléniste et auteur d’un De Orthographia, l’applique déjà aux volumes de la bibliothèque pontificale, dont il est en charge à partir de 1449.
La collection de Nicolas V est constituée de trois ensembles: d’abord, les livres des prédécesseurs du pape, notamment Eugène IV à l'époque du concile de Florence (340 volumes). Puis la bibliothèque humaniste rassemblée par Nicolas V (Enoch d’Ascoli recherche pour lui des manuscrits en Grèce, en Allemagne et jusqu'au Danemark). Le troisième groupe comprend les copies faites pour le pape, souvent aussi des traductions du grec (par Lorenzo Valla, George de Trébizonde, etc.).
Copistes et miniaturistes sont appelés de Bologne et de Florence pour poursuivre leur travail à Rome, où un petit groupe d’humanistes, traducteurs et éditeurs se rassemble autour de Théodore Gaza, l’un des hellénistes les plus actifs des décennies 1450-1470. Une partie de ces opérations a été financée par les revenus provenant de l’année jubilaire 1450. À la mort du pape, la bibliothèque compte déjà quelque 1200 manuscrits (dont 350 manuscrits grecs) dans douze armoires.
La Ville va s'imposer dès lors comme l’une des capitales de l’humanisme européen, où l’imprimerie est introduite dès 1466, et où la bibliothèque des papes se développe progressivement. Les successeurs de Nicolas V, Calixte III (Alphonse Borgia, 1455-1458), mais surtout Pie II (Æneas Silvius Piccolomini, 1458-1464) et Paul II (Pietro Barbo, 1464-1471), poursuivent la même politique d’enrichissement. Le rôle principal sera pourtant pris par un frère mineur de Savone, Francesco della Rovere (Sixte IV, pape de 1471 à 1484).
C’est Sixte IV en effet qui élève la bibliothèque pontificale au rang d’institution permanente, par la bulle Ad decorem militantis ecclesiae (15 juin 1475), et qui l’établit dans un local spécifique (la Bibliothèque Vaticane a donc pu commémorer son cinquième centenaire en 1975). La bulle ordonne de réunir les volumes appartenant à Sixte IV avec ceux qui viennent de ses prédécesseurs. Un premier inventaire des fonds ainsi réunis est réalisé de mars à mai 1475, et donne le détail des manuscrits. Comme on le sait, nous conservons aujourd'hui non seulement la grande fresque de Melozzo da Forli représentant la fondation de la bibliothèque et la nomination du premier bibliothécaire (cf. cliché), mais aussi une partie des fresque des frères Ghirlandaio et qui décoraient les deux premières salles de la «bibliothèque publique» à la fin du XVe siècle.
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