vendredi 16 mars 2012

Conférences d'histoire du livre


École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 19 mars 2012
 
14h-16h
Bibliothèques supprimées au XVIIIe siècle
par
Madame Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille,
chargée de conférences à l’EPHE

Le grand-duché de Toscane est un bon observatoire de ce qui se joue, en matière de bibliothèques, dans les suppressions ecclésiastiques. Comme d’autres Etats italiens, trois vagues de suppressions s’y déroulent en moins d’un demi-siècle (suppressions jésuites en 1773, léopoldiennes dans les années 1780, napoléoniennes en 1808 et 1810), permettant d’aborder de manière comparée les modalités de leur mise en œuvre et l’évolution des réflexions sur le sort à donner aux livres. Avec les Etats pontificaux, le grand-duché est par ailleurs le seul Etat de la péninsule à mettre en place au XVIIIe siècle une législation destinée à protéger, non seulement les œuvres d’art et les antiquités, mais également les manuscrits et les ouvrages rares, voire des bibliothèques entières.

16h-18h
L'aménagement et le mobilier des bibliothèques
du Moyen Âge à l'époque moderne:
le "Grand siècle" des bibliothèques 
 par 
Monsieur Frédéric Barbier, 
directeur d'études
Rome, Bibliotheca Angelica (cliché FB)
Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2011-2012.
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mercredi 14 mars 2012

Colloque d'histoire du livre à Rome

Le colloque international «Mobilità dei mestieri del libro tra Quattrocento e Seicento», qui se tient en ce moment même à l’université La Sapienza de Rome, s’insère dans un programme en cours depuis 2008 (PRIN 2008), et qui trouve là un de ses points d’orgue. Portant sur la première modernité, soit les XVe-XVIIe siècles, la problématique adoptée est à la fois innovante et transdisciplinaire, puisqu’elle associe au premier chef histoire, sociologie et ethnologie.
À notre point de vue, la mobilité peut s’entendre selon deux approches complémentaires, selon que l’on privilégie le cadre externe ou le cadre interne.
1) La mobilité externe concerne les phénomènes migratoires. Elle est la première à prendre en considération, pour des raisons chronologiques: l’innovation représentée par la typographie en caractères mobiles apparaît en effet dans la région du Rhin moyen au milieu du XVe siècle, et l’essor de la technique nouvelle constitue aussi un chapitre d’une histoire plus large des migrations et des transferts de toutes sortes.
Cosimo Palagiano a ouvert le colloque par une synthèse des phénomènes migratoires en Italie au cours de la période considérée, en insistant sur les catégories démographiques générales. La typologie opposera les migrations liées à la médiocrité des conditions de vie (on est contraint au départ), à celles qui concernent les milieux favorisés (dont les négociants) et à celles effectuées pour des raisons religieuses ou politiques. Certaines villes italiennes se caractérisent en outre par la présence de colonies étrangères importantes, notamment Venise et les Grecs, ou encore Livourne, fondée par les Médicis à la fin du XVIe siècle.
L’approche peut aussi privilégier la catégorie des savoirs et des compétences: plusieurs conférences ont présenté les migrations des médecins (Maria Conforti), des juristes (Aurelio Cernigliaro) et des lettrés (Concetta Bianca). Dans nombre de cas, le voyage reste obligatoire pour la formation, notamment pour les universitaires et les clercs, plus tard aussi pour les compagnons typographes et les apprentis libraires. Le «lettré» (homines litterati) doit s’assurer les moyens de vivre, et cette recherche entraîne fréquemment une forme de mobilité: il faut passer, selon les circonstances, d’une cour à l’autre, et on sera employé comme secrétaire, le cas échéant comme bibliothécaire ou précepteur. Les échanges sont constants, par exemple entre Naples et la cour de Mathias Corvin à Buda dans les années 1470.
L'ambassadeur... et le scribe (Carpaccio)
Le rôle des ambassadeurs a aussi été mis en évidence, comme le montrera encore le cursus d’Étienne Dolet, un temps secrétaire de l’évêque Jean de Langeac lorsque celui-ci est nommé ambassadeur de François Ier à Venise. Enfin, il est inutile de rappeler le poids que prend le statut de familiaris de tel ou tel cardinal, surtout si celui-ci appartient à une grande famille patricienne comme celles des Barberini ou des Borghese à Rome au XVIIe siècle.
À côté de la cour, la géographie des savoirs joue aussi un rôle: dans une conjoncture où les échanges sont malgré tout difficiles, la présence en ville d’une bibliothèque particulièrement riche (comme celle des chartreux de Bâle à la fin du XVe siècle), et d’un groupe de clercs susceptibles d’aider à la préparation et à la correction des textes, sont des éléments stratégiques pour la localisation des ateliers typographiques, qui à leur tour attireront le cas échéant les savants et philologues.
Mais le colloque se consacre bien entendu d’abord aux migrations des professionnels du livre, à commencer par celles des Allemands, premiers propagateurs de la technique gutenbergienne à travers l’Europe.
Le Pr. Santoro ouvre le colloque
2) Liée à la première approche, l’étude de la mobilité interne déploiera des logiques en grande partie spécifiques, mais qui relèvent toutes, peu ou prou, d’une problématique de la mobilité sociale –passer d’un secteur ou d’une activité à l’autre, ou encore s’engager dans une branche qui semble offrir des perspectives plus favorable d’ascension sociale. Nous touchons aussi à l’ethnographie et aux stratégies des uns et des autres, avec par exemple toute la question de la pérennité des activités, donc des mariages, du statut et du rôle des femmes, etc.
Globalement, les professions liées au livre sont d’abord ouvertes, et elles ne s’organisent que très progressivement en «métiers» soumis aux contraintes du système des corporations, et par conséquent plus fermés (cf. les travaux de Jean-Dominique Mellot). D’une manière générale, les effets inattendus (aux yeux des contemporains) du triomphe de la technique gutenbergienne apparaissent bientôt comme des «désordres». Ils sont dès lors à l’origine d’un effort constant d’encadrement et de surveillance qui tendra à fermer les «métiers». Et il n’est pas anodin, pour conclure, d’observer que la méfiance des autorités concerne toujours de manière privilégiée ceux que l’on ne peut pas fixer, les pérégrins et au premier chef, s’agissant de la librairie, les colporteurs et autres revendeurs itinérants.
Le colloque se poursuit jeudi et vendredi.

dimanche 11 mars 2012

Histoire du livre et histoire de l'aménagement des bibliothèques

En matière d'aménagement des bibliothèques, l’innovation majeure est, au XVIe siècle, espagnole: il s'agit de la nouvelle bibliothèque du palais et du monastère Saint-Laurent de l’Escorial, commandée par Philippe II à l’architecte Juan de Herrera, en 1563, et achevée en 1584. Herrera est aussi chargé de ce qui regarde le mobilier. Philippe II
n’espargna auscunes despences pour la remplir des meilleurs livres imprimez & manuscrits qui se pouvoient treuver de son temps; non plus que pour la somptuosité du bâtiment, puisque Joseph Siguença son bibliothécaire nous asseure que la despence en est parvenuë jusques à six millions or (Louis Jacob, p. 310-311).
La salle est impressionnante: 54 x 9m., et 10m. de haut, avec un plafond en berceau, peint à fresques (de même que le haut des murs et les lunettes des petits côtés) (cf. cliché 1). L’éclairage est assuré par les grandes fenêtres des côtés longitudinaux, et par des fenêtres plus petites sous la voûte. Le sol est en marbre blanc et noir.
Mais surtout, à l’Escorial, le principe adopté pour le rangement est celui de la généralisation de l’étagère, et de sa mise en œuvre pour un fonds de livre devenu beaucoup plus important qu'à l'époque des manuscrits. Les pupitres laissent donc place à cinquante-quatre étagères murales en bois précieux (acajou, palissandre, cèdre, etc.) disposées entre les fenêtres. Les meubles ont été fabriquées sous la direction d'un Italien, Giuseppe Freccia, à partir de 1575. Leurs travées sont séparées par des colonnes doriques cannelées soutenant un entablement en corniche, au-dessus duquel se trouve encore une sorte de second entablement. La base des colonnes s’appuie sur un socle élevé, recoupé aux trois quarts de sa hauteur par une étagère [plus large] avec un pupitre incliné (cf. cliché 2).
Clark (The Care of book) poursuit sa description:
Ces bibliothèques ont une hauteur totale d'un peu plus de 12 pieds [3,60m] (…). Les bureaux sont à 2 pieds 7 pouces [78 cm], soit une hauteur qui correspond à celle d'une table ordinaire et qui suggère qu'ils ont été destinés à des lecteurs assis, bien que les sièges aient disparu de la bibliothèque aujourd’hui. La présence de l’entablement des colonnes permet d’y appuyer [éventuellement] les livres. La plus haute des quatre tablettes est à une hauteur de 9 pieds [2,70m.], de sorte qu’une échelle est nécessaire pour atteindre les livres.
À partir des années 1550, les volumes sont donc alignés verticalement sur les rayonnages, ici le dos vers l’intérieur, ce qui accentue l’uniformité de l’ensemble. Les rayonnages de l'Escorial ont été grillagés sous le règne de Ferdinand VI (1746-1759). Le classement est systématique.
L’Escorial dispose de deux autres locaux affectés à la bibliothèque: la «salle haute» se situe au deuxième étage, et abritait les collections de doubles, mais aussi les livres interdits. Le «salon d’été» faisait 15 x 6m (il a été divisé ensuite en deux), et servait de magasin pour les manuscrits. La bibliothèque a d’abord été confiée à Benito Arias Montano et à Fray Juan de San Jerónimo.
Les origines du dispositif de l’Escorial restent discutées. Il paraît évident que le problème posé par la masse croissante de volumes à traiter a joué un rôle décisif, comme le souligne encore une fois André Masson à propos de Noyon, où la bibliothèque du chapitre était d’abord équipé de pupitres (BBF, 1957. Voir le cliché): l'enquête de M. Doucet portant sur 194 inventaires de bibliothèques, de 1493 à 1560, établit que 
c'est seulement à partir de 1520 que la «concurrence des imprimés» se fait sentir dans les bibliothèques privées et que le nombre des imprimés dépasse celui des manuscrits. Les livres imprimés coûtaient d'ailleurs fort cher au XVe siècle et leur entrée dans une bibliothèque était enregistrée comme un événement important…
Claude Jolly confirme le fait. Pour lui, les imprimés ne supplantent définitivement les manuscrits dans les collections de bibliothèques institutionnelles que dans les années 1530, de sorte que l’économie globale reste d’abord la même qu’à l’époque antérieure :
On devine que le développement de l’imprimerie qui portait en lui une croissance considérable de la production d’ouvrages, une diminution de la valeur marchande des exemplaires et, sur la longue durée, une réduction des formats, sans parler bien entendu d’un accroissement du nombre des lecteurs, ne pouvait que ruiner le vieux modèle médiéval [de la bibliothèque équipée de pupitres] (Hist. bib. franç., II, 361).
Pourtant, Christine Berkens propose de privilégier une forme de causalité abstraite. Dans la bibliothèque de Leyde, en 1593, les livres sont enchaînés, et les classes systématiques les plus importantes sont encore rangées au cœur de l’ensemble de rayonnages (la Bible et ses commentaires, mais aussi les classiques) (cf. cliché).
Mais avec le nouveau dispositif de 1653, et ses rayonnages muraux, le changement structurel est rapporté à la mutation intellectuelle qui marque les années 1600 (le «miracle» de Pierre Chaunu), notamment dans les domaines de la représentation du monde (Copernic et Galilée). C. Berkvens écrit :
La bibliothèque murale place la connaissance sur le pourtour des murs extérieurs (…). Le savoir ne se pénètre plus de l’extérieur vers l’intérieur, mais [il] s’ouvre maintenant vers les nouveaux horizons (Bibliothek als Archiv, p. 48).
Théorie très séduisante, et sans doute pour partie fondée. Pourtant, on ne peut pas ne pas souligner l’ampleur de la mutation quantitative rappelée par Christine Berkvens elle-même : la bibliothèque de Leyde possède 442 titres en 1595, mais six fois plus en 1640, et l’enrichissement va s’accélérant.
Enfin, il faut tenir compte du caractère spectaculaire (et programmatique, aussi par son iconographie) des bibliothèques modernes: la salle de la bibliothèque de l’Escorial est qualifiée de «grande salle» (salón principal), et elle fonctionne comme une salle de travail scientifique toutes sortes de domaines différents, avec des livres, mais aussi des instruments (sphères armillaires (en 1582-1593), globes, etc.), des monnaies et médailles, des cartes et estampes, etc. Le principe, une nouvelle fois, est celui du Musée, et la référence directe reste celle de la tradition universelle du Musée d’Alexandrie, sous-tendue par la gloire du roi catholique -c'est-à-dire, ne l'oublions pas, lui aussi universel.

Histoire de l'aménagement et du mobilier des bibliothèques

samedi 10 mars 2012

Congrès d'histoire du livre à Rome

SAPIENZA UNIVERSITA' DI ROMA
Convegno internazionale

Mobilità dei mestieri del libro tra Quattrocento e Seicento

Roma, 14-15-16 marzo 2012

Mercoledì 14 marzo - Aula Magna, SSAB – Viale Regina Elena, 295

ore 9,00
Saluti delle Autorità
Presiede: Paolo Di Giovine
Cosimo Palagiano (Sapienza Università di Roma), «Il flusso migratorio in Italia fra ‘400 e ‘600»
Valentina Gazzaniga (Sapienza Università di Roma) - Maria Conforti (Sapienza Università di Roma), «La mobilità dei medici: un caso italiano»
Break
Aurelio Cernigliaro (Università di Napoli “Federico II”), «La mobilità dei giuristi»
Concetta Bianca (Università di Firenze) «La mobilità dei letterati»

ore 15,00
Presiede: Marco Santoro
Frédéric Barbier (École pratique des Hautes Études, Paris), «La mobilità dei mestieri del libro in Francia (I stampatori tedeschi in Francia nel Quattrocento)»
Stephan Füssel (Institut für Buchwissenschaft - Mainz) «La mobilità dei mestieri del libro in Germania»
Ursula Rautenberg (Universität Erlangen-Nürnberg), «Lo sviluppo del commercio librario in Germania fra '400 e '500»
Break
Lotte Hellinga (British Academy), «La mobilità dei mestieri del libro in Gran Bretagna»
Manuel Pedraza (Universidad de Zaragoza), «La mobilità degli stampatori in Aragona»
Fermin de Los Reyes (Universidad Complutense de Madrid) «La mobilità degli stampatori in Castiglia»
Plan de Paris, Truschet et Hoyau, 1553 (détail du quartier de l'université au début du XVIe siècle )
Giovedì 15 marzo - Aula Magna, SSAB – Viale Regina Elena 295

ore 9,30
Presiede: Concetta Bianca
Malcolm Walsby (University of St Andrews) « I tipografi itineranti in Francia durante le guerre di religione » Lodovica Braida (Università di Milano), «Dalla Francia all'Italia: i librai briançonesi e la loro attività » commerciale ed éditoriale»
Saverio Franchi (Sapienza Università di Roma), «Per un approfondimento della mobilità dei mestieri del libro: le fonti archivistiche»
Break
Giuseppina Zappella (Polo Museale Soprintendenza di Napoli), «Flussi di mobilità degli artisti del libro napoletano del Seicento»
Maria Gioia Tavoni (Università di Bologna), «Si stampa in itinere: il torchio al seguito»
Angela Nuovo (Università di Udine), «Mobilità periodica. I librai alle fiere (sec. XV-XVI)»

ore 15,30
Presiede: Marta Fattori
Lorenzo Baldacchini (Università di Bologna), «Tipografi itineranti e cantastorie»
Edoardo Barbieri (Università Cattolica di Milano), «Note sulla committenza editoriale ecclesiastica nell'Italia del Quattro e Cinquecento»
Break
Giorgio Montecchi (Università di Milano), «Circolazione libraria e mobilità dei primi tipografi in area medio padana»
Arnaldo Ganda (Università di Parma), «Librai e stampatori del Quattrocento, attivi da Venezia a Milano e da questa città a Venezia»
Anna Giulia Cavagna (Università di Genova), «Tipologia e fortuna delle migrazioni di tipografi-editori in età moderna: il caso pavese e ligure»

Venerdì 16 marzo – Biblioteca Alessandrina – P.le A. Moro, 5
ore 9,30
Presiede: Aurelio Cernigliaro
Marco Santoro (Sapienza Università di Roma), «La mobilità dei mestieri del libro: caratteristiche e valenze»
Rosa Marisa Borraccini (Università di Macerata) « La mobilità dei mestieri del libro nello Stato pontificio»
Giuseppe Lipari (Università di Messina), «La mobilità dei mestieri del libro in Sicilia » Break
Carmela Reale (Università della Calabria), «La mobilità dei mestieri del libro nell’Italia méridionale»
Giancarlo Volpato (Università di Verona), «La mobilità dei mestieri del libro nell’area veneta»
Chiusura dei lavori

Per info:
Segreteria del Convegno:
Sapienza Università di Roma
Dipartimento di Scienze documentarie, linguistico-filologiche e geografiche
Alessandra Turco
Nico Ciampelli

vendredi 9 mars 2012

Conférence d'histoire du livre


École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 12 mars 2012
16h-18h
L'aménagement et le mobilier des bibliothèques

du Moyen Âge à l'époque moderne
par
 

Monsieur Frédéric Barbier, 
directeur d'études

Au début du XVIe siècle: la bibliothèque de Noyon (Oise)

Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2011-2012.
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mardi 6 mars 2012

Plaidoyer pour la banalité: à propos du mobilier des bibliothèques

Les approches interdisciplinaires, notamment inspirées de l’anthropologie, sont aujourd’hui à la mode dans la recherche historique –et nous ne nous en plaindrons certes pas. La « civilisation matérielle » figurait déjà au titre du classique de Fernand Braudel (Civilisation matérielle, économie et capitalisme), dont le tome I, chapitre IV, s’intitule précisément: «Le superflu et l’ordinaire: l’habitat, le vêtement et la mode». Les mêmes thèmes ont été repris par Daniel Roche, qui leur a consacré non seulement une Histoire des choses banales qui se lit comme une histoire des consommations, mais aussi une histoire du vêtement (La Culture des apparences)... sans oublier nombre de travaux d’histoire du livre.
L’étude des pratiques et de l’«invention du quotidien» est en effet familière aux historiens du livre, surtout lorsqu’ils abordent le domaine de l’histoire de la lecture et des bibliothèques. Pourtant, un champ spécifique a trop souvent été négligé dans leurs approches, et encore plus en France: il s’agit du mobilier, et tout particulièrement du mobilier des bibliothèques. Henri-Jean Martin et Daniel Roche avaient inspiré à Paris dans les années 1980 un colloque sur les «Espaces du livre». La question de l’espace des bibliothèques et des collections de livres (privées ou institutionnelles), donc la question de leur mobilier, y avaient été abordées –mais les Actes en sont restés inédits, et il ne pouvait s’agir que d’un premier défrichement.
Services intérieurs à la Bibliothèque royale de Saxe au Palais Japonais de Dresde: détail d'une peinture du XIXe siècle (© SLUB Dresden)
Certes, le mobilier a aussi été envisagé par André Masson dans son travail sur Le Décor des bibliothèques, du Moyen Âge à la Révolution; certes il n’est pas totalement absent des volumes successifs de la classique Histoire des bibliothèques françaises. Mais il s’agit le plus souvent d’un thème marginal: l’étude des bibliothèques anciennes concerne avant tout les collections de livres, à travers la thématique des sujets, elle touche le cas échéant à l’idéologie (pourquoi constituer une bibliothèque?) ou encore à l’histoire des institutions, à celle des locaux ou des bâtiments, parfois aussi à l’histoire du personnel (les bibliothécaires, sujet d’un colloque de l’Enssib, dont les Actes sont disponibles sur Internet). Le mobilier n’y est évoqué qu’incidemment, quand il n’en est pas radicalement absent. Il est du reste aussi négligé dans le recueil des Actes du colloque de 2003 sur «La bibliothèque comme archive» (Bibliothek als Archiv).
On peut réfléchir à ce déficit, et le rapporter à un certain nombre de causes: le défaut de sources textuelles et de vestiges conservés, le manque d’intérêt scientifique réel au-delà du simple affichage, le fait aussi que ce type d’approche supposerait, comme pour l’histoire des techniques, de réunir des compétences qui sont souvent disjointes. Il s’agit certes d’histoire, mais aussi de techniques, de pratiques bibliothéconomiques, le cas échéant d’histoire de l’art, etc. –mais n’épiloguons pas. Soulignons plutôt que l’histoire du mobilier des bibliothèques devrait dépasser la simple description à laquelle elle est souvent réduite (le temps des pupitres, celui des salles avec des rayonnages muraux, celui des complexes architecturaux et de la spécialisation à l’œuvre dans les nouvelles bibliothèques du XIXe siècle, etc.), pour envisager une contextualisation par rapport à des phénomènes plus généraux.
Élément du mobilier ancien de la bibliothèque Raday, Budapest
La typologie du mobilier et de sa mise en œuvre s’articule évidemment d’abord avec les changements fondamentaux qui touchent l’économie du livre et des médias, qu’il s’agisse par exemple de l’évolution de la structure des pupitres médiévaux, ou de l’abandon de ceux-ci au profit des nouvelles salles de bibliothèques présentant des armoires ou des rayonnages muraux. De même, la spécialisation du mobilier que l’on observe depuis le XIXe siècle et plus encore aujourd'hui est liée, certes, à l’attention plus grande donnée aux conditions de conservation, mais aussi à la diversification des supports que les bibliothèques veulent ou doivent présenter (presse périodique à grand tirage, enregistrements audio ou vidéo, nouveaux médias). Ces données, pour évidentes et même triviales qu’elles soient, ne sont que très rarement prises en considération.
Au-delà de l’économie du livre, le mobilier s’analyse aussi en fonction d’autres catégories, dont nous signalerons deux plus particulièrement prégnantes. Il s’agit d’abord du paraître et de la distinction: le cadre de la bibliothèque peut être somptueux, notamment pour des raisons politiques, comme c’est le cas avec la grande salle (Prunksaal) de la Bibliothèque impériale de Vienne (Hofbibliothek), mais aussi avec la noiuvelle bibliothèque de l’université de Coïmbra.
Entrée de la bibliothèque de l'École des chartes, 2012
La seconde catégorie est celle de la rationalisation et de la spécialisation, et elle entraîne progressivement le développement de tout un mobilier, plus ou moins spécifique, destiné à la gestion de la bibliothèque: pensons aux échelles et escabeaux, aux bibliothèques tournantes (comme à Wolfenbüttel, où il s’agit de faciliter la confection du catalogue), aux aménagements des rayonnages, aux fichiers, aux meubles de toutes sortes, et à toutes les composantes d’une véritable archéologie du quotidien en bibliothèque.
Ces éléments sont parfois pour partie conservés, par exemple à la Bibliothèque nationale Széchényi de Budapest (où ils font l'objet d'une exposition dans le grand hall), mais ils sont très généralement détruits, le plus souvent sans même que l’on se préoccupe d’en garder une simple trace iconographique. Ils n’en intéressent pas moins très directement l’historien, et plus encore l’historien du livre, attentif à éclairer les configurations autour desquelles se sont développées l’économie, les pratiques et les représentations des livres et des collections de livres. Un mot encore: les outils aujourd'hui disponibles (à commencer par un simple blog) faciliteraient grandement la mise en place d'une enquête, même informelle, mais qui permettrait de recenser un certain nombre de pièces conservées -et nous ne doutons pas un instant qu'un simple inventaire de ce type nous fournirait déjà nombre de très précieuses informations.

Voir aussi pour une définition de la bibliothèque comme meuble (l'armoire des livres), puis comme local, puis comme interface entre une masse de données abstraites et un ensemble d'éléments matériels les mettant -ou non- à la disposition des utilisateurs.

samedi 3 mars 2012

Conférences d'histoire du livre

École pratique des hautes études,
IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre 

Lundi 5 mars 2012
 
14h-16h
Monde savant et ventes de bibliothèques
dans la France méridionale au XVIIIe siècle
par
Madame Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille,
chargée de conférences à l’EPHE

La multiplication des ventes publiques de bibliothèques, en Provence et en Languedoc, dans les dernières décennies du XVIIIe siècle, met en lumière une triple tension : écart entre le profit attendu et la certitude de la disparition de ressources parfois cruciales dans l'économie intellectuelle de la région; limites des solidarités traditionnelles de la République des lettres, dans une économie enflammée par le marché bibliophilique; usages des catalogues de vente, dont l'accumulation, au-delà de leur usage premier, éclaire les modalités de constitution d'un capital bibliographique et la mise en scène d'une micro-société bibliophilique.

16h-18h
Histoire des bibliothèques : aménagements et mobilier,
du Moyen Âge à l’époque moderne
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d’études

San Domenico de Bologne, cliché FB, fév. 2012
Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2011-2012. 
 
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg). Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).
Calendrier des conférences(attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).