dimanche 29 janvier 2012

Une exposition à Beauvais

Fondées en 1796, les Archives départementales de l’Oise, à Beauvais, proposent, jusqu’au 27 avril prochain, une exposition réellement exceptionnelle consacrée à l’écriture, Scripturae. Mille ans d’écriture dans l’Oise.
Un mot rapide, d’abord, du département lui-même de l’Oise, dont la constitution explique la richesse historique. Nous sommes aux portes de Paris (Beauvais est à 80km de la capitale), devant un ensemble composite, mais dont les rapports à l’histoire sont particulièrement étroits: pas moins de trois évêchés (Beauvais, Noyon et Senlis), des dizaines de maisons religieuses, nombre de riches villes de marché et de négoce, sans oublier les châteaux d’une noblesse elle-même très liée à la cour royale (à commencer par le château de Chantilly). Un pays mordant à la fois sur l’Île-de-France, sur la Picardie et sur la Normandie, ce qui explique que, dans une très large mesure, les évolutions et les événements relatifs à l’histoire de l’Oise comme département concernent directement aussi l’histoire de France.
L’exposition présente de manière à la fois élégante et très didactique, donc efficace, un certain nombre de documents exceptionnels appartenant aux Archives départementales ou à d’autres institutions du département (Musée Vivenel de Compiègne, Muée départemental de l’Oise, ville de Noyon et médiathèque de Beauvais). L’acte exposé le plus ancien remonte à la fin du Xe siècle, quand les documents les plus récents datent du début du XVIe. La démonstration s’attache à la forme diplomatique des pièces (chartes, bulles, etc.), à la technique et à la pratique de l’écriture (des graffitis antiques à la typographie de la Renaissance), à la langue (le latin, le français d’oïl et le picard), enfin à la décoration et aux types d’utilisation de l’écrit (avec des aspects touchant notamment la sigillographie). Une démonstration qui intéressera le spécialiste, mais qui reste parfaitement accessible à chacun.
L’amateur d’histoire du livre relève la présence de plusieurs pièces réellement exceptionnelles, et souvent top peu connues: un ensemble de remarquables tablettes de cire appartenant à la ville de Senlis (cliché 1), mais aussi le «livre enchaîné» de cette même ville (cliché 2. Il s'agit du cartulaire municipal), sans oublier le somptueux Évangéliaire de Morienval, ses peintures et sa reliure (conservé à Noyon: cliché 3). il faudrait citer pourtant encore la charte de la commune de Senlis (1173-1174), le cartulaire du chapitre cathédral de Noyon (qualifié de «Plus riche manuscrit des Archives de l'Oise»), et nombre d'autres pièces non seulement spectaculaires, mais aussi très bien mises en valeur par la scénographie de l'exposition. Ajoutons que plusieurs conférences publiques accompagnent la manifestation, par ex. «Écrire sur l'argile, XVIe-XIXe siècles» le 16 février prochain à 18h30.
C’est peu de dire que, en cette saison d’hiver, l’excursion de Beauvais s’impose (tandis que d’autres excursions se profilent sans doute pour la belle saison). Les Archives sont localisées au 71 rue de Tilloy (tél. 03 44 10 42 00), et l’exposition est ouverte du lundi au vendredi, de 9h à 18h. Un ouvrage remarquable accompagne cette manifestation, dont il constitue implicitement le catalogue en 135 pages: Scripturae. Trésors médiévaux des Archives de l’Oise est dirigé par Monsieur Bruno Ricard, conservateur en chef des Archives départementales,et aborde successivement «Des clés pour comprendre» (donc, quelques courts chapitres sur les Archives elles-mêmes, les chartes, l'écriture, les langues de l'écrit, ses supports et ses techniques), puis une suite de présentations des principales pièces exposées, par ordre chronologique de 983 aux années 1500. L'ouvrage est très largement illustré, mais vendu au prix très raisonnable de 15 euros. Nul doute qu’il ne s’agisse d’un titre destiné à entrer comme usuel dans la plupart des bibliothèques et collections spécialisées.

jeudi 26 janvier 2012

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études,
IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 30 janvier 2012

14h-16h
Ursulines et Frères des écoles: des livres pour les écoles
par
maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille
chargée de conférences à l’EPHE
16h-18h

Corporations du livre, vie des ateliers
et main-d'œuvre typographique sous l'Ancien Régime (1),
par
Monsieur Jean-Dominique Mellot,
conservateur en chef à la Bibliothèque nationale de France

Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2011-2012.
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg). Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).
Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mercredi 25 janvier 2012

Histoire du livre à Paris aux XVIIe-XVIIIe siècles

La dernière conférence de Madame Emmanuelle Chapron à l’École pratiques des Hautes Études a traité d’un cas bien particulier, celui des bibliothèques des collèges britanniques de Paris sous l’Ancien Régime (Collège des Écossais, Collège des Irlandais et Séminaire anglais). Après que la Réforme se soit imposée dans les trois royaumes, l’objectif de ces fondations est d’abord celui de permettre à des jeunes gens de venir se former au ministère ecclésiastique à l’université de Paris. Il s’agit donc de collèges «sans exercice», dans lesquels il n’y a ni communauté permanente, ni enseignement à demeure.
Par ailleurs, les établissements britanniques se sont déplacés dans la capitale aux XVIIe et XVIIIe siècles. Enfin, leurs bibliothèques sont importantes, plus de 10 000 volumes par ex. au Séminaire anglais, mais elles ne sont en principe pas destinées aux élèves. Ceux-ci, qui peuvent bénéficier de bourses, ont en revanche accès à la bibliothèque «classique», et surtout ils doivent se procurer eux-mêmes leurs propres livres.
Le Collège des Écossais est le plus ancien, puisqu’il date du XIVe siècle, mais il acquiert un rayonnement certain par le dépôt en 1603 de la bibliothèque de l’archevêque de Glasgow. Le Collège est réorganisé en 1639, tandis que les statuts de 1707 incluent un règlement de la bibliothèque, peut-être sur le modèle des Bénédictins en 1663 (cf A. Franklin, Les Anciennes bibliothèques de Paris, I, p. 418). La plus grande attention est donnée aux outils de contrôle des prêts, et les liens semblent ici plus étroits entre les étudiants et la bibliothèque.
Le Collège des Irlandais reçoit, en 1726, le legs de la bibliothèque de Michael Moore, soit quelque 1200 volumes. La bibliothèque est établie vers 1770 dans un nouveau local, aménagé par Bélanger au-dessus de la chapelle, local qu’elle occupe toujours aujourd’hui: ses utilisateurs sont les étudiants en théologie et les prêtres en résidence. Le fonds a cependant été confisqué à la Révolution, de sorte que les collections conservées viennent le plus souvent d’autres fonds.
La bibliothèque des Irlandais aujourd'hui
Enfin, au séminaire anglais, la bibliothèque reçoit de nombreux legs. La gestion de Holden est relativement bien connue, grâce au livre de comptes que nous conservons pour les années 1743 à 1756 –le supérieur sera d’ailleurs attaqué sur le caractère somptuaire de certaines de ses dépenses. La collection est évaluée en 1756 à quelque 4500 volumes, avec un profil classique de bibliothèque ecclésiastique et un fonds important de polémique entre catholiques et anglicans, et à propos du jansénisme. Ces volumes doivent notamment permettre aux insulaires d’intervenir dans les controverses.
Après la destruction des jésuites, il est prévu de réunir les étudiants boursiers inscrits à Paris dans l’ancien collège Louis-le-Grand, mais cette opération ne concerne pas les bibliothèques et, par ailleurs, les boursiers irlandais en sont exclus, parce qu’ils doivent nécessairement suivre un cursus de formation en langue irlandaise.
Enfin, les établissements britanniques abritaient un certain nombre de «collections d’usage», qui sont les bibliothèques personnelles des prêtres logés sur place: en général, elles sont relativement modernes (70 à 80% de titres du XVIIIe siècle), et surtout elles ne sont pas léguées au Collège, mais bien à des personnes privées (contrairement à ce qui semble se passer dans un certain nombre d’autres collèges parisiens à la même époque).
La prochaine conférence de Madame Emmanuelle Chapron se tiendra le lundi 30 janvier à 14h, à l’École pratique des Hautes Études. Elle portera sur «Ursulines et frères des écoles: des livres pour les écoles». 

NB. Téléchargement en PDF de l'étude de Christian Hottin sur la Géographie historique de l'université de Paris du XIIe au XVIIIe siècle.

lundi 23 janvier 2012

Histoire du livre: un séminaire lyonnais

Qui écrit ? Regards croisés sur le livre

En 2012, nous proposons un nouveau séminaire:

Qui écrit ? Regards croisés sur le livre,
organisé dans le cadre du CERPHI, UMR 5037.

Ce séminaire se tient désormais à
l'Ecole normale supérieure de Lyon,
site Descartes, salle F103 (salle F112 le 29 mars), à 17h.
15, Parvis René Descartes
69007 Lyon
(métro Debourg)

Première séance
25 janvier 2012


La translittération comme révélateur des responsabilités multiples:
l'exemple des manuels d'hébreu à la Renaissance,
par
Antoine Torrens
(Université de Lyon-Enssib, Lyon)




Martine Furno, Raphaële Mouren, responsables du séminaire

samedi 21 janvier 2012

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 23 janvier 2012

16h-18h

Projet de glossaire de l'histoire du livre
préparé en vue de la quatrième édition de
Frédéric Barbier, Histoire du livre,
Paris, Armand Colin (à paraître en 2012)

par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études
(ci-dessus: une des salles du Musée de l'imprimerie, Lyon)


Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2011-2012.
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mardi 17 janvier 2012

Histoire d'un livre: les Antiquités de la Grèce

Voici un petit volume d’apparence relativement banale, mais qui se révèle à l’examen avoir sensiblement plus d’intérêt qu’on ne croirait a priori.

Description
Il s’agit du manuel de
Lambert Bos,
Antiquités de la Grèce en général, et d’Athènes en particulier, par Lambert Bos, avec les notes de M. Frédéric Leisner. Ouvrage traduit du latin par M. La Grange, auteur de la nouvelle traduction de Lucrèce,
À Paris, chez Bleuet, libraire, pont Saint-Michel, M.DCC.LXIX [1769],
[2-]375-[7] p., [2] p. bl., 12°
(De l’imprimerie de J. Th. Hérissant, Imprimeur du Cabinet du Roi).
Le détail du contenu se présente de la manière suivante: avant titre; titre; préface [de Nicolas La Grange], puis le texte lui-même, divisé en quatre parties: 1) De la religion des Grecs; 2) Du gouvernement civil; 3) Du gouvernement militaire; 4) De la vie privée des Grecs. À la fin: Table des chapitres; Approbation (signée Deguignes, 23 décembre 1768); Privilège du 18 janvier 1769 (signé Le Bègue, enregistré par Briasson le 26 janvier); «Catalogue des livres de fonds qui se trouvent chez Cl. Bleuet, libraire, pont S. Michel» (4 pages). On notera que le texte présente des passages en typographie grecque.

Le texte
Les Antiquités de Bos sont l’édition en traduction française d’un classique de la pédagogie du premier XVIIIe siècle, la Antiquitatum graecarum praecipuè Atticarum descriptio brevis (Brève description des antiquités de la Grèce, et notamment de l’Attique) publiée à Franeker, aux Pays-Bas, par W. Bleck, en 1714. Nous sommes dans le monde de l’érudition protestante, puisque l’auteur, Lambert Bos (1670-1717), était né à Workum, où son père dirigeait l’école latine, et qu’il fit des études classiques poussées avant de devenir professeur de grec à l’université de Franeker. Rappelons que Franeker a été fondée en 1585 et qu’elle est à ce titre la deuxième plus ancienne université des Pays-Bas après Leyde: elle était destinée aux étudiants des provinces septentrionales du pays, mais fut supprimée à l’époque du Premier Empire français.
Le manuel de Bos connaît un certain succès dans les établissements d’enseignement au XVIIIe siècle, notamment aux Pays-Bas et en Allemagne, mais il est considérablement augmenté par Johann Friedrich Leisner, qui ajoute au texte initial un apparat de très riches notes bibliographiques:
Frideric Leisner , dans les notes qu’il y a jointes, a suppléé ce qui pouvoit manquer à la perfection de cet ouvrage. On y trouve toutes les sources d’où ont été puisées les assertions de l’auteur [Lambert Bos]. (…) L’on peut ajouter, à la gloire de l’auteur et du commentateur, qu’il n’y a pas deux endroits dont le dernier n’ait pas trouvé les autorités & où le premier se soit livré à ses conjectures (Préface de l’éd. fr., p. 8).
Leisner est lui-même un enseignant, il sera recteur de la prestigieuse Thomasschule (École Saint-Thomas) de Leipzig, et la première édition du texte annoté par lui est donnée dans cette ville en 1749. Plusieurs rééditions suivront jusqu’au XIXe siècle. Enfin, le texte est traduit en français en 1769, avant de l’être en anglais trois ans plus tard (à partir du latin: Antiquities of Greece, annot. Leisner, trad. Percival Stockdale, Londres, printed for T. Davies, 1772). Les notes de Leisner figurent dans l’édition française de 1769 imprimées sur deux colonnes en bas de page.
La traduction française
La traduction française est préparée par Nicolas La Grange (1738-1775), lui-même une personnalité remarquable: le jeune garçon, quoique d’un milieu défavorisé, bénéficie d'une bourse au collège de Beauvais, puis il commence à se faire connaître comme philologue et antiquisant dans les milieux savants de la capitale, avant d’être engagé par d’Holbach comme le précepteur de ses enfants. C’est dans l’hôtel du baron, rue Royale-Saint-Roch, que La Grange aurait rencontré Diderot, et que celui-ci l’aurait engagé à donner une nouvelle traduction de Lucrèce (l’édition bilingue sort en effet en deux volumes à Paris chez Bleuet en 1768: c'est elle qui est mentionnée au titre de notre volume). Sa traduction des Antiquités de Bos suit de peu (1769), et La Grange ajoute au texte une préface dans laquelle il souligne l’intérêt du texte original, regrette la multiplication des «ouvrages superficiels» qui paraissent en nombre, et appelle à un renouveau des études sur l’Antiquité:
Puisse cet ouvrage être accueilli parmi nous comme il l’a été par les Allemands, qui en ont multiplié les éditions! Puisse le goût de l’Antiquité, qui commence à s’éteindre, devenir, comme autrefois, la base de nos études!
Malheureusement, le jeune savant décède prématurément en 1775, alors qu’il n’a pas quarante ans, de sorte que la grande traduction de Sénèque qu’il préparait paraîtra de manière posthume.
Mais le libraire imprimeur est lui aussi une personnalité qui retiendra l'historien. Il s’agit en effet de Claude Bleuet, dit Bleut père, fils d’un laboureur des environs de Noyon. Le jeune homme sans fortune monte à Paris pour faire carrière. Il semble débuter comme colporteur avant de chercher à s’établir comme libraire. Il est refusé par la communauté en 1762 à cause de son ignorance du latin, mais sera en définitive reçu en 1765. Bleuet publie dans différents domaines, mais surtout dans celui des auteurs classiques (!), avec le Lucrèce de La Grange, les Antiquités de Bos, le Virgile de l’abbé Delille, etc. Il mourra à Paris en 1809. Le fait que ce jeune homme sans aucune formation ni moyen financier ait pu en définitive s’établir et faire une carrière plus qu'honorable dans la librairie classique (voir son catalogue de fonds inséré à la fin du volume) témoigne pleinement du caractère favorable de la conjoncture de la branche à Paris dans le dernier tiers du XVIIIe siècle.
L’exemplaire
Voici donc un livre de petit format, destiné à servir surtout de manuel d’enseignement, mais qui éclaire un certain nombre de phénomènes caractéristiques de l’histoire intellectuelle européenne des XVIIe et XVIIIe siècles. C’est, d’abord, la tradition de l’érudition réformée et de la philologie aux Provinces-Unies. Mais une translation géographique se fait peu à peu sentir, avec la montée de la pédagogie et de la science allemandes après la Guerre de Trente ans: la Saxe prend dès lors une position en pointe, tandis que se renforce l’influence des traités spécialisés et des manuels pédagogiques allemands. Bientôt les universités allemandes, avec Göttingen, mais aussi Leipzig, Heidelberg, etc., seront un modèle pour toute l’Europe.
Le latin conserve un rôle important en tant que langue savante, malgré les progrès de l’édition en allemand depuis les années 1680. La traduction du texte de Bos en français s’inscrit dans une conjoncture un petit peu différente, puisque le statut de la langue vernaculaire en tant que langue savante est bien plus anciennement acquis en France qu'en Allemagne. Par ailleurs, la publication de 1769 témoigne de l’intérêt croissant pour l’histoire antique, et notamment pour l’histoire grecque. Bientôt un jeune noble, le comte de Choiseul, lui-même élève au collège d’Harcourt dans les années 1770 et familier de l’abbé Delille, se passionnera lui aussi pour la Grèce au point d’y organiser l’un des premiers un voyage de découverte (1776).
Rien de surprenant, enfin, à ce que l’exemplaire ici étudié des Antiquités de Lambert Bos provienne d’une des grandes bibliothèques des Lumières. La reliure de veau blond est simple, mais très soignée, avec son dos grecqué à six caissons et pièce de titre, et une roulette sur les coupes. En queue du dos, nous remarquons un petit fer aux armoiries des ducs de La Rochefoucauld: il ne s’agit pas d’Alexandre de La Rochefoucauld, l’organisateur principal de la bibliothèque de La Roche-Guyon (voir aussi le cachet à la page de titre), puisqu’il est décédé en 1762, ni sans doute de sa fille, la princesse d’Enville, puisque l’écu n’est pas un écu féminin, mais plus probablement du petit-fils, Louis Alexandre (1743-1792), ou du cousin de celui-ci, François Alexandre Frédéric, plus connu sous son titre de duc de Liancourt (1747-1827). Deux figures célèbres de la très haute noblesse libérale et deux personnalités caractéristiques des Lumières, à la tête de bibliothèques exceptionnelles et qui sont bien évidemment, elles aussi, intéressées par l’Antiquité grecque.

samedi 14 janvier 2012

Conférences d'histoire du livre

École pratique des hautes études,
IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

par
Madame Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille
chargée de conférences à l’EPHE
 
16h-18h
Les livres de la famille de La Rochefoucauld
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études

(ci-dessus: reliure en maroquin aux armes de La Rochefoucauld)

Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2011-2012.
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg). Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).
Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).