mercredi 11 janvier 2012

Exposition et conférence d'histoire du livre

La lettre de civilité, entre le manuscrit et l’imprimé
(XVIe-XVIIIe siècle)

 Exposition organisée
par la Bibliothèque Mazarine,
en partenariat avec le
Centre d’études supérieures de la Renaissance
et la
Bibliothèque de l’Institut de France

17 janvier-16 mars 2012
Entrée libre du lundi au vendredi de 10h00 à 18h00


L’exposition est inaugurée par une conférence de son commissaire

Monsieur Rémi Jimenes

Le caractère de civilité:
typographie et calligraphie sous l'Ancien Régime

le mardi 17 janvier 2012 à 17h00,
à la Bibliothèque Mazarine,
23 quai de Conti, Paris 6e

Entrée libre dans la limite des places disponibles
Reproduisant la calligraphie gothique française du milieu du XVIe siècle, les caractères de civilité apparaissent à Lyon en 1557. Ils remportent un relatif succès dans les années qui suivent leur création –on les emploie alors dans tout le royaume de France pour l’impression d’œuvres poétiques, d’ouvrages scolaires, de récits de voyage...
Malgré la réussite initiale, ces caractères cursifs disparaissent rapidement des presses françaises. L’évolution des pratiques calligraphiques, l’adoption des écritures italiennes dans l’imprimé comme dans le manuscrit, font désormais passer la cursive gothique pour une lettre archaïque.
Absente de la production imprimée pendant près d’un demi-siècle, elle réapparaît pourtant au début du XVIIIe siècle. On l’utilise jusqu’au milieu du XIXe siècle pour la publication des Règles de la bienséance et pour des manuels de civilité destinés aux élèves des petites écoles.
Depuis lors, on désigne cette typographie comme un caractère de civilité. Souvent embellie par des passes et des entrelacs, la lettre de civilité frappe l’œil. Objet curieux, séduisant pour les uns, illisible pour les autres, la cursive gothique constitue un intéressant objet d’étude, à la rencontre des cultures de l’imprimé et du manuscrit.
L’exposition rassemble une quarantaine de livres imprimés en caractères de civilité conservés à la Bibliothèque Mazarine, complétés par des exemplaires généreusement prêtés par la bibliothèque de l’Institut de France et par un collectionneur privé.


(Communiqué par M. Yann Sordet). Le blog a également annoncé la sortie du livre consacré par Monsieur Jimenes aux caractères de civilité, et évoqué très brièvement ceux-ci dans un billet publié l'été dernier).

dimanche 8 janvier 2012

Histoire du livre: Gabriel Naudé

Les recherches sur le XVIIe siècle et l’histoire du livre ont été un temps négligées en France, peut-être par suite de l’hésitation à l'idée de s'inscrire après le classique de Henri-Jean Martin, Livre, pouvoir et société à Paris au XVIIe siècle. Depuis une vingtaine d’années, les choses ont pourtant commencé à bouger en profondeur, notamment avec la thèse exemplaire de Jean-Dominique Mellot sur la «librairie rouennaise», mais aussi avec les travaux nombreux engagés autour du thème des «non-livres» (Nicolas Petit) et des périodiques, qu’il s’agisse des Mazarinades ou encore de la Gazette, ou, plus tard du Journal des sçavans.
Les bibliothèques, les amateurs, collectionneurs et bibliothécaires retiennent eux aussi l’attention des chercheurs. Parmi les figures que l’on pourrait dire emblématiques de la modernité de la bibliothèque, Gabriel Naudé (1600-1653) occupe très certainement l’une des premières places: rien que de logique à ce que, en tant qu’auteur de l’Advis pour dresser une bibliothèque (1627), il ait fait l’objet de nombre de travaux plus ou moins approfondis. Notons au passage le fait que le terme même de «bibliothèque» vienne sous la plume de Naudé en place de l’ancienne «librairie» pour désigner une collection structurée de livres, qu’elle soit à usage privé ou qu'elle soit plus largement accessible.
Gabriel Naudé est très généralement présenté, dans les différentes histoires des bibliothèques, comme l’initiateur de la nouvelle «bibliothèque publique», mais la confusion des mots amène à nuancer l’analyse. Son rôle principal est d’un ordre tout autre, qui touche à la construction de la politique et, plus largement, de la pensée moderne. Revenons sur ces deux points.
1- Pour Naudé, qui tire les conséquences de l’expérience difficile à laquelle il est confronté quotidiennement au cours de la première moitié du XVIIe siècle, la politique nouvelle est désormais étroitement liée au média: c’est «le temps des libelles» (Christian Jouhaud) et de l’affermissement d’un espace public considérablement élargi, et que nous croirions volontiers inventé par la Réforme luthérienne. Nous n’insistons pas sur la justesse de cette observation, ni sur son caractère remarquable: c’est Naudé qui s’emploiera à persuader Mazarin lui-même de l’importance des imprimés «éphémères».
2- Le deuxième axe de réflexion porte plus généralement sur la modernité de la pensée –c’est le sens de la formule de «libertins érudits» popularisée par René Pintard. Dans ces premières décennies du XVIIe siècle, la rationalité est au cœur de la pensée, qui s’appuie sur un travail systématique de critique ou, pour reprendre le mot de Naudé, de «déniaiserie»: ne pas être niais, c’est ne pas croire à ce qui est de l’ordre de l’absurde, de la fable, ou, plus simplement, du déraisonnable. Il faut acquérir des connaissances assurées, lesquelles sont construites sur le travail de la raison et de la critique. Ce sont là les conditions de ce que l'on appellera plus tard la connaissance scientifique.
Par suite, le statut et surtout le rôle de la bibliothèque sont très profondément modifiés: la bibliothèque constitue un enjeu stratégique pour la pensée moderne, parce qu’elle est le conservatoire des expériences et des connaissances humaines sur lesquelles pourra prendre assise le travail de recherche et de réflexion critique lui-même à la base de la connaissance «déniaisée».
Naudé tire de ces idées un certain nombre de conséquences, en particulier sur le fait que la bibliothèque sera aussi riche que possible: tout livre, même le plus médiocre, trouve un jour son lecteur, ce lecteur auquel la critique permet toujours de trier le bon grain de l’ivraie et d’éviter les pièges de l'évidence ou de la facilité. Même les pamphlets les plus médiocres, un certain nombre de Mazarinades, etc., peuvent être lus avec profit, et éventuellement instrumentalisés en vue de l’action politique rationnelle –qui plus est, il s’agit de documents à partir desquels se construira la connaissance historique, et qui à ce titre aussi doivent être conservés.
Le caractère encyclopédique de la bibliothèque pose évidemment un problème de gestion: il faut éviter que des livres interdits ne se trouvent entre les mains de tout un chacun, et Naudé mentionne quelques précautions à prendre à cet égard.
Concluons ce rapide billet sur trois remarques (bien d'autres points seraient à envisager, par exemple sur l'innovation plus ou moins radicale que représente Naudé).
1- D’abord, la bibliothèque «ouverte» théorisée par Naudé s’adresse-t-elle effectivement, comme le sous-entendrait aujourd’hui le terme même de «bibliothèque publique», à tout un chacun? Dans le principe, oui, sans doute: Naudé n’avait aucune naissance ni aucune fortune, ce qui ne l’a pas empêché d’entrer dans le «secret» des princes et d’acquérir les outils intellectuels lui permettant de prendre rang parmi les personnalités célèbres de son temps. Or, ce qui lui a été possible l’est à chacun (même si sous certaines conditions), en application d’une sorte de droit de la nature: la raison est universelle, chacun dispose des outils pour la mettre en œuvre, et l’accès aux livres ne saurait, dans cette perspective, être limité.
2- Pourtant, la bibliothèque naudéenne n’est pas publique, parce que Naudé n’est pas un démocrate au sens actuel du terme. À ses yeux, le peuple est ignare, et il sera d’autant plus dangereux qu’on le manipulera plus habilement par le biais de la propagande. Comme toujours en histoire, il convient de se défier de l’anachronisme, et l’usage des mêmes termes français («public», «démocratie», etc.) entre le XVIIe siècle et aujourd’hui ne doit en rien amener à conclure à l’équivalence de leurs acceptions.
3- Enfin, Naudé marque bien une étape-clé dans l’histoire des bibliothèques: avec lui, la bibliothèque cessera d’être cet espace clos, réservé, abrité des remous du monde, où Montaigne se réfugiait encore pour converser gratuitement avec les grands esprits du passé. Elle s'impose désormais (en France au moins jusqu’au XIXe siècle) comme le laboratoire privilégié de la pensée et comme un enjeu important des choix et des engagements politiques.

Conférence sur Gabriel Naudé à la Bibliothèque Mazarine le 9 janvier 2012.
Voir aussi: Bibliothèque et médiathèque.

(Cliché: l'histoire au quotidien. Vue de l'Institut, ancien Collège des Quatre Nations et siège de la Bibliothèque Mazarine, 9 I 2011, cliché FB).

jeudi 5 janvier 2012

Conférences d'histoire du livre

École pratique des hautes études,
IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 9 janvier 2012
16h-17h30
Gabriel Naudé
par
M. Frédéric Barbier,
directeur d’études

17h45-19h (environ)
  Gabriel Naudé et la bibliothèque de Mazarin:
visite de la Bibliothèque Mazarine
et présentation d’ouvrages
par
M. Yann Sordet,
directeur de la Bibliothèque Mazarine


Avis important
Cette conférence se tiendra dans les locaux de la Bibliothèque Mazarine, 23 quai de Conti, 75006 Paris.
De 16h à 17h30, salle de conférences de la Bibliothèque, dite «salle Alfred Franklin» (entrée au 23 quai Conti, puis au fond de la deuxième cour, dernière porte à droite, 1er étage).
À partir de 17h45, à la Bibliothèque Mazarine elle-même.
Le nombre de participants est limité à 24. Pour éviter les déplacements inutiles, on est prié de s’inscrire par téléphone au 01 44 32 31 52 (du lundi au vendredi à midi).

(Cliché: portrait de Gabriel Naudé par Nicolas Régnier, vers 1633. BNF).

Nota:
La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h.
Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage, salle 115 à 14h et salle 123 à 16h).
Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2011-2012.

Transports en commun: Métro, ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare ((250 m. à pied). Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Un petit peu plus éloignés: Métro, ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterand).
Calendrier complet des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mercredi 4 janvier 2012

Histoire du livre à Rome au Moyen Âge

Maria Alessandra Bilotta, I Libri dei Papi. La Curia, il Laterano e la produzione manoscritta ad uso del Papato nel Medioevo (secoli VI-XIII), Città del Vaticano, Biblioteca Vaticana, 2011 («Studi e testi», 465).
Voir le Site de l'éditeur 
L’ouvrage porte essentiellement sur l’analyse historique et historico-artistique des manuscrits réalisés à l’usage de la cour pontificale et du Latran entre le VIe et le XIe siècle. La recherche développe trois axes principaux:
1) La description des modalités selon lesquelles, dans les siècles centraux du Moyen-Âge, s’est développée et institutionnalisée une activité de copie et de conservation des livres dans l’environnement de la papauté.
2) L’identification systématique des manuscrits conservés, qui sont les témoignages de cette activité.
3) Enfin, l’analyse des exemplaires, selon les diverses approches méthodologiques (histoire et histoire de l’art, paléographie, codicologie, philologie, histoire de la liturgie, etc.).
On restitue ainsi une composante très significative mais jusqu’à présent peu étudiée dans son ensemble, de l’histoire de la miniature médiévale, grâce aussi à la réunion, conduite dans ce travail pour la première fois, de tout ce qui subsiste de la production manuscrite, et en particulier enluminée, liée au Latran et à la cour pontificale (résumé de l’éditeur, trad. FB).
 
Table générale 
Prefazione di S. Em. Card. Raffaele Farina (pp. XI-XII) 
Presentazione di Agostino Paravicini Bagliani (pp. XIII-XVII) 
Introduzione di Mario D’Onforio (pp. XIX-XXI) Ringraziamenti (pp. XXIII-XXV) 
Premessa (pp. XXVII-XXXII)
Capitolo 1: La Biblioteca nell’antica residenza pontificia del Laterano dal primo insediamento dei pontefici a Bonifacio VIII (1294-1303): ipotesi di localizzazione e vicende storiche del patrimonio librario pontificio (pp. 1-42)
1.1 La Biblioteca del Laterano dalla fondazione della Basilica Salvatoris all’affermazione del Laterano come residenza del papa.
1.2 La Biblioteca papale in Laterano tra X e XII secolo.
1.3 La raccolta libraria papale e la mobilità della Curia nel secolo XIII e all’inizio del XIV. 

Capitolo 2: I primi manoscritti, dalla fondazione della basilica Salvatoris all’affermazione del Laterano come residenza del papa (pp. 43-69) 
2.1 Troyes, Médiathèque de l’Agglomération Troyenne, ms 504.
2.2 Città del Vaticano, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. lat. 10696, Vat. lat. 14586.
2.3 Monaco di Baviera, Bayerische Staatsbibliothek, Clm 14008.
2.4 Città del Vaticano, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. lat. 4965. 

Capitolo 3: Codici, riforma canonicale e canonici di San Frediano in Laterano tra XI e XII secolo (pp. 71-117) 
3.1 Città del Vaticano, Biblioteca Apostolica Vaticana, Ottob. lat. 38.
3.2 Città del Vaticano, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. lat. 5319.
3.3 Firenze, Biblioteca Riccardiana, Ricc. 299.
3.4 Firenze, Biblioteca Riccardiana, Ricc. 300.
3.5 Roma, Archivio Capitolare Lateranense, A. 80.
3.6 Firenze Biblioteca Medicea Laurenziana, San Marco 356.
3.7 Roma, Archivio di Stato, ex-Santissimo Salvatore 997.
3.8 Città del Vaticano, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. lat. 1192.
3.9 Città del Vaticano, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. lat. 4406. 

Capitolo 4: I libri liturgici secundum consuetudinem et usum romanae Curiae: il Duecento (pp. 119-175) 
4.1 Città del Vaticano, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. lat. 12989.
4.2 Madrid, Biblioteca Nacional de España, lat. 730.
4.3 Città del Vaticano, Biblioteca Apostolica Vaticana, Ottob. lat. 356.
4.4 Avignone, Bibliothèque municipale, ms 100.
4.5 New York, Pierpont Morgan Library, M. 976 / Philadelphia, Morgan Free Library Lewis EM 008.12.
4.6 Città del Vaticano, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. lat. 1155.
4.7 Parigi, Bibliothèque nationale de France, ms lat. 960.
4.8 Città del Vaticano, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. lat. 4747.
4.9 Avignone, Bibliothèque municipale, ms 203.
4.10 Lione, Bibliothèque municipale, lat. 5132.
4.11 Roma, Biblioteca dell’Accademia Nazionale dei Lincei e Corsiniana, 55. K.3.
 
Conclusioni (pp. 177-188)
Bibliografia (pp. 189-270) Fonti (pp. 189-191) Lavori critici (pp. 191-270) Indice dei manoscritti citati (pp. 271-274) Indice dei nomi e dei luoghi (pp. 275-284) 
(Communiqué par l'auteur)