lundi 14 mars 2011

Conférence d'histoire du livre

Séminaire "Auteur, traducteur, collaborateur, imprimeur... 
Qui écrit?
 
La prochaine séance du séminaire
"Auteur, traducteur, collaborateur, imprimeur... Qui écrit ?"
aura lieu le mercredi 16 mars 2011
à 17h00

Mettre en vers français une poétesse latine:
Proba Falconia à Lyon en 1557
 par
Michèle Clément
(Université de Lyon II)


Organisation du séminaire:
Martine Furno, Raphaële Mouren

Entrée libre sans inscription
Les séances ont lieu de 17h à 19h à l'enssib, salle N.1.29
17-21 bd du 11 novembre 1918 - 69623 Villeurbanne cedex - 04 72 44 43 43
Tramway T1 "Université Lyon 1" - Bus 59, 59E, 70 "Stalingrad Parc"

Communiqué par Raphaële Mouren
maître de conférences à l'Enssib,
Présidente, IFLA Rare Books and Manuscripts Section

vendredi 11 mars 2011

Conférence d'histoire du livre

École pratique des Hautes Études
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 14 mars 2011 
16h-18h 

Traductions et transferts culturels au Siècle des Lumières:
approches, circulations, appropriations (2)
 professeur à l'université de Sarrebruck,
directeur d'études invité étranger

Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage, salle 123).
Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2010-2011.

Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur ce blog).
Consultez aussi l'index matières du blog.
Rappelons aussi la soutenance de thèse de Madame Florence Alibert à la Sorbonne, le 11 mars à 14h.

mercredi 9 mars 2011

L'intellectuel et l'histoire du livre

Nous évoquions le 8 février dernier la problématique de l'intellectuel, et souhaitons y revenir aujourd'hui. En effet, que la définition moderne de l’intellectuel «à la française» ne soit pas réellement satisfaisante est une chose évidente pour l’historien du livre...
Bien entendu, les intellectuels existent de tout temps, au sens de «ceux qui travaillent avec leur esprit», et le classique de Georges Duby, Les Intellectuels au Moyen-Âge illustre excellemment le fait. Mais, dans notre historiographie, le terme d’intellectuel prend un sens plus particulier au XIXe siècle : l'intellectuel constitue une figure qui s’impose avec l’Affaire Dreyfus, celle de l’écrivain ou du savant n’hésitant pas à intervenir, au nom de ses compétences spécifiques, dans l’espace public au nom d’un certain nombre de valeurs qui, à ses yeux, définissent le bien. L’intellectuel par excellence, c’est bien évidemment Zola, auteur à succès, mais aussi personnalité qui s'engage en publiant dans L’Aurore son célèbre article « J’accuse » (13 janvier 1898).
Pour Pascal Ory et Jean-François Sirinelli, auteurs des Intellectuels en France, de l’Affaire Dreyfus à nos jours (2e éd., Paris, Armand Colin, 1992), cette date de 1898 marque le moment fondateur déjà désigné comme tel dans le titre de l'ouvrage. Dans ses Intellectuels en Europe au XIXe siècle (Paris, Seuil, 1996), Christophe Charle élargit l’espace géographique et chronologique de la problématique de l’intellectuel à l’Europe et à la période postérieure à 1815, tout en développant une perspective comparatiste fondée sur l’analyse d’histoire sociale. Pourtant, les formules proposées par lui ne remettent pas réellement en cause le dessin de la courbe, et elles ont même une curieuse charge que l’on pourrait dire biblique: si 1898 marque le moment de «cristallisation» (p. 262), ce qui précède depuis les années 1860 est de l’ordre de la « genèse », tandis que la période 1815-1860 est qualifié de «temps des prophètes»…
Même constatation, enfin, à propos du Dictionnaire des intellectuels français de Jacques Julliard et Michel Winock (2e éd., Paris, Seuil, 2002). Les auteurs proposent une définition large de l’intellectuel: l’écrivain, le scientifique, l’artiste ou l’universitaire qui, à un moment ou à un autre de sa vie, «s’est mêlé de ce qui ne le regarde pas» (selon le mot de Jean-Paul Sartre) et qui est intervenu sur la scène publique pour faire connaître telle ou telle position à caractère politique. Un intellectuel exerce une activité de l’esprit, à travers laquelle «il entend proposer à la société tout entière une analyse, une direction, une morale que ses travaux antérieurs le qualifient pour élaborer». Pour autant, le Dictionnaire des intellectuels français commencera bien, en définitive, lui aussi... avec l'«Affaire».
Reprenons les deux points essentiels: l’intellectuel est un travailleur de l’abstrait, mais qui intervient dans l’espace public en s’efforçant de gagner ses contemporains à la cause qu’il pense juste. Il prend directement en considération la question de l’efficacité de son message (il doit convaincre le plus grand nombre possible), et il se trouve donc logiquement amené à se pencher sur une stratégie de la médiation: chez Zola, le choix de L’Aurore n’est pas innocent, et surtout la mise en page de la lettre ouverte (six colonnes à la une!) à Félix Faure donne au texte une charge supplémentaire qui ne relève pas strictement de son contenu.
Mais rien ne dit que la figure de l’intellectuel serait nécessairement liée à l’économie des médias de masse (la presse périodique industrielle de la fin du XIXe siècle), ni même à la mise en place de la démocratie, pour l’essentiel après le «temps des révolutions» qu’ouvre la Révolution américaine de 1776 (déclaration d’indépendance des anciennes «Treize colonies») et qu’amplifie la Révolution française de 1789. Dans un prochain billet, nous verrons que, d’une part, l’histoire du livre nous propose des figures d’intellectuels au sens moderne du terme depuis le XVe siècle; et que, d’autre part, le déplacement de la catégorie de l’intellectuel se donne aussi à comprendre en articulation avec la succession des «trois révolutions du livre». Rien que de logique à cela, dans la mesure où l'imprimé constitue le principal média de l'Ancien Régime et, sous une forme spécifique (celle de la presse périodique), le principal média du XIXe et d'une grande partie du XXe siècle.

mardi 8 mars 2011

Avis de soutenance de thèse

Le 11 mars 2011 à 14h.,
Madame Florence Alibert
soutiendra sa thèse de doctorat en philosophie sur

La question du livre en Europe autour de 1900.
William Morris et son cercle : une esthétique hétérodoxe

La thèse a été préparée sous la direction de Madame Anne Moeglin,
professeur à l’université de Paris I (Panthéon-Sorbonne).

Lieu :
En Sorbonne, salle Jean-Baptiste Duroselle
(galerie J.-B Dumas), 1 rue Victor Cousin,
75231 Paris Cedex 05
La soutenance est publique

Cliché: la question du lien entre le fond (le texte) et la forme (l'objet livre), entre l'usage et l'esthétique, relève autour de 1900 d'une problématique européenne, particulièrement évidente en Grande-Bretagne, mais aussi en France, et surtout en Belgique et en Allemagne. Les périodiques sont privilégiés  en tant que média permettant à la fois l'expérimentation et la diffusion des modèles. Parmi les titres nouveaux, la Jugend (jeunesse) de Georg Hirth est à l'origine du terme de Jugendstil. À une époque où l'on discute de la théorie de la décadence, Hirth déclare: «Notre temps n'est ni vieux, ni fatigué! Nous ne vivons pas les derniers soupirs d'une époque moribonde, nous sommes à la porte d'une époque pleine de santé, c'est une joie que de la vivre!»

dimanche 6 mars 2011

Conférences d'histoire du livre

École pratique des Hautes Études
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 7 mars 2011
14h-16h
Des bibliothèques parlantes:
circulation et usages des catalogues de bibliothèque
à l'époque moderne (XVIIe-XVIIIe siècle)
par
Madame Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille
chargée de conférences à l’EPHE
16h-18h 
Traductions et transferts culturels au Siècle des Lumières:
approches, circulations, appropriations
 professeur à l'université de Sarrebruck,
directeur d'études invité étranger

Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage, salle 123).
Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2010-2011.

Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur ce blog).
Consultez aussi l'index matières du blog.

jeudi 3 mars 2011

L'Histoire de l'imprimerie de Prosper Marchand (fin)

Très vite après l’invention de l’imprimerie, les contemporains voient dans la technique nouvelle une des ruptures principales de l’histoire de la civilisation, et ils entreprennent d’en reconstituer la généalogie, en identifiant notamment le nom de l’inventeur avec celui de Johann Gutenberg, bourgeois de Mayence. Surtout, le temps est à l’optimisme: grâce à l'imprimerie, le savoir va pouvoir se répandre bien plus facilement, comme le souligne bientôt Rabelais dans la célébrissime Lettre de Gargantua à Pantagruel.
En 1740, pour le troisième jubilé de l’invention, l’Histoire de l’imprimerie de Prosper Marchand conserve cette même perspective universaliste. L’ouvrage s’ouvre par un superbe frontispice dessiné et gravé en taille-douce par Jacob von Schley (1715-1779) en 1739. Le thème en reprend la généalogie de l’invention: «L’imprimerie descendant des cieux est accordée par Minerve et Mercure à l’Allemagne, qui la présente à la Hollande, l’Angleterre, l’Italie, & la France, les quatre premières nations chés lesquelles ce bel art fut adopté». L’imprimerie trône dans les nuées (elle tient un composteur et une balle à encrer, et est drapée d’une sorte de toge portant les lettres de l’alphabet), entourée des figures de Minerve (qui personnifie la connaissance, accompagnée de la chouette) et de Mercure, dieu du commerce et des échanges. L’artiste se place d’emblée dans la double logique qui est celle des activités liées au livre, à la fois «marchandise» et « ferment », pour reprendre la célèbre formule de Febvre et Martin.
Les cinq figures féminines du registre inférieur personnifient les premières « nations » européennes à avoir accueilli l’art nouveau: portant la couronne impériale et le sceptre, l’Allemagne est la plus élevée, parce que c’est à elle que l’invention est remise. Elle est appuyée à trois cartouches aux effigies de «Jean Guttemberg», de «Jean Fust» et de «Pierre Schoiffer»  (le nom de ce dernier est le seul à n’être pas accompagné d’un portrait).
Au centre de la composition, c’est l’Angleterre, avec le cartouche de «Guill. Caxton» (William Caxton); puis vient l’Italie (qui porte la tiare et les clés pontificales et qui tient le cartouche à l’effigie d’«Alde Manuce»), tandis que la France, dans un drapé fleurdelysé vient à droite de la composition, où elle soutient de la main gauche le cartouche au nom de «Robert Estienne». Enfin, la Hollande est allongée au premier plan de la scène, et elle présente le cartouche à l’effigie de «Laurent Koster», le célèbre prototypographe de Haarlem.
Après le temps de l’humanisme, nous sommes devant un motif symbolisant l’idéologie des Lumières européennes diffusées par l’imprimé. Mais ce temps de l’universalité est alors près de se refermer, au profit du paradigme nouveau qui est celui des identités nationales. Un siècle plus tard, le quatrième jubilé s’ouvre par ce qu’Henri-Jean Martin a décrit comme la «guerre des statues» commémorant l’imprimerie, entre Haarlem, Mayence et Strasbourg: la paternité de l'invention s’est progressivement muée en enjeu politique, pour lequel la concurrence franco-allemande est pour un temps devenue centrale.

mardi 1 mars 2011

L'Histoire de l'imprimerie de Prosper Marchand

Il y a quelques semaines, Jean-Dominique Mellot revenait, dans une séance de la conférence d'Histoire et civilisation du livre à l'École pratique des Hautes Études, sur la question de la formation professionnelle dans l'imprimerie d'Ancien Régime, sur les pratiques de travail et sur les grandes grèves des typographes à Lyon et à Paris au XVIe siècle. Nous retrouvons ces même thèmes (en même temps que celui de l'articulation entre le travail de l'auteur et celui du libraire) lorsque nous feuilletons  la très belle Histoire de l’imprimerie publiée par Prosper Marchand à La Haye en 1740:
Prosper Marchand, Histoire // de // l’origine // et des //  premiers progrès // de // l’imprimerie.,
À La Haye, chés la veuve Le Vier et Pierre Paupie, M.DCC.XL., XIV-118-152 p., 4°.
L'étude est très érudite, et le volume d'une exécution typographique particulièrement soignée: parfaitement équilibré, le titre en rouge et noir est agrémenté d'une en taille douce représentant la déesse de l'imprimerie, dans un encadrement rocaille et surmontée des cinq voyelles A.E.I.O.U., avec la légende Rerum tutissima custos et la signature de Jakob von Schley, 1739. On remarquera en revanche l'absence du nom de l'auteur.
Pourtant, la publication est aussi présentée, et précisément par l'auteur lui-même, comme une opération de librairie: il s'agit en effet  de profiter de la «curiosité du public» à l'occasion du traditionnel jubilé de l'invention de l'imprimerie. La Préface est datée du 28 décembre 1738 et le frontispice est gravé en 1739, de sorte que le manuscrit était prêt suffisamment à l'avance pour permettre de présenter le volume aux foires de Francfort et de Leipzig de 1739:
«Cette Dissertation Historique & Critique touchant l'Origine & les premiers Progrès de l'Imprimerie faisoit Partie d'un Recueil d'environ soixante autres de pareil Caractère, composées & retouchées à diverses fois depuis 1715 jusqu'en 1735.: & je ne l'en ai détachée qu'à la Sollicitation de quelques Amis qui ont crû, que le troisième Jubilé, ou la troisième Année séculaire, de l'Imprimerie, réveilleroit infailliblement la Curiosité du Public touchant l'origine de ce bel Art; & que je ne devois nullement négliger une Occasion si naturelle & si favorable de publier ce que j'avois recueilli à cet Egard.»
Mais le retard et la «dissipation»(le terme est significatif) des ouvriers imprimeurs n'ont pas permis de réaliser ce programme. Marchand explique en effet, dans un Avertissement daté du 31 mars 1740 et où il en appelle au jugement du public:
«Enfin, quelque Soin que j'eusse pris, pour qu'il parût, comme il le devoit, aux Foires de Francfort et de Leipzic de 1739, la Lenteur & la Dissipation des Ouvriers l'a fait trainer jusqu'à la Fin de ce Mois de Mars de la présente Année 1740: retardement fâcheux, dont je suis obligé de me plaindre publiquement ici, afin de ne me point trouver en Contradiction avec moi-même; & mauvais Procédé tout-à-fait propre à confirmer les Plaintes continuelles des Gens de Lettres concernant les Abus de l'Imprimerie...»

Cliché: page de titre de l'Histoire de l'imprimerie, coll. Quelleriana.