dimanche 13 février 2011

Histoire du livre: souscription pour une monographie consacrée à Cazin


 Cazin, l’éponyme galvaudé

Un volume in-8° (14 x 22, 5 cm.), d’environ 360 pages, avec 1 frontispice, 1 tableau généalogique et 65 illustrations à pleine page, tiré à 300 exemplaires, dos carré, collé et cousu.
Fruit de plus de quinze années de recherches sur le célèbre libraire et éditeur parisien, d’origine rémoise, Hubert-Martin Cazin (1724-1795), cet ouvrage, préfacé par Christian Galantaris, libraire expert honoraire près la Cour d’appel de Paris, renouvelle la biographie et la bibliographie de Cazin pour lesquelles les bibliophiles, les libraires, les bibliothécaires et les universitaires ne disposent que d’un ouvrage fautif publié il y a un siècle et demi.

TABLE DES MATIÈRES
PRÉFACE
INTRODUCTION
CHAPITRE I. Les Bio-bibliographes de Cazin
1- Avant Brissart-Binet 
2- Brissart-Binet
3-  Après Brissart Binet
CHAPITRE II. Les Cazin à Reims avant Cazin (1673-1754)
CHAPITRE III. Cazin libraire à Reims (1755-1781)
1- Les Affaires bouillonnaises
2- Correspondance neuchâteloise
3- Débuts valadiens
CHAPITRE IV. Cazin libraire à Paris (1782-1795)
1- Associé de Valade (1782-1784)
2- Libraire rue des Noyers (1784-1785)
3- Libraire rue des Maçons (1786-1792)
4- Libraire rue du Coq (1792-1793)
5- Libraire rue Pavée (1793-1795)
CHAPITRE V. Les Cazin après Cazin
CHAPITRE VI. Identification des éditions in-18 de Cazin
1- Faux Cazins  
2- Reliure
3- Format.
4- Papier
5- Architecture de la page
6- Matériel typographique
7- Gravures
8- Catalogues et journaux contemporains
CHAPITRE VII. Les Éditions authentiques de Cazin
NOTES
SOURCES
REMERCIEMENTS
INDEX
LISTE DES SOUSCRIPTEURS

Jean-Paul Fontaine
Auteur :  Le Livre des livres (Paris, Hatier, 1994), Physiopathologie et terminologie médicale (Paris, Bertrand-Lacoste, 2005), Bibliolexique à l’usage de l’amateur de livres (Paris, Éditions des Cendres, 2007).
Coauteur : Jean Berque (1896-1954) illustrateur (Reims, Le Bibliophile rémois, 1992), Dictionnaire encyclopédique du livre (Paris, Cercle de la Librairie, 2002, A-D et 2005, E-M), Répertoire bibliographique des livres imprimés en France au xviie siècle (Baden-Baden & Bouxwiller, Valentin Koerner, 2005, t. XXVII, p. 73-171), Mélanges offerts à Christian Galantaris (Paris, Librairie Anne Lamort, 2009, p. 67-80).
Articles : Art & métiers du livre, Archives et bibliothèques de Belgique, Le Livre & l’estampe, Bulletin du bibliophile, Le Magazine du bibliophile, La Nouvelle Revue des livres anciens.
Éditeur : Le Bibliophile rémois (Reims, 1985-2004), Jacob (Max). Petite astrologie (Reims, Le Bibliophile rémois, 1989), Bidet (Nicolas). Traité sur la culture des vignes (Reims, Le Bibliophile rémois, 1991).
Coéditeur : La Nouvelle Revue des livres anciens (depuis 2009).

BULLETIN  DE  SOUSCRIPTION
(jusqu’au 31 mars 2011)

Nom, prénom, adresse postale
Paiement     1 exemplaire + port
France et Monaco : 29 + 6,80   = 35,80 €
Europe et Suisse   : 29 + 16,05 = 45,05 €
Canada et U.S.A.  : 29 + 22,50  = 51,50 €
Japon et Brésil      : 29 + 25,40  = 54,40 €  
¤ Par chèque : libellé au nom de La Nouvelle Revue des livres anciens, 3 B, rue des16e et 22e Dragons,  51100 Reims, France
¤ Par virement à la Société Générale :
- Titulaire du compte : La Nouvelle Revue des livres anciens, 3 B, rue des 16e et 22e Dragons, 51100 Reims, France
- Banque : 30003
- Guichet : 01690
- N° de compte : 00050454614     Clé : 15
- IBAN :  FR76  3000  3016  9000  0504  5461  415
- BIC : SOGEFRPP
La Nouvelle Revue des livres anciens
3 B, rue des 16e et 22e Dragons, F- 51100 Reims
tél. : 03.26.47.89.21  courriel : nrlanciens@gmail.com

(Communiqué par Jean-Paul Fontaine)
 Consultez aussi l'index matières du blog

vendredi 11 février 2011

Histoire du livre: un an de blog

Principales villes de consultation du blog "histoire-du-livre", février 2011
Voici un an que ce blog «histoire-du-livre» fonctionne. Nous avons publié à peu près cent cinquante billets, parfois de simples annonces (conférences, colloques, nouvelles parutions), parfois des billets abordant rapidement telle ou telle question relative à l’histoire du livre. Beaucoup de ces billets sont illustrés.
Le blog semble avoir acquis une certaine vitesse de croisière, puisqu’il reçoit plus de 1600 visites en moyenne par mois, et qu’il sort dans les toutes premières réponses à la question «histoire du livre» (entre guillemets) sur Google.
Les outils mis en place au début de ce mois (février 2011) pour suivre les consultations permettent de constater que la majorité des utilisateurs est francophone, mais que 40 à 50% d’entre eux ne réside pas en France. Nous avons des visiteurs sur les cinq continents, avec cependant une forte proportion en Europe et très peu en Extrême-Orient, en Asie du Sud et en Asie du Sud-Est (voir cliché). La moyenne des consultations est de deux pages, et le détail montre que, comme on pouvait s’y attendre, ce sont les pages de discussion qui restent le plus souvent consultées à long terme.
Selon la formule de Geoffrey Nunberg, on trouve de tout sur Internet, dont les chemins conduisent indifféremment à Rome ou à Disneyworld: en définitive, Internet manque surtout d’outils de manipulation qui soient à la fois commodes et transparents.
L’un des inconvénients majeurs de la structure d’un blog comme celui-ci est aussi de «noyer» les informations les plus anciennes au fur et à mesure que d’autres, plus récentes, s’empilent par dessus. Peut-être la mise à disposition d’un index pour un certain nombre de billets permettrait-elle de répondre pour partie à cette difficulté ? L’index ci-dessous reprend un certain nombre des billets publiés dans la trois premiers trimestres de 2010, soit de février à septembre inclus. Nous le compléterons aussi tôt que possible.

Albi
Le Berceau du livre imprimé. Autour des incunables
Bibliothèque de Colmar
Les Bibliothèques d’artistes
Bibliothèques de gare 
Les bibliothèques et leurs lecteurs
Bodoni
Guillaume Budé
Chine, écriture  
Chine, écriture
Chine, Pékin, librairie
Choiseul
Cinquante ans d’histoire du livre
La Danse macabre des imprimeurs
Destruction des livres
L'Erudition imaginaire
La Fabbrica del libro  
La Forêt des livres
Sébastien Gryphe
Histoire et civilisation du livre,
V (2010)
Histoire et civilisation du livre, sommaires
Hongrie, bibliographie
Hongrie, livre et identité nationale
Hongrie, Réforme catholique
Hongrie, Réforme protestante
Institut historique allemand de Paris
Langue vernaculaire

Langue vernaculaire
Langue vernaculaire
Dangers de la lecture
Lecture populaire
Lumières
Mame, imprimeurs-libraires
Musées du livre
Musées du livre
Das Narrenschiff (La Nef des fous)
Das Narrenschiff, folie, représentation
Nationalités
Charles Nodier
Paris, débuts de l’imprimerie
Pentecôte
Politiques et pratiques de la culture
Marcel Proust
Réforme protestante
Réforme protestante, commémoration
Révolutions du livre
Slovénie
Touraine
Trouville
Typographical fixity
Vidéo, nouveaux médias
Vidéo, volumen et codex
Volumen et codex
Voyages

mardi 8 février 2011

Le bibliothécaire en intellectuel


Le bibliothécaire, comme le savant, est souvent un personnage caricatural, qui se tient comme en dehors du monde, perdu dans des livres pour lesquels il joue plus le rôle de cerbère que de passeur. On pensera ici à certains textes de Pérec, et il faut d’ailleurs bien avouer que tel ou tel de nos souvenirs de telle ou telle expérience dans une bibliothèque vient parfois renforcer le cliché (cf. illustration).
Mais, bien sûr, ce n’est là qu’un cliché. Durant une partie de l’histoire moderne et contemporaine, le rôle du bibliothécaire est au contraire essentiel dans la société de son temps. Il est en charge des livres à une époque où ceux-ci sont relativement rares, et surtout où ils constituent le socle sur lequel s’appuie la construction des savoirs, donc la promesse d’un progrès possible.
Cette configuration atteint l’un de ses moments les plus forts en France à la fin de l’Ancien Régime et sous la Révolution. Les livres contiennent la somme des expériences et des connaissances, ils sont comme un monde virtuel reproduisant le monde réel et permettant de le manipuler, et les bibliothèques fonctionnent donc comme les laboratoires de la civilisation et du progrès. La science des livres, désignée comme la bibliographie, parfois comme la bibliologie, est théorisée par certains auteurs comme la science des sciences. Bibliothécaire de la Haute-Saône, Gabriel Peignot écrit, dans son Manuel bibliographique publié en 1802-1804 (Paris, 2 vol., 1 vol. de suppl.):
«La Bibliologie, embrassant l'universalité des connaissances humaines, s'occupe particulièrement de leurs principes élémentaires, de leur origine, de leur histoire, de leur division, de leur classification et de tout ce qui a rapport à l'art de les peindre aux yeux et d'en conserver le souvenir par le moyen de signes (…). La Bibliographie (…) ne comprend, à proprement parler, que la description technique et la classification des livres, au lieu que la Bibliologie (qui est la théorie de la Bibliographie) présente l'analyse des connaissances humaines raisonnées, leurs rapports, leur enchaînement et leur division; approfondit tous les détails relatifs à l'art de la parole, de l'écriture et de l'imprimerie, et déroule les annales du monde littéraire pour y suivre pas à pas les progrès de l'esprit humain…»
On comprend dès lors que le bibliothécaire occupe une position  stratégique dans la société: spécialiste des livres, il en organise et administre les collections pour les rendre accessibles et intelligibles à ses contemporains. Son rôle concerne à la fois l’ordre du savoir et celui de la politique, puisque l’harmonisation  de la société, qui est le projet des Lumières, passe par l’approfondissement et la diffusion la plus large du savoir, donc des livres. Le futur bibliothécaire de la Bibliothèque du Panthéon, Pierre Claude François Daunou, expose en 1795 à barre de la Convention, en se référant à Condorcet:
«Le perfectionnement de l’état social (…) est le but le plus digne de l’activité de l’esprit humain; & vos élèves, en (…) étudiant l’histoire des sciences & des arts, (…) apprendront sur-tout à chérir la liberté, à détester & à vaincre toutes les tyrannies».
Rien de surprenant, dès lors, à rencontrer un certain nombre de bibliothécaires non pas reclus dans leurs fonds poussiéreux dont ils se feraient comme les gardiens jaloux, mais pleinement engagés dans la société et dans les débats contemporains.
Nous venons de mentionner Daunou, qui en est une figure emblématique (cf. son buste par David d'Angers: le bibliothécaire, «un héros de notre temps»): ce prêtre, enseignant de l’Oratoire, lecteur de Montesquieu et de Rousseau, est pleinement favorable aux réformes de 1789. Le voici député, d’abord à la Convention, et il sera le réformateur de l’Instruction publique et l’organisateur de la nouvelle (et éphémère) République romaine -une mission paradoxale pour un ancien ecclésiastique. Mais sa carrière le conduira aussi à devenir bibliothécaire du Panthéon (l’ancienne Bibliothèque Sainte-Geneviève, dont il enrichit les collections et dont il prépare le catalogue des incunables), garde général des Archives de l’Empire et professeur d’histoire au Collège de France.
Les années 1780-1820 marquent ainsi l’un des temps forts de la construction de la figure de l’intellectuel moderne. Alors que le livre (et les bibliothèques) sont toujours le principal média, le spécialiste des livres et des collections de livres, le bibliothécaire-bibliographe, apparaît comme un acteur engagé travaillant à l'organisation et à l'amélioration de la vie en société. Deux générations plus tard, la démocratie est établie, et le premier média est devenu celui de la presse périodique et des journaux: l'intellectuel est désormais un journaliste. Nous devrions nous attendre à ce qu'aujourd'hui, à l'heure de la «révolution des nouveaux médias», cette configuration change une nouvelle fois, mais ceci est une autre histoire, et elle nous reste à construire.

Cliché: rue Daunou, à Paris.  La figure du bibliothécaire est oubliée, au profit de celle de l"'historien" (sa chaire au Collège de France) et du "législateur". La spécificité de Daunou comme oratorien et comme bibliothécaire est ignorée, et la désignation choisie pour le qualifier s'avère finalement assez banale.

dimanche 6 février 2011

Séminaire d'histoire du livre

Séminaire "Auteur, traducteur, collaborateur, imprimeur... 
Qui écrit?
La prochaine séance du séminaire
"Auteur, traducteur, collaborateur, imprimeur...
Qui écrit ?"
aura lieu le
mercredi 9 février 2011
à 17h00

Philippe Guérin,
Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
"Celui qui écrit le dialogue en est-il l'auteur?
Remarques sur l'écriture dialogique
en Italie à la Renaissance"

Organisation du séminaire:
Martine Furno, Raphaële Mouren

Entrée libre sans inscription
Les séances ont lieu de 17h à 19h à l'enssib, salle N.1.29
17-21 bd du 11 novembre 1918 - 69623 Villeurbanne cedex - 04 72 44 43 43
Tramway T1 "Université Lyon 1" - Bus 59, 59E, 70 "Stalingrad Parc"

Communiqué par Raphaële Mouren
maître de conférences à l'Enssib,
Présidente, IFLA Rare Books and Manuscripts Section

vendredi 4 février 2011

Conférences d'histoire du livre

École pratique des Hautes Études
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 7 février 2011
14h-16h
Histoire des bibliothèques à la période moderne (3):
les bibliothèques dans la ville (3)
Les bibliothèques des institutions scientifiques (suite et fin) : la mise en place d'instruments professionnels dans les écoles de chirurgie, musées d'histoire naturelle et hôpitaux au XVIIIe siècle. Les bibliothèques méridionales (1ère partie) : savants et bibliophiles, entre Aix et Montpellier.
par
Madame Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille
chargée de conférences à l’EPHE
16h-18h
Le bibliothécaire en politique:
Pierre Claude François Daunou
par
Monsieur Frédéric Barbier, directeur d'études
Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage, salle 123).
Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2010-2011.

Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur ce blog).

Cliché:  P. C. F. Daunou, buste par David d'Angers (Galerie David d'Angers, Angers. Cliché Fabrice Pluquet: http://www.trekearth.com/members/loupiot/).

jeudi 3 février 2011

Histoire du livre et définition du patrimoine

Qu’est-ce que le patrimoine, et en quoi ce concept a-t-il à voir avec les fonds des bibliothèques, dont l’histoire est connue pour sa complexité?
«Patrimoine»: le mot est devenu très à la mode depuis les années 1980, mais on sait que les catégories sont paradoxalement d’autant plus mal connues qu’elles sont plus célèbres, donc plus banales. Les formules faisant référence à «patrimoine» se multiplient, qui débouchent souvent sur une forme de revendication découlant d’un état de nature ou d’évidence (la «légitimité» du patrimoine, ou encore la fierté des «racines»).
Avouons au passage que nous n’approuvons pas la tendance qui consiste à utiliser un terme «en vogue» là où un autre, pourtant adapté, sera négligé parce que paraissant moins «porteur»: par exemple, dans le Bulletin des bibliothèques de France, dans la formule «Valoriser le patrimoine des revues en sciences humaines et sociales», patrimoine désigne tout simplement le contenu de ces revues (BBF, 2004, t. 49, n° 1, p. 88-89).
Dans ce type de problématique, le recours au lexique est révélateur: le lexique n’est pas neutre ni donné une fois pour toutes, mais il a une histoire. La racine latine (<patrimonium) désigne l’avoir d’une famille ou d’une communauté(<pater, père, au sens large de «chef de famille» plus qu’au sens biologique). Ce qui prime, c’est la définition d’un objet matériel et l’ordre du droit. Dans sa première édition, le Dictionnaire de l’Académie française (1694) s’en tient à cette acception: le patrimoine, c'est «le bien qui vient du père & de la mère, qu'on a hérité de son père & de sa mère».
Ce n’est qu’à l’époque contemporaine que se répandent les acceptions dérivées par analogie ou par métaphore. Complété par une épithète, «patrimoine» s’applique peu à peu à toutes sortes de domaines comme ceux de la biologie et de l’écologie (le patrimoine génétique, voire halieutique, etc.) ou encore de l’ethnologie… et des bibliothèques (le patrimoine livresque). L’acception actuelle la plus courante se rencontre ici, le patrimoine désignant ce qui a été reçu des générations antérieures, et envers quoi on aura une certaine obligation morale de préservation.
L’articulation avec la construction du droit romain explique que l’on ne trouve souvent pas l’équivalent direct du terme dans les langues non-latines, par ex. l’allemand.
Or, un renversement tend aujourd’hui à s’opérer, d’autant plus important qu’il reste mal perçu: le patrimoine n’est plus donné par la collectivité, mais il la définit. Dans la tradition politico-juridique romaine, dans laquelle s’inscrivent les Lumières puis la révolution démocratique, la collectivité nationale se définit comme l’ensemble des citoyens jouissant d’un certain nombre de droits, remplissant un certain nombre de devoirs et constituant par la même cette collectivité.
Après 1789, la «nation» désigne donc une certaine construction politique et juridique, et non pas d’abord un État s’inscrivant dans une géographie déterminée, non plus que la résultante d’un certain nombre de caractéristiques «nationales» telles qu’une langue commune, une religion dominante, une histoire commune, etc. Les «livres nationaux» et les «bibliothèques nationales» de la période révolutionnaire sont à comprendre dans cette acception, d’après laquelle c’est la nation au sens politique du terme qui définit comme tel son «patrimoine national».
La montée en puissance des nationalités à partir de la fin du XVIIIe et surtout au XIXe siècle tendra à recouvrir ce schéma, jusqu’à non seulement l’inverser, mais à faire paraître cette inversion comme naturelle: là où la collectivité définissait son patrimoine, c’est, au contraire, le patrimoine (au premier chef le patrimoine linguistique) qui identifie la collectivité. Débaptiser la Bibliothèque nationale en Bibliothèque nationale de France peut aussi être interprété comme une manière de consacrer ce renversement.
Il n’est pas inutile d’avoir une idée de ces problématiques, parce que le premier patrimoine dont la bibliothèque est le représentant, c’est la bibliothèque elle-même en tant non seulement qu’ensemble de collections, voire de collections anciennes (le patrimoine au sens étroit du terme), mais aussi en tant que structure institutionnelle, en tant qu’espace, en tant que pratique (ou ensemble de pratiques) et en tant que représentation (ou ensemble de représentations). Nous plaidons par conséquent pour une acception large, dans notre domaine, du terme de patrimoine: en relève ce qui est présent dans les bibliothèques à un moment donné, dont on pense que cela a une signification du point de vue de la conservation et dont il importe, le cas échéant, de fournir à nos contemporains des clés pour une intelligibilité possible.
Pour l’historien, tout concept ou phénomène est justiciable d’un processus d’historicisation: il doit être replacé dans un certain contexte, qu’il s’agisse des antécédents, du développement ou de ce qui se produit ensuite, et qui ne relève pas nécessairement de la causalité. Dans cette perspective, le patrimoine non plus n’est pas une donnée a priori, relevant de l’état de nature, mais il est aussi une donnée qui se construit et qui se déploie dans le temps, c'est-à-dire dans la culture et dans l'histoire.

Note bibliographique
Hans-Jürgen Lüsebrink, «Historische Semantik als Diskurspargmatik: der Begriff Nation in Frankreich und Deutschland», dans H.-J. Lüsebrink, R. Reichardt, Kulturtransfer im Epochenumbruch, Leipzig, 1997, p. 851-875. Frédéric Barbier, «Patrimoine, production, reproduction», dans Bulletin des bibliothèques de France, 2004, n° 5, p. 11-20. Trad. italienne: «Fra produzione e riproduzione. Cos’e’ il patrimonio libraio», dans Prometeo. Rivista trimestriale du scienze e storia, 23e année, n° 91 (sept. 2005), p. 16-25.
Cliché: la Bibliothèque du château de Chantilly (détail).

mardi 1 février 2011

Une plateforme pour les comptes rendus

La Bibliothèque d'État de Bavière (Bayerische Staatsbibliothek) à Munich annonce la mise en ligne (depuis le 21 janvier dernier) de recensio.net, plateforme de recensions d'ouvrages pour la recherche historique européenne: http://www.recensio.net/front-page-fr
Dans la lignée fondée par les grandes revues bibliographiques de l'Ancien Régime, dont au premier chef le Journal des savants, recensio.net est conçu comme une plateforme plurilingue européenne destinée à héberger des recensions de travaux scientifiques d’histoire. Financé par l’Agence allemande pour la recherche (Deutsche Forschungsgemeinschaft), elle associe la Bibliothèque d’État de Bavière à Munich (BSB), l’Institut historique allemand de Paris (IHA) et l’Institut d’histoire européenne de Mayence (IEG).
Le projet repose sur trois axes principaux:
1) recensio.net rassemble d'abord des comptes rendus critiques «classiques». Mais les rédactions de revues classiques publiant des comptes rendus peuvent aussi donner à ceux-ci une plus grande visibilité en les mettant en ligne (en prépublication ou en postdocument). Le site n’exige pas l’exclusivité de ses contenus, mais a pour objectif de rassembler des comptes-rendus souvent épars et difficiles d’accès pour les mettre à la disposition de la communauté des chercheurs. Les comptes rendus sont référencés dans le catalogue thématique et par le biais du moteur de recherche de la plateforme.
2) recensio.net est en route en route vers le « web 2.0 », autrement dit vers le web participatif: en effet, les auteurs peuvent y publier les principales thèses développées dans leurs travaux (articles ou monographies). Des commentaires d’internautes filtrés par un modérateur donneront progressivement lieu à des recensions animées et interactives et à des discussions. Les ressources  scientifiques disponibles sur Internet peuvent aussi être signalées et évaluées, afin de prendre en compte un phénomène de développement continu. Ces procédures semblent plus adaptées aux nouvelles pratiques de travail: si les contraintes de temps empêchent souvent de rédiger un compte rendu en forme, l'ajout d'un commentaire en ligne permet de prendre plus rapidement position sur un aspect particulier de l’ouvrage, y compris dans une discipline connexe (par ex., la sociologie).
3) En règle générale, seuls les monographies ou les ouvrages en collaboration faisaient jusqu'à présent l'objet de comptes rendus. En offrant la possibilité de traiter d'articles isolés, parus dans des revues ou autres, recensio.net souhaite aider ce genre pourtant fondamental à acquérir une position plus centrale dans le discours scientifique.

recensio.net propose par conséquent: une visibilité des comptes rendus largement accrue par l’utilisation de la fonction recherche de la plateforme et par l’accès au catalogue OPAC; une nette accélération du processus de publication, permettant d’être plus en phase avec la parution de l’ouvrage commenté; et, au total, l’adaptation aux pratiques de lecture actuelles, différentes pour les recensions et pour les articles.
La Bibliothèque d’État de Bavière se charge d’enrichir les comptes rendus par l’ajout de métadonnées. Elle garantit le lien avec le catalogue OPAC de la Fédération des bibliothèques de Bavière (BVB), ainsi qu’un archivage pérenne des documents mis en ligne. Tous les contenus sont accessibles gratuitement sans limite de durée. Les comptes rendus critiques publiés se concentrent sur les travaux publiés en Europe et portant sur un ou sur plusieurs pays d’Europe. Les langues de navigation sur la plateforme sont l’allemand, l’anglais et le français, mais les comptes rendus peuvent être rédigés dans toute langue européenne.

Vous pouvez dès à présent participer au projet recensio.net: http://www.recensio.net/ueberuns-fr/mitmachen-bei-recensio.net.
N’hésitez pas à contacter le service: http://www.recensio.net/ueberuns-fr/kontakt
(Communiqué par Raphaële Mouren)