jeudi 23 décembre 2010

Voeux de fin d'année

Avec mes meilleurs vœux
pour les fêtes de fin d'année!










 


Mit meinen allerbesten Wünschen
für frohe Weinachtstage!

Kellemes Karácsonyi Ünnepeket
és Boldog Új Évet!

lundi 20 décembre 2010

Histoire du livre et innovation de produit (2)

Une génération après l'invention de Gutenberg, la diffusion de la technique nouvelle est déjà relativement large en Europe, et la production d'imprimés s'accroît rapidement: mais ceux-ci reproduisent le modèle des livres manuscrits du Moyen Âge, alors même que le public de ces livres n'est pas susceptible de s'ouvrir en proportion. La crise de surproduction qui en découle pousse à une certaine réorganisation de la branche, et surtout au développement de ce que nous désignons comme l'innovation de produit: inventer des produits nouveaux, qui soient susceptibles de capter une clientèle elle-même nouvelle.
Du point de vue matériel (celui de l'objet), l'innovation peut porter sur le contenu (imprimer et diffuser des textes nouveaux) comme sur la forme matérielle. Le Liber chronicarum (HC 14508*) du médecin nurembergeois Hartmann Schedel (1440-1514) illustre surtout la seconde dimension: il s'agit en effet d'une chronique universelle, organisée selon le modèle traditionnel des âges du monde, mais qui innovera de manière spectaculaire en ce qui concerne sa "mise en livre" (exemplaire numérisé par la Bayerische Staatsbibliothek).
En effet, le choix est, d'abord, celui d'un ouvrage exceptionnel, qui impressionne par son format (in folio) et plus encore par sa magnifique illustration xylographiée  (on sait que le jeune Albrecht Dürer y a collaboré). La double page donnant la vue de Nuremberg à la fin du XVe siècle est bien sûr la plus spectaculaire, d'autant qu'il s'agit d'une représentation réaliste (les artistes étaient sur place et connaissaient la ville), et non pas, comme pour certaines autres villes, d'une sorte de juxtaposition de ce que nous pourrions presque appeler des "clichés" (cf. la vue de Lyon, celle de Constantinople, etc.).
Les documents aujourd'hui conservés dans les Archives municipales de Nuremberg témoignent en outre du soin porté à la mise en page d'un ouvrage qui a évidemment nécessité des investissements très lourds. La vue de Strasbourg (lat. Argentina) montre la sophistication très élégante d'une double page dans laquelle la flèche de la célèbre cathédrale sort du cadre de l'image pour se développer dans la marge intérieure du recto de droite.
Plus intéressants encore sont les éléments qui témoignent de ce que l'ouvrage est désormais conçu pour la consultation: d'une part, c'est l'organisation matérielle du texte pour en faciliter la lecture, la mise en paragraphes, et surtout la scansion des bois gravés.
D'autre part et surtout, ce sont les informations imprimées sur les feuillets eux-mêmes, à savoir le titre courant (qui précise l'âge du monde) et la foliotation en chiffres romains ("Fol. XXX").
La présence de cette foliotation est indispensable dès lors que l'on a voulu inclure dans le volume un index alphabétique, lequel renvoie précisément aux numéros des feuillets. Comme nous l'avons montré ailleurs (notamment dans L'Europe de Gutenberg), le procédé qui consiste à repérer des passages du texte (du contenu) en fonction des composantes normalisées qui en constituent le support (le livre, alias l'interface) se révèlera jusqu'à aujourd'hui particulièrement puissant.
Dans les deux dernières décennies du XVe siècle, c'est donc bien l'innovation de produit qui se déploie progressivement, avec l'invention du livre imprimé et la mise en place d'une logistique de la communication sur laquelle nous vivons en grande partie jusqu'à aujourd'hui.

Note bibliogr.: Stephan Füssel, Die Welt im Buch. Buchkünstlerischer und humanistischer Kontext der Schedelschen Weltchronik von 1493, Mainz, Gutenberg Gesellschaft, 1996 (ISBN 3-7755-2111-9).

samedi 18 décembre 2010

HIstoire du livre et innovation de produit (1)

Il y a quelques semaines, nous avons publié sur ce blog trois billets successifs consacrés à la logique de l'innovation: 1, 2, 3). L'ambition de cette théorie est de proposer une grille de lecture applicables (en l'adaptant éventuellement) aux révolutions successives de la "librairie" et du livre jusqu'à aujourd'hui (voir la note bibliogr. infra). Nous voudrions aujourd'hui le volet traitant de l'innovation de produit au XVe siècle, et cela à travers trois exemples.
Le premier exemple sera donné par la magnifique édition de la Cité de Dieu de saint Augustin (Aurelius Augsutinus) publiée à Mayence par Peter Schoeffer en 1473 (HC 2057*). Le caractère est le caractère Fraktur typique de Mayence, dans lequel l'influence latine est restée très présente. Mais surtout, on remarquera le soin que l'imprimeur a pris pour pour donner à la mise en livre une forme qui reproduise celle d'un manuscrit.
L'incipit traditionnel- lement rubriqué (autrement dit copié en rouge par le rubricateur) est ici imprimé en rouge, ce qui complique et renchérit le travail d'impression. Mais la superbe lettre filligranée et peinte est  réalisée après coup à la main, très certainement par des spécialistes présents dans l'atelier même de l'imprimeur.
Comme le cliché est pris en gros plan, on distingue en outre parfaitement, dans le corps du texte, la présence des lettres abrégées (par ex. le a et le u tildés, à l'avant dernière ligne, pour qua[m] et pour nu[n]c).
Plus intéressante encore sont les lettres liées, dont la logique de la typographie supposerait qu'on les abandonne mais qui ont été conservées pour des raisons esthétiques (ce que j'ai appelé ailleurs "l'esthétique de la trace": cf bibliogr.): le scripteur du manuscrit ne lève toujours pas la plume entre deux lettres, surtout s'il écrit de manière cursive. Par suite, des caractères spécifiques de lettres doubles ont parfois été gravés fondus pour reproduire ce modèle: par ex., à la première ligne, la liaison du s long et du t dans Augustini, et le double pp qui suit; à la ligne suivante, le de, etc.
Même si la rationalisation typographique a abouti à la disparition généralisée de ces signes spécifiques, certains ont été conservés dans l'orthographe française d'aujourd'hui: l'accent circonflexe n'est rien d'autre qu'un ancien tilde (forest transcrit par forêt); de même, nous connaissons toujours des lettres liées (œ et æ) tout comme, en allemand, le ß (double ss long lié). L'esperluette, aujourd'hui plus couramment désignée comme le "et commercial" (&) reproduit l'abréviation manuscrite et.
Il s'agit là de véritables reliques des pratiques de copie héritées du Moyen Âge, que la typographie gutenbergienne n'a pas fait complètement disparaître et que l'on retrouve jusqu'à aujourd'hui dans les logiciels de traitement de texte.
Le Psautier de Mayence, en 1457 (H 13479), illustre à la perfection ce schéma: il constitue notre deuxième exemple. Pour les successeurs de Guten- berg en effet, l'objectif est de reproduire mécani- quement le modèle d'un psautier manuscrit, et notamment d'imprimer en plusieurs couleurs non seulement le texte en noir, mais aussi les passages rubriqués, et surtout les lettres filigranées peintes en rouge et en bleu (voir détails). Le résultat, spectaculaire, témoigne pourtant aussi des limites du modèle de la reproduction: la technique mise en œuvre est trop complexe et d'un coût certainement trop élevé pour être réellement viable. Une dizaine d'exemplaire du Psautier de Mayence est connue aujourd'hui, dont, en France, celui donné par le roi René au couvent de la Baumette, et conservé à la Bibliothèque municipale d'Angers (cliché ci-dessus).
Nous refermerons ce billet avec un dernier exemple, qui illustrera au contraire l'émergence de l'innovation de produit à partir des décennies 1480 et 1490.
(lire la suite)

Note bibliogr.:  
sur les "révolutions du livre" Les Trois révolutions du livre : actes du colloque international de Lyon/Villeurbanne (1998), pub. sous la direction de Frédéric Barbier, Genève, Droz, 2001  (Numéro spécial de la Rev. française d'hist. du livre, 106-109, 2000). Les 3 [trois] révolutions du livre [catalogue de l’exposition du CNAM], Paris, Imprimerie nationale, Musée des arts et métiers, 2002.
sur l'esthétique de la trace: Frédéric Barbier, « Les codes, le texte et le lecteur », dans La Codification : perspectives transdisciplinaires, dir. Gernot Kamecke, Jacques Le Rider, diff. Genève, Librairie Droz, 2007, p. 43-71 (la formule figure p. 50) (« Études et rencontres du Collège doctoral européen EPHE- TU Dresden », 3).

mercredi 15 décembre 2010

Avis de soutenance de thèse

Le jeudi 16 décembre 2010 à 14h30
à l'Université de Paris Descartes,
Monsieur Rodolphe Goujet
soutiendra sa thèse de doctorat sur:


La librairie ancienne à Paris:
sociologie d'une profession


Composition du jury: Mme et MM Frédéric Barbier, directeur d'études à l'EPHE, directeur de recherche au CNRS; Guy-Michel Leproux, directeur d'études à l'EPHE; Antigone Mouchtouris, professeur à l'Université de Metz; Bernard Valade, professeur à l'Université de Paris-Descartes (directeur de la thèse); Patrick Watier, professeur à l'Université de Strasbourg.

Université de Paris-Descartes (École doctorale 180)
Salle du Conseil,
12 rue de l'École de médecine, 75006 Paris
La soutenance est publique.

(Cliché: sur le quai Malaquais, gravure tirée de La Vie parisienne, Paris, Libr. Charpentier. FB)

mardi 14 décembre 2010

Conférence d'histoire du livre

Dans le cadre des accords Erasmus entre l'Enssib et l'université de Neuchâtel, le professeur Olivier Christin propose un cours sur
La bibliothèque Princesse Anna Amalia de Weimar
à l'Enssib (Villeurbanne),
le mardi 14 décembre de 15h à 18h.

Sur cette bibliothèque, on consultera aussi la notice du Handbuch de Bernhard Fabian. La princesse Anna Amalia de Saxe Weimar Eisenach († 1807), régente jusqu'à ce que son fils Karl August puisse monter sur le trône, contribue à faire de la principauté un État gouverné selon le modèle du despotisme éclairé. La bibliothèque princière est ouverte au public des savants depuis la fin du XVIIe siècle, et considérablement enrichie. On sait que Goethe lui-même sera chargé de son administration, ce qui explique que la Bibliothèque Anna Amalia soit aujourd'hui spécialisée dans la conservation et l'étude de la littérature allemande (Stiftung Weimarer Klassik).
A la suite du tragique incendie de 2004, la Bibliothèque a fait l'objet de lourds travaux de réaménagement et de restauration (y compris pour les collections), qui ont permis de la réouvrir au public en 2007.

Vidéo sur la Bibliothèque Anna Amalia


Communiqué par Raphaële Mouren et par la rédaction

dimanche 12 décembre 2010

Propositions de bourse

Quatre bourses doctorales sont ouvertes à candidature sur le thème
"L'Europe et l'invention de la modernité".
Ce cursus s'inscrit dans le cadre du programme doctoral européen en sciences humaines et sociales ouvert par l'EPHE (Paris), en partenariat avec l'EHESS (Paris), la Humboldt Universität (Berlin), l'Istituto Italiano di Scienze Umane (Florence) et la Central European University (Budapest).
Toutes les informations utiles à une candidature (description; formulaire et dates de réponse) sont disponibles à l'adresse: candidature.

La date limite de dépôt des candidatures est fixée au 17 janvier 2011.

Cf (entre une infinité d'autres titres): Frédéric Barbier, L'Europe de Gutenberg. Le livre et l'invention de la modernité occidentale, XIIIe-XVIe siècle, Paris, Librairie Belin, 2006.

Histoire du livre: conférence de l'EPHE

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 13 décembre 2010

Le public et le privé, ou
Qu'est-ce qu'une bibliothèque des Lumières? (fin)
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études, directeur de recherche au CNRS

La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h.
Pendant la période intermédiaire où la Sorbonne est fermée mais où l'immeuble "Le France" n'est pas encore accessible, les conférences auront lieu au CROUS, 31 ave Georges Bernanos, 75005 Paris (RER B, station Port-Royal).
L'entrée se fait par le Centre sportif Jean Sarrailh à gauche du bâtiment du CROUS.  Le secrétariat de la IVe Section est localisé au 10 rue de la Sorbonne, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2010-2011.

Cliché: façade de la Bibliothèque publique et universitaire (BPU)  de Neuchâtel (Suisse), 2010 (cliché FB). Sur l'histoire de la BPU

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences sont annoncés sur ce blog)