mardi 30 novembre 2010

Conférence d'histoire du livre




École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre


Lundi 6 décembre 2010
Le public et le privé, ou Qu'est-ce qu'une bibliothèque des Lumières?
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études,
directeur de recherche au CNRS

La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h.
Pendant la période intermédiaire où la Sorbonne est fermée mais où l'immeuble "Le France" n'est pas encore accessible, les conférences auront lieu au CROUS, 31 ave Georges Bernanos, 75005 Paris (RER B, station Port-Royal).
L'entrée se fait par le Centre sportif Jean Sarrailh à gauche du bâtiment du CROUS.
Il est recommandé aux auditeurs et étudiants de se munir de leur carte d’inscription.
Le secrétariat de la IVe Section est localisé au 10 rue de la Sorbonne, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2010-2011.

Calendrier des conférences
Cliché ci-dessus: la bibliothèque d'Admont (Autriche).

samedi 27 novembre 2010

Histoire du livre, histoire de la lecture et «Leserevolution»

L’histoire de la lecture a constitué l’un des points forts des travaux d’histoire du livre conduits en Occident depuis plusieurs décennies, et cette approche a incontestablement permis des avancées scientifiques spectaculaires. La tradition française de la «nouvelle histoire du livre» fondée avec L’Apparition du livre en 1958 se concentrait plutôt sur les acteurs de la branche de la «librairie», les imprimeurs, les éditeurs et les libraires, puis les auteurs et leur public.
L’élargissement épistémologique que marquent notamment les travaux de Michel de Certeau sur L’Invention du quotidien introduisent la problématique anthropologique comme un des pôles de l’interrogation. Il existe évidemment des déterminants larges (par ex., le niveau technique, les équilibres économiques, les catégories sociales, etc.), mais ceux-ci ne sont jamais absolument… déterminants: on dira plutôt qu’ils tracent un horizon de possibles, à l’intérieur duquel chacun invente ou réinvente, quotidiennement, des «arts de faire» qui sont autant de formes de liberté et, le cas échéant, de dépassement.
Parmi, ces «arts de faire», la lecture en tant que pratique a tout naturellement retenu au premier chef l’attention des historiens du livre. Deux observation principales en ont structuré la réflexion: d’une part, c’est l’opposition classique entre une lecture silencieuse et une lecture orale (ou murmurée), laquelle serait longtemps restée majoritaire. On saint que, lorsque saint Augustin rend visite à saint Ambroise de Milan, il s’étonne de la manière dont ce dernier lit:
« Quand [Ambroise] lisait, ses yeux parcouraient la page et son cœur examinait la signification, mais sa voix restait muette et sa langue immobile. (...) Souvent lorsque nous venions lui rendre visite, nous le trouvions occupé à lire ainsi en silence, car il ne lisait jamais à haute voix » (on remarquera au passage l’allusion à la problématique du sens du texte).
Cette distinction de la lecture orale et de la lecture silencieuse appellerait un certain nombre d’observations, mais nous voulons aujourd’hui nous arrêter plutôt sur le second modèle, celui qui oppose lecture intensive (la lecture et la relecture in extenso des mêmes textes) et lecture extensive. Cette dernière désigne une lecture constamment renouvelée, ou encore une lecture de consultation.
La chronologie fait problème, parce que ces modèles recouvrent souvent une ligne d’évolution implicite et que l’on considère faussement comme «naturelle», celle du progrès: une forme de lecture archaïque (orale, intensive, etc.), et une autre plus moderne (silencieuse, extensive). Les recherches de Rolf Engelsing, surtout son article consacré aux «périodes de l’histoire de la lecture à l’époque moderne», ont eu un grand retentissement: mais le fait que l'auteur présente son concept de «révolution de la lecture» comme désignant une caractéristique fondamentale de l’Allemagne des Lumières, a souvent fait conclure, hâtivement et faussement, que l’invention de la lecture extensive daterait de cette époque.
La théorie d’Engelsing est plus subtile: il s’agit pour lui de montrer que la participation des citoyens (Bürger) à une Allemagne alors en voie d’intégration culturelle rapide s'appuie sur le média de l’imprimé, comme le montrent l’essor de la production, et surtout le développement très rapide des périodiques de toutes sortes. Dans une Allemagne politiquement très morcelée, l’espace public moderne qui se construit est fondé sur l’imprimé –en ce sens, le modèle ainsi développé est peut-être plus «moderne» que celui que la France connaît à la même époque, et qui débouchera sur la Révolution.
Terminons par une remarque: l’iconographie tient une place notable comme source d’une histoire de la lecture pour laquelle le problème des sources est toujours difficile. Les Annonciations ont souvent été utilisées, dans lesquelles la Vierge est surprise par l’ange alors même qu’elle est plongée dans la lecture de ses Heures. Mais nous connaissons aussi un grand nombre d’enluminures, voire de tableaux qui, dès la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne, donnent à voir une pratique de lecture extensive dont la mise en scène démontre implicitement la relative banalité.
Un des tableaux les plus intéressants à cet égard est conservé à la Galerie de peintures (© Gemäldegalerie) de Berlin (n° 2142) et date des années 1465. Giovanni di Paolo (mort à Sienne en 1482) y met en scène l’apparition de saint Jérôme à saint Augustin, lequel était en train d’écrire (cf le manuscrit, l’encrier, la plume, le racloir et les lorgnons).
Bien sûr, le spectateur est frappé par la recherche d’une perspective complexe, mais l’historien du livre l’est plus encore par l’image d’un mobilier spécialement conçu pour le travail de l’intellectuel: les livres sont partout autour d’Augustin (plus de trente volumes au total), les uns ouverts, les autres fermés et empilés dans des sortes de placards ou à plat sur des rayonnages. La complication de ce que nous pouvons bien appeler un meuble de bureau, avec plusieurs niveaux de tablettes, témoigne des besoins nouveaux du lectorat savant de l’époque, et peut-être de l'existence d'un mobilier spécialisé dont nous ne savons que trop peu de choses (un colloque sera consacré à ce thème en mai 2011 à Parme). Giovanni nous donne ainsi, sans le vouloir, une remarquable leçon d'anthropologie quand, pratiquement au même moment, la révolution gutenbergienne va bouleverser encore plus en profondeur la relation des auteurs, et des lecteurs, avec le média.

Rolf Engelsing, « Die Perioden der Lesergeschichte in der Neuzeit », dans Zur Sozialgeschichte deutscher Mittel-u. Unterschichten, Göttingen, 1973, p. 112- 154. Rolf Engelsing, Der Bürger als Leser: Lesergeschichte in Deutschland, 1500-1800, Stuttgart, Metzler, 1974.

mercredi 24 novembre 2010

Histoire du livre au Palais Royal de Madrid

Con motivo de la publicación del libro Les voyages d’un Européen des Lumières, Paris, Armand Colin, 2010, y la visita de su autor, Fréderic Barbier,  a la Real Biblioteca, el día 26 de noviembre tendrá lugar en la Sala de Investigadores de la RB un encuentro informal, en el que se abordarán aspectos históricos y bibliográficos de los libros y la literatura de viajes. Junto con Frédéric Barbier y Sabine Juratic - Director y Chargée de recherche respectivamente del IHMC (CNRS-ENS),  está previsto que participen en esta tertulia:  María Jesús Álvarez Coca, Pablo Andrés Escapa, Nicolás Bas Martín, Fernando Bouza,  Maria Luisa Cabral (BNP); Mercedes Fernández Valladares,  Concha Lois, Victoria López-Cordón, María Luisa López-Vidriero, Julián Martín Abad, Stéphane Michonneau, Valentín Moreno Gallego, Victor Nieto Alcaide, Carmen Ramírez, José Luis Rodríguez, Marta Torres Santo Domingo.
Estos son algunos de los temas que serán expuestos para debate: María Victoria López-Cordón: «Lo pintoresco: del italianismo al exotismo; ¿Que es la España pintoresca?; Las fuentes de información: lecturas, relatos y experiencias»; Historia y lugares comunes»; Concha Loís: «Libros de viajes del siglo XIX propuestos para la Biblioteca digital hispánica. Alcance de los proyectos de digitalización de las bibliotecas nacionales»; Carmen Ramírez: «L'archive des voyages dans le conte oriental. Les contes de Gueullette»; M.L. López-Vidriero, «Libros y librerías en los viajes utópicos».

Frédéric Barbier,
Le Rêve grec de Monsieur de Choiseul. Les voyages d’un Européen des Lumières, Paris, Armand Colin, 2010, 336p., ill., index.
A finales del siglo XVIII el joven conde de Choiseul-Gouffier es uno de los primeros viajeros occidentales que visita Grecia con una perspectiva realmente científica (Grecia actual, costa de Asia Menor y Constantinopla). Publicado a partir de 1778, su Voyage pittoresque de la Grèce recibe en toda Europa una tremprana y entusiasta acogida a causa, tanto de la calidad del texto, como de la realización material del volumen y de su magnífica iconografía. Poco despues, el autor fue elegido para ocupar el sillón de d’Alembert en la Academia Francesa, y nombrado embajador de Francia en Constantinopla.
Pero mientras trabaja en la continuación de su libro, los acontecimientos se precipitan en París. La Revolución le impide  regresar a Francia, y deberá refugiarse en Rusia bajo el amparo de la zarina Catalina II, y será el primer director de la nueva Biblioteca Imperial de San Petesburgo. La continuación de su Voyage pittoresque tardará 20 años en ver la luz. A su regreso a París, en 1802, Choiseul-Gouffier se propone crear el primer mueso de antiguedades instalado en la capital francesa. La muerte le impedirá concluir este proyecto.
Antiguo alumno del abad Barthélemy, Choiseul-Gouffier es en primer lugar un arqueólogo, pero es también un Ilustrado, interesado por todo lo que él pueda descubrir en la Grecia de su tiempo: etnografía, economía, política, navegación, geología, historia natural, etc.  El Museo del Louvre consagra este otoño una exposición espectacular a «L’Antiquité en livres, 1600-1800», y se puede afirmar que es una de las principales personalidades del ese movimiento, y una imagen perfecta del ideal aristrócrata de las Luces, que permite redescubrir el libro de Fréderic Barbier bajo la forma de un delicado retrato.
(Communiqué par María Luisa López-Vidriero)
Site de la Bibliothèque du Palais royal

lundi 22 novembre 2010

Histoire du livre: une offre de bourse



Bourse d'étude 2011
Bibliothèque patrimoniale et Archives
du Collège des Irlandais/Centre Culturel Irlandais

Le Centre Culturel Irlandais poursuit le programme scientifique d'étude de ses fonds patrimoniaux, en offrant, pour l'année 2011, deux bourses d'étude à des doctorants, chercheurs, professeurs… susceptibles d'être intéressés par ses collections. Les bourses seront attribuées pour une période de 4, 6 ou 8 semaines, entre janvier et juin 2011.
Le montant de la bourse d'élève à 2000€ par mois.
Parmi les collections, on compte une bibliothèque patrimoniale, regroupant près de 8000 ouvrages (imprimés et manuscrits), ainsi qu’un fonds d’archives de 19000 pièces. Les principales thématiques de la Bibliothèque ne sont pas en lien avec l'Irlande, mais portent sur la théologie, l'histoire, la philosophie... Les Archives historiques, quant à elles, retracent la vie du Collège des Irlandais et de ses pensionnaires, du XIVe au XXe siècle. Pour consulter les catalogues : centreculturelirlandais.
Les sujets sont très ouverts pour candidater à cette bourse. Il peut s'agir de l'étude d'une période, d’un auteur; de recherches sur un sujet historique, l'aspect physique des volumes (reliures, décors, marques de possession), la valeur intellectuelle de certains ensembles thématiques; voire d’une étude descriptive résultant de l'exploitation d'un corpus spécifique et cohérent (les ouvrages en langue anglaise imprimés en France, les manuscrits, les ouvrages imprimés en Angleterre, les impressions écossaises ou irlandaises...).
La priorité sera donnée aux sujets prévoyant l'étude d'un ensemble de documents, plutôt que d'un ouvrage en particulier.
Ces recherches devront aboutir à la rédaction d’un mémoire de 40 à 100 pages (en fonction de la durée du projet).

À titre d'information, les boursiers 2008, 2009 et 2010 ont travaillé sur les sujets suivants :
-Mathew Staunton :"Visualising Irish History": the role of visual materials in the representation of the past and of national identity
-Emmanuelle Chapron :"Lire plume à la main" (étude des marginalia contenues dans les ouvrages de la Bibliothèque Patrimoniale)
-Ian Campbell :"Kingship in Ireland and France": the Old Library of the Irish College, Paris, and Hiberno-French politics in the 17th century
-Frédéric Manzini: "Robert Boyle chez les philosophes en France et en Europe au XVIIe siècle : diffusion et influence"
-Cormac Begadon: "Belief and Devotion in a 19th century Irish Seminary: the evidence from the Irish College Paris Collections"
-Justin Dolan Stover: "Student life, curriculum, and college administration: the Irish College, Paris, under le bureau gratuit, 1870-1918”

Date limite de candidature : 7 décembre 2010.

Les candidatures et travaux peuvent être en français ou en anglais.

Merci de faire parvenir un CV, une présentation du projet d'étude (environ deux pages, précisant aussi la durée souhaitée et vos disponibilités), une bibliographie des documents qui seront étudiés ainsi que tout autre élément que vous jugerez utile de nous communiquer à :
Carole Jacquet, Responsable des ressources documentaires
cjacquet@centreculturelirlandais.com
ou
Centre Culturel Irlandais, 5 rue des Irlandais, F-75005 Paris
Tel: 01 58 52 10 33 (ligne directe); 01 58 52 10 83 (médiathèque)
Fax : 01 58 52 10 99
(communiqué par Carole Jacquet)

jeudi 18 novembre 2010

HIstoire du livre dans la monarchie des Habsbourg: un appel à contributions

Chers Collègues,
deutsche Version siehe unten
Nous nous permettons de vous transmettre un appel à contribution pour une section concernant l’histoire du livre qui aura lieu dans le cadre du congrès de Graz en Autriche en juillet 2011: «La monarchie des Habsbourg par le livre = Die Habsburger Monarchie aus der Sicht der Buchgeschichte».
Si vous travaillez vous-mêmes ou si vous connaissez des collègues qui s’intéressent, dans cette spécialité, aux territoires de la monarchie des Habsbourg, nous vous serions reconnaissants que vous leur transmettiez l’appel suivant.
Avec tous nos remerciements et salutations cordiales,


Liebe Kolleginnen und Kollegen,
wir erlauben uns, Ihnen anbei einen CFP für eine Sektion/Workshop zur Buchgeschichte zu übermitteln, der im Rahmen des Kongresses in Graz/Österreich im Juli 2011 stattfinden wird: "La monarchie des Habsbourg par le livre - Die Habsburger Monarchie aus der Sicht der Buchgeschichte".
Wenn Sie selbst gegenwärtig in dieses Fachbereich arbeiten oder Sie Kollegen kennen, die sich für die Habsburgischen Länder im 18. Jahrhundert interessieren, so wären wir Ihnen sehr dankbar, wenn Sie auf diesen CFP antworten bzw. ihn weiterleiten würden.
Mit herzlichem Dank im Voraus und besten Grüßen,

Claire Mádl (CEFRES, Prague),
Michael Wögerbauer (ÚČL AV ČR, Praha)

Répondre à l'adresse: Osmnacte.stoleti@gmail.com

La circulation du livre et de l’écrit au XVIIIe siècle tient d’une part à la structuration de l’Europe intellectuelle héritée de celle mise en place avec l’invention de l’imprimé. Une première concentration en pôles de production et d’échange avait fait apparaître, des Pays-Bas jusqu’à la Lombardie, un axe d’une densité et d’un poids dominant. Les centres qui le constituent sont les nœuds de différents réseaux: communicationnel, économique, intellectuel, artistique et culturel. Le «long XVIIIe siècle
» est quant à lui consacré à la reconstruction d’un marché après la Guerre de Trente ans, à la mise en place de nouvelles pratiques marchandes –notamment dans l’espace germanophone grâce aux foires et à la librairie intermédiaire– à la spécialisation des réseaux de diffusion de l’écrit et à la mise en place des prémisses de marchés nationaux.
Dans cette dynamique, nous nous proposons d’examiner quelle est la place de l’Europe centrale et en particulier de la monarchie des Habsbourg, et si cette dernière peut être considérée comme une entité aux caractéristiques propres. Quelle place et quelle relation entretient-elle avec les grands centres supraétatiques de production et de diffusion du livre (Leipzig, Francfort, Paris, Provinces-Unies...)? Le mouvement dominant reste celui de la réception mais l’on essaiera de prendre en compte tous les mouvements d’échange, y compris ceux de diffusion de la production «locale», soit à l’intérieur de la monarchie, soit vers l’extérieur. Comment fonctionnent les échanges à l’intérieur de la monarchie et dans ses principautés? La diffusion est-elle de plus en plus le propre de réseaux spécialisés (les libraires)? Quel modèle de développement adoptent les réseaux de diffusion de l’écrit? Assiste-t-on à la mise en place d’une hiérarchie de centres locaux, puis régionaux –futurs pôles nationaux– puis correspondant aux capitales étatiques? Des capitales se constituent-elles comme centre de production, de diffusion et des relais de ventes? Ou bien au contraire, une certaine spécialisation fonctionnelle se met-elle en place? Assistons-nous à des effets d’essaimage ou bien au contraire de concentration?

Buch und Schrift bewegen sich im 18. Jahrhundert einerseits noch in den Strukturen eines intellektuellen Europa, wie es die Erfindung des Buchdrucks mitgeschaffen hat. Eine erste Konzentration von Produktion und Austausch hatte zu einer Bildung einer Achse geführt, die von den Niederlanden bis in die Lombardei hin eine große Dichte aufwies und dominant wurde. In ihren Zentren finden sich die Knotenpunkte verschiedener Netzwerke: Kommunikation, Wirtschaft, geisti­ges Leben, Kunst und Kultur.
Im „langen 18. Jahrhundert“ bemüht man sich u.a. um den Wiederaufbau eines (Buch-)Marktes nach dem 30jährigen Krieg und um die Einführung neuer Prakti­ken der Vermarktung, im deutschsprachigen Raum etwa durch Messen und Sortimentsbuchhandel. Überall kommt es zu einer Spezialisierung der Distri­butionskanäle und zu ersten Ansätzen nationaler Buchmärkte. Wir schlagen vor, den Platz Mitteleuropas und vor allem der Habsburgermonar­chie in diese Bewegung eingebettet zu untersuchen und dabei vor allem der Fra­ge nachzugehen, inwiefern letztere als eine Einheit beschrieben werden kann, fürdie bestimmte Eigenschaften charakteristisch sind.
Oft ist davon die Rede, daß sich die Habsburgermonarchie zu dieser Zeit in einer Situation des Aufholens befinde, weshalb es sinnvoll erscheint, nach ihrer Stel­lung und Relation zu den großen, staatenübergreifenden Zentren der Buchpro­duktion und -distribution –Leipzig, Frankfurt, Paris, Vereinigte Niederlande– zu fragen; ebenso aber nach dem Verhältnis zu östlicheren Teilen Europas. Freilichbleibt das rezeptive Moment dominant, doch sollte man alle Austauschprozessein Rechnung stellen und das heißt auch die Versuche, die regionale Produktion sowohl innerhalb der Monarchie zu verkaufen als auch zu exportieren. Wie funktioniert der Buchhandel innerhalb der Monarchie und ihrem Hoheitsge­biet? Ist der Vertrieb immer fester in spezialisierte Netzwerke, das des Buchhan­dels, eingebunden, oder bleiben persönliche Beziehungen, also z. B. Netzwerkevon Gelehrten, religiösen Gruppen oder Adeligen, bestimmend?
Wie entwickeln sich die Vertriebsnetzwerke für Druckwerke? Kommt es zu einer Hierarchisierung lokaler und in weiterer Folge regionaler –und späterer nationa­ler– Zentren? Etablieren sich die Hauptstädte der Staaten als Zentren von Pro­duktion, Distribution und als Umschlagplätze? Oder setzt sich im Gegenteil eine funktionale Spezialisierung durch? Sind wir Zeugen einer Streuung oder einer Konzentration? Unterhalten bestimmte Regionen in den Randlagen der Habsbur­ger Monarchie eher Kontakte mit Zentren in oder außerhalb der Monarchie? Und haben sie für Osteuropa (etwa Galizien oder die Bukuwina) eine Vermittlerrolle spielen können?


(Communiqué par Claire Mádl)

lundi 15 novembre 2010

Retour en Hongrie et en Transylvanie (3)

Le samedi 13 novembre est une journée où (tout arrive!) nous abandonnons  livres et bibliothèques, pour nous consacrer à la découverte de la Transyl- vanie des paysages et des petites villes historiques appartenant aux diverses confessions que l'on rencontre dans le pays - calvinistes, catholiques, luthériens, orthodoxes, uniates, etc.
Après un dîner dans l’ancienne poudrerie de la citadelle reconvertie en restaurant et une nuit reposante à l’hôtel Parc, nous quittons Alba Julia de bon matin par la route du Nord (N 1). La route remonte la large vallée de la Mureș, où le paysage de hauts plateaux apparaît très dénudé. La forêt a été exploitée de manière sauvage à l'époque de Ceaucescu, de sorte que nous nous demandons si elle aurait été alors pratiquement détruite, ou si le paysage naturel est plutôt celui de prairies et de landes que nous avons sous les yeux.
Une première étape nous fait découvrir l’ancienne église fortifiée d’Aiud (Nagyenyed / Straßburg), devenue temple calviniste (cliché 1). L'église surprend par la présence d’une petite enceinte qui permettait à la population de s’abriter en cas de danger. À l'inverse de ce que nous désignons en France sous le terme d’église fortifiée, cette disposition s’apparente plus à celle d’un petit château-fort dont l’église serait le donjon. Face au temple, le collège calviniste impressionne par l’ampleur de ses bâtiments du XVIIIe siècle. Il a été restitué à l’Église, de sorte qu'il fonctionne à nouveau aujourd’hui en tant qu'un établissement d’enseignement d'ailleurs réputé.
À Turda, nous bifurquons franchement par la route 75 vers l’Ouest et vers la montagne. Peu après, par une petite route de traverse (107M), c’est le village de Torockó, dont le nom allemand (Eisenmarkt, roum. Rimetea) dit bien l’activité: il s’agit d’une communauté majoritairement hongroise et surtout étroitement liée à l’exploitation minière de la région.  Le site magnifique fait penser à certains paysages des Cévennes, et le village, pratiquement préservé aujourd’hui, avec ses petites maisons blanches traditionnelles (cliché 2), intègre pourtant un médiocre immeuble de style communiste et une nouvelle et rutilante église orthodoxe qui déparent quelque peu l’ensemble... Un grand lavoir sert à la fourniture d'eau potable, et il est toujours utilisé comme lavoir. Internet abrite un certain nombre de sites intéressants et bien illustrés sur Torockó (exemple), mais la plupart sont en hongrois et malheureusement sans traduction.
Après Torockó, nous reprenons la route 75 le long de la rivière Aries jusqu’à Câmpeni, dans un très beau paysage de moyennes montagnes. C’est à Câmpeni que nous bifurquons  vers le Nord, par une route non revêtue (route 108), qui ressemble souvent plutôt à une piste et qui va nous conduire à travers le massif du Gyalu (Motzenland). Une quantité de très petites scieries témoigne de l’exploitation des superbes forêts (cliché 3), mais bientôt il n’y a pratiquement plus personne, et on ne rencontre que de minuscules bourgades dont on imagine l’isolement par temps de neige et en hiver.
Mais pour l'heure il fait très beau, de sorte que la route empierrée reste praticable malgré le ravinement. Comme partout dans la région, une bonne partie des transports de proximité se fait grâce à de petits chariots en longueur tirés par des chevaux ou, parfois, par une solide paire de bœufs.
Il y a quelques années encore, avant le "changement" (c'est-à-dire la chute du régime Ceaucescu), il n'y avait pas l'électricité, mais même aujourd'hui on a le sentiment de se trouver face à une société rurale dont certains caractères se rencontraient encore en France dans les années 50 ou 60, mais qui a aujourd'hui complètement disparu...
À proximité du lac de Belis, nous sommes  dans le département de Cluj. Huedin (Bánffyhunyad), où nous retrouvons la N. 1, possède une très belle église calviniste, qui a conservé son style d’origine avec plafond à caissons décorés du XVIe siècle (cliché 4).
Pourtant, la ville se fait aussi remarquer par ses stupéfiantes maisons construites par les chefs des communautés tziganes (les fameux Roms), et qui ne sont pour la plupart pas terminées (cliché 5).
Au-delà de Huedin, c’est la vallée de la Criș rapide (Schnelle Kreisch), avant qu’un petit col (Király hágó) ne nous fasse déboucher sur la plaine : nous traversons Oradea (Nagyvarad / Großwardein), admirant au passage sa  cathédrale impressionnante et ses anciennes maisons de chanoines, et passons la frontière hongroise. Je prends le train à 18h27 à Szolnok, après avoir à nouveau traversé la Tisza (et donc en Cistibisquie!), pour Budapest Keleti, où je change pour Munich et Paris, et, après une excellente nuit en sleeping, je suis très confortablement Gare de l'Est le lendemain dimanche à 12h34.
Quelques autres clichés sur la Hongrie et la Transylvanie.

dimanche 14 novembre 2010

Retour en Hongrie et en Transylvanie (2)

Après la journée (remarquable à plus d'un titre) passée à Eger, nous quittons donc la ville en pleine nuit, à 5 heures du matin, pour prendre la route du Nord, vers Békécsaba et la frontière roumaine après Gyula. La route 79A pique ensuite vers l’Est, à travers le pays totalement plat des Partium, tandis que les montagnes commencent à se détacher sur l’horizon. Nous remontons de plus ou moins loin la rivière de la Criş / Körös blanche (Weiße Kreisch), avant de quitter cet itinéraire à Valfurile pour suivre la route 76 en direction de Brad. Une crevaison nous retarde d’une heure environ.
Une fois passé Brad, nous entrons franchement dans le paysage montagneux de la Transylvanie au sens historique et géographique du terme, par la route 74, qui monte jusqu’à Abrud, avant de redescendre vers Alba Julia (Gyulafehérvár / Weißenburg), notre destination finale: nous y sommes à 13 heures, donc après quelque 7 heures de route. Même si le paysage forestier est superbe (cliché 1) et même si les routes ne sont pas mauvaises, elles ne sont pas non plus toujours bonnes, tant s’en faut, et on ne circule pas si facilement en Transylvanie…
Alba Julia se situe sur la grande rivière du  Mureș / Maros, affluente de la Tisza. C’est une ville très importante aujourd’hui, et nous venons y visiter la bibliothèque du Batthyaneum (cliché 2). Le nom est dérivé de celui  de la famille hongroise des Batthyány, elle-même divisée en trois branches, les princes, les comtes et les barons Batthyány. Boldizsár Batthyány (1537-1590), converti au protestantisme, possédait dans sa résidence de Güssing (Németújvár) une bibliothèque dont l’essentiel a été acheté à Francfort.
Mais les Batthyány reviennent bientôt au catholicisme: d’autres membres de la famille auront, au XVIIIe siècle, d’importantes bibliothèques, notamment le comte Adam Batthyány (1697-1782) et le prince Károly József Batthyány (1698-1772), dans sa résidence viennoise.
Le comte Ignaz Batthyány (1741-1798), après un cursus remarquable d’études achevées à Rome, est pendant une quinzaine d’années chanoine à Eger, où il aide l’évêque Esterházy à créer et à développer la bibliothèque de la Haute École par lui créée (Eger).
Nommé en 1781 évêque de Transylvanie en résidence à Weißenburg, il est le fondateur du Batthyaneum, un complexe comprenant observatoire astronomique, collections diverses (notamment numismatique et géologie) et bibliothèque. Une imprimerie catholique est aussi fondée. L’évêque enrichit les collections de livres grâce à diverses acquisitions, notamment celles des anciennes bibliothèques de Löcse, mais aussi de l’archevêque de Vienne Migazzi.
L’ensemble du complexe du Batthyaneum est entièrement abrité dans une église désaffectée, et dont la nef a été subdivisée en différents niveaux, la bibliothèque occupant le dernier de ceux-ci. L’aménagement intérieur, parfaitement conservé, date de la fin du XVIII siècle, et la décoration picturale est très remarquable, avec des figures allégoriques diverses (Minerve, etc.) et une suite de petites peintures sur le thème de la bibliothèque (cliché 3). Les collections peuvent atteindre quelque 50000 livres anciens, dont un riche fonds de manuscrits et plus de 500 incunables. La pièce la plus remarquable est le Codex aureus du IXe siècle.

On ne peut que regretter que, pour des raisons à la fois politiques et administratives, cet ensemble ne soit pas plus largement accessible au public –notre époque n’est apparemment pas aussi ouverte ni aussi confiante que pouvait l’être celle des Lumières. Le Batthyaneum constitue en effet un témoignage exceptionnel par sa richesse de la vie intellectuelle en Europe aux XVIIIe et XIXe siècles, en même temps qu’un ensemble patrimonial de tout premier plan. Il devrait bien évidemment être un des fleurons culturels d’une ville comme Alba Julia aujourd’hui.
L’historien du livre se rappellera que cette ville a aussi joué un rôle dans le domaine de l’imprimerie. En effet, plusieurs officines s’y succèdent depuis le XVIe siècle, dont certaines sont liées aux Rákóczi. La première imprimerie catholique de Hongrie avait été ouverte à Tyrnava en 1577, à l'initiative du primat Miklós Oláh, pour lutter contre la propagande calviniste. Après plusieurs épisodes, elle est confisquée par le prince de Transylvanie Gábor Bethlen, allié à l’Union protestante pendant la Guerre de Trente ans, et transférée à Gyulafehérvár en 1620 (sur cette histoire complexe, voir: Eva Mârza, Din Istoria tiparului românesc. Tipografia de la Alba Julia, 1577-1702, Sibiu, Editura Imago, 1998, 154 p., ill.).

Notre journée s’achève par la visite de la cathédrale d’Alba Julia, aujourd’hui archevêché. La nef abrite les sépultures d’un certain nombre de princes liés à la Transylvanie (dont János Hunyadi, le père de Mathias Corvin: cliché 4). Puis, c’est la découverte trop rapide de la gigantesque citadelle (22ha !) construite par les Autrichiens pour défendre leurs frontières orientales contre les Ottomans.
La citadelle fait l’objet d’un remarquable programme de restau- ration, laquelle pourra certes  sembler parfois un petit peu trop radicale et se rapprocher plus de la reconstruction que de la restauration stricto sensu. Mais l’ensemble donne une idée de l’importance d’une place militaire comme l’ancienne Gyulyafehérvár pour l’Empire de Vienne, en même temps que de la montée en puissance des Habsbourg sur le plan politique au XVIIIe siècle. Cette présence d'une forteresse "à la Vauban" explique le changement du nom allemand de la ville de Weißenburg en Karlsburg.

Sur l’histoire de l’imprimerie au XVIe siècle en Transylvanie : Christian Rother, Siebenbürgen und der Buchdruck im 16. Jahrhundert ; mit einer Bibliographie « Siebenbürgen und der Buchdruck » ; mit einer Geleitwort von P[eter] Vodosek, Wiesbaden, Harrassowitz Verlag, 2002, XXIX-408 p., ill. (« Buchwissenschaftliche Beiträge aus dem Deutschen Bucharchiv München », 71). ISBN 3-447-04630-9.
Sur l'histoire de la Transylvanie en général: Kurze Geschichte Siebenbürgens, éd. Béla Köpeczi, Budapest, Akadémiai Kiadó, 1990, XVI-780 p., ill., cartes. ISBN 963-05-5667-7. Il existe une édition en français publiée à la même adresse en 1992 (Histoire de la Transylvanie).