mardi 18 mai 2010

Les langues en Bohème au XVIIIe siècle


Vendredi 21 mai 2010, 14h-16h
Cinquième séance du séminaire « Langues, livres, lecteurs
 »

Diffusion du livre français et pratiques linguistiques
dans la monarchie des Habsbourg au XVIIIe siècle
par
Madame Claire Madl (CeFres, Prague)

La diffusion du livre français au XVIIIe siècle est un phénomène aussi généralement connu que difficile à appréhender dans le détail. Dans la monarchie des Habsbourg, il doit être étudié au sein de pratiques plurilingues aux caractères spécifiques.
Dans un premier temps, il s’agira de définir et de caractériser la place du livre français dans les lectures des habitants des pays tchèques, d’évaluer les canaux d’approvisionnement en livres français et de dégager les différentes représentations attribuées aux langues en présence, en particulier le français. Les sources utilisées sont les inventaires de bibliothèques, bourgeoises ou nobles et les catalogues de libraires, mais aussi un certain nombre de témoignages explicites dont nous disposons sur la question de la langue.
Il est ensuite possible d’examiner la façon dont les individus usent de ces représentations dominantes, qu’ils s’y soumettent ou qu’ils les déjouent, pour donner à leurs écrits un caractère particulier dans lequel se lit la valeur qu’ils souhaitent accorder à la relation sociale établie par ce biais.

Le séminaire se tient dans la salle de réunion de l'Institut d'histoire moderne et contemporaine,
École normale supérieure, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris (01 44 32 31 52).
Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Informations sur le séminaire:
http://www.ihmc.ens.fr/Langues-livres-lecteurs-le.html
(Cliché: la vieille ville de Prague, vue prise depuis le Pont Charles. Cliché FB).

lundi 17 mai 2010

"Livres de large circulation"

Libri per tutti. Generi editoriali di larga circolazione tra antico regime et età contemporanea, éd. Lodovica Braida, Mario Infelise,
Torino [Turin], Utet Libreria, 2010,
VII-359 p., ill., index (pas d'ISBN?). 


Table:
« Libri per tutti » (Mario Infelise). 
1ère partie : « Tra oralità e scrittura ».
« I libri di cavalleria » (Marina Roggero); « “Scritti da  essercitare” : diffusione e usi dei libri di magia
in età moderna » (Federico Barbierato) ; « Voci tra le carte : libri di canzoni, leggere per cantare » (Tiziana Plebani).
2e partie : « Letture religiose ».
« L’“Arsenal devoto” : libri e letture religiose nell’età moderna » (Mario Rosa) ; « “Emuliamo i perversi”. Una strategia éditoriale cattolica nell’Italia dell’Ottocento » (Roberto Rusconi) ; « La battaglia degli almanacchi. Protestanti e cattolici nell’Italia libérale » (Maria Iolanda Palazzolo).
3e partie : « Nuove strategie e nuovi lettori ».
« La lettura romanzesca e la gran norma dell’interesse » (Giovanna Rosa) ; « “Popolo leggi !” : libri illustrati di largo consumo tra Otto e Novecento » (Giorgio Bacci) ; « “Scienza per tutti” » (Paola Govoni).
4e partie : « Libri per ragazzi e per la scuola ».
« Il libro di scuola tra editoria e pedagogia dell’Ottocento » (Giorgio Chiosso) ; « Editora “piccina” ? Libri per l’infanzia tra XIX e XX secolo » (Pino Boero) ; « Editoria scolastica e mercato librario nell’Italia del Novecento » (Monica Galfré).
5e partie : « La forma della distribuzione ».
« Molti libri, quanti lettori ? Le nuove vie della distribuzione » (Gabriele Turi) ; « La “Libreria della gente” : l’editoria di Demetra » (Aldo Cecconi).
6e partie : « I “Libri per tutti” nella storiografia ».
« Volksliteratur, Trivialliteratur, Kolportageliteratur : concettualizzazioni e prospettive comparatiste nella letteratura di larga circolazione (in Germania e in Francia) » (Hans-Jürgen Lüsebrink) ; « Testi di larga circolazione in Spagna tra antico regime ed età contemporanea » (Antonio Castillo Gómez) ; « Prodotti editoriali di larga circolazione : la via francese » (Jean-Yves Mollier) ; « Gli studi italiana sui “libri per tutti“ in antico regime. Tra storia sociale, storia del libro e storia della censura » (Lodovica Braida).
Voir aussi: http://milano.unicatt.it/events_3576.html
Voir aussi le billet publié à la date du 30 août.

jeudi 13 mai 2010

Conférence d'histoire du livre


École pratique des hautes études
(Section des Sciences historiques et philologiques)
 
Conférence d’Histoire et civilisation du livre
Année 2009-2010

La prochaine conférence aura lieu le
lundi 17 mai 2010:
«L'une des meilleures bibliothèques du royaume:
la bibliothèque de Saint-Vincent du Mans au XVIIIe siècle»,
par
M. Didier Travier,
conservateur des fonds patrimoniaux
de la Bibliothèque du Mans (Médiathèque Louis Aragon).

Sauf indication contraire, les conférences ont lieu à l’EPHE, en Sorbonne, escalier E, 1er étage.
Elles sont ouvertes aux étudiants et auditeurs inscrits à l’EPHE.

Clichés: 1) La bibliothèque de Saint-Vincent du Mans (Médiathèque Louis Aragon). 2) Monsieur Travier reçoit les participants à la séance foraine de la Conférence d'Histoire et civilisation du livre qui s'est tenue au Mans en 2009 (clichés FB).

mardi 11 mai 2010

Du nouveau sur Charles Nodier

L’exposition «Sous les aigles napoléoniennes: bicentenaire des provinces illyriennes» a été présentée à Ljubljana (Musée national de Slovénie) jusqu'au 25 avril dernier. Elle est ouverte Paris (Musée de l'Armée) du 12 mai à la fin octobre 2010. En outre, un colloque organisé par l'Institut Napoléon sur «Les provinces illyriennes dans l'Europe napoléonienne» se déroulera les 20 et 21 mai au Musée de l'Armée (programme: http://www.institut-napoleon.org/agenda/cadre3.htm).
Le catalogue publié à cette occasion intéresse aussi les historiens du livre, et particulièrement les Français. Notre collègue Anja Dular y publie en effet trois articles:
1) Une étude sur l’histoire des bibliothèques ayant existé sur le territoire de la Carniole (actuelle Slovénie) jusque dans la première moitié du XIXe siècle.
2) Une étude consacrée à Charles Nodier. En effet, Nodier devient, en 1812, bibliothécaire et surtout rédacteur en chef du nouveau Télégraphe officiel publié par l’administration des Provinces illyriennes. Il donne à ce titre un renom certain, mais le repli, puis la désagrégation du Grand Empire napoléonien entraîne la disparition du titre, dont la dernière livraison sort en septembre 1813 à Trieste. De retour à Paris, Nodier publiera pourtant plusieurs textes inspirés de son séjour en Illyrie, notamment le roman de Jean Zbogar, plus tard traduit en slovène (1886). Cet article de Madame Dular est tout particulièrement intéressant pour la recherche française, qui jusqu’à présent n’avait pas les moyens de mieux connaître les conditions du séjour de Nodier dans les pays slaves du sud.
3) Un article récapitulatif sur «L’imprimerie et le commerce des livres» en Carniole, notamment au XVIIIe siècle et au début du XIXe.
Les textes sont publiés en slovène et en français, avec un résumé en anglais.
Rappelons que Madame Dular a déjà publié dans Histoire et civilisation du livre. Revue internationale (Genève, Librairie Droz) plusieurs études sur l’histoire du livre dans la Slovénie actuelle: « Le commerce des livres en Carniole (XVIe- début du XIXe siècle)» (III, 2007) et «Sprachen in Büchern und Bücher in Sprachen auf slowenischem Gebiet» (V, 2010)
(Communiqué par Anja Dular et Jacques-Olivier Boudon).
Cliché: détail d'une carte de l'Europe, 1789. La Slovénie (all. Krain) est au cœur d'un espace très complexe touchant aux pays italiens, allemands et slaves. Contrairement à la Croatie (capitale Zagreb, alld Agram) rattachée au royaume de Hongrie, la Slovénie dépend de Vienne. La carte situe notamment la capitale de Ljubljana (all. Laibach) et les villes de Cilley (auj. Celje, Slovénie) et de Zeng (auj. Senj, Croatie). Plus loin, Wien (Vienne), Presburg (Bratislava) et Ofen (désignation allde de Pest). Napoléon fait passer la côte illyrienne sous administration française pour renforcer le blocus continental contre l'Angleterre.

samedi 8 mai 2010

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études
(Section des Sciences historiques et philologiques)
Conférence d’Histoire et civilisation du livre

Année 2009-2010

La prochaine conférence aura lieu le
lundi 10 mai 2010:
«Introduction à l'histoire des bibliothèques
en Occident»,
par M. Frédéric Barbier, directeur d’études

Sauf indication contraire, les conférences ont lieu à l’EPHE, en Sorbonne, escalier E, 1er étage.
Elles sont ouvertes aux étudiants et auditeurs inscrits à l’EPHE.

Ci-contre: hall de la Bibliothèque municipale centrale de Toulouse (cliché FB)

vendredi 7 mai 2010

Rendez les livres empruntés ! Rex Libris, "un héros de notre temps"

Il y a quelques semaines, rangeant ce que j’appelle mon «bureau-cabine» de la rue d’Ulm (ceux qui connaissent les lieux comprennent aussitôt le sens de cette désignation), je décidai de faire le vide dans des tas de papiers empilés sur les étagères. Et là, surprise, au milieu des dossiers, un livre, emprunté à une bibliothèque (très recommandable, mais que l’on m’excusera de ne pas nommer plus précisément) …il y a plusieurs années, et peu à peu oublié par moi. Comme le lendemain je partais quelques jours pour des conférences à l’étranger (les lecteurs de ce blog auront compris que c’était en Hongrie), je le mets de côté pour le restituer à qui de droit dès mon retour.
L’incident me fait ressouvenir d’une série amusante découverte il y a peut-être une dizaine d'années, mais elle aussi enfouie dans les strates de toutes sortes de souvenirs plus récents. Une petite excursion sur la Toile me permet de l'identifier rapidement: il s'agit de Rex Libris, du nom du directeur d'une bibliothèque publique américaine fictive. En tant que membre d'un mystérieux ordre secret, Rex Libris est aussi le dépositaire de la science universelle accumulée depuis la Bibliothèque d'Alexandrie, et l'adversaire résolu des forces de l'obscurité et du mal. Création de James Turner, il défend sa bibliothèque contre toutes sortes d'attaquants (ah, s'il pouvait la défendre contre certaines administrations!), traque les voleurs de livres et s'emploie, en utilisant parfois des moyens spectaculaires, à récupérer les livres empruntés et jamais restitués. La bande dessinée comique joue sur la combinaison entre une profession à l'image convenue et des péripéties directement décalquées du cinéma d'action américain. Dans un autre environnement, la recette fait penser à celle d'Indiana Jones.
Le cliché qui me trottait dans la tête, et que j'avais peut-être vu autrefois en affiche au détour d'une bibliothèque, était celui où Rex Libris, dans la posture impérieuse de l'Oncle Sam, désigne d'un doigt vengeur le lecteur fautif (moi...) en le questionnant: «vous avez RENDU vos livres à la Bibliothèque? Hein, vous les avez rendus?». Que les lecteurs se rassurent, le livre indument et trop longtemps conservé a été cette fois rendu à l’institution trop généreuse qui me l'avais confié!

NB- Rappelons, même si Rex Libris n’y apparaît pas, l’article de Marianne Pernoo, «Images et portraits de bibliothécaires: littérature et cinéma», dans Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, III, 2007, p. 364-378. Sur ce blog, billet du 21 mars 2010 sur «Gutenberg en BD». Et, sur Internet: http://www.jtillustration.com/rex/index.html (d'où est tiré le cliché ci-dessus).

mardi 4 mai 2010

Révolution dans les médias, ou: ce qu’il y a derrière les mots

Le prochain Forum sur le papier électronique (@Paperworld) organisé par Éric Le Ray et EPC@Partners aura lieu à la Cité des sciences et de l’industrie (Paris) les 6 et 7 mai 2010.

Éric Le Ray, docteur de l'École pratique des hautes études (Conférence d'Histoire et civilisation du livre), est un spécialiste de l'histoire de l'innovation dans le domaine du livre et des médias. Il a créé au Canada la société EPC@Partners, qui travaille à la recherche-développement sur les nouveaux médias et sur leurs supports.
Le «papier électronique» constitue probablement l'un des changements techniques majeurs de notre tournant de millénaire, et EPC@Partners organise depuis plusieurs années des manifestations scientifiques et des présentations sur ce thème. Parmi les choix intellectuels les plus porteurs qui sous-tendent cette action figure celui d'articuler le plus étroitement possible la perspective historique, l'analyse de la situation actuelle et la prospective.
La théorie des «Trois révolutions du livre» marque le point de départ de la démarche. Elle a été exposée à l’occasion du colloque de Lyon / Villeurbanne de 1998 (éd. sous la dir. de Frédéric Barbier, Genève, Droz, 2000, 443 p., index, ill.), et a inspiré l’exposition du CNAM en 2002 (éd. sous la dir. d'Alain Mercier, Musée du CNAM et Imprimerie nationale: cf cliché). Après douze ans, il est utile à la fois de revenir sur les acquis scientifiques et de recadrer la problématique de cette théorie, en fonction, notamment, des avancées de la technologie contemporaine.
Du côté positif, mentionnons d’entrée le fait que, avec le comparatisme des «révolutions», la perspective historique s’est imposée comme un impératif pour toute réflexion scientifique sur le livre et sur les médias aujourd’hui. Ce choix épistémologique implique de redéfinir les médias comme désignant globalement non pas simplement les médias dits «de masse» mais, selon la formule de Henri-Jean Martin, «les systèmes sociaux de communication». Autrement dit, à chaque civilisation son faisceau de «médias», et à chaque période un équilibre éventuellement changeant entre ceux-ci.
Sans revenir sur le rôle de l’oralité (envisagée par ex. par Françoise Waquet dans son étude Parler comme un livre, Paris, Albin Michel, 2003), l’historien du livre occidental ne peut qu’observer les mutations du média dominant depuis le XVe siècle: les «nouveaux médias» aujourd’hui, la télévision et la radio il y a peu, la presse périodique de masse au XIXe siècle, les périodiques et les plaquettes au XVIIIe , les imprimés au sens large depuis le XVe.
On ne peut qu’être étonné en constatant par exemple que la controverse dramatique sur le jansénisme est en définitive lancée par la publication d’un énorme traité, qui paraîtrait aujourd’hui bien indigeste (plus de 1000 pages sur deux colonnes en latin…), l’Augustinus, à Louvain en 1640. D’une part, les textes sont indissociables de leurs supports matériels, de l’autre, cette configuration s’articule chaque fois avec une configuration socioculturelle bien déterminée.
Par ailleurs, la recherche apporte des éléments de connaissance sur les logiques et sur les rythmes du changement: la formule des «trois révolutions» présente l’avantage… de la médiatisation, mais elle suppose d’être précisée. La statistique de la production imprimée témoigne de ce qu’il s’est effectivement produit dans le domaine de l'imprimé des changements majeurs d’échelle, des «révolutions», à certaines périodes (par ex. au XVe siècle en Europe). Mais une analyse plus fine de ces phénomènes amène aussi à mieux appréhender leur logique de développement.
En effet, les rythmes propres de l’innovation technologique ne sont pas tout (par ex., le processus de l’invention de Gutenberg). En amont, il est impératif de prendre en compte l’élargissement du marché potentiel (celui de la lecture aux XIVe et XVe siècles) et les différentes voies explorées pour répondre à cet élargissement, avant que le déséquilibre ne devienne trop flagrant. Mais le processus se prolonge en aval: avec un changement technique majeur comme celui des années 1450, c’est toute une branche d’activité nouvelle qui se met en place, en articulation avec l’émergence du marché lui-même nouveau lui correspondant. La typologie de l’innovation, innovation de procédé, puis de produit, puis d’organisation et de «consommation», offre une des voies les plus intéressantes pour développer l’analyse des prolongement de l’invention, et d’un certain nombre de ses conséquences… jusqu’au prochain déséquilibre et à la prochaine «révolution».
Ce sont là différents points sur lesquels les travaux du prochain Forum de Paris devraient permettre d’avancer, dans la perspective propre qui est celle de cette manifestation.
 
Bibliographie indicative
Frédéric Barbier, L’Europe de Gutenberg. L’imprimé et l’invention de la modernité occidentale, Paris, Librairie Belin, 2006, 364 p., ill. («Histoire & société»).
Frédéric Barbier, Catherine Bertho Lavenir, Histoire des médias, de Diderot à Internet, 3e éd., Paris, Armand Colin, 2003 («Collection U»). Ouvrage traduit en chinois, espagnol, grec, hongrois, italien et turc. 4e éd. en préparation.
Jean-Dominique Mellot, «Qu’est-ce qu’un livre? Qu’est-ce que l’histoire du livre?», dans Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, 2, 2006, p. 4-18, ill.

Le programme du Forum («Programme détaillé du Forum») est disponible à l'adresse:
http://online.fr.milibris.com/epc/e-paperworld-programme/2010/