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jeudi 30 mai 2019

Ecce homo

Ecce homo, pratiquement le dernier texte publié par Nietzsche de son vivant, pose nombre de problèmes à l’historien du livre.
En effet, si Nietzsche a beaucoup publié, c’est la plupart du temps sans succès, et, lorsque ses œuvres ont été lues, elles ont le plus souvent été mal comprises. Non seulement il engage en 1884 des poursuites contre son éditeur, Ernst Schmeitzner (1851-1895), mais il doit assurer lui-même le financement de plusieurs de ses livres, qu’il ne peut parfois, faute de moyens, que faire tirer à un tout petit nombre d’exemplaires (40 exemplaires, par ex., pour la quatrième partie du Zarathoustra, en 1885, dont l’auteur ne distribuera finalement qu’une dizaine).
À partir de 1886, Ernst Wilhelm Fritzsch (1840-1902), surtout connu comme éditeur musical à Leipzig (il publie notamment le Musikalisches Wochenblatt), rachète pourtant à Schmeitzner ses stocks d’invendus, dont il entreprend de relancer la diffusion par différents procédés de «rajeunissement» (1). Nietzsche se brouillera avec lui à la suite de la publication du Cas Wagner, de sorte que, progressivement, son éditeur principal devient Constantin Georg Naumann (1842-1911).
Rédigé en trois semaines (du 15 octobre au 4 novembre 1888), le texte lui-même de Ecce homo concerne au premier chef l’économie du livre. Nietzsche entreprend en effet de se présenter lui-même et de présenter son œuvre au public. Stefan Zweig donnera une analyse particulièrement brillante d’un projet suscité par la difficulté de la réception de l’œuvre et par l’échec fondamental de l’auteur à se faire entendre (Le Combat avec le démon):
Jamais livres n’ont été le fruit d’un tel désir, d’une telle soif maladive et d’une telle impatience fiévreuses de réponse (…). Voici que, dans ses dernières heures, une colère apocalyptique s’empare de son esprit aux abois (…). Il a détruit tous les dieux, (…) il a détruit tous les autels; c’est pourquoi il se bâtit à lui-même son autel : l’Ecce homo, afin de se célébrer, afin de se fêter, lui que personne ne fête. Il entasse les pierres les plus colossales de la langue (…), il entonne avec enthousiasme son chant funèbre de l’ivresse et de l’exaltation (…). C’est tout d’abord une sorte de crépuscule (…); puis l’on entend vibrer un rire violent, méchant, fou, une gaîté de desperado qui vous brise l’âme : c’est le chant de l’Ecce homo (…). Puis, soudain, commence la danse, cette danse au-dessus de l’abîme –l’abîme de son propre anéantissement.
Comme on sait, à Turin quelques semaines plus tard (dans les premiers jours de 1889), Nietzsche sombre dans la folie, alors que les premières épreuves du livre lui ont été envoyées. L’incapacité de l’auteur à en suivre la publication interrompt celle-ci jusqu’à sa mort, à Weimar en 1900.
De manière paradoxale, cette dernière décennie du XIXe siècle devient précisément celle où la réception de Nietzsche change radicalement, et où sa pensée et ses œuvres acquièrent une audience croissante, en Allemagne, en France et dans d’autres pays. Concédons pourtant qu’il y a dans ce phénomène une part de mode, voire de mondanité –nous y revenons plus bas. Il ne nous appartient pas d’envisager ici la problématique de la philosophie développée dans Ecce homo, mais plus modestement de rappeler brièvement plusieurs faits intéressant l’histoire du livre.
D’abord, l’ouvrage ne sera publié, à Leipzig, que vingt ans après sa rédaction.
Ensuite, cette publication se fera sous l’autorité de la sœur du philosophe, Elisabeth Förster-Nietzsche, laquelle n’hésite pas à censurer le texte –cette version sera tout naturellement celle qui est traduite à l’extérieur, notamment en français par un Alsacien «réfugié», Henri Albert, pour le Mercure de France en 1908-1909 (2).
Enfin, de manière remarquable, la première édition de Ecce homo, d’abord prévue chez Schuster & Löffler, sera en définitive donnée à Leipzig dans le cadre des nouvelles «Éditions de l’Île» (Inselverlag) et sous une forme matérielle tout particulièrement soignée: Ecce homo est un des monuments du Jugendstil en typographie. La dimension de distinction par le biais de la bibliophilie est encore accentuée par le choix de numéroter les 1250 exemplaires, et de réserver un tirage de 150 exemplaires sur papier japon… (3):
Les trois éditions de Nietzsche réalisées par l’Inselvelag, Also sprach Zarathustra, Ecce homo (les deux titres en 1908) et Dionysos Dithyramben (1914), décorées par Henry van de Velde, appartiennent aujourd’hui au petit groupe des premières éditions de l’Île parmi les plus recherchées (Sarkowski, p. 131, trad. FB).
Restons nietzschéens: le texte même de Ecce homo ne saurait jamais se donner à comprendre comme texte, entendons comme une entité idéale, mais bien comme «texte à comprendre», autrement dit comme texte qui ne se donne à appréhender qu'à travers un certain dispositif matériel, et à travers une certaine économie du média.

Notes
1) Cf Martine Béland, «Les préfaces de Nietzsche : invitation à la philosophie comme expérience», dans Revue philosophique de la France et de l’étranger, 139 (2014 / 4), p. 495-512. Et, d’une manière générale, le récent Dictionnaire Nietzsche, dir. Dorian Astor, Paris, Robert Laffont, 2017 («Bouquins»).
2) Jacques Le Rider, Nietzsche en France. De la fin du XIXe siècle au temps présent, Paris, PUF, 1999. Nietzsche. Cent ans de réception française, dir. Jacques Le Rider, Paris, Éd. Suger, Université de Paris VIII, 1999.
3) Heinz Sarkowski, Wolgang Jeske, Siegfried Unseld, Der Insel Verlag. Die Geschichte des Verlags, Frankfurt a/Main, Leipzig, Insel, 1999, p. 131-139. Dans la préface de sa traduction de Ecce homo publiée quelques mois plus tard par le Mercure de France, Henri Albert explique que le « tirage restreint » de l’œuvre en Allemagne se trouve «déjà épuisé».

lundi 13 mai 2019

Séance foraine 2019

ÉCOLE PRATIQUE DES HAUTES ÉTUDES,
IVe Section (Sciences historiques et philologiques)
Conférence d’Histoire et civilisation du livre

La séance foraine 2019, organisée à titre privé par la Conférence d’Histoire et civilisation du livre, se déroulera le mardi 21 mai prochain au château de Chantilly.
 
Le programme prévisionnel sera le suivant:
9h50 Rendez-vous devant les grilles du château de Chantilly. Les participants régulièrement inscrits la séance foraine bénéficieront d’un laisser-passer nominatif permettant la gratuité d’accès.
10h-12h30 Présentation du domaine et du château.
Le Cabinet des livres du duc d’Aumale et son fonds de manuscrits

12h30-14h Déjeuner

14h-16h
- Les imprimés du duc d’Aumale: l’émergence du roman en France autour de 1500
- Les imprimés du duc d’Aumale: à propos de quelques éditions de Montesquieu
Visite de l’exposition: «Architecture et Bibliophilie» (détails ici)
17h Clôture de la séance

La séance est organisée en collaboration avec la Bibliothèque du Musée Condé (Madame Marie-Pierre Dion, conservateur général). Elle bénéficiera de la participation de Madame Catherine Volpilhac-Auger, professeur à l’ENS de Lyon et spécialiste de Montesquieu.
NB- Les inscriptions sont closes.

La Bibliothèque du château de Chantilly constitue un exemple probablement unique en France, de conservatoire d’une ancienne bibliothèque princière. Elle illustre, à ce titre, un paradigme complexe articulant le rôle politique ambigu d’une très grande famille et la représentation d’une distinction à laquelle les livres rares et précieux contribuent bien évidemment pour une part.
On le sait, Chantilly est comme le conservatoire de l’histoire de quelques-unes des plus grandes familles de France, étroitement liées aux souverains, mais aussi tentées, jusqu’à la Fronde, par «l’aventure féodale»: les Bourbons, les Condé et les Montmorency.
Mais le personnage emblématique de Chantilly est naturellement le duc d’Aumale, cinquième fils de Louis-Philippe d’Orléans.
Né en 1822, il hérite très jeune (dès 1830 !) de la bibliothèque du dernier des Condé, le duc Louis Henri Joseph de Bourbon, dont la mort tragique (on l’a retrouvé pendu dans son château de Saint-Leu-la-Forêt le 30 août 1830) a défrayé la chronique. Mais Aumale ne commence à collectionner les livres et les objets d’art qu’à partir de 1848, à la faveur, si l’on peut dire, de son exil en Angleterre.
Son Cabinet de livres est dès lors le fruit d’une activité incessante de repérage et d’acquisitions, notamment dans les ventes publiques, activité poursuivie tout au long du XIXe siècle: le duc inaugure son entreprise en achetant à Bruxelles en 1850 un exemplaire de Petrus Comestor (Pierre Le Mangeur), mais il achète surtout plusieurs collections exceptionnelles (notamment les bibliothèques Standish en 1851 et les deux mille neuf cent dix articles de la collection Armand Cigongne en 1859), ainsi que des ensembles moins importants et des volumes isolés –dont les Très riches heures du duc de Berry, acquises en 1856, et, en 1891, les miniatures réalisées par Jehan Fouquet pour les Heures d’Étienne Chevalier. Aumale intervient dans la plupart des grandes ventes postérieures à 1851, les ventes Sébastiani, Lefèvre-Dellerange, Edward Vernon, de Bure, Renouard, Libri, etc.
Le duc manifeste un intérêt plus particulièrement poussé pour les livres les plus précieux, les plus anciens (les incunables de la collection Standish) et les plus rares, mais aussi pour le patrimoine littéraire français et pour l’art de la reliure.
Étant donné son mode de constitution, la collection de Chantilly, qui est la collection d’un richissime bibliophile du XIXe siècle, s’apparente dans son modèle aux plus grandes collections du monde anglo-saxon: elle est d’autant plus précieuse pour l’historien, historien de l’art, historien du livre ou historien de la littérature, qu’elle conserve nombre d’exemplaires très exceptionnels, voire uniques dans les fonds publics français, constitués pour l’essentiel à partir des saisies révolutionnaires.
Après 1871 (définitivement en 1889), Aumale peut rentrer en France, et il se consacre dès lors à la résurrection de Chantilly, dont il entreprend le catalogue des livres. Il lègue le domaine de Chantilly et les collections qui y sont conservées, dont les livres, à l’Institut de France. Il décède en 1897.

samedi 30 mars 2019

Exposition sur les livres d'architecture



Le château de Chantilly constitue un ensemble très remarquable depuis le XVIIe siècle, avec les travaux du Grand Condé, mais sa silhouette actuelle remonte en grande partie aux restaurations et reconstructions de Henri d’Orléans, duc d’Aumale (1822-1897), au XIXe siècle (cliquer ici). Passionné par l’époque de la Renaissance, celui-ci lègue, en 1886, son domaine, avec les collections muséales et la bibliothèque, à l’Institut de France. C’est l’origine d’un ensemble exceptionnel, facilement accessible à une quarantaine de kilomètres au nord de Paris.
Il suffira, pour situer l’importance de la collection dans le domaine des manuscrits, de mentionner les Très riches heures du duc de Berry. Mais cette richesse propre n’épuise pas le sujet, et les objets et livres aujourd’hui conservés au Musée Condé illustrent aussi certaines conceptions muséales et bibliophiliques qui étaient celles du XIXe siècle.
La visite du château donne toujours l’occasion de découvrir le «Cabinet des livres», au sein duquel est présentée, jusqu’au 30 mai 2019, une exposition consacrée à «Architecture et bibliophilie: trésors du Cabinet des livres du duc d’Aumale». De fait, le duc a su rassembler une collection très originale, dans laquelle s’affirme l’identité de l’art de bâtir «à la française» à partir des XVe et surtout XVIe siècles. Plus que dans aucun autre domaine, un modèle royal s’est imposé et adapté, sans se renier, aux modes baroque, rocaille ou néoclassique. À l’imitation de ministres comme Richelieu, ou des rois Louis XIV et Louis XV, grands connaisseurs, les élites aménagent de riches demeures et forment la clientèle fortunée qui sera, dans un deuxième temps, celle visée par les imprimeurs et les libraires.
Les livres d’architecture sont, à partir du XVIe siècle, un vecteur essentiel de la diffusion des formes dans toute l’Europe. Ils reflètent l’évolution des manières de vivre à travers la distribution changeante des pèces. Mêlant théorie et pratique, images et textes, art et histoire, ils favorisent l’émergence du métier nouveau d’architecte, avant d’être supplantés par une littérature plus technique.
De grande taille, abondamment illustrés et magnifiquement mis en page, les livres d’architecture nécessitent une grande maîtrise d’exécution et bénéficient de l’intervention des artistes les plus talentueux. Considérés d’emblée comme précieux et rares, ces ouvrages sont aussitôt appréciés et recherchés par les amateurs. Le Cabinet des livres du duc d’Aumale contient de spectaculaires exemplaires, tantôt acquis par le «prince des bibliophiles», tantôt à lui offerts, ou qui ont été postérieurement adjoints à l’ensemble par ses fidèles, comme l’architecte bibliophile Louis Bernier (1845-1919).
D’après un texte de Marie-Pierre Dion, Conservateur générale de la Bibliothèque du Musée Condé, commissaire de l’exposition.


samedi 9 mars 2019

Annonce de Congrès et d'exposiitions


18e congrès international de l’association
DANSES MACABRES D’EUROPE
Paris, 19-23 mars 2019

PROGRAMME 
Mardi 19 mars 
École du Louvre, amphithéâtre Michel-Ange (Palais du Louvre, Place du Carrousel, Porte Jaujard, 75001 Paris) 
18h00: Séance inaugurale. Les couleurs de la mort en Occident (de la Rome antique au siècle des Lumières). Michel PASTOUREAU, Directeur d’études émérite à l’École pratique des hautes études 

Mercredi 20 mars 
Institut de France, Grande salle des séances
(23 quai de Conti, 75006 Paris)
9h00-10h00: Accueil des participants
10h00: Mot de bienvenue, par Ilona HANS-COLLAS, présidente de l’association Danses macabres d’Europe & Yann SORDET, directeur de la Bibliothèque Mazarine
10h15: Ouverture du congrès, par Michel ZINK, de l’Académie française, secrétaire perpétuel de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres

Session 1: LITTÉRATURE MÉDIÉVALE
Présidence : Thierry Claerr (Ministère de la Culture)
10h30: Au-delà de la mort ici-bas : les funérailles des chevaliers chrétiens dans la Chanson de Roland. Gérard GROS (Université de Picardie-Jules Verne)
11h00: L’architecture funèbre dans la littérature du XVe siècle: la décomposition mémoriale. Helen SWIFT (St Hilda’s college, Oxford)
11h30: "Après laquelle odeur et flaireur, tous les petis enfans... courroient par les rues…": la vie et les miracles de Pierre de Luxembourg (1369-1387). Marco PICCAT (Université de Trieste, DME)
12h00: Discussion
12h30 – 14h30: Pause 

Session 2: IMAGES DE LA MORT, DU MANUSCRIT À L'IMPRIMÉ
Bibliothèque Mazarine (23 quai de Conti, 75006 Paris)
Présidence : Cristina Bogdan (Université de Bucarest)
14h30: Le voyage de l’homme vers la mort : le Pas de la mort d’Amé de Montgesoie. Danielle QUÉRUEL (Université de Reims Champagne-Ardenne, DME)
15h00 : Les Figures de la vie de l’homme de Gillet Hardouyn. Denis HÜE (Université Rennes 2)
15h30: Chorea ab eximio Macabro: appropriation, traduction et diffusion d’un thème macabre. Hélène COLLEU (Université d’Orléans, DME)
16h00: Discussion et pause
16h30: L’image de la mort dans l’illustration des livres d’heures sortis des presses de Thielman Kerver, imprimeur-libraire à Paris de 1497 à 1522 : reprise ou renouvellement iconographique? Thierry CLAERR (Ministère de la Culture, Centre Jean Mabillon – École nationale des chartes, DME)
17h00: La Mort dans le livre : formes et répertoires (plaidoyer pour une exposition). Yann SORDET (Bibliothèque Mazarine)
17h30: Discussion

18h30: Inauguration de l’exposition Le livre & la Mort (Bibliothèque Mazarine, Bibliothèque Sainte-Geneviève, 21 mars - 21 juin 2019) 

Jeudi 21 mars
École du Louvre, amphithéâtre Michel-Ange
(Palais du Louvre, Place du Carrousel, Porte Jaujard, 75001 Paris)
Session 3 : LA MORT FIGURÉE DU XIXe AU XXe SIÈCLE
Présidence : Georges Fréchet (DME)
9h00: Accueil
9h30: Mort obligée mais libre pensée…, du cimetière religieux au cimetière laïc. André CHABOT (La Mémoire Nécropolitaine, DME)
10h00: "Trois p’tits tours et puis s’en vont". Spectacles contemporains avec marionnettes macabres. Marie-Dominique LECLERC (Université de Reims Champagne-Ardenne, DME)
10h30: La Danse macabre dans la ville (France et Europe, fin du XXe-XXIe siècle) : affichage, installations, street art. Tradition et éléments novateurs. Nathalie PINEAU-FARGE
11h00: Discussion et pause
11h30: Une Danse macabre de guerre: satire, morale et réalisme dans les arts graphiques autour du premier conflit mondial. Franck KNOERY (Bibliothèque des Musées de Strasbourg)
12h00: La Danse macabre de Jean Virolle. Cécile COUTIN (Bibliothèque nationale de France, DME)
12h30: Discussion
13h00 – 14h30: Pause

Session 4: LA MORT ET L'HISTOIRE DES MENTALITÉS
Présidence : Marco Piccat (Université de Trieste)
14h30: Images de la mort dans les tableaux de missions bretons, XVIIe-XXe siècle. Yann CELTON (Bibliothèque diocésaine de Quimper et Léon)

15h00: L’« exil des morts » à Toulouse (1775-1780). Jean-Luc LAFFONT (Université de Perpignan)
15h30: Danse macabre architecturale: Funerary Architecture, Performance, and the Gothic at the Court of Savoy. Tommaso ZERBI (University of Edinburgh)
16h00: Discussion et pause 

Session 5 : PRATIQUES FUNÉRAIRES
Présidence : Bertrand Utzinger (DME)
16h30: Guillaume d’Harcourt et la fondation de la collégiale funéraire Saint-Louis de La Saussaye (XIVe siècle): un lieu de mémoire à caractère ostentatoire sous les derniers Capétiens. Sabine BERGER (Sorbonne Université)
17h00: L’épigraphie funéraire féminine à l’Âge Moderne: la Cathédrale Magistrale de Alcalá de Henares. Marina AGUILAR SALINAS (Université d’Alcalá de Henares)
17h30: Défunts du Moyen Âge, dessins des temps modernes: les tombeaux de la collection Gaignières. Anne RITZ-GUILBERT (École du Louvre)
18h00: Discussion

Vendredi 22 mars
École du Louvre, amphithéâtre Michel-Ange
(Palais du Louvre, Place du Carrousel, Porte Jaujard, 75001 Paris)
Session 6: DANSES MACABRES
Présidence: Ilona Hans-Collas (DME, Groupe de Recherches sur la Peinture Murale (GRPM))
9h00: Accueil
9h30: Déconstruction d’une Danse macabre. Vers un modèle original, antérieur à 1424. Didier JUGAN (Groupe de Recherches sur la Peinture Murale, DME).
10h00: La Danse macabre de la collégiale Saint-Salvi à Albi (France). Lannie ROLLINS (Université de Toulouse)
10h30: Discussion et Pause
11h00: Una danza tira l’altra. I linguaggi della morte nella danza macabra di Pinzolo. Cristina NOACCO (Université Toulouse - Jean Jaurès)
11h30: Morbid morality. The Danse macabre motif in Dutch art of the Golden Age. Sophie OOSTERWIJK (University of St Andrews, DME)
12h00: La Mort en gondole: le thème de la Danse macabre à travers la ville dans l’œuvre de Fabio Glissenti. Georges FRÉCHET (DME)
12h30: Discussion
13h00 – 14h30: Pause 

Session 7 : LE CADAVRE ET LES FINS DERNIÈRES, APPROCHES ICONOGRAPHIQUES
Présidence : Yann Sordet (Bibliothèque Mazarine)
14h30: Saint Michel et la mort (France, fin du Moyen Âge-Renaissance). Romain DOUCET (Sorbonne Université)
15h00: Devant le cadavre et la sépulture : saint Sisoès se lamentant sur la tombe d’Alexandre le Grand. Cristina BOGDAN (Université de Bucarest, DME)
15h30: Mors, Iudicium, Infernus, Gaudia Caeli: les quatre Fins dernières et leurs représentations. Francesc MASSIP (Université de Tarragone)
16h00: Discussion et pause 

Session 8: DIALOGUES & RENCONTRES LITTÉRAIRES
Présidence: Didier Jugan (DME, Groupe de Recherches sur la Peinture Murale (GRPM)) 
16h30: "Nel fèr pensier, là dov’io trovo Morte". Cino da Pistoia: experiencia poética y símbolo. Antonia VIÑEZ SÁNCHEZ (Université de Cadiz)
17h00: L’au-delà comme lieu de mémoire ? Projection, jugement et gloire dans Les Nouveaux dialogues des morts de Fontenelle. Jessica GOODMAN (St Catherine’s College, Oxford).
17h30: Variations iconographiques autour de l’Élégie écrite dans un cimetière de campagne de Thomas Gray. Jean-Louis HAQUETTE (Université de Reims Champagne-Ardenne)
18h00: Discussion
18h30: Conclusions du congrès, par Catherine Vincent (Université Paris Nanterre) 

Samedi 23 mars
Bibliothèque Sainte-Geneviève (10 place du Panthéon, 75005 Paris)
9h00-10h00: Visite de l'exposition Le livre & la mort (volet 2), sur inscription
12h00: Déjeuner [sur inscription, à la charge des participants]
14h00-16h30: Visite-conférence du Panthéon, guidée par Jean-François DECRAENE (historien, DME) [sur inscription, à la charge des participants]
16h30-18h30: Visite de l'exposition Memento mori - Vanités contemporaines, Galerie Jour et Nuit, 9 place Saint-Michel, 75006 Paris [sur inscription]

Accès gratuit sur inscription aux sessions du congrès, dans la limite des places disponibles.
Réservation : contact@bibliotheque-mazarine.fr  (précisez les demi-journées auxquelles vous souhaitez assister). Dans le cadre du plan Vigipirate/attentats, valises et sacs volumineux ne sont pas acceptés. Merci de votre compréhension. Voir aussi ici: https://www.bibliotheque-mazarine.fr/fr/evenemets/actualites/
Cliché: lors de la Résurrection, la "Danse macabre" du Liber chronicarum, Nürnberg, 1493 (© Bibliothèque de Bourges, cliché F. Barbier) 

samedi 11 août 2018

Au fond de la forêt de Loches..., des livres

Ce blog a déjà accueilli quelques billets se rapportant à la lisière de la Touraine et du Berry, notamment le bassin de l’Indre et de son affluent de la rive droite, la petite rivière de l’Indrois. Nous sommes à partir de la seconde moitié du IVe siècle sur une voie de pénétration de la christianisation, avec l’évangélisation des campagnes entreprise sous l’impulsion de saint Martin, et la fondation d’un certain nombre d’églises et de paroisses rurales. Le deuxième temps est celui des grandes abbayes bénédictines: à la fin du VIIIe siècle, l’abbé de Saint-Martin de Tours fonde Cormery, sur l'Indre, puis, au milieu du IXe siècle, les moines de Cormery s’établissent à Villeloin, sur l’Indrois, abbaye devenue autonome un siècle plus tard (965). Ces maisons constituent rapidement des puissances politiques et économiques, et leur présence dynamise la mise en valeur des territoires ruraux, en premier lieu par le défrichement.
Détail des vallées de l'Indre et de l'Indrois. On distingue Cormery, Lochzs (et le symbole de la forêt), "les chartreux" et "Ville Loin ab[abbaye]". En haut à droite, près du cadre, un fragment du cours du Cher.
Mais, bientôt, la concurrence se déploie entre les ordres religieux, les nouveaux venus cherchant à mettre en cause l’hégémonie des Bénédictins. Henri II Plantagenêt, devenu roi d’Angleterre en 1156, fonde dès l’année suivante l’ermitage de Grandmont-Villiers, dans la paroisse de Coulangé. Puis, en 1178, c’est la chartreuse du Liget, que le roi institue en expiation de l’assassinat de Thomas Becket, archevêque de Canterbury –les terres sont achetées à Villeloin. Nous sommes à l’est de Loches, en pleine forêt, et le nouveau complexe devient très vite important, avec maison haute réunissant l’église abbatiale, le cloître, etc., maison basse (ou couroirie) pour les frères convers, et un domaine de quelque 1500 ha..
Que les chartreux aient eu une activité de copie importante est mis en évidence par leur production de manuscrits (cf CGM, t. XXIV, 1894, et voir ici). En revanche, il n'y a probablement pas de scriptorium au Liget, dans la mesure où la pratique de l'ordre est celle des cellules individuelles, dont chacune représente comme un petit monastère: le frère se livre à toutes les activités requises dans sa propre cellule.
Les difficultés s'accroissent quand il s’agit de suivre le devenir de la bibliothèque du Liget à l’époque moderne: les informations les plus significatives datent en effet seulement du XVIIIe siècle. En 1787, un vaste programme de reconstruction est lancé par le prieur Antoine Couëffé, pour un montant de 110 000 ll.: les plans conservés nous apprennent que la bibliothèque du couvent est établie dans un bâtiment de plain pied, adossé au cimetière et au cloître (1).
Cette bibliothèque dispose d’un catalogue manuscrit établi à partir de la fin du XVIIe siècle, concernant les seuls imprimés, et progressivement complété (2). Le catalogue se présente en un élégant volume soigneusement copié, et subdivisé en deux parties:
D’abord, la partie systématique (cf cliché), dont on peut bien supposer qu’elle correspondait à l’organisation matérielle de la bibliothèque (catalogue topographique). Vingt classes sont désignées par des lettres majuscules, dont treize relatives à la théologie :
A Biblia sacra.
B Interpretes sacræ scripturæ.
C Concilia.
D Patres Graeci.
E Patres latini 380.
F Theologi scholastici.
G Casuistæ
H Controversistæ
I Concionatores
K Libri pii.
L Jus canonicum.
M Jus civile.
N Philosophie et medici
O Mathematici, astrologi et cosmographi.
P Historici ecclesiastici
Q Historici profani
R Oratores et poetæ.
S Humanistæ et grammatici
T Miscellanei.
V Authores qui tractant de magia, spectris, apparitionibs et excommunicationibus.
Catalogue systématique des Chartreux
On notera que cette dernière classe, celle qui porte la lettre V, a été ajoutée postérieurement. À la fin de chaque classe, un feuillet blanc (parfois plus) a été réservé pour les additions. Il y a quelques rares fiches de renvoi.
Ce catalogue constitue le catalogue de référence, mais il a été complété par un deuxième répertoire, contenu dans le même volume à partir de la p. 111, et disposé selon l’ordre alphabétique des auteurs / titres.
Une particularité du catalogue consiste dans le fait que chaque notice s’ouvre par une date qui correspond plus ou moins précisément à la date de l’ouvrage dont il s’agit: cette pratique, qui semble rare dans les catalogues anciens, témoigne de la montée en puissance de la problématique historico-littéraire à l’époque des Lumières (cf par ex. infra, cliché 3).
Quoi qu’il en soit, le déclenchement de la Révolution rend très vite l’entreprise de rénovation lancée par Antoine Couëffé sans objet: les biens du Liget sont en effet confisqués et, à terme, l’essentiel de la bibliothèque arrive à Loches, où il est toujours conservé aujourd’hui –quelques manuscrits sont cependant transportés à Tours (3). Nous reviendrons sur cet épisode de la Révolution, et sur ce qu’il nous dit de la bibliothèque, mais concluons en évoquant quelques exemplaires incunables provenant du Liget et aujourd’hui conservés à Loches.
Notice des Lettres de saint Jérôme
Sortie des presses d’Amerbach en 1497, voici l’Explication des Psaumes (Explanatio Psalmorum, GW 2911. Loches, Inc. 2). L’ouvrage porte une reliure dont le Catalogue régional des incunables (t. X, n° 60) nous dit qu’elle provient du Liget (mais quelle est la source?) Le titre ne semble pas apparaître dans le catalogue manuscrit, mais la consultation de l’ISTC permet de noter une particularité dans la diffusion de l’ouvrage en France: le catalogue recense en effet six exemplaire seulement (4), dont trois conservés dans les bibliothèques de notre région, en l’occurrence Bourges, Loches et Orléans.
Epistolæ Hieronymi, Roma, 1470.
Les Lettres de saint Jérôme (Epistolae) sont publiées par Sweynheim et Pannartz à Rome en deux volumes en 1470 (GW 12423). L’exemplaire de la chartreuse du Liget, aujourd’hui à Loches (Inc. 14 (1) et (2)), porte sur un feuillet liminaire blanc une mention d’appartenance: «pro Carthusiensibus sanctor[um] Donatiani et Roga[tiani] p[ro]pe Namnet[as]». L’ouvrage provient donc de la chartreuse de Nantes, d’où il est passé au Liget probablement au XVIe siècle.
Le Liget possédait aussi le De Institutione coenobiorum de Cassien (Loches, Inc. 9). Terminons en soulignant que le petit nombre d’incunables conservés en provenance du Liget semble remarquable, mais qu’il reste difficile d’identifier d’éventuels autres exemplaires dans la mesure où, d’après notre expérience, ils ne portent apparemment pas de mention de provenance explicite. L’enquête reste bien évidemment à poursuivre pour les éditions du XVIe siècle.

NB Tous les clichés sont © Bibliothèque de Loches.

Notes
(1) Christophe Meunier, La Chartreuse du Liget, Chemillé-s/Indrois, Éditions Hugues de Chivré, 2007, p. 120-121.
(2) Catalogus bibliothecae Ligeti, ms de la fin du XVIIe siècle, complété au XVIIIe siècle: Bibliothèque municipale de Loches, ms 39 (et cf CGM, XXIV, p. 436 ).
(3) Le catalogue Dorange (A. Dorange, Catalogue descriptif et raisonné des manuscrits de la Bibliothèque de Tours, Tours, Impr. Jules Bousserez, 1875) signale cinq manuscrits provenant possiblement du Liget et figurant dans les fonds de Tours. On notera celui des Heures de Notre-Dame, exécuté pour Louis d’Amboise et offert à la chartreuse par le comte de Béthune (ms 217). Rappelons que la Bibliothèque de Tours est pratiquement détruite par fait de guerre en 1940.
(4) Nous ne tenons pas compte des deux exemplaires de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, comme n’appartenant pas à la géographie du royaume aux XVe et XVIe siècles.

mardi 12 septembre 2017

À travers l'Archipel grec

Une visite dans ce qu’il est convenu d’appeler l’«Archipel», autrement dit les îles grecques de la mer Égée et notamment les Cyclades, attire l’attention du voyageur sur plusieurs points.
D’abord, la facilité apparente de communications. Il est bien évident que le cadre physique, les produits éventuellement disponibles (bois, pierre, etc.), déterminent nombre d’aspects de la vie matérielle des habitants. Il est moins évident de considérer que ce même cadre peut orienter des dispositions intellectuelles et favoriser ou non la curiosité, les capacités d’invention, etc. Dans cette «mer semée d’îles» (Choiseul), où l’on n’est pratiquement jamais hors de vue d’une côte, les échanges et les transferts sont de longue date tout particulièrement nombreux. On prendra d’autant plus facilement la mer qu’il s’agit toujours de pratiquer une forme de cabotage, et que la circulation par voie de terre est rendue très difficile par le relief complexe qui est celui de la plupart des îles. Même si le vent est défavorable, on trouve facilement à se mettre à l’abri en attendant qu’il tombe, ou qu’il tourne.
Sous Oia, l'échelle d'Amoudi... et sa route d'accès
Ces îles sont peuplées dès l’époque néolithique (bon nombre de noms ont une origine antéhellénique). Jusqu’au IIIe millénaire, la navigation se fait par pirogues ou par radeaux, mais la civilisation cycladique innove, avec le travail du cuivre et de la poterie, avec un nouveau type d’embarcations, à une douzaine de bancs de rameurs… et avec les débuts de l’écriture pictographique. Les navires plus importants seront, en revanche, une innovation continentale (mycénienne), tout comme le sera le Linéaire A.
Mais les oppositions sont là: certaines îles sont favorisées, et d’autres non. Santorin est la plus proche de la Crète. Si la rade est évidemment très calme, la présence de la falaise abrupte de la caldera complique considérablement les échanges entre le niveau de la mer et celui des habitations. Les «échelles» (scala) effectivement accessibles y sont très rares, à l’image de celle de la ville préhistorique d’Akrotíri, plus encore de la crique d’Amoudi, en-dessous du bourg d’Oia. Amoudi a joué un rôle majeur dans le commerce des Cyclades, comme en témoignent les maisons des armateurs aujourd’hui encore préservées. Si l’on ajoute que Santorin n’a pratiquement pas de ressources propres en eau potable (elle était en partie fournie, jusque dans les années 1960, par des bateaux-citernes expédiés d’îles plus fortunées), on comprend que l’île soit, en fait, assez peu hospitalière.
Ancien chemin creux près de Melanès
Remontons vers le nord. À Naxos, la plus grande des Cyclades (412 km2), c’est un paysage tout différent devant lequel nous sommes: bien située au centre de l’Archipel, toute proche de l’île de Paros (à 5 km à peine) et des Petites Cyclades, l’île bénéficie de rades abritées, notamment à l’ouest. L’essor de l’activité commerciale explique que Naxos et, même si dans une moindre mesure, Paros, prennent rang parmi les cités grecques ayant connu le monnayage le plus précoce. Elle possède aussi des ruisseaux, certes pour la plupart asséchés pendant l’été, mais qui favorisent l’implantation humaine: on estime que le quart de la surface de l’île est effectivement cultivable, et encore nombre d’anciennes terrasses sont aujourd’hui à l’abandon. Choiseul, lorsqu’il pénètre à l’intérieur de l’île, admire
des vallées délicieuses arrosées de mille ruisseaux, et des forêts d’orangers, de figuiers et de grenadiers. La terre par sa fécondité semble prévenir tous les besoins de ses habitans; elle nourrit une infinité de bestiaux, de gibier. Le blé, l’huile, les figues et le vin y sont toujours abondans. On y recueille aussi la soie. Tant d’avantages l’avoient fait nommer par les anciens la petite Sicile (Voyage pittoresque, I, p. 41-42).
Le culte de Demeter, la déesse des récoltes, est d’ailleurs répandu à Naxos comme à Paros, les olivier sont omniprésents, tandis que le vin de Naxos est effectivement réputé depuis l’Antiquité –Dionysos / Bacchus lui-même n’a-t-il pas été élevé dans l’île? Naxos possède du bois, denrée bien rare dans les îles: la vallée de Melanès, c'est étymologiquement l'équivalent de Vallombreuse. Mais Naxos a aussi de belles carrières de marbre, même si celui-ci est moins réputé que celui extrait de Paros.
L’histoire de Naxos est tout particulièrement marquée par la domination vénitienne: à la suite de la Quatrième Croisade, en effet, l’Archipel est dévolu à la Sérénissime et constitué par l’empereur en duché, dont Naxos devient la capitale. Les dynasties des Sanudo (Marco Sanudo) et de leurs successeurs y règnent du début du XIIIe siècle jusqu’à la conquête de l’île par les Ottomans en 1537, tandis que Naxos est devenue siège d’un archevêché catholique après la chute de Rhodes, et qu’elle possède un collège de Jésuites en 1626 –avec une bibliothèque. Un couvent de Capucins est aussi bientôt fondé, où descendront en 1835 Ludwig Ross et ses compagnons, lorsqu’ils parviennent dans l'île après une traversée de trois heures à peine depuis Delos.
La vieille ville de Naxos est dominée par le castro vénitien, résidence du duc, et elle conserve un certain nombre de belles maisons patriciennes, mais les seigneurs feudataires ont aussi élevé des «tours vénitiennes», comme sièges de leur pouvoir, dans les localités de l’intérieur. On sait que l’essentiel de cette structure féodale se perpétue en effet à l’époque ottomane. Pour Ross, en 1835, la colline du castro est le «Faubourg Saint-Germain» de Naxos, où sont établis les descendants de la «noblesse latine» et le clergé catholique –même si le nombre des fidèles est alors considérablement diminué. C’est un ancien dragon italien, entré dans les ordre, qui tient alors le couvent capucin (mais il reçoit aussi pour ses services 800 francs par an du Gouvernement français). Quant aux grecs orthodoxes, ils sont installés entre le pied de la colline et le port.
Voyage pittoresque de la Grèce, Vue de la ville de Naxia
La présence du catholicisme n’est pas non plus sans faciliter les échanges avec l’Europe occidentale, tandis que les escales régulières des navires favorisent encore les transferts et rétrotransferts, dont le vocabulaire vient témoigner (par ex. καστέλι, pour castello, etc.). Que conclure, en définitive, face à un paysage culturel aussi complexe? D’une part, la possibilité de naviguer assez facilement, à la rencontre des continents asiatique, africain et européen, et les ouvertures et autres échanges qui peuvent s’ensuivre. Mais, à l’inverse, la tension toujours présente: l’insularité est aussi vecteur d'isolement et d’identité, et Naxos a été des années durant, pendant l’Antiquité, l’adversaire résolue de Paros…

B. Slot, Archipelagus turbatus. Les Cyclades entre colonisation latine et occupation ottomane, c. 15001718, Istanbul 1982.
Vitalien Laurent, «La Mission des jésuites à Naxos de 1627 à 1643», dans Échos d’Orient, 33 (1934), p. 218-226 et 354-375; 34 (1935), p. 97-105, 179-204, 350-367 et 472-487 (donne une bibliographie complémentaire).