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lundi 7 octobre 2013

Colloque d'histoire des bibliothèques

LA BIBLIOTHÈQUE DU CHAPITRE DE BAYEUX

Colloque organisé par la Direction régionale des Affaires culturelles de Basse-Normandie
et la Ville de Bayeux

7-8 novembre 2013

PROGRAMME

Jeudi 7 novembre
Matin
9 heures – Accueil des participants
9 h 30 – Ouverture du colloque par Kléber Arhoul, directeur régional des Affaires culturelles de Basse Normandie, en présence du maire de Bayeux
10 heures – Introduction François Arnaud, Sylvette Lemagnen, François Neveux

1ère partie – Le cadre historique et architectural
10 h 30 – François Neveux, Le contexte historique de la construction de la bibliothèque (XIIIe-XVe siècle)
11 heures – Pierre Bouet, Le contenu d’une bibliothèque médiévale
11 h 30 – Jérôme Beaunay et Frédéric Henriot, Historique et description architecturale du bâtiment de la bibliothèque du chapitre de Bayeux
12 heures – Discussion générale

Après-midi
2e partie – Les collections
14 heures – Monique Peyrafort-Huin, La bibliothèque de Bayeux au XVe siècle reflet d’une collectioncapitulaire médiévale
14 h 30 – Julie Deslondes, Histoire et nature du fonds de manuscrits conservé aux Archives départementales du Calvados
15 heures – Cécile Fouquet-Arnal, Un exemple de Bible portative du XIII° siècle : le manuscrit 49 déposé à la médiathèque municipale de Bayeux
15 h 30 – Discussion

16 heures – Pause
16 h 30 – Jean-Dominique Mellot, L'édition normande à travers les collections de la bibliothèque du chapitre de Bayeux
17 heures – Geneviève Mauger, Simien Despréaux, La commission des Arts et le sort de la bibliothèque du chapitre pendant la Révolution
17 h 30 – Discussion
18 heures – Fin de la séance

Vendredi 8 novembre
Matin
3e partie – Les livres et les hommes
9 heures – Nicolas Trotin, Les bibliothèques des chapitres cathédraux de Normandie sous l'Ancien Régime
9 h 30 – Ian Maxted, Informer et s’informer : un évêque de Bayeux et les imprimeurs au XVIIIe siècle
10 heures – Discussion

10 h 15 – Départ vers la cathédrale
10 h 30 – Visite de la Bibliothèque du chapitre (par Marie-Claude Pasquet). Visite de la Salle du Chapitre et du Trésor. Visite des parties hautes de la cathédrale (visites par groupe de 19, guide compris, sur inscription préalable)
12 h 30 – Réception par la mairie de Bayeux

Après-midi
14 heures – Visite de l'exposition « Merveilleux manuscrits de la bibliothèque du chapitre » au MAHB
15 heures – Dominique Varry, Une histoire millénaire: les bibliothèques de cathédrales en France et en Angleterre
15 h 30 – François Arnaud, La bibliothèque sans bibliothécaire? L'exposition au public, nouvelle destinée au XXIe siècle
16 heures – Nicolas Georges, Le livre de demain (non confirmé)
16 h 30 – Discussion et Conclusion par François Neveux
17 h 00 – Fin du colloque

Merci de bien vouloir prévenir de votre participation.
Direction régionale des affaires culturelles de Basse-Normandie 02 31 38 39 61 – guylene.fauq@culture.gouv.fr

(Communiqué par Ian Maxted)

mercredi 8 décembre 2010

Le temps de l'Avent

La neige qui aujourd’hui tombe dru sur Paris vient nous rappeler que Noël approche, et que nous sommes entrés dans la période de l’Avent: l’étymologie du mot (adventus, arrivée) fait en effet référence à la naissance du Christ, alias le jour de Noël. Le quatrième dimanche avant Noël ouvre l’année ecclésiastique, et Noël même marque presque le solstice d’hiver, à partir duquel le jour commence à augmenter et la nuit à diminuer…
La Nativité constitue l’un des sujets classiques qui apparaît dans les livres d’Heures. Ces derniers sont des volumes au format réduit (petit quarto), dont la multiplication est liée au développement de la spiritualité laïque à la fin du Moyen Âge. Les Heures sont imitées des bréviaires, mais destinées à une clientèle de non clercs: on y trouvera des extraits des Écritures et de la liturgie, et des prières, le tout dans une forme particulièrement soignée (il n’est que de penser aux Très riches heures du duc de Berry). L’iconographie de l’Annonciation représente le plus souvent la Vierge lisant ses Heures au moment où l’ange lui apparaît. Mais on retrouve des Heures sur un très grand nombre de tableaux, comme l'admirable Vierge du chancelier Rolin, visible aujourd’hui au Louvre.
Avec l’essor de la typographie, le modèle des Heures de luxe n’est plus accessible seulement aux plus hauts personnages: il touche progressivement une clientèle toujours très aisée, mais un petit peu plus large. Il s’agit désormais de petits in-quarto, imprimés sur vélin, très illustrés et dont les initiales, voire les gravures, sont souvent peintes. Les Heures sont propres aux différents diocèses (leur destination apparaît notamment dans la liste des saints du calendrier), mais les Heures de Rome sont reçues dans toute la chrétienté.

Nous connaissons quelque 1600 éditions d’Heures aux XVe et XVIe siècles, dont 90% sont parisiennes. Un des ateliers spécialisés est celui de Philippe Pigouchet, qui travaille à l’enseigne de l’«Homme sauvage» et qui imprime des Heures pour différents diocèses sur des commandes du libraire Simon Vostre.
Ces livres somptueux adoptent tous la même disposition, avec une grande place donnée à l’iconographie: la page est illustrée par une gravure surmontant quelques lignes de texte, avec un encadrement de petits bois combinés pour constituer des bordures. Parfois, le texte est plus important, et la décoration se limite au seul encadrement.
La gravure de cette superbe édition d'Heures (cf. cliché) met en scène la crèche, dans un encadrement inspiré de l'architecture gothique et sommé de deux figures de bergers (identifiables à leur bâton). Les détails que la tradition rapporte sur la naissance du Christ ne figurent pas tous dans les Évangiles: les bergers mentionnés dans Luc (II, 8 et suiv.) mais surtout repris par le Pseudo-Matthieu (XIII, 6) deviennent, au même titre que les «mages», des personnages importants du récit (voir commentaire sur le Calendrier des bergers). Ce n’est pas ici le lieu, que de gloser sur le berger, à la fois figure biblique (les Psaumes comparent Dieu à un berger) et emblème de la sagesse que lui ouvre sa connaissance directe de la nature. D'une certaine manière, la figure du berger n'est pas si éloignée de celle du sorcier...
La Vierge et le Christ sont au centre de l'image, alors que Joseph domine l'arrière-plan, où l'on voit aussi le bœuf et l'âne (on appréciera la justesse de la représentation de ce dernier à l'étable pendant l'hiver). Du côté du spectateur, les personnages venus adorer le Christ, et dont les noms gravés ont souvent été mal lus par les commentateurs: de gauche à droite, «Aloys», «Alison», «Gobin le Gay», «le Beau Roger», «Mahault» et «Ysanber» (on notera aussi la présence dans le groupe de deux bergers qui sont en fait des... bergères).
Les fonds en criblé et la finesse de la réalisation montrent qu'il s'agit d'une gravure qui n'a peut-être pas été réalisée sur bois, mais sur métal (en relief). On a, bien entendu, le sentiment de se trouver devant une manière de mise en scène dont la perspective est très soignée et qui fait penser aux «mystères» donnés au porche des églises. Les petits bois constituant l'encadrement sont inspirés de passages de l'Ancien Testament, et notamment du Cantique des Cantiques: «Viens avec moi du Liban, ma fiancée...» (IV, 8 et suiv.), ou encore: «Les fils de ma mère se sont irrités contre moi» (I, 6). Cette iconographie constitue ici une partie du cycle de la vie de la Vierge, tel que rapporté en particulier dans la Légende dorée de Jacques de Voragine.
Une des scènes représentées dans la bordure inférieure de la page concerne d'ailleurs l'épisode de l'Assomption dans lequel Marie fait remettre par un ange sa ceinture à Thomas, pour le convaincre de ce qu'il n'avait pas vu (Thomas n'avait pas assisté aux funérailles de la Vierge). Quant à la Sybille de Delphes, en bas à droite, elle est une figure classique d'une iconographie qui la place parfois sur le même plan que les prophètes de l'Ancien Testament: la Sybille représentée par Michel Ange au plafond de la Chapelle Sixtine, au cœur même du Vatican, est à cet égard particulièrement célèbre.

Cliché: Horae ad usum Romanum, Paris, Philippe Pigouchet, pour Simon Vostre, 22 août 1498, 4° (Bibliothèque municipale de Valenciennes, Inc. 18).

dimanche 14 novembre 2010

Retour en Hongrie et en Transylvanie (2)

Après la journée (remarquable à plus d'un titre) passée à Eger, nous quittons donc la ville en pleine nuit, à 5 heures du matin, pour prendre la route du Nord, vers Békécsaba et la frontière roumaine après Gyula. La route 79A pique ensuite vers l’Est, à travers le pays totalement plat des Partium, tandis que les montagnes commencent à se détacher sur l’horizon. Nous remontons de plus ou moins loin la rivière de la Criş / Körös blanche (Weiße Kreisch), avant de quitter cet itinéraire à Valfurile pour suivre la route 76 en direction de Brad. Une crevaison nous retarde d’une heure environ.
Une fois passé Brad, nous entrons franchement dans le paysage montagneux de la Transylvanie au sens historique et géographique du terme, par la route 74, qui monte jusqu’à Abrud, avant de redescendre vers Alba Julia (Gyulafehérvár / Weißenburg), notre destination finale: nous y sommes à 13 heures, donc après quelque 7 heures de route. Même si le paysage forestier est superbe (cliché 1) et même si les routes ne sont pas mauvaises, elles ne sont pas non plus toujours bonnes, tant s’en faut, et on ne circule pas si facilement en Transylvanie…
Alba Julia se situe sur la grande rivière du  Mureș / Maros, affluente de la Tisza. C’est une ville très importante aujourd’hui, et nous venons y visiter la bibliothèque du Batthyaneum (cliché 2). Le nom est dérivé de celui  de la famille hongroise des Batthyány, elle-même divisée en trois branches, les princes, les comtes et les barons Batthyány. Boldizsár Batthyány (1537-1590), converti au protestantisme, possédait dans sa résidence de Güssing (Németújvár) une bibliothèque dont l’essentiel a été acheté à Francfort.
Mais les Batthyány reviennent bientôt au catholicisme: d’autres membres de la famille auront, au XVIIIe siècle, d’importantes bibliothèques, notamment le comte Adam Batthyány (1697-1782) et le prince Károly József Batthyány (1698-1772), dans sa résidence viennoise.
Le comte Ignaz Batthyány (1741-1798), après un cursus remarquable d’études achevées à Rome, est pendant une quinzaine d’années chanoine à Eger, où il aide l’évêque Esterházy à créer et à développer la bibliothèque de la Haute École par lui créée (Eger).
Nommé en 1781 évêque de Transylvanie en résidence à Weißenburg, il est le fondateur du Batthyaneum, un complexe comprenant observatoire astronomique, collections diverses (notamment numismatique et géologie) et bibliothèque. Une imprimerie catholique est aussi fondée. L’évêque enrichit les collections de livres grâce à diverses acquisitions, notamment celles des anciennes bibliothèques de Löcse, mais aussi de l’archevêque de Vienne Migazzi.
L’ensemble du complexe du Batthyaneum est entièrement abrité dans une église désaffectée, et dont la nef a été subdivisée en différents niveaux, la bibliothèque occupant le dernier de ceux-ci. L’aménagement intérieur, parfaitement conservé, date de la fin du XVIII siècle, et la décoration picturale est très remarquable, avec des figures allégoriques diverses (Minerve, etc.) et une suite de petites peintures sur le thème de la bibliothèque (cliché 3). Les collections peuvent atteindre quelque 50000 livres anciens, dont un riche fonds de manuscrits et plus de 500 incunables. La pièce la plus remarquable est le Codex aureus du IXe siècle.

On ne peut que regretter que, pour des raisons à la fois politiques et administratives, cet ensemble ne soit pas plus largement accessible au public –notre époque n’est apparemment pas aussi ouverte ni aussi confiante que pouvait l’être celle des Lumières. Le Batthyaneum constitue en effet un témoignage exceptionnel par sa richesse de la vie intellectuelle en Europe aux XVIIIe et XIXe siècles, en même temps qu’un ensemble patrimonial de tout premier plan. Il devrait bien évidemment être un des fleurons culturels d’une ville comme Alba Julia aujourd’hui.
L’historien du livre se rappellera que cette ville a aussi joué un rôle dans le domaine de l’imprimerie. En effet, plusieurs officines s’y succèdent depuis le XVIe siècle, dont certaines sont liées aux Rákóczi. La première imprimerie catholique de Hongrie avait été ouverte à Tyrnava en 1577, à l'initiative du primat Miklós Oláh, pour lutter contre la propagande calviniste. Après plusieurs épisodes, elle est confisquée par le prince de Transylvanie Gábor Bethlen, allié à l’Union protestante pendant la Guerre de Trente ans, et transférée à Gyulafehérvár en 1620 (sur cette histoire complexe, voir: Eva Mârza, Din Istoria tiparului românesc. Tipografia de la Alba Julia, 1577-1702, Sibiu, Editura Imago, 1998, 154 p., ill.).

Notre journée s’achève par la visite de la cathédrale d’Alba Julia, aujourd’hui archevêché. La nef abrite les sépultures d’un certain nombre de princes liés à la Transylvanie (dont János Hunyadi, le père de Mathias Corvin: cliché 4). Puis, c’est la découverte trop rapide de la gigantesque citadelle (22ha !) construite par les Autrichiens pour défendre leurs frontières orientales contre les Ottomans.
La citadelle fait l’objet d’un remarquable programme de restau- ration, laquelle pourra certes  sembler parfois un petit peu trop radicale et se rapprocher plus de la reconstruction que de la restauration stricto sensu. Mais l’ensemble donne une idée de l’importance d’une place militaire comme l’ancienne Gyulyafehérvár pour l’Empire de Vienne, en même temps que de la montée en puissance des Habsbourg sur le plan politique au XVIIIe siècle. Cette présence d'une forteresse "à la Vauban" explique le changement du nom allemand de la ville de Weißenburg en Karlsburg.

Sur l’histoire de l’imprimerie au XVIe siècle en Transylvanie : Christian Rother, Siebenbürgen und der Buchdruck im 16. Jahrhundert ; mit einer Bibliographie « Siebenbürgen und der Buchdruck » ; mit einer Geleitwort von P[eter] Vodosek, Wiesbaden, Harrassowitz Verlag, 2002, XXIX-408 p., ill. (« Buchwissenschaftliche Beiträge aus dem Deutschen Bucharchiv München », 71). ISBN 3-447-04630-9.
Sur l'histoire de la Transylvanie en général: Kurze Geschichte Siebenbürgens, éd. Béla Köpeczi, Budapest, Akadémiai Kiadó, 1990, XVI-780 p., ill., cartes. ISBN 963-05-5667-7. Il existe une édition en français publiée à la même adresse en 1992 (Histoire de la Transylvanie).

lundi 21 juin 2010

L'été est là

Chers Amis,
Voici venue la saison d'été, malgré les apparences encore trompeuses aujourd'hui (mais il paraîtrait que l'été serait en fait pour demain, tout au moins en France au nord de la Loire).
L'été, c'est à dire le plus souvent le 21 juin: la théorie des mois est largement présente dans l'iconographie, entre autres dans les livres manuscrits (une des séries les plus célèbres est naturellement celle des Très riches heures du duc de Berry) ou imprimés (par ex., le Compost ou Calendrier des bergers dont nous avons parlé ici même, ou encore les multiples livres d'Heures imprimés).
Mais, pour quitter un instant l'histoire du livre (et puisque les vacances approchent), tournons-nous vers "le pays où fleurissent les citronniers" (Goethe) et admirons les bas-reliefs sculptés à la façade polychrome de la cathédrale de Lucques (Lucca), en Toscane. Le symbole classique du mois de juin est celui de la moisson (cf ci-dessus). D'ailleurs, le petit bois figurant en tête de juin dans le Compost représente lui aussi un paysan occupé à aiguiser sa faux.
Donc, voici aussi venu le temps de la moisson. Notre blog existe depuis février dernier, et le compteur mis en place à partir de juin (faute de capacités techniques et de temps) permet d'avoir une idée de sa fréquentation: un peu plus de 900 visiteurs en trois semaines, ce qui semble constituer un chiffre non négligeable et qui encourage en tous les cas à poursuivre.
Mais les séminaires et autres colloques se raréfient pendant les mois d'été, laissant d'autant plus de temps pour la lecture et pour l'écriture. La librairie de gare (cf ci-dessous) illustre l'un des volumes de la célèbre "Bibliothèque des chemins de fer", Les Vacances à Trouville de Louise Chéron de la Bruyère (éd. 1888): les enfants, au moment de partir pour la mer, choisissent leurs lectures de voyage, et on s'amusera de voir Hachette faire plus ou moins discrètement, par le texte et par l'image, la promotion de sa propre maison et de ses propres titres. La scène se déroule certainement Gare Saint-Lazare, et l'habillement de nos jeunes voyageurs témoigne de l'aisance de la clientèle du nouveau quartier de l'Europe, et de l'ouest parisien en général, depuis le dernier tiers du XIXe siècle. Dans l'imagerie de la Librairie Hachette, la bibliothèque de gare est d'une certaine manière un lieu "distingué" au sens bourdieusien du terme.
Quant à nous, même si le rythme des billets sur ce blog pourra décroître, nous souhaitons à tous l'été le plus agréable possible. Nous continuerons à rester en relations par le biais conjoint des livres... et des NTIC (alias les nouvelles technologies de l'information et de la communication, pour revenir au XXIe siècle).

Sur les Très riches Heures du duc de Berry, voir: http://crdp.ac-amiens.fr/ingedoc/carte_ressources/trhlivre.htm

lundi 13 mai 2019

Séance foraine 2019

ÉCOLE PRATIQUE DES HAUTES ÉTUDES,
IVe Section (Sciences historiques et philologiques)
Conférence d’Histoire et civilisation du livre

La séance foraine 2019, organisée à titre privé par la Conférence d’Histoire et civilisation du livre, se déroulera le mardi 21 mai prochain au château de Chantilly.
 
Le programme prévisionnel sera le suivant:
9h50 Rendez-vous devant les grilles du château de Chantilly. Les participants régulièrement inscrits la séance foraine bénéficieront d’un laisser-passer nominatif permettant la gratuité d’accès.
10h-12h30 Présentation du domaine et du château.
Le Cabinet des livres du duc d’Aumale et son fonds de manuscrits

12h30-14h Déjeuner

14h-16h
- Les imprimés du duc d’Aumale: l’émergence du roman en France autour de 1500
- Les imprimés du duc d’Aumale: à propos de quelques éditions de Montesquieu
Visite de l’exposition: «Architecture et Bibliophilie» (détails ici)
17h Clôture de la séance

La séance est organisée en collaboration avec la Bibliothèque du Musée Condé (Madame Marie-Pierre Dion, conservateur général). Elle bénéficiera de la participation de Madame Catherine Volpilhac-Auger, professeur à l’ENS de Lyon et spécialiste de Montesquieu.
NB- Les inscriptions sont closes.

La Bibliothèque du château de Chantilly constitue un exemple probablement unique en France, de conservatoire d’une ancienne bibliothèque princière. Elle illustre, à ce titre, un paradigme complexe articulant le rôle politique ambigu d’une très grande famille et la représentation d’une distinction à laquelle les livres rares et précieux contribuent bien évidemment pour une part.
On le sait, Chantilly est comme le conservatoire de l’histoire de quelques-unes des plus grandes familles de France, étroitement liées aux souverains, mais aussi tentées, jusqu’à la Fronde, par «l’aventure féodale»: les Bourbons, les Condé et les Montmorency.
Mais le personnage emblématique de Chantilly est naturellement le duc d’Aumale, cinquième fils de Louis-Philippe d’Orléans.
Né en 1822, il hérite très jeune (dès 1830 !) de la bibliothèque du dernier des Condé, le duc Louis Henri Joseph de Bourbon, dont la mort tragique (on l’a retrouvé pendu dans son château de Saint-Leu-la-Forêt le 30 août 1830) a défrayé la chronique. Mais Aumale ne commence à collectionner les livres et les objets d’art qu’à partir de 1848, à la faveur, si l’on peut dire, de son exil en Angleterre.
Son Cabinet de livres est dès lors le fruit d’une activité incessante de repérage et d’acquisitions, notamment dans les ventes publiques, activité poursuivie tout au long du XIXe siècle: le duc inaugure son entreprise en achetant à Bruxelles en 1850 un exemplaire de Petrus Comestor (Pierre Le Mangeur), mais il achète surtout plusieurs collections exceptionnelles (notamment les bibliothèques Standish en 1851 et les deux mille neuf cent dix articles de la collection Armand Cigongne en 1859), ainsi que des ensembles moins importants et des volumes isolés –dont les Très riches heures du duc de Berry, acquises en 1856, et, en 1891, les miniatures réalisées par Jehan Fouquet pour les Heures d’Étienne Chevalier. Aumale intervient dans la plupart des grandes ventes postérieures à 1851, les ventes Sébastiani, Lefèvre-Dellerange, Edward Vernon, de Bure, Renouard, Libri, etc.
Le duc manifeste un intérêt plus particulièrement poussé pour les livres les plus précieux, les plus anciens (les incunables de la collection Standish) et les plus rares, mais aussi pour le patrimoine littéraire français et pour l’art de la reliure.
Étant donné son mode de constitution, la collection de Chantilly, qui est la collection d’un richissime bibliophile du XIXe siècle, s’apparente dans son modèle aux plus grandes collections du monde anglo-saxon: elle est d’autant plus précieuse pour l’historien, historien de l’art, historien du livre ou historien de la littérature, qu’elle conserve nombre d’exemplaires très exceptionnels, voire uniques dans les fonds publics français, constitués pour l’essentiel à partir des saisies révolutionnaires.
Après 1871 (définitivement en 1889), Aumale peut rentrer en France, et il se consacre dès lors à la résurrection de Chantilly, dont il entreprend le catalogue des livres. Il lègue le domaine de Chantilly et les collections qui y sont conservées, dont les livres, à l’Institut de France. Il décède en 1897.

jeudi 31 août 2017

À Athènes, une bibliothèque vieille de 2000 ans

Les amateurs d’histoire du livre et des bibliothèques découvriront avec intérêt une inscription épigraphique fragmentaire qui est en même temps un monument exceptionnel relatif à notre sujet: il s’agit en effet du vestige du (ou de l’un des) premiers(s) règlement(s) conservé(s) de bibliothèque.
La silhouette de l’Acropole d’Athènes est universellement connue, avec le plateau entouré de puissants remparts et portant les temples, à quelque 150m au-dessus de la ville. En redescendant de la colline, du côté de l’Aréopage, nous gagnons le cœur politique, administratif et commercial de la ville antique, l’ancienne Agora grecque, dominée par le temple du Théséion, étonnamment bien conservé. .
La Grèce constitue une province romaine depuis la défaite de Philippe V de Macédoine, mais la romanisation du paysage urbain ne se fait, à Athènes, que lentement. L’un des éléments marquants sera la création d’une Agora romaine, reliée à l’ancienne Agora par des ensembles de portiques progressivement mis en place. Au tournant du Ier siècle de notre ère, un bâtiment déjà existant au coin de la voie des Panathénées est aménagé par son propriétaire, Pantainos, pour abriter désormais une bibliothèque publique. Ce T. Flavius Pantainos, lui-même «prêtre des muses philosophes», est le fils d’un philosophe, et il est possible que le bâtiment réutilisé ait à l’origine été constitué par l’école dirigée par son père. La dédicace gravée au fronton explique en tous les cas qu’il a fait faire «à ses frais les colonnades extérieures, le péristyle, la bibliothèque avec les livres, et toute leur ornementation…»

Le complexe, aujourd’hui pratiquement disparu, comprenait donc une suite de trois portiques abritant eux-mêmes des pièces plus ou moins grandes, un péristyle et une cour intérieure. Donnant sur celle-ci, une salle de 100m2, dallée de marbre, accueillait la bibliothèque. La tradition de l’évergétisme voit, à l’époque, se multiplier les fondations et donations de bibliothèques somptueusement aménagées, aux différentes cités grecques, par de richissimes citoyens. À Athènes, la localisation de la bibliothèque Pantainos dans un emplacement stratégique, et plusieurs vestiges en provenant apparemment, témoignent d’une volonté de monumentalisation et de luxe. La bibliothèque a probablement accueilli les deux grandes statues personnifiant l’Iliade et l’Odyssée, que l’on a retrouvé à proximité.
Beaucoup moins spectaculaire, le fragment de règlement est aujourd’hui présenté dans le cadre du Musée d’ancienne Agora grecque. Il précise que les livres (des volumina) ne pourront pas être empruntés à l’extérieur, les responsables de la bibliothèque ayant prêté serment dans ce sens, et que l’institution elle-même est ouverte «de la première à la sixième heure», ce qui correspond à la matinée –rappelons que, dans le système romain, le jour est divisé en douze heures, dont la sixième s’achève à midi. On comprend au passage que ces heures n’ont évidemment pas une durée fixe, puisque l’amplitude du jour change avec la saison. Malheureusement, nous ne savons rien du contenu lui-même de la bibliothèque, dont on peut supposer pourtant que, puisqu’elle n’aurait eu qu’une seule salle, elle se limitait à la seule littérature grecque.

Deux références pour plus d'informations:
Phttps://cm.revues.org/96
http://www.agathe.gr/guide/library_of_pantainos.html

mercredi 5 juillet 2017

Une exposition à Orléans

Exposition
«Les débuts du protestantisme dans le Loiret»,
du 19 juin au 28 juillet 2017

Dans le cadre du 500e anniversaire de l'affichage des 95 thèses de Martin Luther en 1517, les Archives départementales du Loiret présentent du 19 juin au 28 juillet 2017, du lundi au vendredi, de 9 heures à 17 heures, l'exposition:
«Les débuts du protestantisme dans le Loiret».
À cette occasion, de nombreux documents, provenant des Archives départementales, de la Médiathèque d'Orléans et de l'association «Mémoire protestante en Orléanais», sont présentés:
-des plans anciens d'Orléans, des gravures anciennes, des portraits, la maquette du temple de Bionne, des livres rares, des documents administratifs du XVIe siècle et des manuscrits, dont les magnifiques enluminures des registres des procurateurs de la Nation germanique qui accueillit, au sein de l'Université d'Orléans au XVIe siècle, de nombreux étudiants luthériens.
Ces documents portent un éclairage original sur l'accueil des idées nouvelles dans l'Orléanais, favorisé notamment par le creuset d'humanisme qu'était alors l'Université, par le développement de la chose écrite, ainsi que par l'entrée de grandes familles nobles dans l’Église réformée.
L'exposition est présentée à l’occasion du 500e anniversaire de l’affichage des 95 Thèses de Martin Luther, le 31 octobre 1517 à Wittenberg. En quelques années cette volonté de réforme de la vie spirituelle et ecclésiastique, devenue la Réforme, parcourut toute l’Europe et eut des répercussions profondes sur la politique, la société et la culture, jusqu’à provoquer déchirements et guerres.
Plan d'Orléans, vers 1575
Dans le cadre de cette commémoration, le Département a souhaité jeter un éclairage particulier sur l’accueil des idées nouvelles dans l’Orléanais. On n'a pas cherché à évoquer la forme des nouvelles croyances, leur contenu et leur évolution, mais plutôt leur diffusion. Le propos de l’exposition vise précisément à s’interroger sur les facteurs qui ont favorisé un développement rapide et exceptionnel de la Réforme dans cette terre chérie par les «rois très chrétiens». Au travers de documents parfois prestigieux, parfois issus de la pratique administrative, l’exposition s’attache à mettre en valeur le rôle de l’Université et des étudiants germaniques qui la fréquentent, de l’élite cultivée et des grandes familles nobles, mais aussi des prédicateurs et des professionnels du livre.
Le propos s’arrête aux années 1560-1562, lorsque les tensions larvées entre catholiques et protestants se transforment brutalement en guerres civiles ouvertes: s’ouvre alors en effet une série de huit conflits qui ravagèrent le royaume jusqu’à la fin du XVIe siècle. Et encore, la paix chèrement gagnée en 1598 par la promulgation de l’Édit de Nantes n’apaisa-t-elle que peu les esprits, avant d’être balayée par la révocation de 1685.
Vous pouvez consulter le livret accompagnant l'exposition en cliquant ici [PDF - 2 Mo]
Retrouvez les magnifiques enluminures des registres des Procurateurs de la Nation germanique sur place et sur notre tableau Pinterest.
Communiqué par les Archives départementales du Loiret. 

vendredi 13 mai 2016

Une famille de notables de Bourges à l'heure de la Renaissance

Nous évoquions dans un récent billet le rôle des négociants et des universitaires originaires des pays germanophones et venus à l’université d’Orléans, mais aussi à celles Bourges, voire de Poitiers, au tournant des XVe et XVIe siècles. Certains de ces personnages ont très probablement joué un rôle dans le transfert des idées luthériennes dans le royaume à partir de 1517-1518. Mais d’autres émigrés de la même origine sont établis bien antérieurement, qui parfois ont non seulement réussi sur le plan de la fortune, mais se sont aussi intégrés aux milieux les plus privilégiés de l’entourage royal.
Tel est le cas des Lallemant, négociants installés à Bourges au XIIIe siècle. Un siècle plus tard, Guillaume Lallemant compte parmi les personnalités à la tête de la ville, et des alliances ont été nouées avec les principaux lignages de notables, notamment les Chambellan. C’est Guillaume Lallemant qui achète progressivement le terrain, appuyé sur l’ancienne enceinte, sur lequel sera édifié un premier hôtel. Son fils, Jehan Lallemant, reçoit Louis XI à Bourges en 1461, et exerce à compter de 1481 comme receveur général de Normandie. Il meurt en 1494.
Les deux fils de Jehan portent  le même prénom que leur père, ils seront tous deux maires de Bourges, et ils obtiendront des charges très lucratives, l’aîné comme receveur général de Normandie (il meurt en 1517), le cadet comme receveur général de Languedoc (il meurt en 1521). Deux autres frères entrent dans le clergé: Guillaume sera notamment grand archidiacre de Tours, doyen de Tournai et chanoine de Bourges. Enfin, leur sœur se marie dans une famille de négociants de Florence.
Il est significatif de voir nos personnages s’employer à affirmer une forme de distinction culturelle, en s’appuyant notamment sur le livre et en constituant des bibliothèques pour lesquelles des commandes sont passés auprès d’un certain nombre d’ateliers de copistes et d’enlumineurs. Jehan Lallemant père fait ainsi copier par Jean Gomel, en 1489, un manuscrit des Antiquités judaïques de Flavius Joseph conservé à l’Arsenal (ms 3686). Guillaume Lallemant achète quant à lui à Bourges, en 1493, un manuscrit du Flosculus proverbiorum Salomonis, tandis que Jehan Lallemant le Jeune commande un livre d’Heures à Geoffroy Tory en 1506 –on sait que Tory, né vers 1480 à Bourges, exerce d’abord dans sa ville natale, avant que de venir à Paris d’ comme régent de collège. Le manuscrit est aujourd’hui conservé à Washington. Il est possible qu’un Missel de Tours également de provenance Lallemant et acheté par Pierpont Morgan en 1879 sorte aussi de l’atelier de Geoffroy Tory. Les armoiries ou des devises des Lallemant se retrouvent sur un certain nombre d’autres manuscrits également dispersés à travers le monde: plusieurs autres livres d’Heures et un Office de la Vierge à l’usage de Bourges (Officium Beatae Marie Virginis secundum usum Bituricenis) mais aussi un Roman de la rose et un De Consolatione de Boèce en latin et en français (BN, mss, lat. 6643).

Nous sommes ainsi devant un ensemble caractéristique des bibliothèques des élites liées à la cour, avec la préférence donnée aux manuscrits de luxe, avec pourtant aussi une part proportionnellement importante de livres à contenu religieux. Nous ajouterons, au chapitre de cette conquête de la distinction, le fait que la deuxième édition du De re ædificatoria d’Alberti (Paris, Rembolt, 1512), établie par Geoffroy Tory, est dédiée par lui à Jehan Lallemant le Jeune (cf clichés). Enfin, Marot lui-même rédigera une manière d’épitaphe collective, «Des Allemans de Bourges, récité par la déesse Mémoire».
On rappellera pour finir le fait que les Lallemant font construire, au lendemain du grand incendie de 1494, un somptueux hôtel particulier dans le style italianisant, et qui ce sont eux qui présideront notamment à l’entrée de Louis XII et d’Anne de Bretagne à Bourges en 1506. 

Outre les travaux d’Alain Collas sur les notables de Bourges aux XIVe-XVIe siècle, on consultera: Jean-Yves Ribault, «Note sur les origines de la famille Lallemant», dans Cahiers d’archéologie et d’histoire du Berry, n° 29, juin 1972, p. 62-64. Mécènes et amateurs d’art berrichons du Moyen Âge et de la Renaissance [catalogue d’exposition], Bourges, 1956 (ronéoté), p. 49 et suiv.

mardi 7 juillet 2015

Excursion à Chaumont-s/Loire

Comme dans le rêve du Grand Meaulnes, le château surgit au-dessus du jardin
Une promenade à Chaumont (Chaumont-s/Loire) est l’occasion d’une véritable coupe sur plusieurs siècles dans la logique des systèmes de domination «à la française».
1) Nous sommes, d’abord, dans l’orbite des plus grands princes territoriaux, et de la monarchie elle-même. Sur son éperon au-dessus du fleuve, Chaumont a en effet été élevé au tournant de l’an mille, en tant que forteresse des comtes de Blois face à leurs puissants voisins d’Anjou. Mais la forteresse passe bientôt aux mains de la richissime famille d’Amboise –le cardinal Georges d’Amboise sera le propre ministre de Louis XII, et François Ier lui-même est accueilli à Chaumont.
2) Après bien des péripéties, nous voici, au XVIIIe siècle, dans une tout autre logique: château et domaine sont acquis, en 1750/1751, par les Leray, qui sont des financiers originaires de Nantes. Mais les Leray sont aussi des personnalités idéaltypiques des Lumières: grand-maître des Eaux-et-Forêts du Berry, Jacques Donatien Leray (1726-1803) est un familier du duc de Choiseul, ce qui lui permet d’être nommé gouverneur des Invalides. Il est surtout connu comme un partisan des Insurgents américains, qui à ce titre a accueilli Benjamin Franklin lui-même dans sa demeure de Passy. Parallèlement, il confie la direction de ses deux manufactures de Chaumont (poterie et cristallerie) à l'Italien Giovanni-Battista Nini, lequel réalise un ensemble extraordinaire de portraits en médaillons moulés en terre cuite. Dès 1785, le fils de Leray, dit James Leray, émigre aux États-Unis –mais il séjournera encore à plusieurs reprises à Chaumont.
3) Le troisième temps est celui de l’alliance entre la vieille noblesse –en l’occurrence, les princes de Broglie– et la nouvelle grande bourgeoisie la plus fortunée –les Say, célèbres industriels sucriers. Marie Charlotte Constance Say, l’une des plus riches héritières de France, achète le château de Chaumont en 1875, quelques mois avant que d’épouser le prince Amédée de Broglie. La jeune mariée saura faire de son domaine un des pôles les plus brillants de la vie mondaine de la Belle Époque, mais sa gestion déplorable sera à l’origine de la cession définitive de Chaumont à l’État en 1937-1938 – l’État, et aujourd’hui les autres collectivités publiques, dernier avatar des propriétaires de Chaumont…
Un mot s’impose encore, s’agissant de Chaumont: il touche, de manière paradoxale, la problématique des transferts culturels entre la France et l’Allemagne. Lorsque Madame de Staël cherche, en effet, à publier De l’Allemagne, elle se heurte à la rancœur de Napoléon: exilée hors de Paris, elle s'installe un temps chez Leray à Chaumont, où elle reçoit les épreuves de son livre, et où elle est visitée par des personnalités comme Schlegel. Mais toutes les précautions n’empêchent pas le ministre de la Police générale, Savary, de faire pilonner à Paris tout le premier tirage de l’édition de 1810 (14-15 octobre). L’auteur expliquera, en 1814:
Benjamin Franklin... en bonnet de nuit (Château de Chaumont)
Au moment où l'on anéantissait mon livre à Paris, je reçus à la campagne l'ordre de livrer la copie sur laquelle on l'avait imprimé, et de quitter la France dans les vingt-quatre heures. Je ne connais guère que les conscrits, à qui vingt-quatre heures suffisent pour se mettre en voyage; j'écrivis donc au ministre de la police qu'il me fallait huit jours pour faire venir de l'argent et ma voiture (Préface de 1814, p. III-IV).
Madame de Staël ne cherche désormais plus d’issue du côté de la France: elle s'arrête d'abord à Coppet, puis elle vient à Vienne (1812), avant de gagner Saint-Pétersbourg et Stockholm, et enfin Londres (1814). Elle a emporté, en quittant Chaumont, un (peut-être deux) jeu(x) d’épreuves de l’édition de 1810, et un exemplaire du manuscrit, tandis que Friedrich Schlegel en avait déjà mis un autre jeu en sûreté à Vienne. La première édition de De l’Allemagne sera donnée à Londres en 1813, et la première édition française à Paris l’année suivante (avec la mention explicite de «seconde édition»).
La visite de Chaumont, et celle des somptueux jardins, est aujourd'hui à tous égards remarquable. On ne peut que d'autant plus regretter que le château n’expose que le fac-similé d’un exemplaire d’une édition de 1820 de De l'Allemagne (mais laquelle?), en indiquant qui plus est que ladite édition a été imprimée à Tours –hypothèse absurde dès lors que l’exil de Madame de Staël est alors terminé de longue date, mais hypothèse que l’on peut expliquer par l’intervention des grands imprimeurs-libraires Mame, pourtant établis à Paris… Quelques corrections s’imposent ici, y compris s'agissant du fait que la Bibliothèque nationale de France ne conserve évidemment (et heureusement!) pas le seul exemplaire connu de De l'Allemagne...

Anne Louise Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein, De l’Allemagne, seconde édition, Tome premier [troisième], À Paris, chez H. Nicolle, à la Librairie stéréotype, rue de Seine n° 12; chez Mame frères, imprimeurs-libraires, rue du Pot-de-fer n° 14 (Imprimerie de Mame), MDCXIV (1814), 3 vol., [4-]XVI-348 + 387 p., [1] p. bl., [4-]415 p., [1] p. bl., 8°.

dimanche 30 mars 2014

Almanach et innovation de produit

Une thèse tout récemment soutenue sur la dynastie parisienne des imprimeurs-libraires d’Houry, professionnels d’abord connus en tant qu'éditeurs de l’Almanach royal, amène à revenir sur la problématique de ce genre bien particulier qu’est précisément l’almanach. La mode a en effet longtemps été, chez les historiens du livre, à l’étude des almanachs, lesquels constituent un genre bibliographique très spécifique.
Commençons par la bibliographie matérielle: l’almanach peut se présenter sous la forme d’un simple placard donnant d’abord le calendrier, mais il peut aussi être une «pièce» ou un petit volume in-quarto (par ex., le Grand messager boîteux), voire un gros in-octavo (par ex. l’Almanach royal). Sur le plan du contenu, il peut se borner à des informations simples (la calendrier avec l’indication des fêtes, des dates des foires, etc.), ou présenter, selon le cas le plus courant, une partie de récréation et d’information.
Compost, ou Calendrier des bergers
La grande majorité des titres relève du modèle de l’almanach généraliste (on s’adresse à un lectorat global), mais un nombre croissant se tourne vers une forme de spécialisation par le public (l’Almanach des dames), spécialisation elle-même plus ou moins articulée avec un contenu davantage ciblé (encore une fois, l’Almanach royal). Enfin, une caractéristique d’ensemble réside, en principe, dans le fait que l’almanach est un annuaire, alias qu’il est publié régulièrement chaque année.
Ajoutons que certains titres qui ne sont pas des almanachs donnent un contenu relevant pour partie de ce genre: un exemple très frappant est donné par les livres d’Heures, qui présentent pratiquement toujours un calendrier en tête, et qui remplissent la même fonction que celle de l’almanach, à savoir un vademecum accompagnant le lecteur au fil de la journée, et au fil de l’année. Bref, l’almanach constitue un paradigme qui se décline sous un grand nombre de formes différentes: cette multiplicité, qui rend l’analyse d’ensemble plus difficile, invite à faire appel à des catégories transversales, parmi lesquelles celle de l’innovation de produit semble l’une des plus intéressantes.
L’almanach correspond en effet d’abord à une spéculation éditoriale, qui vise à toucher un lectorat nouveau auquel on propose un ensemble de textes utilitaires et éventuellement récréatifs: le Compost ou Calendrier des bergers, donné pour la première fois par Guy Marchant à Paris en 1491, en est l’un des prototypes (nous lui avons consacré une partie des conférences de l’Ecole pratique des Hautes études en 2008-2009). L’almanach n’a pas d’auteur désigné, mais c’est l’éditeur qui réunit ou qui commande un ensemble de textes dont il pense qu’ils sont susceptibles d’intéresser le lecteur. Guy Marchant se signale de fait, à partir de 1482, comme un professionnel particulièrement novateur, avec la publication de multiples Danses macabres (en 1485), et avec l’introduction en France de la pratique de la marque typographique (M.-L. Polain, Marques des imprimeurs et libraires en France au XVe siècle, Paris, 1926). Le Compost est l’une des «inventions» d’un professionnel qui s’impose rapidement parmi les premiers dans sa branche d’activités.
De même, on a trop souvent associé almanach et lecture «populaire» pour qu’il ne soit pas nécessaire de revenir ici sur le principe même de cette articulation: non, les almanachs ne sont pas nécessairement l’«encyclopédie du pauvre» (y compris s'agissant du calendrier), et ils ne constituent pas la «bibliothèque» de celui qui, ne pouvant pas se procurer de livres, doit se limiter à l’unique forme d’un digest plus ou moins réussi mais toujours bon marché. Reprenons à grands traits la chronologie.
Nous sommes, dans la seconde moitié du XVe siècle, face à un lectorat élargi, mais qui reste malgré tout limité. Or, l’un des secteurs du marché les plus dynamiques concerne  le groupe de ces laïcs plus ou moins fortunés, et qui souvent ont conquis un grade universitaire. Ce sont d’abord eux les nouveaux lecteurs, qui se constituent de petites bibliothèques, et c’est à eux que s’adressent les libraires avec leurs Heures, leurs romans (Mélusine!), et leurs titres dérivés du Compost.
Dans un second temps (après 1480), le lectorat s’ouvre, et une nouvelle forme d’innovation de produit se met en place: l’almanach intègre ce secteur de la «librairie» qui part à la quête d’un public élargi («populaire»), les titres anciens sont déclassés (pratiquement, au sens marxiste du terme), et la «Bibliothèque bleue» de Troyes (pour nous limiter à la France) recycle ces textes désormais destinés à de nouveaux lecteurs. Un troisième temps (le XVIIIe siècle?) est celui de l’approfondissement et d’une possible spécialisation, laquelle peut correspondre à une forme de rationalisation bureaucratique ou autre (notamment dans le cas de l’Almanach royal).
Il conviendrait de prolonger le schéma à l’époque de la «deuxième révolution du livre», la révolution industrielle, mais nous devons ici conclure: rien que de normal si l’almanach, en temps que spéculation éditoriale, obéit à une conjoncture qui renvoie fondamentalement à l'évolution d’ensemble de la branche de l’imprimé (Buchwesen). Dès lors que le livre est devenu une «marchandise», sa conjoncture obéira en effet à la logique générale de la «marchandise», et fera la fortune des professionnels les plus à même de l'exploiter.

jeudi 10 janvier 2013

Homme de guerre, homme de plume: Blaise de Monluc

Lui-même le proclame volontiers, et à un certain nombre de reprises: né au tout début du XVIe siècle et mort en 1577, Blaise de Monluc est un gascon, né dans une famille noble, mais sans aucune fortune, à Saint-Puy, une bourgade des environs de Condom. Ils sont une douzaine de frères et sœurs et, quoique l’aîné, Monluc doit bientôt quitter son pays pour chercher fortune auprès des grands: tout jeune, le voici page à la cour du duc de Lorraine à Nancy, avant d’entrer sous les armes, où il fera dès lors toute sa carrière.
Ce gascon bientôt passé au service du roi (on sait comment l'image du jeune noble gascon deviendra cliché sous la plume des romanciers du XIXe siècle) devient en effet un homme de guerre, ce à quoi correspond indiscutablement sa vocation: il guerroie en effet sans cesse, sur les frontières du royaume, en Artois, dans le nord ou sur les Pyrénées, il est à plusieurs reprises en Italie, mais il combat aussi, après 1561, contre les Huguenots dans le sud ouest de la France. Parcourir les Commentaires en témoigne éloquemment: Monluc est homme d’action, constamment sur la brèche, qui commence comme simple «archer» mais sera fait chevalier de Saint-Michel et finira maréchal de France.
Rien de surprenant, on s'en doute, si cet homme d’action n’est pas un grand lecteur. Pourtant, le livre apparaît à plusieurs reprises dans ses Commentaires. Pour Monluc, le modèle absolu est celui des grands hommes de l’Antiquité romaine, dont on devra s'efforcer de copier la conduite :
Il me sembloit, lorsque je me faisois lire Tite-Live, que je voyois en vie ces braves Scipions, Catons et Césars; et quand j’estois à Rome, voyant le Capitolle, me ressouvenant de ce que je j’avois ouy dire (car de moy j’estois un mauvais lecteur), il me sembloit que je devois trouver là les anciens Romains… (p. 341).
Très certainement, le Tite-Live de Monluc est une traduction française; mais on appréciera aussi la mention selon laquelle le futur maréchal déclare de lui-même être «un mauvais lecteur» et préférer, selon la tradition, se faire lire par quelque secrétaire. À côté des grandes figures de l’époque classique, un autre modèle de textes littéraires est également volontiers lu et relu, celui des romans de chevalerie. Monluc rapporte, il est vrai pour la critiquer, l’habitude de ce gouverneur qui
deux heures par jour s’enfermoit dans son cabinet, feignant quelque dépesche d’importance, mais c’estoit pour lire Rolland le Furieux en italien. Son secrétaire mesme nous le disoit, ce qui faisoit despiter car ce pendant nous étions à arpenter sa salle ou sa court, en attendant d’être reçus (p. 346).
Blaise de Monluc, "Portraits dessinés de la cour de France", BnF, Paris
Le deuxième problème intéressant l'historien du livre et la problématique de la communication est celui des langues. Dans ces deux premiers tiers du XVIe siècle, les troupes au service des différents protagonistes mêlent les nationalités: on trouve des Français et des Italiens, mais aussi des Allemands, des Espagnols, des Albanais et des «Grisons» –entendons, des Suisses habitants des Grisons et longtemps alliés de la France. Le tout sans préjudice des patois, puisque Monluc, par exemple, parlait très certainement aussi le gascon, ce qui l’aura peut-être aidé pour apprendre l’italien. Il explique en revanche lui-même qu'il ne parlait pas allemand, et devait faire appel à des interprètes pour s’adresser aux officiers et aux troupes placées sous ses ordres (par ex.: «Parce que les Allemands n’entendoient point mon jargon, je dis au truchement du Reincroc…» (p. 278): il s'agit de l'interprète du colonel allemand Georg Reckenrot, lequel inversement ne parle pas français (p. 293, et p. 299)).
En revanche, Monluc connaît l’italien, qu’il a appris dans les camps, et il le parle même assez couramment pour tenir de longues harangues dans cette langue, harangues qui lui permettent à plusieurs reprises d’emporter la décision. Ainsi à Sienne, quand il s’agit de conforter la résistance des habitants face à un siège de plus en plus dur:
Je me rendis au Palais environ les neuf heures, et alors commençay à leur dire en italien, lequel je parlois mieux qu’à présent je ne sçaurois escrire. Voilà pourquoy je l’ai couché en françois, afin aussi que les gentils-hommes gascons, qui n’entendent guières ce langage et qui liront, comme je m’asseure, mon livre, n’ayent la peine de se le faire interpréter, me ressouvenant à peu près de ce que je leur dis; et croy certes que je n’y manque pas dix mots, car tout mon faict estoit autant que la nature m’en avoit peu apprendre sans nul art (p. 267).
Troisième et dernier point: si Monluc n’est pas un lecteur, il est finalement un auteur. Affreusement défiguré par une blessure et enfin retiré dans son château d'Estillac, le voici qui rédige, ou plutôt qui dicte, des Commentaires –le titre porte à nouveau témoignage de la fascination du vieux soldat pour le modèle antique. Ne nous arrêtons pas sur l’histoire éditoriale du texte, ni sur les conditions de sa rédaction: Monluc était en disgrâce, et cherchait aussi à se justifier. Mais soulignons simplement le fait que l’auteur poursuit, avec son livre, deux objectifs majeurs.
Le premier est celui de l’enseignement, dans la mesure où il s’adresse avant tout aux «capitaines ses compagnons (…) qui [lui] feront cest honneur que de [le] lire» (p. 339). Il souhaite les faire profiter de son expérience. Une justification supplémentaire réside dans la véracité des faits rapportés, dans la mesure où, Monluc le dit à plusieurs reprises, il ne traite que de ce qu’il a vu personnellement. Pour lui, les historiens non militaires seraient plus enclins à accommoder le texte en fonction de la rhétorique:
Pleust à Dieu que nous qui portons les armes, prinsions ceste coustume d’escrire ce que nous voyons et faisons! Car il me semble que cela seroit mieux accomodé de nostre main (j’entends du faict de la guerre) que non pas des gens de lettres; car ils desguisent trop les choses, et cela sent son clerc. Lisez donc ces livres, et songez en vous mesmes: «Si je fais comme Antoine de Lève à Pavie [suivent plusieurs autres exemples], que dira-t-on de moy, quel honneur rapporteray-je à ma maison!»… (p. 340).
C'est là le deuxième argument de Monluc, celui de la gloire et de l’honneur: il s’agit de fournir en exemples ceux qui nous suivent (une des formules favorites de l’auteur est celle du «bel exemple»), de manière à les encourager à vivre dans la fidélité à leurs engagements (et d'abord dans la fidélité au roi), et à perpétuer ainsi le renom de leur lignée (p. 341). Pour un soldat aussi, l’écriture, dans ces années 1570, se fait substitut de l’action.
Mais Monluc, qui n’est pas d'abord un homme de plume, ne sera finalement pas vraiment non plus un homme du livre: il décède trop tôt, et son texte sortira que de manière posthume, à Bordeaux en 1592.

Blaise de Monluc, Commentaires, éd. Florimond de Raemond, Bordeaux, Simon Millanges, 1592.
Blaise de Monluc, Commentaires, éd. Paul Courteault, préf. Jean Giono, Paris, Gallimard, 1964 (édition à laquelle renvoient nos indications de pagination).

jeudi 13 septembre 2012

Une exposition d'histoire du livre

Voici une «Histoire du livre» qui ne veut pas dire son nom, et un catalogue d’exposition qui ne veut pas non plus dire son nom. Pourtant, le très bel ouvrage de Pascal Fulacher sorti cette semaine, Six siècles d’art du livre. De l’incunable au livre d’artiste (Paris, Citadelle et Mazenod, MLM, 2012), est bien l’un et l’autre.
Le volume est en effet publié à l’occasion de l’exposition présentée sous le même titre par le Musée des Lettres et Manuscrits, jusqu’au 20 janvier 2013. La qualité des quelque cent vingt pièces proposées permet de retracer, à travers leur théorie, une histoire du livre mettant l’accent sur la rareté des exemplaires, sur leur esthétique (qu’il s’agisse de la typographie, des illustrations, des reliures, etc.), et souvent sur leur caractère spectaculaire. Nous citerons plus particulièrement:
D'abord, une impressionnante suite de somptueux manuscrits: un Tristan du Maître de Wavrin, un Ovide en français ayant appartenu à Anne de Bretagne, de superbes Heures peut-être illustrées par Simon Marmion, un Quinte-Curce avec dix-sept peintures en grisaille, les Heures aux armes de la famille Petau, ou encore un élégant portulan du milieu du XVIIe siècle.
Parmi les premiers imprimés, voici des exemplaires du Parsifal de Wolfram von Eschenbach (Strasbourg, 1477), de Dante (Florence, 1481) et du Decameron (Venise, 1492), ou encore  un De Imitatione Christi en français (Paris, 1493) avec l’ex libris de Baluze –sans oublier les Chroniques de 1493.
L’exposition se poursuit en évoquant, entre autres, les figures de Machiavel, de Ronsard, de Montaigne et de Molière. Puis ce sont Les Plaisirs de l’isle enchantée et un superbe ensemble de reliures (on admire tout particulièrement une reliure dans le style de Grolier, ou, à une tout autre époque, une autre reliure de Marius Michel).
Nous insisterons en effet sur l’intérêt des pièces relatives à la période postérieure aux années médianes du XIXe siècle: les innovations dans l'esthétique typographique, l’Art Nouveau, les éditions illustrées (Cocteau, Matisse, Braque…), La Fin du monde de Blaise Cendras, autant de livres spectaculaires, qui constituent une véritable galerie du livre d’art et du livre d’artiste de l’époque contemporaine.
Le catalogue lui-même est particulièrement soigné: Pascal Fulacher, directeur du Musée, y donne une suite de textes retraçant l’histoire du livre depuis le Moyen Âge, mais en s’appuyant tout particulièrement sur les pièces exposées (lesquelles font l’objet de notices détaillées). La mise en pages réserve des encadrés permettant de rappeler certains éléments importants (par ex. sur «Le mode de fabrication du papier» sous l’Ancien Régime), le tout magnifiquement illustré (les fonds noirs sont réellement spectaculaires...).
Voici donc une réalisation bifrons, exposition et catalogue, qui fait honneur aussi bien au Musée qu’à l’éditeur.
Musée des Lettres et Manuscrits, 222 boulevard Saint-Germain, Paris.

Pascal Fulacher, Six siècles d’art du livre. De l’incunable au livre d’artiste, préf. Frédéric Barbier, Paris, Citadelle et Mazenod, MLM, 2012, 318 p., ill. (ISBN 978-2-85088-543-3).

mercredi 27 juillet 2011

L'histoire du livre à la campagne

 Nous évoquions il y a quelques semaines les sources iconographiques représentées pour l'historien du livre par les Annonciations: la Vierge est le plus souvent occupée à lire ses Heures lorsque l’ange lui apparaît. Confirmation nous en est encore une fois donnée en visitant la collégiale de Montrésor, un petit chef-lieu de canton de l’arrondissement de Loches protégé par son puissant château fortifié.
La collégiale de style Renaissance est célèbre pour abriter les superbes gisants de la famille des Bastarnay, mais le visiteur y admire aussi une magnifique Annonciation de Philippe de Champaigne (†1674), tableau bien mis en valeur grâce à une récente restauration.
Les Heures sont bien là, mais elles restent très discrètes, et c’est surtout la lumière, la somptuosité des couleurs et l’élégance de la présentation de cette manière de scène d’intérieur qui frappent le spectateur.
Le mobilier se borne à un très beau vase avec son bouquet, et au lutrin devant lequel la lectrice agenouillée est surprise, plongée dans sa méditation. 
On remarque aussi la cheminée où le feu achève de se consumer et où le chat familier a cherché place pour se réchauffer -une découverte dont nous sommes redevables à la restauration.
Dans cette région très rurale de la Touraine du sud, où la densité de peuplement ne dépasse généralement pas 20 hab./km2, l’écrit, plus encore le livre et l’imprimé ne sont guère présents qu'à la ville (Loches), dans les grande maisons religieuses (Le Liget, Villeloin) et dans les localités de résidence ou châteaux de familles nobles dont Montrésor (moins de 500 habitants) constitue un excellent exemple.
Clichés FB

jeudi 26 août 2010

Histoire du livre et histoire de l'écriture: l'écriture, entre pratique, symbole et économie

Après Yekaterinburg, un trajet de deux jours par le rapide 2, «Rossia», nous conduit à Irkoutsk, où nous faisons une halte pour découvrir la ville et le lac Baïkal (il ne fait pas chaud, l’automne sibérien approche déjà!...), avant d'embarquer dans le Transmongolien à destination d’Oulan-Bator. La Mongolie, pays toujours quelque peu mythique pour l’Occidental, ne déçoit certes pas lorsque l’on en découvre les paysages déserts au petit matin, après environ vingt-quatre heures de voyage. Le parcours d’Irkoutsk à Oulan-Bator prend environ trente-six heures (deux nuits et un jour), dont quelque huit sont cependant consacrées au passage des deux douanes, russe d’abord (la plus longue), mongole ensuite (voir un choix de clichés faits au fil du parcours Moscou-Pékin).
L’exemple de la Mongolie illustre bien la complexité de la problématique (déjà évoquée dans ce blog) liée à l’écriture et aux représentations symboliques que celle-ci sous-tend. La langue mongole appartient à la famille ouralo-altaïque (comme notamment le turc), mais elle n'est pas unifiée et différents dialectes sont encore aujourd’hui utilisés par les populations mongoles, tant en Mongolie extérieure (Mongolie indépendante) qu’en Russie (au premier chef les Bouriates) et en Chine (Mongolie intérieure).
L’écriture est connue en Mongolie aux VIe-VIIIe siècles, notamment par le biais des turcs Ouïgours (qui sont des chrétiens nestoriens), mais sa forme classique est fixée seulement au début du XIIIe siècle, sous le règne de Gengis Khan (1210): c’est une écriture alphabétique (aussi qualifiée de «traditionnelle») utilisant environ soixante-dix signes. Elle se déploie verticalement et de gauche à droite, et change très peu après le XIVe siècle. D'autres écritures sont utilisées ponctuellement: au XVIIe siècle, Zanabazar († 1723) mettra au point une écriture spécifique, dite «alphabet Soyombo», mais celle-ci ne lui survivra pratiquement pas (voir cliché).
Le mongol traditionnel constitue donc l’écriture officielle de la Mongolie jusqu’à ce que, en 1941, le Gouvernement n’introduise l’alphabet cyrillique. Bien entendu, cette réforme ne s’applique pas à la Mongolie intérieure chinoise, qui reste attachée à l’écriture traditionnelle, mais aussi de plus en plus soumise à l'influence de la langue et des idéogrammes chinois.
Après la chute du communisme, Oulan-Bator décide en 1990 de revenir à l’écriture mongole ancienne. Cependant, l’attachement au cyrillique semble désormais acquis, pratiquement deux générations ayant été scolarisées sur la base de ce système. Aujourd’hui, l’écriture traditionnelle est toujours enseignée dans les écoles, parallèlement au cyrillique, mais le Gouvernement a pratiquement renoncé à éradiquer ce dernier. De sorte que, si l’écriture traditionnelle se trouve chargée d’un symbolisme identitaire certain, celui-ci n’empêche nullement le cyrillique de s’imposer dans la vie courante. Enfin, depuis quelques années, l’écriture latine progresse sensiblement, sous la poussée de la multiplication des inscriptions publicitaires en anglais, et de l’essor d’Internet.
On le voit, la trajectoire de l'écriture mongole s'inscrit à la rencontre des logiques symboliques (l'écriture comme symbole d'identité), des pratiques quotidiennes (qui soulignent l'importance du rôle de l'école) et de l'économie plus générale des médias (avec l'entrée en force de l'anglais).
Un autre aspect de l’histoire de l’écrit en Mongolie concerne la technique: notre regretté collègue Wolfgang von Stromer avait développé, dans son Mystère Gutenberg. De Tourfan à Karlstein, les origines chinoises de l’imprimerie (Genève, Slatkine, 2000), la thèse selon laquelle un certain nombre de transferts techniques effectués depuis la Chine le long de la route de la soie ont considérablement facilité le passage à la typographie en caractères mobiles. Les deux points les plus importants concernent, d’une part, les techniques de la gravure des poinçons, et de l’autre, un emploi très large de la xylographie, tant pour l’image que pour le texte (cf les sûtras xylographiés). Le Musée des Beaux Arts d’Oulan-Bator donne quelques exemples intéressants de ces phénomènes, mais ils sont évidemment bien postérieurs aux XIVe et XVe siècles (cf clichés).
 Clichés: (en haut) alphabet Soyombo; (au centre) planche xylographique présentant une succession de portraits de divinités; (en bas) autoportrait de Zanabazar, tenant un recueil de sûtras fermé devant lui. Tous les originaux sont conservés au Musée d'Oulan-Bator.