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dimanche 23 septembre 2012

Histoire des bibliothèques: le décor

L’histoire des bibliothèques comme champ interdisciplinaire
L’histoire des bibliothèques et des collections de livres constitue par définition un domaine scientifique transversal.
Il se rattache en effet à l’histoire du livre proprement dite, mais, bien évidemment, les bibliothèques intéressent aussi les historiens des idées (y compris des idées politiques), voire les historiens des différents domaines scientifiques –on sait que les bibliothèques ont constitué les laboratoires où la réflexion intellectuelle a pu s’élaborer et se développer.
La bibliothèque de l'université de Coimbra, ou les livres au service de la gloire royale
Mais l’histoire des bibliothèques intéresse aussi l’histoire de l’art: d’une part, elles ont longtemps (parfois jusqu’à aujourd’hui) suivi le modèle classique du «Musée» d’Alexandrie, dans lequel on trouve, à côté des livres, les «trésors», galeries de «curiosités», voire collections d’art (par exemple, pour ne pas quitter la France, la bibliothèque de l’abbaye de Sainte-Geneviève, ou encore la Bibliothèque / Musée de Besançon). Par ailleurs, les historiens d’art sont attentifs aux éléments relevant de l’architecture des bibliothèques, et de leur décor (ce qu’avait en son temps montré le colloque commémoratif organisé par Jean-Michel Leniaud sur Ernest Labrouste et la nouvelle Bibliothèque Sainte-Geneviève).
Trois approches convergentes
Paradoxalement, l’histoire des bibliothèques et des collections de livres constitue un domaine relativement négligé par la recherche, et cela jusqu’à aujourd’hui.
1- Les travaux scientifiques ont d’abord privilégié l’analyse des contenus: quels livres sont ou étaient présents dans telle ou telle bibliothèque? À quel modèle la bibliothèque correspond-elle (bibliothèque encyclopédique ou spécialisée, bibliothèque de travail ou de récréation, bibliothèque privée ou bibliothèque plus ou moins ouverte au public, etc.)?
Dans un environnement protestant: la bibliothèque de Görlitz
2- Ces perspectives ont souvent été développées aux dépens d’une approche que nous pourrions dire «archéologique»: il s’agit d’étudier les locaux de la bibliothèque, leur aménagement (le mobilier!), la distribution des salles, le rangement des collections et leur accessibilité, l’élaboration des instruments de travail tels que catalogues et fichiers, etc. Nous pouvons regrouper ces différentes questions sous le paradigme d’«économie des bibliothèques» (alias la bibliothéconomie au sens large).
3- Un troisième angle d’approche doit aussi être envisagé: il concerne l’étude des pratiques (y compris les pratiques professionnelles, relevant elles aussi de la bibliothéconomie) qui sont à l’œuvre dans telle ou telle bibliothèque, selon par exemple que nous sommes devant une collection privée ou «publique», que cette dernière est plus ou moins largement ouverte, à des groupes d’utilisateurs sont plus ou moins largement définis, etc.
Bien évidemment, ces trois approches principales se superposent toujours pour partie: par ex., la nature de la collection détermine pour partie ses utilisations possible, donc le public des lecteurs, etc. On sait que lorsque la Hofbibliothek de Vienne est ouverte en 1726, le décret impérial prévoit que chacun pourra y accéder, exception faite des «idiots, domestiques, oisifs, bavards et badauds»…
L’invention de la bibliothéconomie et de la bibliothèque modernes
À la Palatina de Parme, la salle Maria Luigia, néo-classique s'il en fut
C’est pour explorer la seconde de ces directions de recherche qu’un groupe d’historiens s’est réuni en 2010 autour du thème de «La bibliothéconomie des Lumières». L’idée était de décliner les différents éléments du paradigme que constitue l'«économie des bibliothèques», à une époque où celles-ci sont l’objet d’évolutions majeures –la chronologie couvre une période allant de la fin du XVIIe au début du XIXe siècle (pour situer les choses, rappelons que l’ouverture de la Bibliothèque du Collège des Quatre Nations à Paris date de 1688, et que le projet définitif proposé par Henri Labrouste pour la nouvelle Bibliothèque Sainte-Geneviève est officiellement accepté en 1843).
Au cours de cette période, le principe de la wall library (bibliothèque dans laquelle les volumes sont disposés non plus sur des pupitres, mais sur des rayonnages le long des murs de la salle de lecture) domine généralement, mais des évolutions majeures se font jour, parmi lesquelles nous mentionnerons tout particulièrement:
-Les conceptions nouvelles dans la construction des bibliothèques (avec par ex. la nouvelle bibliothèque de Wolfenbüttel, élevée d’après les projets de Leibniz en 1710).
-Les outils modernes de la bibliothéconomie, comme l’utilisation des fiches en place des registres, à la Palatina de Parme à partir de 1769 (série de clichés sur Parme et sur la bibliothèque).
-La réflexion développée sur le rôle de la bibliothèque, sur la théorie de la bibliothéconomie et sur la profession de bibliothécaire: il s’agit par ex. de l’accessibilité des collections à un public plus large, de l’aménagement du cadre de classement, ou encore de l’insertion de la bibliothèque dans une institution d’enseignement et de recherche (cas de l’université de Göttingen).
Au service de la modernité et de l'identité nationales: la bibliothèque de Keszthely
L’importance des évolutions est telle que l’on peut à bon droit considérer la période comme le temps de fondation des bibliothèques et de la bibliothéconomie modernes (entendons, le modèle des bibliothèques publiques modernes, tel qu'il s'impose au XIXe siècle). Un premier colloque s'est tenu en mai 2011 à la Biblioteca Palatina de Parme, colloque consacré à la gestion matérielle des bibliothèques des Lumières (sous le titre: Un instituzione dei Lumi: la biblioteca).
Ce colloque mettait l’accent sur les aspects matériels de l’histoire des bibliothèques, et il a permis d’aborder la mise en place d’un certain nombre de nouveautés (par ex. dans la gestion des bibliothèques vénitiennes), mais aussi les problématiques de l’acquisition (la collection Vettori à Mannheim), de l’édition et de la diffusion des catalogues imprimés (comme à la Bibliothèque royale à Paris), de la classification systématique ou encore de la gestion quotidienne et de l’actualisation des fonds (avec le très bel exemple de Saint-Vincent du Mans). Les Actes en sont aujourd’hui sous presse dans l’annuaire Bodoni, dont ils doivent constituer la livraison 2012.
Un second colloque est en préparation pour 2013, qui devrait se tenir à la bibliothèque de l'École des Hautes Études de Eger, et porter sur le décor des bibliothèques.Nous recevrons avec plaisir toutes les suggestions et propositions de communication pour ce colloque.
(tous les clichés © Frédéric Barbier)

mercredi 19 septembre 2012

Le décor des bibliothèques: Vienne

Le décor des bibliothèque avait fait l’objet des travaux pionniers d'André Masson, notamment dans son livre de 1972 (Le Décor des bibliothèques, Genève, Droz). Depuis lors, ce thème est resté relativement négligé, tant du côté des historiens du livre et des bibliothèques que de celui des historiens de l’art. La plupart des travaux scientifiques ayant été réalisés relèvent du modèle de la monographie, et la perspective d’histoire transculturelle en est pratiquement absente.
Pourtant, la problématique du décor constitue un très bon révélateur des modèles auxquels, dans chaque contexte historique, correspond telle ou telle bibliothèque, tout comme des pratiques et des représentations dont elle est le cadre. Le décor fonctionne comme un paradigme très large: il inclut aussi bien les peintures éventuelles (fresques, etc.) que les tableaux, les sculptures, le mobilier (plus ou moins riche) et les objets de toutes sortes présents dans la bibliothèque (par exemple des pièces d’antiques, des globes, etc.). Le cas échéant, le bâtiment lui-même sera porteur d'éléments d’épigraphie, de sculpture, etc.
C’est le cas notamment à la Hofbibliothek, la nouvelle bibliothèque impériale de Vienne, construite en quelques années à partir de 1722 par l’architecte Joseph Emmanuel Fischer von Erlach d’après le projet élaboré par son père. Le programme de la façade monumentale développe un discours d’ordre politique: les aménagements réalisés par Charles VI dans sa capitale visent à faire de celle-ci l’héritière moderne de Rome, dans un programme articulant dimension politique (translatio imperii), dimension culturelle (translatio studii) et volonté de modernisation.
Coupole de la Hofbibliothek, avec l'inscription surmonté par le char de Minerve
La façade est dominée par une inscription mise en place en 1726 et qui explicite le projet:
Carolus Austrius D[ivi] Leopoldi Aug[usti] F[ilius] Aug[ustus] Imp[erator] P[ater] P[atriae] Bello ubique confecto instaurandis fovendisque literis avitam bibliothecam ingenti librorum copia auctam amplis extructis aedibus publico commodo patere jussit. MDCCXXI
(Charles d’Autriche, fils du divin Léopold Auguste, auguste, empereur, père de la Patrie, la guerre extérieure une fois terminée, a ordonné, pour établir et pour favoriser les lettres, d’ouvrir pour le bien public la bibliothèque de ses ancêtres, accrue d’une immense quantité de livres [et] installée dans de vastes bâtiments nouvellement élevés).
Le rapprochement est évident, avec la tradition de l’épigraphie monumentale romaine. L’ensemble est surmonté par l’effigie de Minerve, déesse de la Sagesse, foulant de son char les tenants de l’ignorance –le thème se retrouvera aux fresques de la coupole de la grande salle intérieure.
L’inscription fait d’abord référence à une construction nouvelle, à laquelle on a voulu donner la forme d’une église sous coupole: la bibliothèque est le temple moderne des muses, comme le rappelleront aussi beaucoup d’éléments de son aménagement.
Mais l’inscription en façade mentionne aussi la richesse des collections de livres possédées par la bibliothèque. La translatio studii suppose en effet de réunir dans la capitale des collections incomparables de livres et autres richesses – la rareté est un argument décisif, puisqu’il s’agira de livres (et surtout de manuscrits) que l’on ne peut, pour nombre d’entre eux, consulter nulle part ailleurs.
Les origines des collections livresques sont liées depuis le XIVe siècle à la maison de Habsbourg: même s’il n’existe pas alors de bibliothèque au sens institutionnel du terme, l’inscription fait effectivement référence à la lignée familiale. La bibliothèque nouvelle reçoit quant à elle au contraire une forme institutionnelle: elle est dirigée par un préfet, elle a un personnel fixe, et elle dispose d’un budget régulier permettant de conduire une véritable politique d’acquisitions.
Enfin l’inscription mentionne l’objet de la nouvelle structure: il s’agit de l’utilité publique, et la bibliothèque, installée dans ses locaux en 1726, est en effet rendue accessible à chacun, exception faite, d'après le texte du décret impérial, des «idiots, domestiques, oisifs, bavards et badauds»...
Cette bibliothèque à la fois spectaculaire et très moderne s’enrichira bientôt de collections entières, dont la plus importante est, en 1738, celle du prince Eugène de Savoie (1663-1736), soit quelque 15 000 volumes imprimés et 237 manuscrits, dont la célébrissime Table de Peutinger. Elle s’impose très vite comme l’une des plus importantes bibliothèques de l’Europe des Lumières: une grande part de l’article consacré par le chevalier de Jaucourt à «Vienne» dans l’Encyclopédie traite de la Bibliothèque impériale et des ses richesses, soit à l’époque quelque 300.000 imprimés et 12.000 manuscrits, sans oublier les collections spécialisées et les objets d’art.

mardi 4 septembre 2012

Retour à Strahov

De la Contre-Réforme aux développements du joséphisme, peu de bibliothèques comme celle des Prémontrés de Strahov, aux portes de Prague, fonctionnent comme le miroir des évolutions en cours. Rappelons ici que ce sont les Prémontrés de Steinfeld, dans l’Eifel, qui s’installent à Strahov, sur une colline en arrière du château de Prague, en 1142, et qui y construisent peu à peu les bâtiments du monastère. Un scriptorium et une bibliothèque sont bientôt organisés, mais le véritable décollage de la bibliothèque date surtout du XVIIe siècle.
À Strahov: la Salle de Théologie
Le règne de l’abbé Jan Lohelius (1586-1612), plus tard archevêque de Prague, marque un premier temps de renouveau: l’abbé fait affecter à la bibliothèque un capital de 1000 Groschen destiné aux achats de livres, les collections s’accroissent progressivement au cours du XVIIe siècle, et l’ensemble des bâtiments du monastère est progressivement restructuré. En 1678, la bibliothèque possède 5564 volumes: une nouvelle salle, l’actuelle Salle de Théologie, est construite sous le règne de l’abbé Hieronymus Hirnhain, par l’architecte Orsi de Orsini de 1671 à 1679 (elle sera prolongée en 1721, pour accueillir les accroissements de livres). La salle est perpendiculaire à l’église, avec un aménagement en bibliothèque murale (cf. cliché).
Les rayonnages, surmontés d’ornements dorés, datent pour l’essentiel de 1632, dans un décor de stucs et de fresques rococo peintes par le frère František Nosecký et mettant en scène l’ascension de la Vierge, différentes figures illustrant les modalités de la connaissance et son articulation avec la Révélation, et un certain nombre de sentences morales. La salle abrite aussi une collection de globes, dont certains de l’atelier amstellodamois de Blaeu. Le fonds est de 11 023 volumes en 1756, de sorte que les accroissements survenus dans la seconde moitié du siècle imposent bientôt d’étendre les locaux disponibles.
Une seconde salle, la Salle de Philosophie, sera par conséquent construite en symétrie à la fin du XVIIIe siècle, dans une conjoncture intellectuelle radicalement renouvelée: les deux bâtiments de la bibliothèque déterminent ainsi les grands côtés d'une cour quadrangulaire jouxtant l'église.
Les réformes engagées par Joseph II à Vienne toucheront en effet très directement le monde des bibliothèques: c’est la mise en œuvre de la «philosophie», avec les décrets établissant la tolérance religieuse, la liberté de publication, l’enseignement obligatoire, etc., en même temps qu’avec l'application systématique d’une rationalité politique qui se heurtera à des oppositions résolues (entre autres, contre l’emploi généralisé de l’allemand dans l’administration). Un très grand nombre de maisons religieuses sont fermées par Joseph II, ce qui implique le transfert ou la dévolution de leurs collections de livres.
Lorsque les Prémontrés de Strahov souhaitent, à l’inverse, agrandir leur bibliothèque, l’abbé Wenzel (Venceslas) Meyer, lui-même franc-maçon, adopte pour la façade un style néo-classique organisé autour du portrait de l’empereur en médaillon. L’accord de Vienne ayant été obtenu, Ignaz Palliardi présente les plans du nouveau bâtiment, lequel est élevé en deux ans seulement (1782-1784): c’est l’actuelle Salle de Philosophie (cf. cliché), avec des rayonnages muraux en noyer, sur deux niveaux séparés par une galerie. Le mobilier a été transporté du monastère de Louka, en Moravie du Sud, lequel avait été fermé.
Le style adopté est désormais le style classique, et l’ensemble surmonté par une fresque monumentale dans laquelle Anton Maulpertsch développe une histoire de la pensée (1794): d’un côté, l’Ancien Testament, avec l’Arche d’alliance et les Tables de la Loi; de l’autre, le Nouveau Testament, avec l’autel du «Dieu inconnu» croisé par l’apôtre Paul à Athènes. La «véritable sagesse» symbolisée par le peintre est celle de la connaissance éclairée par la Révélation, et la fresque met aussi en scène les deux personnages de Diderot et de Voltaire qui illustrent l’échec d’une philosophie réduite à ses seules forces...

mercredi 30 mai 2012

Les premiers catalogues imprimés de bibliothèques (en prélude à une conférence de l'EPHE)

On sait que les universités médiévales ne possèdent pas de bibliothèques, et que celles-ci sont abritées dans les collèges (comme la Sorbonne à Paris). Oxford ne déroge pas à la règle, avec notamment la bibliothèque de Divinity School, mais celle-ci est dispersée lors du passage à la Réforme anglicane (1550-1556). Les manuscrits sont bradés, et le mobilier cédé à Church College.
C’est pour remédier à ces pertes que Thomas Bodley (1545-1613), fellow de Merton College et diplomate d’Élisabeth Ière, décide de s’engager personnellement en faveur de sa refondation. Il écrit au vice-chancelier de l’université, en 1598:
Là où il y a eu une bibliothèque publique à Oxford (ce qui appert, comme vous savez, de la salle qui subsiste encore et de nos archives), je prendrai sur moi la charge te les frais de la restituer à son ancien usage ; et de la rendre apte et agréable, avec des sièges, des rayons et des pupitres, et tout ce qui peut être utile, pour inciter d’autres hommes à [cette] libéralité, et pour aider à lui procurer des livres (lettre citée par Antony Grafton, Grandes bibliothèques, p 166).
Notons l’épithète de « publique », qui ne correspond pas réellement à notre concept moderne, mais signifie plutôt que la bibliothèque n’était (et ne sera) pas privée, réservée aux seuls membres d’un collège. Il figurera au titre du premier catalogue imprimé (cf. infra).
La proposition de Bodley est acceptée, et une enquête conduite pour déterminer le programme de la construction:
Bodley (…) estima que ni lui-même, ni les architectes ne pouvaient improviser (…). Il écrivit au vice-chancelier en le priant de nommer un comité consultatif chargé de déterminer la meilleure présentation et la forme la plus digne. Le vice-chancelier était Thomas Thornton, chanoine de la cathédrale d’Hereford, «maître de la librairie» et responsable de l’adoption du «stall system» à Hereford en 1590, qu’il fit également choisir dans la grande salle du duc Humphrey, à la Bodléienne. Ce mobilier, très médiéval encore de style, fut installé avant 1600 (Masson, p. 112).
La grande salle de bibliothèque est ouverte en 1602 (Oldest Reading Room) au premier étage de Divinity School. Laissons de côté la question, pourtant célèbre, du mobilier et de l’aménagement d’ensemble. La bibliothèque sera confiée à Thomas James jusqu’en 1620, lequel en publie le catalogue en 1605, catalogue réédité et considérablement augmenté en 1620. Il est dédié au prince héritier, et s’ouvre par une préface qui reprend notamment l’historique de la collection.
Les volumes sont présentés selon l’ordre des facultés (théologie, médecine, droit, arts), avec une lettre de classement et un numéro d’ordre, tandis qu’un certain nombre de signes diacritiques désignent différentes catégories de textes ou d’exemplaires: le pied de mouche indique ainsi qu’il s’agit d’un recueil, et l’astérisque (*) accompagne les exemplaires de plus petit format (4° et 8°), qui ne sont pas enchaînés, et auxquels on n’a par conséquent pas accès directement (il faut pour les consulter s’adresser au bibliothécaire).
Deux tables sont insérées au fil du catalogue, qui sont des instruments de travail pour les chercheurs: la première référencie les commentateurs des différents livres de la Bible, la seconde, ceux d’Aristote. Enfin, le catalogue est complété par une table alphabétique des auteurs et des titres, table présentée sur trois colonnes.
On sait que le classement systématique sera abandonné dans l’édition de 1620 au profit du classement alphabétique, sans doute plus adapté à une collection qui a triplé ou quadruplé d’importance, mais qui reste elle-même classée systématiquement. Avec ce basculement, la question de repérer les auteurs et les textes de références se pose dans des termes nouveaux: il ne s’agit plus de suivre un ordre qui désigne par lui-même une hiérarchie, mais d’instituer de nouvelles instances et de nouvelles procédures de prescription dans lesquelles la «République des Lettres» (la préface du premier catalogue en fait déjà mention) jouera un rôle croissant.
Mais ce sujet relèverait d’un autre billet. Soulignons simplement, pour conclure, que le catalogue imprimé d’Oxford s’impose rapidement comme un usuel bibliographique que l’on trouvera dans les principales collections de l’Europe du début du XVIIe siècle –entre autres, à la Mazarine.

Thomas James, Catalogus librorum bibliothecae publicae quam vir ornatissimus Thomas Bodleius eques auratus in Academia Oxoniensi nuper instituit; continet autem libros alphabeticè dispositos secundum quatuor facultates: cum quadruplici elencho expositorum S. Scripturae, Aristotelis, iuris vtriusq[ue] & principum medicinae, ad vsum almae Academiae Oxoniensis, auctore Thoma James ibidem bibliothecario, Oxoniae, apud Josephum Barnesium, 1605, 656 p.

vendredi 30 mars 2012

Conférences d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 2 avril 2012

14h-16h
La Méditerranée, «machine à faire des bibliothèques»?
par
Madame Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille,
chargée de conférences à l’EPHE

La Méditerranée est-elle une «machine à faire des bibliothèques» comme elle l’est, selon la formule de Paul Valéry, «à faire de la civilisation»? Dans quelle mesure son espace est-il une échelle pertinente pour écrire une histoire des bibliothèques qui soit, indissociablement, celles des pratiques du travail savant, des enjeux de pouvoir liés à la maîtrise de l’écrit et des savoirs, du statut du livre dans la construction des identités collectives?
 
16h-18h
Le décor des bibliothèques aux XVe et XVIe siècles. La Bibliothèque Vaticane
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études

Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2011-2012.
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg). Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).
Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

dimanche 25 mars 2012

Conférence d'histoire du livre


École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 26 mars 2012
16h-18h
L'aménagement et le mobilier des bibliothèques

le "grand siècle" des bibliothèques (fin)

par

Monsieur Frédéric Barbier, 
directeur d'études
Salle de lecture de la bibliothèque Mazarine, Paris
Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2011-2012.
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

vendredi 16 mars 2012

Conférences d'histoire du livre


École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 19 mars 2012
 
14h-16h
Bibliothèques supprimées au XVIIIe siècle
par
Madame Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille,
chargée de conférences à l’EPHE

Le grand-duché de Toscane est un bon observatoire de ce qui se joue, en matière de bibliothèques, dans les suppressions ecclésiastiques. Comme d’autres Etats italiens, trois vagues de suppressions s’y déroulent en moins d’un demi-siècle (suppressions jésuites en 1773, léopoldiennes dans les années 1780, napoléoniennes en 1808 et 1810), permettant d’aborder de manière comparée les modalités de leur mise en œuvre et l’évolution des réflexions sur le sort à donner aux livres. Avec les Etats pontificaux, le grand-duché est par ailleurs le seul Etat de la péninsule à mettre en place au XVIIIe siècle une législation destinée à protéger, non seulement les œuvres d’art et les antiquités, mais également les manuscrits et les ouvrages rares, voire des bibliothèques entières.

16h-18h
L'aménagement et le mobilier des bibliothèques
du Moyen Âge à l'époque moderne:
le "Grand siècle" des bibliothèques 
 par 
Monsieur Frédéric Barbier, 
directeur d'études
Rome, Bibliotheca Angelica (cliché FB)
Nota: La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. Pendant la fermeture de la Sorbonne, la conférence a lieu au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2011-2012.
Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand).

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mardi 6 mars 2012

Plaidoyer pour la banalité: à propos du mobilier des bibliothèques

Les approches interdisciplinaires, notamment inspirées de l’anthropologie, sont aujourd’hui à la mode dans la recherche historique –et nous ne nous en plaindrons certes pas. La « civilisation matérielle » figurait déjà au titre du classique de Fernand Braudel (Civilisation matérielle, économie et capitalisme), dont le tome I, chapitre IV, s’intitule précisément: «Le superflu et l’ordinaire: l’habitat, le vêtement et la mode». Les mêmes thèmes ont été repris par Daniel Roche, qui leur a consacré non seulement une Histoire des choses banales qui se lit comme une histoire des consommations, mais aussi une histoire du vêtement (La Culture des apparences)... sans oublier nombre de travaux d’histoire du livre.
L’étude des pratiques et de l’«invention du quotidien» est en effet familière aux historiens du livre, surtout lorsqu’ils abordent le domaine de l’histoire de la lecture et des bibliothèques. Pourtant, un champ spécifique a trop souvent été négligé dans leurs approches, et encore plus en France: il s’agit du mobilier, et tout particulièrement du mobilier des bibliothèques. Henri-Jean Martin et Daniel Roche avaient inspiré à Paris dans les années 1980 un colloque sur les «Espaces du livre». La question de l’espace des bibliothèques et des collections de livres (privées ou institutionnelles), donc la question de leur mobilier, y avaient été abordées –mais les Actes en sont restés inédits, et il ne pouvait s’agir que d’un premier défrichement.
Services intérieurs à la Bibliothèque royale de Saxe au Palais Japonais de Dresde: détail d'une peinture du XIXe siècle (© SLUB Dresden)
Certes, le mobilier a aussi été envisagé par André Masson dans son travail sur Le Décor des bibliothèques, du Moyen Âge à la Révolution; certes il n’est pas totalement absent des volumes successifs de la classique Histoire des bibliothèques françaises. Mais il s’agit le plus souvent d’un thème marginal: l’étude des bibliothèques anciennes concerne avant tout les collections de livres, à travers la thématique des sujets, elle touche le cas échéant à l’idéologie (pourquoi constituer une bibliothèque?) ou encore à l’histoire des institutions, à celle des locaux ou des bâtiments, parfois aussi à l’histoire du personnel (les bibliothécaires, sujet d’un colloque de l’Enssib, dont les Actes sont disponibles sur Internet). Le mobilier n’y est évoqué qu’incidemment, quand il n’en est pas radicalement absent. Il est du reste aussi négligé dans le recueil des Actes du colloque de 2003 sur «La bibliothèque comme archive» (Bibliothek als Archiv).
On peut réfléchir à ce déficit, et le rapporter à un certain nombre de causes: le défaut de sources textuelles et de vestiges conservés, le manque d’intérêt scientifique réel au-delà du simple affichage, le fait aussi que ce type d’approche supposerait, comme pour l’histoire des techniques, de réunir des compétences qui sont souvent disjointes. Il s’agit certes d’histoire, mais aussi de techniques, de pratiques bibliothéconomiques, le cas échéant d’histoire de l’art, etc. –mais n’épiloguons pas. Soulignons plutôt que l’histoire du mobilier des bibliothèques devrait dépasser la simple description à laquelle elle est souvent réduite (le temps des pupitres, celui des salles avec des rayonnages muraux, celui des complexes architecturaux et de la spécialisation à l’œuvre dans les nouvelles bibliothèques du XIXe siècle, etc.), pour envisager une contextualisation par rapport à des phénomènes plus généraux.
Élément du mobilier ancien de la bibliothèque Raday, Budapest
La typologie du mobilier et de sa mise en œuvre s’articule évidemment d’abord avec les changements fondamentaux qui touchent l’économie du livre et des médias, qu’il s’agisse par exemple de l’évolution de la structure des pupitres médiévaux, ou de l’abandon de ceux-ci au profit des nouvelles salles de bibliothèques présentant des armoires ou des rayonnages muraux. De même, la spécialisation du mobilier que l’on observe depuis le XIXe siècle et plus encore aujourd'hui est liée, certes, à l’attention plus grande donnée aux conditions de conservation, mais aussi à la diversification des supports que les bibliothèques veulent ou doivent présenter (presse périodique à grand tirage, enregistrements audio ou vidéo, nouveaux médias). Ces données, pour évidentes et même triviales qu’elles soient, ne sont que très rarement prises en considération.
Au-delà de l’économie du livre, le mobilier s’analyse aussi en fonction d’autres catégories, dont nous signalerons deux plus particulièrement prégnantes. Il s’agit d’abord du paraître et de la distinction: le cadre de la bibliothèque peut être somptueux, notamment pour des raisons politiques, comme c’est le cas avec la grande salle (Prunksaal) de la Bibliothèque impériale de Vienne (Hofbibliothek), mais aussi avec la noiuvelle bibliothèque de l’université de Coïmbra.
Entrée de la bibliothèque de l'École des chartes, 2012
La seconde catégorie est celle de la rationalisation et de la spécialisation, et elle entraîne progressivement le développement de tout un mobilier, plus ou moins spécifique, destiné à la gestion de la bibliothèque: pensons aux échelles et escabeaux, aux bibliothèques tournantes (comme à Wolfenbüttel, où il s’agit de faciliter la confection du catalogue), aux aménagements des rayonnages, aux fichiers, aux meubles de toutes sortes, et à toutes les composantes d’une véritable archéologie du quotidien en bibliothèque.
Ces éléments sont parfois pour partie conservés, par exemple à la Bibliothèque nationale Széchényi de Budapest (où ils font l'objet d'une exposition dans le grand hall), mais ils sont très généralement détruits, le plus souvent sans même que l’on se préoccupe d’en garder une simple trace iconographique. Ils n’en intéressent pas moins très directement l’historien, et plus encore l’historien du livre, attentif à éclairer les configurations autour desquelles se sont développées l’économie, les pratiques et les représentations des livres et des collections de livres. Un mot encore: les outils aujourd'hui disponibles (à commencer par un simple blog) faciliteraient grandement la mise en place d'une enquête, même informelle, mais qui permettrait de recenser un certain nombre de pièces conservées -et nous ne doutons pas un instant qu'un simple inventaire de ce type nous fournirait déjà nombre de très précieuses informations.

Voir aussi pour une définition de la bibliothèque comme meuble (l'armoire des livres), puis comme local, puis comme interface entre une masse de données abstraites et un ensemble d'éléments matériels les mettant -ou non- à la disposition des utilisateurs.

lundi 26 septembre 2011

En Transylvanie

La principauté de Transylvanie forme un ensemble très complexe. Abritée vers l’extérieur par l’arc des Carpates (Carpates du sud et Carpates de l’est), elle est un pays de plateaux et de collines, et surtout un véritable château d’eau pour les régions qui l’entourent. Dans ce cadre coexistent plusieurs «nations» et religions, les Hongrois et les Roumains, mais aussi les Saxons venus d’Allemagne, les Tsiganes, etc.
Vers l’Est, la Transylvanie, longtemps principauté vassale de la Porte, est comme encadrée par les deux principautés roumaines historiques, la Valachie (Bucarest) et la Moldavie (Iașy).
Comme nous le soulignions dans un précédent billet, la principauté possède de très remarquables bibliothèques anciennes, témoignage d’un passé particulièrement riche sur le plan culturel. À Alba Julia (Gyulafehérvár / Karlsburg), une imposante forteresse à la Vauban tient la frontière orientale face aux Ottomans, mais la cathédrale abrite les tombeaux de la famille Hunyadi, celle même du roi Matthias Corvin. Si l’on ajoute que c’est à Alba Iulia qu’a été votée, en 1918, l’union des trois provinces devant constituer la Roumanie nouvelle (Roumains et Saxons se sont prononcés pour le rattachement de la Transylvanie), on comprendra que nous sommes devant une ville chargée de lourds symboles.
Mais Alba Iulia conserve aussi une institution célèbre auprès des historiens du livre: il s’agit du Batthyaneum, du nom de son fondateur. Le comte Ignaz Batthyány naît en 1741 au château de Neméthújvár (auj. Güssing, en Autriche). Il fait ses études au collège des Piétistes de Pest, puis dans différents séminaires et universités, avant de passer son doctorat en théologie au Collegium Germanicum et Hungaricum à Rome. D’abord chanoine à Eger, puis grand-prévôt d’Esztergom (la primatiale de Hongrie), il est nommé évêque de Transylvanie en 1780 par Marie-Thérèse. La période est difficile, et marquée par les dispositions libérales prises par l’empereur Joseph II, en partie contre l’Église catholique.
Batthyány est pourtant un homme des Lumières, qui caresse le rêve de fonder à Alba Iulia une académie, dans les locaux de l’ancien couvent des Trinitaires.
L’entreprise restera inachevée, avec la création d’un observatoire en 1792, et le legs de la bibliothèque de l’évêque, en 1798: même si l’établissement ne peut pas être ouvert immédiatement, la collection est destinée à devenir une bibliothèque dite «publique». Parmi les pièces exceptionnelles conservées à Alba Iulia, on rappellera l’évangéliaire carolingien de Lorsch (la seconde partie est au Vatican) et un grand nombre de manuscrits, un fonds de quelque six cents incunables et un riche fonds d’imprimés anciens, parmi lesquels des monuments de la typographie roumaine –sans oublier la collection de numismatique.
Mais, fait encore plus étonnant, la bibliothèque elle-même, en tant que local, est conservée pratiquement sans modifications depuis le tout début du XIXe siècle, au deuxième étage de l’ancienne église: le cadre de classement systématique et les livres n’ont pas bougé, les rayonnages peints de gris s’alignent toujours le long de la salle, tandis qu’un deuxième niveau est accessible en mezzanine.
Le programme iconographique est en cours d’étude, qui associe des scènes faisant référence à la création de la bibliothèque, et des figures de grands auteurs de l’Antiquité, sans oublier le portraitdu fondateur.
La Bibliothèque a commémoré en 2011 le 270e anniversaire de la naissance d’Ignaz Batthyány, par la mise en place d’un impressionnant buste de l'évêque, par une exposition, et par la publication d’un riche volume d’études (textes en roumain, français, allemand, anglais et hongrois): Batthyaneum. Omagiu fondatorului Ignatius Sallestius de Batthyan (1741-1798), Bucureşti, Editura Bibliotecii Naṭionale a României, 2011, 273 p., ill. (ISBN 978 973 8366 18 3). Sous la direction de Doina Hendre-Biro, conservateur en charge de la Bibliothèque, c'est là un ensemble d’études parfaitement réussi, et destiné à prendre place parmi les usuels de toute collection encyclopédique d’histoire du livre.
Clichés de Transylvanie, septembre 2011.

vendredi 16 septembre 2011

L'identité visuelle des bibliothèques

Le dossier proposé par le premier numéro de la Revue de la BNU (printemps 2010) traite d’un sujet qui nous tient à cœur, à savoir «Bibliothèques et identité visuelle»: l'ensemble est dirigé par Christophe Didier, directeur du développement et des collections de la Bibliothèque.
Le premier article envisage le «Message de pierre de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg» (la BNU) : le titre est paradoxal, s’agissant précisément du message impérial allemand, à l’époque non pas de la BNU, mais de la «Bibliothèque impériale, universitaire et régionale». La localisation en ville de la nouvelle bibliothèque est très signifiante, puisque nous sommes au «cœur symbolique du (...) quartier élevé par les autorités allemandes». L’article revient surtout sur la décoration extérieure (statuaires et médaillons) du bâtiment, lequel a pour vocation d’être «parlant»: d’où des représentations des arts, des sciences et des techniques (celles-ci liées à la fabrication du livre), et surtout un programme iconographique associant de manière subtilement hiérarchisée les gloires universelles (Dante, Shakespeare…) et les illustrations allemandes (Lessing, Goethe, Schiller…), une place à part étant faite aux figures du nouveau Reichsland (Jean Sturm, Martin Schongauer, etc.).
Nous sommes devant un dispositif qui exalte d'autant plus la nationalité allemande qu'il lui donne une dimension humaniste et universelle. On pense naturellement au célèbre «catalogue de pierre» qui déroule ses volumina sur la façade de la bibliothèque parisienne de Sainte-Geneviève (on peut d’ailleurs à ce propos contester la chronologie proposée p. 7 du dossier, et qui fait du souci de l’identité visuelle un phénomène relevant surtout du XXe siècle, sinon même des années 2000).
La conférence d’histoire et civilisation du livre de l’Ecole pratique des Hautes Etudes a organisé en 2008 sa traditionnelle séance foraine à la Bibliothèque Carnegie de Reims, à laquelle est consacrée le deuxième article du dossier (par Matthieu Gerbaud). L’ancienne bibliothèque de Reims était abritée dans l’hôtel de ville, et a été détruite par un bombardement allemand en 1917: la bibliothèque nouvelle avait été à l’origine financée par un don de la Fondation Carnegie. Nous avions en effet été très frappé à la fois par l’originalité du programme architectural, et par la qualité de la réalisation d’une «bibliothèque art-déco» jusque dans le détail de la décoration et du mobilier. L’article présente le dossier avec précision, et il est agrémenté de superbes photographies.
Avouons notre stupéfaction à la lecture du troisième article, consacré à «Une certaine forme d’effacement» et au réaménagement intérieur de la BNU après 1945. La bibliothèque était une vitrine de l’Empire, elle n’est plus qu’une manière de bibliothèque universitaire à statut dérogatoire après la Première Guerre mondiale. Mais après la Seconde Guerre mondiale, l’administration ouvre les crédits pour une réfection complète du bâtiment, laquelle se traduit par «l’effacement (…) de toute la décoration allemande» (fresques et autres éléments décoratifs). L’auteur (Christophe Didier) souligne avec raison que nous sommes à l’époque du fonctionnalisme, mais aussi que les autorités centrales ne savent pas quel statut donner à cette «seconde BN». Sur place, le sentiment dominant va jusqu’à envisager «de démolir toutes les horreurs architecturales du temps allemand» en Alsace (cf. note 3, p. 33).
Nous sommes enchantés par l’article de Vera Trost sur la Bibliothèque actuelle du Bade-Wurtemberg à Stuttgart et sur sa décoration intérieure (bibliothèque avait elle aussi détruite en 1944…). Ce présent blog insistait sur l'évolution de la catégorie de «médiathèque» dans la langue française: nous passons d’une problématique du rattrapage (à l’époque de la troisième révolution du livre, les bibliothèques ne doivent pas apparaître comme des institutions du passé), à une problématique de la formation, du lien social et de l’espace public. L’article sur Stuttgart ne dit pas autre chose (cf. surtout p. 36), et en tire toutes les conséquences quant à l’inscription de la bibliothèque dans la ville.
Enfin, il y aurait beaucoup à dire sur l’«écriture dans l’espace public» –les tags et autres inscriptions «sauvages», les panneaux officiels, la publicité, sans parler des murs peints, etc. La Médiathèque (sic!) André Malraux de Strasbourg se signale pourtant par la présence en façade de «phrases tronquées [et] pourfendues (…) interpellant le visiteur» (brefs articles d’Agathe Bischoff-Morales et de Thibault Fourrier). Le dossier se referme par un passionnant entretien avec Nicolas Michelin (agence d’architecture et d’urbanisme Nicolas Michelin, chargée de la restructuration du bâtiment principal de la BNU): les commentaires de Nicolas Michelin sur la nécessaire qualité du programme (ce qui n'est pas toujours le cas...) et sur sa non moins nécessaire adéquation à la fonction du bâtiment (ce qui n'est pas non plus toujours le cas...), ne peuvent que nous faire attendre avec quelque impatience l’ouverture de la nouvelle BNU prévue en 2014.

Clichés: 1- La BNU en travaux, septembre 2011. 2- Qualité de la construction de la Bibliothèque Carnegie de Reims (clichés FB).

mardi 13 septembre 2011

Lire la bibliothèque

Nous connaissions Gryphe, la revue des Bibliothèques de Lyon, mais nous regrettons de n’avoir pas signalé plus tôt La Revue de la BNU, alias de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (information).
La Revue a été lancée au printemps 2010, et elle paraît deux fois par an sous forme d’un élégant in-quarto (environ 20 x 28 cm) illustré en couleurs. Chaque livraison (nous attendons la quatrième) comprend des rubriques régulières: «Le dossier» (un dossier thématique), «L’objet» (présentation détaillée d’un «objet» partie du patrimoine de la Bibliothèque, «L’inédit» (publication d’un texte inédit), «Portfolio» (cahier photographique), et des rubriques plus brèves («Actualités», «Acquisitions patrimoniales» et «Varia»). Un contenu éclectique, donc, et surtout d’une grande qualité.
Nous nous réjouissons de cette publication pour deux raisons en particulier.
Passons plus brièvement sur le premier point: nos bibliothèques sont trop isolées, aujourd’hui, des organismes de recherche, notamment universitaires, alors qu’elles constituent de fait de véritables laboratoires (surtout pour les sciences humaines), et qu’elles disposent d’un personnel hautement spécialisé dans des domaines rares et souvent absents de l’université. Elles sont considérées comme des prestataires de services, et les richesses et plus encore les compétences qu’elles renferment restent comme sous le boisseau. Toute initiative pour faire connaître ce capital irremplaçable, pour rapprocher la bibliothèque de son public, et surtout pour faire de l’institution un véritable acteur de la recherche ne peut qu’être saluée et encouragée, surtout s’il s’agit d’une initiative de qualité comme l’est la Revue de la BNU.
Le deuxième point est connu, mais la Revue de la BNU donne l’occasion d'y revenir. Les bibliothèques, au premier chef les bibliothèques de recherche et les bibliothèques patrimoniales, sont à la tête de richesses immenses, mais trop souvent mal mises en valeur, donc mal étudiées.
On pensera évidemment à tout ce qui relève du livre et de l’écrit, mais même à ce niveau la diversité est infinie: seul un petit nombre de spécialistes connaissent, par exemple, le fonds d’égyptologie de la BNU, avec ses ostraca et ses papyrus. Mais ce sont aussi des documents d’archives, des pièces d’archéologie, d’anciens «cabinets de curiosités» (comme à Sainte-Geneviève à Paris) ou encore des objets d’art ayant décoré ou décorant toujours les différentes salles de l'institution.
Le bâtiment de la bibliothèque est lui aussi hautement signifiant, pour les historiens en général et pour les historiens du livre en particulier: son architecture extérieure, bien sûr (signifiante, au pire, …de l’insignifiance et de la médiocrité, ce qui n’est évidemment pas le cas à Strasbourg). Mais aussi son dispositif intérieur: c'est la répartition des collections, ce sont les espaces ouverts ou non au public, spécialisés ou non, c'est la hiérarchie des services, ce sont le mobilier, les éléments décoratifs, etc. Autant d’indicateurs à interroger et à décoder, et qui informent celui qui sait les lire.
Sans oublier la localisation dans la ville, avec les questions de la visibilité et de l’accessibilité: à la BNU, nous voici dans le nouveau quartier «wilhelminien», élevé après 1870 tangentiellement au centre historique et conçu comme une proclamation de la réussite impériale sur les marches de l’Allemagne. Il y a, comme nous l’écrivions ailleurs, une «écologie» du livre et de la bibliothèque dans leur environnement.
Enfin, l’histoire de la bibliothèque est une composante du patrimoine immatériel de l’institution, et des personnalités ou des collectivités (souverain, collectionneur, ville, province, nation) auxquelles elle a appartenu (nous avions évoqué Colmar, Valenciennes, etc.). La bibliothèque est le produit d’une histoire, mais cette histoire constitue en retour l’arrière-plan qui permet de la comprendre, et d'en comprendre les composantes (jusqu'au niveau de l'exemplaire de tel ou tel texte).
La BNU n’échappe pas à la règle, en même temps qu’elle trace comme le miroir de relations franco-allemandes dont on sait la complexité et le caractère longtemps tragique. La richissime bibliothèque de Strasbourg a été détruite une première fois pendant le siège de 1870, puis ses fonds reconstitués à partir d’envois faits par les autres grandes bibliothèques allemandes. C’est donc à Strasbourg que l’on trouvera paradoxalement l’essentiel des fonds de Königsberg (40 000 titres), dont la bibliothèque a été détruite pendant la Seconde Guerre mondiale –Guerre mondiale au cours de laquelle une partie, heureusement moindre, des fonds strasbourgeois a à nouveau disparu.
L'épisode pousse au passage à interroger le concept de patrimoine: la BNU est aujourd’hui une composante très importante du patrimoine alsacien et strasbourgeois, mais ses collections patrimoniales ont en réalité fait l’objet d’une sorte de substitution massive.
Le statut et la désignation sont pareillement révélateurs: la bibliothèque de Strasbourg portait jusqu’en 1918 le titre de Bibliothèque impériale, universitaire et régionale (Kaiserliche Universitäts-und Landes Bibliothek), elle symbolisait comme le triomphe de l’Allemagne nouvelle et le terme même de Land était dans cette perspective chargé de sens (l’Alsace et la Lorraine du nord comme Reichsland) dont sa traduction française courante («régional») ne saurait donner la mesure. Quant à la désignation et au statut actuels de la BNU, ils sont, comme produits d’une histoire spécifique, un cas aujourd’hui unique dans le paysage des bibliothèques françaises.
Bref, la bibliothèque se donne à lire en tant que bibliothèque formant un tout dans le temps, et La Revue de la BNU nous propose pour ce faire un certain nombre de clés. Alors même que la BNU fait l’objet d’un programme massif de restauration et de restructuration, nous ne pouvons que nous réjouir de la prise de conscience des phénomènes auxquels le présent billet fait trop brièvement allusion. Nous reviendrons, dans notre prochain billet, sur la problématique du «Dossier» du premier numéro de la Revue, «Bibliothèques et identité visuelle», pour dire tout le bien que nous en pensons.

lundi 2 mai 2011

Promenade à Strahov

Alors que la saison d’été approche, et que les regards se tournent vers la carte des hauts lieux touristiques à visiter, nous découvrons par hasard, sur Internet, une étonnante visite virtuelle d'une salle de la bibliothèque de Strahov, aux portes de Prague.
À Strahov, nous sommes dans un ancien faubourg de la ville, sur la rive gauche de la Vltava (la célèbre Moldau), où les moines de l’ordre de Prémontré s’installent en 1142, mais où une bibliothèque ne s’établit de manière durable qu’après la crise hussite. Encore à l’époque de la Guerre de Trente ans, une partie importante des collections est envoyée à Turku, en Finlande… C’est l’abbé Jan Lohelius, plus tard archevêque de Prague, qui fonde réellement la collection moderne.
Une première salle de bibliothèque, dite Salle de Théologie (Theologischer Bibliothekssaal), est élevée par l’architecte Giovanni Domenico Orsi de Orsini de 1671 à 1679, mais les locaux doivent être progressivement agrandis, avant qu’une seconde salle, destinée aux sciences profanes (la Philosophie, donc la Philosophischer Bibliothekssaal), ne soit construite en 1783-1786. Le bâtiment de la bibliothèque forme ainsi un ensemble autonome, organisé autour d'une cour, en arrière du couvent et de l’église. Les deux salles sont conçues sur le nouveau modèle de la bibliothèque des Lumières, combinant stockage (sur les rayonnages) et, au milieu, consultation des volumes: 16000 volumes environ dans la première salle, 50000 dans la seconde. La collection ancienne de Strahov (jusqu’au XIXe siècle inclus) comprend quelque 200000 volumes, dont 3286 manuscrits (l’Évangéliaire de Strahov a été copié à Tours vers 860) et environ 1500 incunables (tout particulièrement les rarissimes éditions produites en Bohême).
Strahov est justement célèbre pour la décoration de la bibliothèque. La salle de la Théologie est un modèle de bibliothèque baroque, alors que la salle de Philosophie est déjà aménagée de manière beaucoup plus sobre, et dans un style faisant penser au néo-classique. Les espaces de stockage y sont bien supérieurs (avec la galerie courant autour de la salle). En 1794, la salle est décorée de fresques par Franz Anton Maulpertsch (1724-1796), fresques qui retracent l’histoire de la pensée humaine dans l’optique moderne du joséphisme –l'histoire, de la Création de l’homme aux Lumières.
La représentation du Nouveau Testament est particulièrement intéressante, avec son autel «Au Dieu inconnu» (Ignoto Deo) faisant référence à un épisode de la vie de l’apôtre Paul lorsqu’il est à Athènes. Sur l’un des grands côtés de la fresque, les deux figures de Diderot et de Voltaire sont précipitées dans l’abîme (cf. cliché).
Le site Internet que nous signalons aujour- d’hui est réellement remarquable par les possibilités qu’il offre. La salle de Philosophie est présentée dans son ensemble, mais le logiciel permet de se déplacer à sa guise dans toutes les directions, et surtout de grossir tous les détails que l’on souhaite avec une qualité sans équivalent (par l’assemblage, nous dit-on, de 3000 clichés pris sur les lieux). Résultat: il est possible de lire individuellement les titres au dos de tous les volumes présent dans la salle (sauf si l’angle de vue ne convient pas). Une fois plus ou moins maîtrisée une manipulation qui peut devenir vertigineuse (les pilotes d’avions de chasse sont peut-être privilégiés à cet égard), on ne peut qu’admirer le résultat. On imagine aussi les possibilités que cette technique pourrait ouvrir à la recherche, par exemple en combinant les clichés des différents volumes avec les fiches catalographiques correspondantes, voire avec d’éventuels fichiers numériques. Et on imagine même la reconstitution possible de grandes bibliothèques disparues…
Bref, à vos claviers! Et signalons pour finir que la bibliothèque de  Strahov fait l'objet d'une notice détaillée dans le Handbuch de Bernhard Fabian.

mercredi 28 avril 2010

En Hongrie (3)- Réforme catholique et Lumières

La grande salle de bibliothèque, sous les fresques représentant le concile de Trente
L’intégration de la Hongrie historique aux territoires des Habsbourg se renforce sous le règne de Marie-Thérèse, favorable à la contre-Réforme et à l’action des Jésuites. Les dynasties nobles ayant fait le choix de Vienne atteignent à une puissance et à une richesse très grandes, à l’image des princes Esterházy à Fertöd (Hongrie occidentale), puis à Eisenstadt (auj. Autriche). Les Esterházy possédaient aussi une bibliothèque de quelque 70 000 volumes, et leur rôle comme mécènes est resté célèbre, notamment dans le domaine de la musique.
Dans les pays reconquis sur les Turcs, le premier souci porte sur le repeuplement, puis sur la reconquête spirituelle. Un certain nombre de grands seigneurs se reconvertissent au catholicisme. D’autre part, les jésuites ouvrent des collèges dans le royaume, mais le rôle principal est tenu par les Piaristes : fondés par saint Joseph de Calasanz (†1648), ils ont pour vocation l’éducation et la formation des jeunes. L’ordre se développe en Italie et en Europe centrale, où il se fait le promoteur d’une éducation ouverte aux idées modernes et tout particulièrement soucieuse des pauvres.
Eger, sur les contreforts méridionaux du massif de Bükk, était un évêché dès le XIe siècle, mais la Réforme s’y propage au XVIe siècle, avant que la ville ne tombe aux mains des Turcs en 1596. Reprise par les Autrichiens en 1687, Eger retrouve son évêché (archevêché en 1802), et devient un centre de la Réforme catholique. C’est le comte-évêque Károly Esterházy qui entreprend en 1763 d’y élever un ambitieux établissement d’enseignement supérieur, pour lequel il brigue le statut d’université catholique.
Les livres condamnés sont précipités dans l'abîme
Dans l’aile sud du vaste quadrilatère, la bibliothèque est achevée en 1793 : elle compte alors plus de 20 000 titres, acquis sous la gestion du bibliothécaire József Büky. La salle sur deux niveaux possède un élégant mobilier de chêne (cf cliché). Vingt-quatre médaillons en bois sculpté et doré présentent les bustes d’un certain nombre d’auteurs ou de découvreurs dans les domaines de la religion (l’évangéliste Jean, l’apôtre Paul) ou des sciences (Christophe Colomb, Galilée, Copernic, etc.). Au plafond, le décor en trompe-l’œil date de 1778-1779 et illustre l’ouverture du concile de Trente (cf cliché). L’une des scènes représente le décret instituant la censure des livres.
Pour autant, Joseph II, empereur à partir de 1780, engage une politique éclairée dont la disposition peut-être la plus moderne est l’édit de Tolérance de 1781 (liberté religieuse, abolition de la censure, etc.) : la Bibliotheca Esterhaziana de Eger se caractérise par sa modernité dans les domaines scientifiques, et même par la présence dans les collections d’un certain nombre de titres théoriquement interdits, par exemple la Bible dans la traduction allemande de Luther (éd. Ratisbonne, 1756).
Si la crainte déclenchée par les événements de la Révolution française conduit bientôt à revenir sur les dispositions libérales de l’édit de Tolérance, l’intégration dans un empire habsbourgeois et catholique fait aussi problème : lorsque la bibliothèque du collège calviniste de Sárospatak est reconstruite par Mihály Pollack (1753-1835), le choix sera fait du style néo-classique, par opposition au rococo impérial (voir billet du 25 avril). Pollack a d’ailleurs aussi travaillé au château de Széchényi à Nagycenk, ainsi qu’au Musée national à Pest.
De sorte que, de la bibliothèque de Mathias Corvin à celles des magnats protestants, puis à la reconquête catholique, à la lutte pour le contrôle de l’empire et à la problématique de l’identité, les bibliothèques ont non seulement constitué de véritables arsenaux pour l’action, mais ont aussi toujours été très directement liées, sur le plan symbolique comme sur le plan pratique, à la représentation et à la lutte politiques en Hongrie à l’époque moderne.
À Budapest, le wagon-lits hongrois pour Munich, où nous attend le TGV pour Paris, où nous serons demain à midi.
Sur la Bibliotheca Esterhaziana, voir : Histoire du livre: Eger/Erlau (en allemand).
Sur la bibliothèque du collège réformé de Sárospatak : Histoire du livre: Sarospatak (en allemand).

Clichés : 1) Vue générale de la Bibliotheca Esterhaziana (Eger), fresques illustrant le concile de Trente; 2) Détail: le rayon divin détruit les livres censurés; 3) Après la Hongrie..., le départ de Budapest vers Munich et Paris (clichés © Frédéric Barbier).