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samedi 13 janvier 2018

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 15 janvier 2018
16h-18h
L'invention de la bibliographie et les voyages littéraires
en France, XVe-XVIIIe siècle (5)
par
Monsieur Frédéric Barbier
directeur d'études


La «publicité» est, comme nous l'avons déjà souligné (par ex. ici, ou encore à propos du colloque de Parme), une catégorie qu’il convient de contextualiser s'agissant du petit monde des bibliothèques: à partir du XVIIe et surtout au XVIIIe siècle, les bibliothèques «communautaires» (par ex., celle de telle ou telle maison religieuse) peuvent être considérées comme des bibliothèques ouvertes à une certaine société, et il existe par ailleurs déjà en Europe occidentale, des bibliothèques dites «publiques». Par ailleurs, il se pose toujours la question du statut et du fonctionnement d'institutions qui sont en réalité très différentes les unes des autres.
Lorsque dom Martène et dom Durand, au cours de leur deuxième «Voyage littéraire», arrivent à l’abbaye cistercienne de Cambron, un peu au nord de Mons (Belgique actuelle), ils y rencontrent un jésuite qui enseigne aux jeunes élèves. Ils font connaissance dans la bibliothèque, ce qui est l’occasion d’une scène amusante, et qui nous éclaire sur les pratiques du prêt:.
Prenant un manuscrit, il y lut ces mots: «Liber B. Mariæ de Camberone, si quis eum abstulerit, anathema sit ». Pour lors, le religieux qui nous accompagnoit dit en riant: si tous ceux qui ont pris des manuscrits sont excommuniez, il y aura bien des jésuites excommuniez. À quoy le Jésuite répondit: vous nous les avez donnez. Ce qui pourroit bien être: car je suis persuadé qu’on met bien des vols de manuscrits sur le compte de ces révérends Pères, dont ils sont fort innocens, & j’ay trouvé dans certains monastères des manuscrits qu’ils avoient renvoyez avec leurs lettres d’avis du renvoy, quoiqu’on y conservoit encore le récépissé qu’ils avoient donné en les empruntant. Ceux qui trouveront ces récépissez ne manqueront pas de dire, sans examiner davantage, que ces pères ont retenu leurs manuscrits (III, 106-107).
Dom Martène se réjouit aussi de pouvoir découvrir certaines collections privées: le premier cabinet qu’il cite dans son livre est constituée par la bibliothèque de «Monsieur Baron» à Sens.
dans laquelle il y a quelques manuscrits, & entr’autres les lettres de Billius, une théologie de Jacques le Bossu, religieux de Saint-Denys, & le manuscrit sur lequel le P. Labbé a imprimé la chronique de Rouen (I, 63).
De même, à Dijon, les voyageurs sont heureux d’être reçus par les propriétaires de grandes collections privées. Ils découvriront plus tard avec intérêt le cabinet et les collections du baron de Crassier à Liège:
Nous passâmes l’après-dînée [il faut entendre: l'après-midi] chez monsieur le baron [Guillaume] de Crassier; nous y trouvâmes une excellente bibliothèque tant en livres imprimez qu’en manuscrits, grand nombre d’antiquitéz (II, 177).
Ils visitent aussi la collection de M. Louvrex, avant de quitter la ville pour poursuivre leur route vers l'Allemagne.
Vue de Liège, tirée de l'admirable "Carte de Ferraris", certes un petit peu plus tardive (1770-1776) (© BR de Belgique)
Enfin, ils remarquent que la ville de Troyes est l’une des premières du royaume à avoir accueilli une bibliothèque «publique»:
Le vaisseau de la bibliothèque des Cordeliers est plus beau & mieux fourni [que chez les Jacobins], elle est publique, & trois fois la semaine on l’ouvre à tous ceux qui veulent profiter de la lecture des livres (I, 93).
De fait, on sait que Jacques Hennequin (1576-1661), docteur et professeur de théologie en Sorbonne, avait en 1651 fait don de sa bibliothèque de 12 000 volumes (avec le mobilier: ais, tablettes et marchepieds) au couvent des FF MM de Troyes (Franciscains, alias Cordeliers), à condition que ceux-ci l’ouvrent au public trois jours par semaine. Un profès de la maison serait bibliothécaire, et Hennequin assure pour le financement une rente de 400 ll. par an. La bibliothèque est installée au premier étage de la chapelle de la Passion (qui est peut-être le lieu de la première bibliothèque des Cordeliers): voûte gothique de 7m de haut, 5 travées, dix croisées de chaque côté. Entre les croisées se trouvent des buffets couronnés de frontons et surmontés de vases. Le bâtiment a malheureusement été détruit en 1835. Les livres sont classés par formats.
Mais à Tournai aussi, la bibliothèque est «publique et fort bonne». Elle sera confisquée à la fin du XVIIIe siècle (elle est à l’origine de l’actuelle bibliothèque de la ville), en prévision de son expédition à la préfecture de Mons. On appréciera à sa juste valeur l’orthographe du responsable des opérations de rangement et d’expédition des livres...
 À la Bibliothèque de la Catadral il se trouvue quarante trois quesse de livres et cent soixante paquet (…). Sit jai une priaire avous faire cest seras de vourend a l’adminisstration pour fair acceleraix la reponce de la soumission que nous leur avon en voier si nous pouvons convenir nous chargerons sur le chan tous la biblotecde la catedral est sel de martain [et celle de [Saint-]Martin].
On estimera plus tard les quarante caisses à un poids de 5 tonnes…
La conférence poursuit l'enquête sur le Voyages littéraires des Mauristes, et sur leur apport à une meilleure connaissance de la théorie et de l'anthropologie des bibliothèques à l'aube du Siècle des Lumières. 

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

vendredi 6 octobre 2017

Une histoire de la "bibliophilie"

Le séminaire sur la bibliophilie et la collection de livres qui vient de se tenir à Madrid a permis de souligner plusieurs points fondamentaux. Mais nous saluons d’abord une entreprise qui réintroduit dans le champ de la recherche universitaire une pratique traditionnellement restée marginale, quand bien même la collection de livres et la bibliophilie ont joué un rôle notable dans l’économie du livre depuis la fin du Moyen Âge et le tournant de l’époque moderne jusqu'à aujourd'hui.
Ouverture du séminaire dans un cadre éminemment symbolique, la Bibliothèque du Palais Royal de Madrid
Par commodité, nous regrouperons certains des enseignements du séminaire autour d'un projet de typologie. La pratique de la collection, et la constitution de bibliothèques qui correspondent a priori à des collections privées (même si elles sont dites «publiques»), fonctionnent en effet comme des paradigmes variant d’un espace et d’une chronologie à l’autre. Essayons-nous à la repérer, et à les regrouper.
Un premier modèle serait celui de la bibliothèque humaniste, dont l'objet est encyclopédique, en Italie comme à Nuremberg –et à Séville. Dans un second temps, c’est le modèle de la bibliothèque baroque qui émerge et qui s’impose rapidement –entendons, de la bibliothèque comme attribut d’un pouvoir qui se constitue alors à la fois comme rationnel et comme absolu. Cette chronologie recouvre une partie importante de la période d’Ancien Régime, à savoir les XVe-XVIIe siècles.
La bibliophilie au sens moderne du terme constitue une catégorie nouvelle, qui s'appuie celle du rare, voire du «curieux», et elle apparaît surtout à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle: à côté de la bibliothèque, l’espace privilégié du livre rare est alors désigné comme celui du «cabinet choisi». Nous sommes devant une logique de distinction, dans l’acception sociologique du terme, logique qui s’articule avec les formes de la sociabilité du monde des Lumières, et notamment avec la conversation. La bibliophilie suppose par ailleurs l’élaboration d’un véritable «canon» de ce qu’il est légitime ou non de collectionner: ce canon est notamment donné par les publications des grands libraires parisiens, dont le plus importante est Debure, mais il est aussi défini par les principaux prescripteurs –les princes et leurs bibliothécaires, et les grands collectionneurs. Ceux-ci appartiennent très généralement à la noblesse, dans la France du XVIIIe siècle comme en Europe centrale, voire dans le Nouveau Monde.
Même si la bibliophilie fait l’objet de critiques sévères de la part du monde savant, parce qu’elle se traduit par une hausse des prix moyens du livre, la question reste posée: le déplacement du paradigme de la collection ne serait-il pas à mettre en parallèle avec le déplacement du pôle de pouvoir, et le passage de la «cour» à la «ville» et à ses salons?
Le dernier temps est celui d’un nouveau déplacement, dans lequel les catégories de l’identité et de la collectivité montent en puissance, avec l’élaboration d’une science de la langue et de ses productions (la philologie) qui attire l'attention sur des productions textuelles jusque là plus négligées. Il intervient aussi la définition d’identités collectives définies précisément par leur langue, par leur littérature… et par leur bibliothèque (cf réf. bibliographique: Les Bibliothèques centrales et la construction des identités collectives). On le sait, la catégorie elle-même de la nation est alors elle aussi en cours d’élaboration, tout particulièrement en France et dans l'espace germanique.
Un des points forts du programme de Madrid a porté sur sa dimension comparative. Certes, la construction d’une typologie est censée faciliter la compréhension, mais elle ne constitue jamais qu’une hypothèse: les modèle se superposent pour partie, parce que les chronologies changent selon la géographie (les structures politiques et sociales sont différentes, les appartenances religieuses varient, etc.). Le modèle débouche donc sur une simplification: celui que semble avoir privilégié le séminaire de Madrid est d'ordre fonctionnaliste, et s’appuie sur la catégorie centrale du pouvoir. D’autres approches seraient tout aussi légitimes, relatives aux différentes composantes permettant de décrire le système de la collection et de la bibliophilie: les pratiques, les représentations (les portraits de collectionneurs, les reliures, les ex libris), les contenus, les discours et les critiques (pensons à La Bruyère), les intermédiaires et leurs réseaux (experts et autres), etc.
Certaines collectivités  correspondent plus précisément à ce modèle théorique, quand d’autres manifestent un décalage lui-même signifiant, parce que leur histoire n’est pas la même, parce que leurs traditions livresques diffèrent et parce que leurs possibilités d’accéder au marché des exemplaires disponibles sont elles aussi très différentes.
C’est pourtant le rôle de la typologie, que de mettre en lumière les éléments et les facteurs qu’elle ne prend pas directement en considération, mais qui n’en contribuent pas moins à sa détermination. Plusieurs très bonnes conférences présentées au cours du séminaire, notamment par des jeunes chercheurs, les ont envisagés plus précisément, par ex. sur la définition et sur le rôle des «intermédiaires» dans le monde des bibliophiles espagnols du XVIIIe siècle, sur la question du genre (les femmes apparaissent aussi parmi les collectionneurs), ou encore à travers des études de cas (entre autres, sur le marquis de Villagarcía),
Autant d’éléments, parmi d’autres, qui restent ouverts pour la recherche à venir.

dimanche 3 septembre 2017

À Athènes, la Bibliothèque d'Hadrien

Au IIe siècle de notre ère, Pausanias, probablement né dans une ville grecque d’Asie mineure et qui a reçu une très bonne formation classique, reste pratiquement pour nous un inconnu, en dehors du seul livre que nous connaissions de lui, la Périégèse de Grèce. Il s’agit d’une manière de guide historique de voyage, dans lequel Athènes occupe une place clé. Connu par un manuscrit ayant appartenu au célèbre libraire florentin Niccolò Nicoli, le texte de Pausanias est déjà apprécié des humanistes: il est cité par Gargantua dans les ouvrages que celui-ci recommande à Pantagruel. Traduit et publié en français dans les années 1730, il sera l’un des usuels principaux sur lesquels s’appuie la redécouverte de la Grèce à l’époque des Lumières –et comme tel utilisé par le comte de Choiseul lorsque celui-ci part à son tour à la découverte de la Grèce de ses rêves.
Au livre I (XVIII, 9), Pausanias s’avance vers l’Acropole et décrit le quartier qu’il traverse, et qui a gardé le souvenir des travaux engagés par l’empereur Hadrien:
Le mur du fond de la Bibliothèque... en travaux
L'empereur Hadrien a décoré la ville par bien d'autres monuments, il a fait bâtir le temple d’Héra [Junon], celui de Zeus [Jupiter] Panhellénien, et un autre qui est commun à tous les dieux [Panthéon]. Dans ce dernier on admire surtout cent vingt colonnes de marbre de Phrygie, et des portiques dont les murs sont de même marbre; on y a pratiqué des niches qui sont ornées de peintures et de statues, et dont le plafond brille d'or et d'albâtre. Il y a près du temple une bibliothèque, et un lieu d'exercice qui porte le nom d'Hadrien, où vous voyez cent colonnes de beau marbre tiré des carrières de Libye. 
Le texte de Pausanias n’est pas absolument clair, surtout parce qu’il y serait question de plusieurs complexes de bâtiments différents, à savoir trois temples, et une bibliothèque. Les spécialistes hésitent toujours sur l’interprétation précise à lui donner, mais une conception fréquente consiste à imaginer un Panthéon monumental, intégrant les deux temples à Jupiter et à Junon, et auquel serait adjointe une grande bibliothèque. On sait en effet que, le plus souvent, la célébration du culte impérial est associée à l’existence d’une grande bibliothèque fondée par un empereur – en l’occurrence, il s'agit d'Hadrien (76-138). Le successeur de Trajan a un temps étudié à Athènes, il appréciait particulièrement les lettres et les arts, et il reviendra à plusieurs reprises pour des séjours dans la capitale de la Grèce, une ville qu’il s’attache à transformer et à illustrer par un ambitieux programme d’aménagement. 
Maquette de la Bibliothèque d'Hadrien (© Musée de la civilisation romaine, Rome)
Cette «Bibliothèque d’Hadrien», selon le terme consacré par la tradition, est l’un des monuments dont le visiteur d’aujourd’hui peut encore découvrir les vestiges. Elle a été construite en 132-134: on entre par un propylon dans une grande cour à quatre portiques (c’est là que sont les colonnes de marbre mentionnées par Pausanias) et donnant sur une grande salle. Celle-ci accueille la bibliothèque elle-même (bibliostasio), entourée de deux salles plus petites (cf infra plan, n° 8) et de quatre pièces secondaires, dont probablement deux escaliers. L’ensemble du dispositif est encadré par deux salles aménagées en amphithéâtres pour des lectures, des cours ou des conférences (9).
La salle de bibliothèque (7), dont un mur est en partie conservé, était de plan rectangulaire: elle donnait sur le péristyle par cinq grandes ouvertures, tandis que les autres murs étaient aménagés pour la conservation des volumina. Selon le système classique, ceux-ci étaient disposés dans des sortes de grands placards de bois aménagés comme des niches: seize sur le grand mur du fond (celui conservé), et douze sur chacun des petits côtés, soit un total de quarante, pour un fonds estimé à 16 à 20 000 rouleaux (donc, 400 à 500 par «travée»). Le sol et le revêtement des parois sont en marbre, tandis que l’ensemble accueille aussi des statues –des statues d’Hermès, de différents personnages liés à la bibliothèque, etc., mais peut-être aussi les deux statues de l’Iliade et de l’Odyssée déjà mentionnées à propos de Pantainos.
Quoi qu’il en soit, si les hypothèses que nous avons brièvement rappelées sont exactes, elles viennent confirmer trois caractéristiques intéressantes:
D’abord, l’évergétisme aussi peut être analysé selon les catégories anthropologiques appliquées au don: il y a bien, dans la société des villes romaines du début de notre ère, une demande croissante en livres. Les empereurs et les citoyens les plus aisés répondent à cette demande en fondant des bibliothèques publiques, qui sont en même temps des espaces de travail et d’enseignement.
Mais voici le contre-don: ces bibliothèques n’ont pas pour seule fonction la conservation et la consultation des volumina, elles sont aussi des lieux destinés à honorer leur fondateur, et à appeler sur ceux-ci la bienveillance des dieux.
Pour terminer, ces deux premiers éléments éclairent la structure spatiale des institutions: la bibliothèque n’en occupe qu’une partie proportionnellement limitée, parce qu’il n’y a pas lieu de comprendre le terme de bibliothèque comme désignant une structure indépendante selon le modèle qui nous est aujourd’hui familier. De même, on comprend désormais toute l’attention donnée par le fondateur à la monumentalité et à la somptuosité d’un complexe de bâtiments que l’on imagine avant tout comme devant être représentatif...

dimanche 26 février 2017

Une exposition à la Bibliothèque Mazarine

Nous regrettons de ne signaler qu’avec un retard bien trop grand la très belle exposition ouverte à la Bibliothèque Mazarine de Paris sur «Images et révoltes dans le livre et dans l’estampe (XIVe-milieu XVIIIe siècle)». L’exposition peut être visitée jusqu’au 17 mars à la Bibliothèque, mais elle a aussi donné lieu à une importante publication scientifique:
Images et révoltes dans le livre et dans l’estampe (XIVe-milieu XVIIIe siècle),
Paris, Bibliothèque Mazarine, Éditions des Cendres, 2016,
315 p., ill., index (ISBN : 978-2-86742-259-1).

Table des matières
Échos, silences et stéréotypes: les images de la révolte dans le livre et dans l’estampe, par Yann Sordet
Images et révoltes: quelques éléments d’introduction, par Tiphaine Gaumy
La révolte médiévale en images, par Vincent Challet et Jelle Haemers
Violences et révoltes au Moyen Âge, par Christiane Raynaud
Images et révoltes dans le Saint-Empire romain germanique de l’époque moderne, par Marion Deschamp
Se révolter au nom de Dieu en France: héroïsation, dérision et allégorie dans les estampes des XVIe et XVIIe siècles, par David El Kenz
La révolte des Pays-Bas à travers l’estampe: espaces contestés et formation de l’identité, par Ramon Voges
Iconographie populaire de l’antipapisme anglais (XVIe-XVIIe siècle), par Stéphane Haffemayer
La Fronde en images, par Jean-Marie Constant
Quelques ouvrages de la «fronde des mots»: les mazarinades, par Christophe Vellet
Images et révoltes dans le monde méditerranéen (XIVe-XVIIe siècle), par Alain Hugon
L’iconographie des «villes rebelles»: de l’Europe au royaume de France (1580-1640), par Émilie d’Orgeix
«Une espèce de langage (…)»: l’allégorie dans les révoltes religieuses et politiques en Europe au XVIIe siècle, par Pierre Wachenheim
Héros et anti-héros: représentations des élites ou du peuple?, par Serge Bianch
Liste des œuvres exposées
Liste des événements représentés ou évoqués
Bibliographie
Index nominum et locorum

La table en témoigne: il ne s’agit pas d’un catalogue au sens classique du terme, mais avant tout d’une série de quatorze études scientifiques reprenant pour l’essentiel les exposés présentés lors d’une journée d’études tenue à la Bibliothèque le 13 décembre 2016. Les textes richement illustrés s’appuient de manière privilégiée sur les cinquante-neuf pièces exposées. Les pièces elles-mêmes sont simplement indiquées sous la forme abrégée d’une série de notices catalographiques («Liste des œuvres exposées»).
Le propos articule histoire des troubles, représentation graphique et processus de médiatisation, le tout dans une perspective comparatiste entre les différents États européens, et selon une chronologie large –nous dirions volontiers, des prémices de la «première» à celle de la «deuxième révolution du livre», même si cette problématique n'est pas au cœur du propos.
La richesse du projet supposerait une analyse détaillée du contenu du volume. Bornons-nous, pour ne pas abandonner nos préoccupations du moment, celles relatives à la Réforme (voir aussi la contribution de Marion Deschamp), à nous arrêter sur la publication du «Grand fou luthérien», par le cordelier Thomas Murner, à Strasbourg chez Johann Grüninger en 1522 (Von dem grossen Lutherischen Narren wie in doctor Murner beschworen hat: VD16, M 7088, et plusieurs autres éditions).
Le modèle de Murner et de son éditeur est bien évidemment celui du Narrenschiff de Brant, dont au demeurant certains personnages  sont repris (le chevalier Peter, le docteur Griff, etc.). Mais le propos est désormais celui de mettre en évidence la filiation entre les positions défendues par Luther et la montée de troubles qui vont bientôt culminer dans la «révolte des paysans» (le Bundschuh).
L’une des gravures met en scène un fou en train d’attiser le feu sous une statue de sainte, et rappelle l’importance des phases d’iconoclasme dans une contestation qui mêle réforme religieuse et révolte (ou rénovation) sociale. Une autre, particulièrement efficace, représente Luther en capitaine des fous (Narrenhauptmann), assis devant un feu, en train de graisser une chaussure de paysan (regardée alors comme le symbole de la révolte). La légende précise l’objet: complaire aux hommes simples (einfältig) pour les abuser et les entraîner vers le mal. Soulignons pourtant  que Murnermet aussi en scène, avec cette image, les effets de la médiatisation moderne, en dénonçant implicitement la perversion d'un discours qui serait subverti par la volonté d'en faciliter la réception auprès du plus grand nombre.
On sait que, en définitive, le Réformateur, sollicité par les révoltés de Souabe eux-mêmes (Hauptartikel de 1525), adoptera une position beaucoup plus conservatrice s’agissant des problèmes relevant de l’ordre social et politique (Wider die stürmenden Bauern, 1525). Et il semble bien vraisemblable que les images  mettant en scène son attentition supposée à attiser la révolte l'ont poussé sur cette voie…

samedi 28 janvier 2017

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre 

Lundi 30 janvier 2017
16h-18h
Les Indiens du Nouveau Monde:
récits, fêtes, œuvres d'art (XVIe-XXe siècle) 
par
Madame Marisa Midori Deaecto,
professeur à l'Université de Sao Paulo,
professeur invitée à l'École normale supérieure (Labex TransferS)

Cf légende infra
La littérature sur les Grandes découvertes se développe tout au long du XVIe siècle: la conférence abordera la question de savoir dans quelle mesure l'élaboration et la réception d'une nouvelle conception du monde, mettant en cause tout un système de connaissances anciennes (géographiques, culturelles, religieuses, etc.), atteint effectivement les lecteurs européens. En d'autres termes, dans le cadre de la problématique des transferts: comment la masse de textes nouveaux, très rapidement imprimés et constitutifs  eux-mêmes de nouveaux genres éditoriaux –récits de voyage, descriptions de l'homme et de la nature, cartes géographiques, etc.– s'articule-t-elle avec la construction traditionnelle du savoir?
La présence d'Indiens brésiliens en France au XVIe siècle constitue pour les contemporains une preuve indiscutable de l'agrandissement du monde. Le contact de l'Indien avec l'homme européen fonctionne ainsi comme un procès d'acculturation se déroulant sous les yeux même de la cour et de l'Église, mais qui n'échappe pas non plus au monde savant.
D'une part, nous nous efforcerons de reprendre la littérature classique sur le sujet, depuis la première enquête conduite par Afonso Arinos de Melo Franco sur L'Indien brésilien et la Révolution française (Rio, José Olympio, 1937). D'autre part, nous poserons la question de la réception de cette production dans les différents contextes de l'histoire de l'indianisme, notamment aux XIXe et XXe siècles. Une figure comme celle de Ferdinand Denis a une très grande grande importance dans le dialogue entre les deux cultures.
Cliché: "Les Tangas", dans Légendes, croyances et talismans des Indiens de l'Amazone, adapt. de P. L. Ducharte, ill. de Victor de Rego Monteiro, Paris, Éditions Tolmer, 1923.

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage). 

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mardi 20 décembre 2016

Conférences d'histoire du livre

François Guizot, par Nadar (détail)
Les conférences du début de l’année 2017
en histoire du livre (9 janvier-2 février)


Lundi 9 janvier 2017, 16-18h
Conférence d’histoire et civilisation du livre, École pratique des Hautes études
Nouvelles recherches sur la Nef des fous (1),
par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études

Jeudi 12 janvier, 17-19h
Labex TransferS, École normale supérieure.
Lire et écrire la Révolution française au Brésil au XIXe siècle: le cas de François Guizot (1). La réception de la Révolution française dans l’historiographie brésilienne : problématiques, approches et perspectives d’investigation,
par Madame Marisa Midori Deaecto, professeur à l’Université de Sao Paulo, professeur invitée à l’École normale supérieure (Labex TransferS)
Attention: pour cette conférence, voir la note en bas de page

Lundi 16 janvier, 16-18h
Conférence d’histoire et civilisation du livre, École pratique des Hautes études
Nouvelles recherches sur la Nef des fous (2),
par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études

Jeudi 19 janvier, 17-19h
Labex TransferS, École normale supérieure, 
Lire et écrire la Révolution française au Brésil au XIXe siècle : le cas de François Guizot (2). Pour quoi le cas François Guizot ? Fortune éditoriale de De la démocratie en France dans le cadre des Révolutions de 1848,
par Madame Marisa Midori Deaecto, professeur à l’Université de Sao Paulo, professeur invitée à l’École normale supérieure (Labex TransferS)
Attention: pour cette conférence, voir la note en bas de page

Lundi 23 janvier, 16-18h
Conférence d’histoire et civilisation du livre, École pratique des Hautes études
Les Bibliothèques brésiliennes: une introduction historique,
par Madame Marisa Midori Deaecto, professeur à l’Université de Sao Paulo

Jeudi 26 janvier, 17-19h
Labex TransferS, École normale supérieure
Lire et écrire la Révolution française au Brésil au XIXe siècle: le cas de François Guizot (3). Lire et traduire François Guizot au Brésil: genres et paratextes éditoriaux,
par Madame Marisa Midori Deaecto, professeur à l’Université de Sao Paulo, professeur invitée à l’École normale supérieure (Labex TransferS)
Attention: pour cette conférence, voir la note en bas de page

Vendredi 27 janvier, 15h30
Institut de France, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Réception de la Nef des fous (Das Narrenschiff) aux XVe et XVIe siècles,
par Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études, directeur de recherche au CNRS (IHMC/ENS Ulm) 

Lundi 30 janvier, 16-18h
Conférence d’histoire et civilisation du livre, École pratique des Hautes études
Les Indiens du Nouveau Monde : récits, fêtes, œuvres d’art (XVIe-XXe siècle),
par Madame Marisa Midori Deaecto, professeur à l’Université de Sao Paulo

Jeudi 2 février, 17-19h 
Labex TransferS, École normale supérieure
Lire et écrire la Révolution française au Brésil au XIXe siècle : le cas de François Guizot (4). Monarchie et Démocratie : les dialogues France-Brésil, d’après les considérations de François Guizot et de Justiniano José da Rocha,
par Madame Marisa Midori Deaecto, professeur à l’Université de Sao Paulo, professeur invitée à l’École normale supérieure (Labex TransferS)
Attention: pour cette conférence, voir la note en bas de page

Adresses des conférences
École pratique des Hautes Études, 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage).
École normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris (salle de l’IHMC, esc. C, 3e étage).
Institut de France, Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 23 quai de Conti, 75006 Paris.

Note importante. Pour des raisons de capacité de la salle et de sécurité des bâtiments de l’École normale supérieure, l’assistance aux conférences tenues par Madame Marisa Deaecto dans le cadre du Labex TransferS est soumise à inscription préalable.
Les auditeurs sont invités à s’inscrire pour chaque séance, exclusivement par courriel, à l’adresse Internet suivante: frederic.barbier@ens.fr. Un accusé de réception leur sera envoyé en retour, et les réservations seront prises dans l’ordre chronologique des inscriptions. Nous vous remercions de votre compréhension.

vendredi 16 décembre 2016

Nouvelle publication (Histoire et civilisation du livre. Revue internationale)

Histoire et civilisation du livre. Revue internationale,
Genève, Librairie Droz

XII (2016), 500 p., ill., index

ISBN 9 782600 047487 

Le Mascurat de 1649. Exemplaire en feuilles (© Bibliothèque Mazarine)
Mazarinades, nouvelles approches
Stéphane Haffemayer, Patrick Rebollar, Yann Sordet, «Introduction» 

Fonds et collections
Bruno Blasselle, Séverine Pascal, «Le fonds des Mazarinades de la Bibliothèque de l’Arsenal»
Anders Toftgaard, «La collection de Mazarinades de la Bibliothèque royale de Copenhague»
Christophe Vellet, «Les Mazarinades à l’affiche? Armand d’Artois et la collection de la Bibliothèque Mazarine»
Laurent Ferri, «Inter folia venenum. Les collections de Mazarinades aux États-Unis (1865-2014)»
Tadako Ichimaru, «Enjeux de la numérisation des Mazarinades» 

Production typographique, diffusion éditoriale
Fabienne Queyroux, «“Plumes bien taillées” contre “Livres très pernicieux à l’État”: Gabriel Naudé et les Mazarinades»
Chloé Kürschner, «Les imprimeurs rouennais et la Fronde: une étude des fonds normands de Mazarinades»
Jean-Dominique Mellot, Pierre Drouhin, «Les Mazarinades périodiques: floraison sans lendemain, ou tournant dans l’histoire de la presse française?» 

Approches littéraires et lexicologiques
Takeshi Matsumura, «Remarques lexicographiques sur le Mot “Mazarinade”»
Patrick Rebollar, «Mensonge et tromperie dans les Mazarinades»
Antonella Amatuzzi, «La politique au service de la langue: la valeur des Mazarinades pour l’étude du français classique»
Claudine Nédelec, «La Fronde, une guerre comique?»
Alain Génetiot, «Porter la parole des grands: les Mazarinades de Sarasin»
Myriam Tsimbidy, «Usages des Mazarinades dans les Mémoires de la Fronde» 

La bataille de l’imprimé: médiatisation et communication politique
Malte Griesse, «Les soleils de la Fronde: analogies stellaires dans les Mazarinades»
Stéphane Haffemayer, «Mazarin face à la Fronde des Mazarinades, ou Comment livrer la bataille de l’opinion en temps de révolte (1648-1653)»
Caroline Saal, «“Faire voir par l’histoire” dans les Mazarinades. Usages du passé, entre rhétorique et bagages culturels»
Francesco Benigno, «The fate of Goliath: uses of history in the Mazarinades»
Yann Rodier, «Les Mazarinades génovéfaines et la stratégie politique de l’odieux (avril-septembre 1652)»
Véronique Dorbe-Larcade, «Autour des ducs d’Épernon, l’école de la Mazarinade (1588-1655)»
Éric Avocat, «Les Mazarinades, une préface à la Révolution?»

Approches comparatives: les corpus pamphlétaires européens du XVIIe siècle
Sophie Nawrocki, «Les dynamiques de publication et la diffusion des pamphlets autour de Marie de Médicis en exil (1631-1642)»
Alain Hugon, Mathias Ledroit, «La bataille de l’imprimé en Catalogne à L’époque de la Guerre de séparation (1640-1652)»
Héloïse Hermant, «Les campagnes pamphlétaires de Don Juan José de Austria: des Mazarinades espagnoles? Politisation de l’écrit et système de communication dans l’Europe du XVIIe siècle» 

Études d’histoire du livre
Xavier Prévost, «Aux origines de l’impression des lois: les Actes royaux incunables»
Claire Gantet, «Amitiés, topographies et réseaux savants. Les Strasburgische Gelehrte Nachrichten (1782-1785) et la République des Lettres»
Daniel Baric, «La dualité nationale et universitaire des bibliothèques de Strasbourg et Zagreb : une histoire parallèle entre empires, nations et régions» 

Livres, travaux et rencontres
Jean Balsamo, L’Amorevolezza verso le cose italiche. Le livre italien à Paris au XVIe siècle (Amélie Ferrigno)
De l’argile au nuage : une archéologie des catalogues (IIe millénaire av. J.-C - XXIe siècle) (Claire Madl)
Michael Embach, Hundert Highlights. Kostbare Handschriften und Drucke der Stadtbibliothek Trier (Frédéric Barbier)
Claudia Fabian, dir., Die Handschriftliche Erbe der griechischen Welt [Actes du colloque de la BSB] (Matthieu Cassin)
Annika Haß, Der Verleger Johann Friedrich Cotta (1764-1832) als Kulturvermittler zwischen Deutschland und Frankreich (Claire Gantet)
Anthologie de documents à caractère biographique conservés à la Bibliothèque de Shanghai (Chen Jie)
Oberthür, imprimeurs à Rennes (Frédéric Barbier) 

Index (personnes, lieux, institutions) du dossier thématique «Mazarinades, nouvelles approches»
Table des illustrations.

samedi 19 novembre 2016

Soutenance d'habilitation à diriger des recherches

Emmanuelle Chapron,
ancienne élève de l’École normale supérieure,
agrégée de l’Université, docteur en Histoire,
maître de conférences à l’Université d’Aix-Marseille, 
membre de l'Institut universitaire de France (junior)
 
présentera son dossier d’habilitation à diriger des recherches
le samedi 26 novembre 2016 

à 14h,
à l’École normale supérieure,
45 rue d’Ulm, 75005 Paris, 
salle W.
Le dossier s’intitule: «Travailler avec les livres, XVIIIe-XXIe siècle», et il comprend un mémoire inédit sur Composer des bibliothèques pour les enfants. Catégories pratiques et ordre des livres au XVIIIe siècle.
"Sapientia aedificavit sibi domum" (bibl. de Strahov, détail)
Le jury est composé de Mmes et MM.
Frédéric Barbier (CNRS, EPHE),
Bruno Belhoste (Paris-I, garant),
Laurence Brockliss (Oxford),
Anne-Marie Chartier (LAHRA/ENS Lyon),
Brigitte Marin (AMU),
Philippe Martin (Lyon II)
et Françoise Waquet (CNRS).
La soutenance est publique. 


Spécialiste de l’histoire des pratiques savantes et de l’histoire du livre à l’époque moderne, avec une orientation particulière vers l’édition pour la jeunesse, Emmanuelle Chapron a soutenu en 2004 sa thèse de doctorat en histoire: «Des bibliothèques a pubblica utilità. Politique culturelle et pratiques du livre à Florence au XVIIIe siècle» (ouvrage publié chez Droz en 2009). Elle a participé ou collaboré à de nombreuses manifestations ou publications annoncées sur ce blog, et a pendant six ans assuré une charge de conférence dans le cadre de l’École pratique des Hautes Études, IVe section («Histoire et civilisation du livre»).
On consultera ici sa page personnelle publiée sur le site du laboratoire Telemme à l’Université d’Aix-Marseille (avec sa bibliographie).

dimanche 6 novembre 2016

Colloque international à Rome

Le Biblioteche anche come Musei: dal Rinascimento ad oggi 

Biblioteca nazionale centrale di Roma
16-17 novembre 2016



Negli ultimi decenni, grazie ad una mirata politica d'incremento dei suoi fondi, la Biblioteca Nazionale Centrale di Roma ha sempre più assunto la connotazione di archivio di raccolte degli autori contemporanei: è nata da qui l'idea di realizzare un vero e proprio museo della letteratura del Novecento, l'area espositiva permanente Spazi900, ideata e progettata dal Direttore della BNCR Andrea De Pasquale, inaugurata il 10 febbraio 2015 alla presenza del Ministro dei Beni e delle Attività culturali e del Turismo Dario Franceschini.
Spazi900 si compone di una Galleria degli scrittori, dove sono esposti manoscritti, prime edizioni, edizioni rare e libri d'artista di alcuni tra i più rilevanti autori della letteratura del Novecento (d'Annunzio, i Futuristi, Pirandello, Ungaretti, Montale, Bertolucci, Caproni e Penna, i Novissimi, Calvino) e trova il suo fulcro ne La stanza di Elsa - ricostruzione con arredi originali del laboratorio di scrittura di Elsa Morante, di cui la Biblioteca possiede un fondo straordinario per unicità e completezza -, cui si è aggiunta dal novembre 2015, in occasione dei quarant'anni dalla sua scomparsa, l'area «Ragazzi leggeri come stracci». Pier Paolo Pasolini dalla borgata al laboratorio di scrittura, uno spazio diviso per ambienti e raccontato attraverso le opere del poeta di Casarsa, di cui la Biblioteca conserva i dattiloscritti originali dei romanzi Ragazzi di vita e Una vita violenta, prime edizioni, saggi, testi teatrali e abbozzi cinematografici.
La progettazione di Spazi900 affonda, però, in una tradizione antica. Le biblioteche sono sempre state fin dalle origini luoghi da visitare non solo da parte di studiosi, ma anche di turisti, uomini di cultura e raffinati curiosi.
I viaggiatori colti del '700 inserivano abitualmente le visite alle biblioteche nei percorsi del Grand Tour: in biblioteca non si andava soltanto per consultare libri, ma anche per ammirare cimeli, libri rari e antichi, legature preziose, miniature ed incisioni. La presenza di spazi espositivi permanenti divenne così una caratteristica delle biblioteche italiane statali a partire dalla prima metà dell'800 e fino agli anni '40 del '900.
Traendo spunto da questo aspetto fondamentale delle biblioteche storiche e dalla significativa esperienza di Spazi900, la Biblioteca Nazionale Centrale di Roma promuove oggi le giornate internazionali di studio, a cura di Andrea De Pasquale, Le Biblioteche anche come Musei: dal Rinascimento ad oggi.
L'iniziativa si inserisce nell'alveo della recente riforma Franceschini del MiBACT, che ha sottolineato il ruolo strategico dei musei nella compagine dei beni culturali italiani e lo stretto legame tra essi e le biblioteche, ribadito anche dagli accorpamenti con i relativi poli museali, come è avvenuto per la Biblioteca Nazionale Braidense di Milano, la Biblioteca Reale di Torino, la Biblioteca Palatina di Parma, la Biblioteca di Archeologia e Storia dell'Arte di Roma, la Biblioteca dei Girolamini di Napoli.
In un momento di scarsa visibilità delle biblioteche e di necessità di valorizzare preziose collezioni troppo spesso sconosciute, l'appuntamento promosso da Le Biblioteche anche come Musei intende riproporre, anche grazie al sostegno delle tecnologie, il tema delle biblioteche come possibili luoghi museali, aperti ai visitatori, dotati di supporti multimediali e in grado di rendere fruibili gli ambienti monumentali, decorati e ricchi di opere d'arte, che spesso le biblioteche storiche ospitano, avanzando una riflessione in linea con il panorama internazionale, sul modello della Österreichische Nationalbibliothek di Vienna, della Trinity College Library di Dublino, della Sir John Ritblat Gallery nella British Library, della Biblioteca Nazionale di Madrid, e anche di biblioteche italiane non statali come l'Ambrosiana di Milano. 

16 Novembre 2016
Ore 9.00
Saluti istituzionali
Rossana Rummo, Direttore generale Biblioteche e istituti culturali
Andrea De Pasquale, Direttore Biblioteca Nazionale Centrale di Roma

Ore 9.30-13.00
I musei-biblioteche dal Rinascimento al XIX secolo
Modera Giuliano Volpe, Consiglio Superiore dei beni culturali, Università di Foggia

Frédéric Barbier, École Pratique des Hautes Études, Parigi
Biblioteche e musei: qualche riflessione in una prospettiva storica
István Monok, Università di Szeged, Ungheria
Le musée de la bibliothèque ou la bibliothèque du musée
Angela Adriana Cavarra, già Biblioteca Casanatense, Roma
I musei nelle biblioteche conventuali: il caso di Roma tra XVI e XVIII secolo
Rita Fioravanti, Biblioteca Casanatense, Roma
Il "museolum" della Biblioteca Casanatense: una ricostruzione virtuale
Doina Biro, Batthyaneum, Alba Iulia, Romania
Les collections de la Bibliothèque Batthyaneum d'Alba Iulia (Roumanie). Intégrer les livres avec les objets muséographiques
Fiammetta Sabba, Università di Bologna - Ravenna
Le biblioteche italiane negli 'itinera erudita et bibliothecaria': riflessioni su turismo e Grand Tour
Maria Luisa Lopez-Vidriero, Biblioteca Real, Madrid
Un museo del libro per sostenere un re: Alfonso XIII e la Real Biblioteca

Frédéric Barbier, Istvan Monok, Andrea De Pasquale, Marc Kopylov
Presentazione del volume Bibliothèques. Décors XVIII-XIX siècles, Paris, Budapest, Rome, Éditions des Cendres, 2016. 

Ore 14.30-18.30
I musei nelle biblioteche oggi
Modera Giovanni Solimine, Sapienza Università di Roma
Andrea De Pasquale, Biblioteca Nazionale Centrale di Roma

Jean-François Delmas, Bibliothèque-musée Inguimbertine, Carpentras
La bibliothèque-musée Inguimbertine de Carpentras: un concept ancien réactualisé au XXIe siècle
Christophe Didier, Bibliothèque nationale et universitaire, Strasburgo
Ibridismo, FabLab, terzo luogo... museale ?: Strasbourg alla ricerca di un'identità complessa
Eleonora Cardinale, Biblioteca Nazionale Centrale di Roma
I musei della letteratura nelle biblioteche italiane: Spazi900
Marisa Midori Deaecto, Universidade de São Paulo, Brasile
Un exemple outre-mer. Une "Brasiliane" pour le lecteur du XXe siècle. De la salle de lecture à un projet muséologique pour la Bibliothèque de Sao Paulo du Brésil
Jean-Michel Leniaud, École Nationale des Chartes, Parigi
Supputations sur l'avenir de la salle Labrouste, à la Bibliothèque nationale de France, rue de Richelieu, Paris
 

Presentazione della traduzione del volume
Frédéric Barbier, Storia delle biblioteche, Milano, Editrice Bibliografica, 2016 (traduzione italiana di: Histoire des Bibliothèques).

17 Novembre 2016
Ore 9.30-13.00
Le biblioteche e i Musei: quale integrazione dopo la Riforma Franceschini
Modera Andrea De Pasquale, Biblioteca Nazionale Centrale di Roma

 
Lorenzo Casini, IMT Alti studi Lucca; MiBACT
Le biblioteche nei Musei nella riforma Franceschini
James Bradburne, Pinacoteca di Brera, Milano
La Pinacoteca di Brera con la Biblioteca Braidense
Enrica Pagella, Musei Reali, Torino
La Biblioteca il Palazzo, il Museo: il caso di Torino
Martina Bagnoli, Gallerie Estensi, Modena
La biblioteca nel museo: una grande opportunità per le collezioni storiche. Il caso dell’Estense di Modena 

Anna Manfron, Biblioteca dell'Archiginnasio, Bologna
L'Archiginnasio: una biblioteca con vocazione museale
Mariella Guercio, ANAI Associazione Nazionale Archivistica Italiana, Roma
Le biblioteche e i musei. E gli archivi? 

 
Conclude on. Antimo Cesaro, Sottosegretario del Ministero dei Beni e delle Attività Culturali e del Turismo


Site officiel du colloque

 

jeudi 20 octobre 2016

Futurologie dans les années 1950

Avec ses Nouveaux discours du Dr O’Grady, André Maurois referme, chez Grasset en 1950, une aimable trilogie, commencée avec Les Silences du colonel Bramble dans les tranchées d’Artois et de Flandre pendant la Première Guerre mondiale, et poursuivie jusque dans les années d’après-guerre avec le personnage du docteur O’Grady. Le narrateur, Aurelle, se confond avec l’auteur lui-même: il a servi comme interprète auprès des troupes anglaises dans les années 1914-1918, et il s’y est fait un certain nombre d’amis très proches, pour lesquels il nous fait partager sa profonde sympathie. Le jeune docteur O’Grady est un médecin d’origine irlandaise, que nous retrouvons une génération plus tard comme un psychiatre reconnu, dont le cabinet est bien évidemment établi dans la célèbre Harley Street de Londres. Au fil des séjours du docteur à Paris, celui-ci apprécie de se retrouver avec son ami pour discuter confortablement sur les sujets les plus divers. La lecture, toujours agréable, ouvre à l’occasion des perspectives de futurologie qui intéressent aussi l’historien du livre, de l'informatique aux bibliothèques virtuelles et aux big data. Qu’on en juge: 
- Le docteur Vannevar Bush (…) a écrit un article révolutionnaire sur les procédés de travail du surhomme. Celui-ci aura demain à sa disposition des machines à calculer, et même à penser, si complexes, si parfaites, qu’elles le délivreront de tout le côté mécanique des mathématiques et de la logique. Elles seront les «femmes de ménage» du savant; elles résoudront en quelques minutes des équations comportant un nombre d’inconnues tel qu’une équipe humaine y passerait en vain des années. Le surhomme possédera des bibliothèques sur microfilm si réduites que tous les livres publiés depuis qu’il y a des hommes et [qu’ils] écrivent, tiendront (…) dans votre chambre. Le grand Larousse n’y sera pas aussi épais qu’une boîte d’allumettes. Chaque livre microfilmé aura son numéro de code. En formant ce numéro, vous ferez apparaître la page de titre sur un écran placé en face de votre bureau et, si vous désirez retrouver dans le volume un passage ou un renseignement, vous aurez devant vous des changements de vitesse qui vous permettront de faire passer une, dix ou cent pages à la minutes.
- Quelle horreur! (…).
- Ce n’est pas tout (…). Tous ces livres seront reliés entre eux par une machine à association d’idées qui mettra à votre disposition, en quelques secondes, si vous voulez faire, par exemple, une recherche sur le traitement du zona par les médecins tibétains ou sur le rôle de la pédérastie dans la fondation des empires, tout ce qui a jamais été écrit sur ces sujets capitaux (…).
- Êtes-vous sérieux, docteur? Et une telle machine est-elle concevable ?
- Mais naturellement. [Et] il y aura mieux. Le surhomme, quand il circulera dans son laboratoire, aura devant la bouche un (…) micro ambulant auquel il confiera ses observations; celles-ci seront, immédiatement et automatiquement, dactylographiées à distance, des cellules photo-électriques transformant les sons en signes; il aura sur le front un appareil photographique grand comme une olive, qui enregistrera sur des films minuscules ce que verra l’observateur. Ainsi, tout ce qui se dira et se passera dans le monde sera fixé et classé dans des bibliothèques de microfilms.
- De sorte que, docteur, rien ne se perdra plus; que le bienfaisant triage de l’oubli ne s’opérera plus; et que les archives de l’humanité iront s’enflant à un rythme accéléré, jusqu’au point où nul ne pourra plus les consulter utilement… 
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