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vendredi 22 février 2019

Le "Lazarillo de Tormes" et Juan de Luna

Nous évoquions, dans un précédent billet, le dossier exemplaire du Lazarillo de Tormes, mais voici que nous voyons y intervenir un personnage très remarquable, en l’espère de Juan de Luna. Son cursus est idéaltypique de phénomènes majeurs: les transferts culturels (en l’occurrence entre l’Espagne, la France et l’Europe), mais aussi la problématique des appartenances religieuses, sans oublier le statut et le rôle de l’auteur et de l’intermédiaire culturel.
Luna (1575-1644) est probablement originaire de Tolède, il commence ses études en Espagne, mais il quitte le royaume en 1612 pour raison de religion (1). D’abord inscrit à la faculté de Théologie protestante de Montauban, il souhaite gagner la Hollande, mais, peut-être faute d'argent pour poursuivre le voyage, il s’installe à Paris au plus tard l’année du «mariage espagnol» entre Louis XIII et Anne d’Autriche (1615). Dans la capitale française, il se lance dans une activité d’interprète, de traducteur et d’enseignant, tout en essayant de s’assurer des appuis dans l’entourage de la cour royale. Il publie très vite, probablement en 1615-1616 (avec privilège), deux éditions successives d’un Arte breve y compendiossa para aprender a leer, pronunciar, escrevir y hablar la lengua Española dédié à Anne de Montafié comtesse de Soissons. C’est encore à Paris qu’il donnera ensuite des Dialogos familiares (1619), dédiés à Louis de Bourbon.
Enfin, c’est la nouvelle édition du Lazarillo, publiée «en casa Rolet Boutonné» en 1620 (avec privilège), cette fois avec une dédicace à Henriette de Rohan († 1629) (Losada Goya, 39). Qu’il s’agisse de la comtesse de Soissons, de son fils Louis de Bourbon ou de Henriette de Rohan, nous sommes clairement dans un environnement de très grands seigneurs qui penchent vers la Réforme (2).
Le libraire semble bien jouer un rôle décisif dans l’opération, puisque le texte du Lazarillo est celui de l’anonyme sorti à Anvers en 1554, mais avec une nouvelle «Continuation» rédigée par Luna lui-même: Secunda parte de la vida de Lazarillo de Tormes (…) por J. de Luna, castellano, intérprete de la lengua española. Contrairement à la première «Continuation», celle-ci recueille un franc succès, au point d’être la plus souvent éditée jusqu’au XIXe siècle. Losada Goya souligne que l’auteur y développe tout particulièrement sa critique à l’encontre du clergé, ce qui n’est en rien surprenant si l’on considère ses préférences confessionnelles. Signalons que la première partie porte par erreur le millésime de 1520, ce qui a induit bien des errements dans plusieurs catalogues et autres OPAC…
Mais le libraire parisien cherche à exploiter davantage le filon, et il sort, cette même année 1620, une traduction française de son Lazarillo (La Vie de Lazarillo de Tormes: Losada Goya, 39, p. 64 et suiv.). Il reprend pour ce faire la traduction de Pierre Bonfons («M.P.B.P.») pour la première partie, et fait traduire la seconde, à savoir la «Continuation» de Juan de Luna, par Vital d’Audiguier le Jeune.
L’édition parisienne en espagnol de 1620 a apparemment été bien diffusée dans le royaume, puisque nous en connaissons des exemplaires conservés non seulement à Paris, mais aussi à Amiens, Dijon, Lyon, Nancy, Troyes (prov. Hennequin) et Versailles (prov. Morel-Fatio). Les bibliothèques de Besançon et de Rouen en conservent chacune un exemplaire à l’adresse de Saragosse, Pedro Destar, 1620 – très certainement une fausse adresse, destinée en principe à faciliter la diffusion de l'édition parisienne au-delà des Pyrénées. D’autres exemplaires sont signalés dans les bibliothèques allemandes (Berlin, Halle, Wolfenbüttel, etc.) et italiennes, ainsi qu’à Londres.
La carrière internationale du Lazarillo ne se limite pas au seul royaume de France, mais il circule, voire il est imprimé en langue espagnole à l’extérieur de la Péninsule, comme nous l’avons dit pour l’Italie (à Milan). Madame Kasparova, qui a étudié la présence de la littérature espagnole dans les bibliothèques de Bohême à l’époque moderne, signale ainsi:
La bourgeoisie aussi appréciait cette littérature, puisque l'on trouve dans l'inventaire du maire de la Vieille ville de Prague Jiři Jan Reissmann, en 1694, la notice en tchèque Hystorye o Lasarylovi – Histoire de Lazarille. La Vida de Lazarillo se trouve aussi dans la bibliothèque des Lobkowicz de Roudnice dans une édition plantinienne de 1595 [Netherlandisch Books, 18259] (3).
De même, le Lazarillo est aussi traduit dans les principales langues européennes, parfois à partir non pas de l’original, mais du français comme langue source.
La conjoncture de la librairie est très porteuse en France au lendemain des Guerres de religion, tandis que la littérature espagnole jouit d’une influence considérable dans le royaume: un réfugié sans moyens, comme Juan de Luna à Paris, saura mettre à profit cet environnement pour s’assurer, en remplissant un rôle d’«intermédiaire culturel», les ressources indispensables à sa survie. Dans le même temps, il cherche, par ses dédicaces, à se mettre sous la protection de plusieurs très hauts personnages de la cour royale susceptibles de pencher du côté protestant. 
Quant à Juan de Luna, il se marie à Paris, où il poursuit une carrière de publiciste en même temps que d’agent diplomatique. En définitive pourtant, des personnages comme Luna, qui sont très profondément croyants, finissent probablement par réaliser que, chez les grands à l’ombre desquels ils cherchent à faire carrière, la foi n’est pas toujours le premier argument déterminant telle ou telle prise de parti: en France notamment, les rapports avec la monarchie et la recherche de la faveur princière, la compétition entre les grandes familles, les intrigues de cour continuelles (nous sommes sous une régence) et les complots avec l’étranger finissent par pousser notre émigré espagnol vers d’autres rives, qu’il imagine plus accueillantes. Le Luna à Londres en 1621, où il finit par s’établir à demeure, où il cherche à obtenir un poste de pasteur dans l’Église wallonne (au sein de laquelle se regroupent les francophones issus de l’émigration)… et où il continue à publier. Il décèdera dans la capitale anglaise en 1645.

Notes
(1) Sabina Collet Sedola, «Juan de Luna et la première édition de l’Arte breve», dans Bulletin hispanique, 79 (1977/1), p. 147-154 (avec d’importantes informations biographiques).
(2) Fille de René de Rohan et de Catherine de Parthenay, Henriette de Rohan est la sœur de Henri de Rohan (1574-1638): les Rohan sont alliés aux Albret, et les Parthenay sont une puissante famille du Poitou ayant fait le choix de la Réforme. Cousin de Henri IV, Henri de Rohan épouse la fille de Sully, et poursuit une brillante carrière militaire. Il est de fait le chef du parti protestant après 1610, mais devra s’exiler, et trouvera la mort au service du duc de Saxe-Weimar à la bataille de Rheinfelden (1638). La fille de Juan de Luna naît à Paris en 1618, elle est baptisée par le pasteur Samuel Durand (Durant), tandis que son parrain est François comte d'Orval (le propre fils de Sully) et sa marraine Anne de Rohan.
(3) Jaroslava Kasparová, «La littérature espagnole du XVIe siècle et ses lecteurs tchèques des XVIe et XVIIe siècles», dans Revue française d’histoire du livre, 112-113 (2001), p. 73-105. L’auteur publie (p. 101) une ill. de la page de titre de l’éd. en fr. du Lazarillo (Paris, Antoine Coulon, 1637), dans l’exemplaire ayant appartenu à la bibliothèque des Jésuites de Cheb (Eger) en 1672. Pour la première trad. en alld, cf E. Herman Hespelt, « The first german translation of Lazarillo de Tormes », dans Hispanic Review, 4-2 (1936), p. 170-175. La première éd. cataloguée par le VD17 date cependant de 1617 (VD17, 23:271778H).

dimanche 3 février 2019

Une "case study" très signifiante: le "Lazarillo de Tormes" (mi XVIe-XVIIe s.)

La publication de l’anonyme Vie de Lazarillo de Tormes, sortie en Espagne en 1554, est véritablement pour l’historien du livre un cas idéaltypique, en ce qu’elle permet d’illustrer de manière assez fascinante un certain nombre de points importants touchant ce domaine d'études –sans oublier l’histoire des littératures, puisque le Lazarillo est considéré comme le texte fondateur du «roman picaresque», que la discussion se poursuit s’agissant de l’identité de l’auteur tout comme de la chronologie de la rédaction et du premier mode de circulation du texte (par des copies manuscrites?), et que le titre a très vite connu une diffusion européenne.
Premier point: le petit texte (quelques dizaines de feuillets) bouge, et d’une manière sensible, d’une édition à l’autre. Donné en langue vernaculaire, il est publié à quelques mois d’intervalle, avec des variantes, dans quatre villes des territoires espagnols, Alcalá de Henares (Losada Goya, 38) (1), Burgos (chez J. De Junta), Medina del Campo et Anvers –cette dernière édition étant la seule munie d’un privilège, en l'occurrence un privilège impérial (cf cliché).
Lazarillo, Anvers, 1554
Plusieurs autres éditions sont données dès l’année suivante, notamment à Anvers, dans laquelle le texte primitif est augmenté d’une «continuation»: celle-ci semble cependant n’avoir recueilli qu’un médiocre succès, de sorte que seul son premier chapitre sera généralement reproduit, en manière de conclusion à la première partie du Lazarillo (aboutissant à un ensemble de huit chapitres au total).
Deuxième point: cette problématique du texte interfère avec celle de son contrôle. Dans les royaumes d’Espagne en effet, le rôle du Conseil de l’Inquisition suprême et générale monte en puissance à partir de 1483, et le Conseil multiplie les édits d’interdiction après 1521, décisions regroupées dans le premier Index espagnol de 1551. Or, le Lazarillo de Tormes présente nombre de passages critiques envers l’Église, par ex. à propos des Indulgences: rien de surprenant à ce qu’il figure comme tel dans le grand Cathalogus librorum qui prohibentur de Fernando Valdés de 1559.
Comme des exemplaires continuent pourtant d’en être importés, une nouvelle édition expurgée  sortira dans la capitale de Madrid en 1573 (Lazarillo de Tormes castigado). Elle est l’œuvre de López de Velasco (vers 1534-1598), lequel explique avoir corrigé le texte initial pour le rendre acceptable par l’Église, et en avoir retiré l’essentiel de ce qui avait été introduit par la «Continuation»:
«Quoique l’ouvrage fût prohibé en ces royaumes, on le lisait et imprimait constamment au dehors. C’est pourquoi, avec la permission du Conseil de la Sainte Inquisition et du Roi notre Sire, nous y avons corrigé certaines choses pour lesquelles il avait été prohibé, et en avons enlevé toute la seconde partie, laquelle n’étant point du premier auteur, a paru fort impertinente et insipide» (trad. de Valentine Castellarin).
La présence espagnole en dehors de la Péninsule ibérique explique que des éditions en espagnol soient aussi données à l’extérieur, par exemple à Milan en 1587 (La Vida de Lazarillo de Tormes), et à Bergamo dix ans plus tard. On notera une particularité significative: la Bibliothèque de Nîmes conserve un exemplaire de l’édition italienne de 1587, provenant de la bibliothèque de l’érudit protestant Guillaume Ranchin (1559-1605): nous retrouverons bientôt cette problématique propre à un livre toujours sulfureux et à son rapport à la Réforme.
Enfin, le troisième point concerne la question des transferts culturels, pour un titre qui devient très vite un succès européen, peut-être aussi grâce au rôle central joué par la place d’Anvers. En 1560, l’ouvrage est en effet traduit en français, probablement par Jean Garnier de Laval, et publié à Lyon par Jean Pullon, dit de Trin, pour le libraire Jean Saugrain. La traduction a été établie sur une édition sortie en 1555 chez Guillermo Simon à Anvers, mais A. Rumeau a montré que les compositeurs lyonnais avaient très probablement travaillé sur le manuscrit du traducteur et que, en cas de difficulté, ils ne s’étaient pas reportés au texte original (2). Une deuxième édition, donnée à Paris chez Jean Longis et Robert Le Magnier l’année suivante, fait quant à elle l’objet d’un privilège royal : or, elle reprend le texte de Lyon, mais en camouflant plus ou moins habilement le piratage de manière à se faire passer faussement pour l’édition originale protégée…
D’autres éditions du texte en espagnol ou en français sortiront, notamment à Paris chez les Bonfons à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle, avec une montée en puissance des présentations bilingues publiés dans une perspective d’apprentissage de la langue. La première est donnée en 1601 par «M.P.B. Parisien», un cryptonyme que l’on identifie très généralement avec le nom de Pierre, fils du libraire Nicolas Bonfons, et elle se présente précisément sous forme de traduction bilingue –donc, dans une perspective d’apprentissage de la langue. Elle sera reproduite chez Bonfons en 1609, tandis que sort en 1615, chez Jean Corrozet, une nouvelle édition bilingue, beaucoup plus soignée que la précédente, édition reprise dès 1616.
Une nouvelle édition sort encore, avec privilège du roi, à Paris chez R. Boutonné en 1620 (Losada Goya, n° 39). Cette édition, reprise en 1623 et en 1628, est aussi diffusée sous la fausse adresse de Saragosse (P. Destar), très certainement pour échapper aux contrôles des importations de librairie étrangère en Espagne. Elle a été préparée par une personnalité très remarquable, celle de Juan de Luna, sur laquelle nous nous réservons de revenir dans notre prochain billet. Une édition en français paraît la même année, à la même adresse, dans laquelle la première partie du Lazarillo reprend la traduction de M.P.B.P., tandis que la seconde est signé «L.S.D.», un cryptonyme que l’on a proposé d’attribuer à Vital d’Audignier.

Note
(1) Les numéros de notices renvoient au manuel de José Manuel Losada Goya, Bibliographie critique de la littérature espagnole en France au XVIIe siècle: présence et influence, Genève, Droz, 1999. Donne la bibliographie complémentaire. L'hypothèse reste ouverte, de savoir s'il a éventuellement existé des éditions du Lazarillo antérieures à 1554.
(2) Losada Goya, ibid., p. 59. A. Rumeau, «La première traduction du Lazarillo: les éditions de 1560 et 1561», dans Bulletin hispanique, 82 (1980/2), p. 362-379.

jeudi 15 novembre 2018

Vient de paraître...

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Vient de paraître:
«Maudits livres». La réception de Luther & les origines de la Réforme en France [catalogue d'exposition],
Paris, Bibliothèque Mazarine, Éditions des Cendres, 2018,
339 p., ill.
ISBN 978-2-86742-280-5 

À l’automne 1518, un an après la publication des 95 thèses (voir par ex. ici), la pensée de Luther pénètre pour la première fois en France, sous la forme d’un recueil de textes publié à Bâle. Les œuvres du réformateur commencent ainsi par être importées dans le royaume; elles circulent et y sont lues; elles seront bientôt réimprimées et traduites, mais aussi contestées, condamnées et parfois détruites.
Elles rencontrent en France les aspirations d’une société traversée d’inquiétudes depuis la fin du Moyen Âge, gagnée par de nouvelles sensibilités religieuses, tentée par la contestation des autorités, et séduite par de nouveaux modes de lecture et d’enseignement. Entre 1518 et la fin du règne de François Ier, s’ouvre une période intense d’explorations et de questionnements. Certains événements contribuent à médiatiser la figure de Luther et à crisper les positions: sa condamnation par la Sorbonne et par le Parlement de Paris (1521), l’«Affaire des placards» (1534), l’apparition de Calvin, la création de l’Index des livres interdits (1544). Les dissensions se font fractures, et les voies moyennes, tentées par un Lefèvre d’Étaples ou une Marguerite de Navarre, deviennent impossibles à tenir. Le mot «luthérien» se charge négativement, et son imprécision autorise désormais tous les amalgames…
Un demi-siècle après l’invention de l’imprimerie, avant que la Renaissance ne laisse place aux Guerres de Religion, le livre est à la fois l’acteur principal et un témoin privilégié de ces bouleversements. Imprimeurs et libraires perçoivent le formidable potentiel éditorial de la polémique luthérienne, et oscillent entre raison commerciale, prudence, et engagement personnel. Pour endiguer la diffusion des textes désormais définis comme hérétiques, on invente des dispositifs de contrôle de plus en plus redoutables à défaut d’être efficaces: les livres devenus maudits mènent à l’exil ou au bûcher leurs auteurs, imprimeurs et lecteurs.
Exposition organisée par la Bibliothèque Mazarine en partenariat avec la Société d’Histoire du Protestantisme français.

L’ouvrage publié comprend les soixante-dix-huit notices détaillées des pièces exposées à la Bibliothèque Mazarine, pièces réparties en six sections dont chacune est introduite par une monographie scientifique.

Sommaire
Préface, par Yann Sordet
Introduction, par Hubert Bost
I- De nouvelles sensibilités, de nouveaux textes, de nouvelles lectures, par Frédéric Barbier
Notices 1 à 11
II- 1518-1521: Luther à Paris, par Florine Lévecque--Stankiewicz
Notices 12 à 24
III- Réactions: défenses et ruptures, par Geneviève Guilleminot-Chrétien, et par Yves Krumenacker
Notices 25 à 31
IV- Luther en français avant Calvin, par Marianne Carbonnier-Burkard et Olivier Millet
Notices 32 à 56 V- Entre Luther et Calvin: les années 1540, par Marianne Carbonnier-Burkard et Olivier Millet
Notices 57 à 69
VI- La légende noire de Luther, par Yves Krumenacker
Notices 69 à 78
Chronologie
Bibliographie sommaire
Index nominum et locorum
 
Commissaire de l'exposition: Florine Lévecque-Stankiewicz
Direction scientifique: Frédéric Barbier, Marianne Burkard-Carbonnier, Geneviève Guilleminot-Chrétien, Florine Lévecque-Stankiewicz, Yves Krumenacker, Olivier Millet, Yann Sordet

lundi 24 septembre 2018

Colloque et exposition sur les origines du protestantisme

La réception de Luther en France et en Europe, et les origines de la Réforme
12-13 novembre 2018

JOURNÉES D'ÉTUDE

Lundi 12 novembre
(83 boulevard Arago, 75014 Paris) 

Luther en Junker Jörg, par Lucas Cranach l’Ancien,
panneau sur bois
Schloßmuseum Weimar.
LES DÉBUTS DU LUTHÉRANISME EN EUROPE ET DANS LE MONDE
13h30 (1) voir note en bas de page
14h30: Ouverture, par Isabelle Sabatier, présidente de la SHPF
14h40: Imprimeurs-libraires aux origines de la Réforme en Italie. Andrea De Pasquale (Bibliothèque nationale centrale, Rome)
15h10: Humanisme monacal, piété, Réformation: les débuts de la «librairie» luthérienne en Europe danubienne. István Monok (Académie des sciences de Hongrie)
15h40: Discussion et pause

16h10: Infectés et suspects: les livres luthériens de Jacques II d’Angleterre (Maria-Luisa Lopez-Vidriero, Bibliothèque royale, Madrid)
16h40: La «France Antarctique» et la «Confession de la Guanabara»: guerre de religion et bataille des mots en Amérique du Sud (1555-1560). Marisa Midori Deaecto (Université de Sao Paulo) 

Mardi 13 novembre
Bibliothèque Mazarine (23 quai de Conti, 75006 Paris)

LA RÉCEPTION DE LUTHER EN FRANCE

10h00: Accueil, par Yann Sordet, directeur de la Bibliothèque Mazarine
Présidence: Hubert Bost (président de l’EPHE)
10h10: La réception de Luther à Paris entre 1518 et 1521. Florine Levecque-Stankiewicz (Bibliothèque Mazarine)
10h40: La réception de Luther par le jeune Calvin. Christoph Strohm (Université de Heidelberg)
11h10: Discussion et Pause

11h40: La nation germanique d'Orléans et sa bibliothèque. Frédéric Barbier (EPHE)
12h10: Luther en littérature: Marot, Marguerite de Navarre, Rabelais. Olivier Millet (Sorbonne Université)
12h40 – 14h : Pause

Présidence: Pierre-Olivier Léchot (doyen de l’Institut protestant de théologie de Paris
14h00: Luther dissimulé dans les «Simulachres de la mort» des frères Frellon (1542). Marianne Carbonnier-Burkard (SHPF)
14h30: L’illustration des premières traductions de l’Ancien Testament par Luther (1523-1524) et son influence à travers l’Europe. Max Engammare (Librairie Droz)
15h00: Volcyre de Sérouville, Pierre Gringore et le duc Antoine Le Bon: des livres lorrains contre les abusés luthériens. Yann Sordet (Bibliothèque Mazarine)
15h30: Discussion et Pause

16h00: Luther dans les premières éditions du «Catalogue des livres censurez». Geneviève Guilleminot-Chrétien (BnF)
16h30: Les débuts de la légende noire de Luther. Yves Krumenacker (Université de Lyon)
17h00: Discussions

18h30 : Inauguration de l’exposition
(Bibliothèque Mazarine, 14 novembre 2018 – 15 février 2019) 

Entrée libre dans la limite des places disponibles
Réservation: contact@bibliotheque-mazarine.fr

(1) À 13h30, pour ceux qui le souhaitent, découverte du fonds Ricœur à la Bibliothèque de l'IPT, sous la direction de Monsieur Marc Boss, responsable du fonds Ricœur.

lundi 16 avril 2018

En 1495, le voyage de Compostelle

Le petit livret consacré par Hermann Künig aux routes de Compostelle et publié probablement par Prüss et Grüninger à Strasbourg peu après 1495, est, sous sa forme modeste, d’une richesse extrême, tant pour l’histoire du livre que pour celle des voyages, des pèlerinages et des transferts culturels:
Wallfahrt und Strass zu St. Jacob, [Strasbourg, Johann Prüss et Johann (Reinhard) Grüninger, post 26 juill. 1495] (GW, M 16476).
Quelques remarques préliminaires: l’opuscule se présente en format in-quarto, et il compte douze feuillets non chiffrés, dont une image du pèlerin, laquelle est répétée trois fois. Nous connaissons un seul exemplaire conservé de cette petite brochure, à la Bibliothèque nationale de Berlin (accessible en ligne).
L’auteur est un moine de l’abbaye de Vacha, une petite ville située sur la Werra, à l’ouest de la Thuringe: Vacha est une étape sur l’un des principaux itinéraires européens, celui de la Via regia conduisant de la région du Rhin et du Main vers l’est de l’Europe, par Eisenach, Erfurt et Leipzig, le grand marché des foires. Künig lui-même est un servite de Marie, qui apparaît ponctuellement dans les sources d’archives, et qui aurait peut-être accompli son pèlerinage en 1486 –mais nous tiendrions bien plutôt pour les années 1495-1496, puisque le voyageur mentionne qu’Amboise abrite le tombeau du fils du roi de France, et que le dauphin Charles Orland est précisément décédé, à l’âge de trois ans, à la fin de l’année 1495 au château d'Amboise…Plus tard, le tombeau sera transporté à la cathédrale de Tours.
L’ouvrage serait donc publié au plus tôt en 1496: on pourrait s’étonner qu’il sorte des presses d’un atelier strasbourgeois, donc assez éloigné de la Thuringe, mais, d’une part, la capitale de l’Alsace constitue l’un des grands centres de typographie en Europe à la fin du XVe siècle; d’autre part, Künig ne serait peut-être jamais rentré à Vacha, et il se serait arrêté plus à l’ouest; enfin, en tout état de cause, la clientèle visée par les éditeurs est celle des pèlerins allemands, dont un grand nombre passe évidemment par le Long pont (lange Brücke) traversant le Rhin à Strasbourg.
La présentation se fait en deux temps: à l’aller, l’auteur décrit la «route d'en-haut» (Oberstraße), qui conduit d’Einsiedeln, en Suisse, à Chambéry, puis à Valence, avant de poursuivre vers l’Espagne. Pour le retour en revanche, il propose la «route d'en-bas» (Unterstraße), qui remonte d’Espagne vers Bordeaux, Tours, Paris et Bruxelles, pour aboutir enfin à Aix-la-Chapelle. Le circuit permet de visiter les plus grandes églises de pèlerinage en dehors de Rome et de l’Italie: Einsiedeln, mais aussi Saint-Martin de Tours, sans oublier Aix-la-Chapelle ni, bien sûr, Compostelle.
Le récit est très bref, et se concentre d’abord sur les églises et autres lieux de dévotion, sur l’itinéraire (avec la présence des ponts, etc.), et sur les conditions matérielles du voyage: l’auteur fait souvent allusion aux dangers qui guettent le pèlerin isolé, il mentionne l’existence des auberges et des «hôpitaux», il donne parfois son avis sur l’accueil qui s'y trouve réservé, et il attire l’attention sur les taxes et autres octrois, et sur les problèmes de change. Parfois, il rapporte une légende, par exemple à propos du Mont Pilate, sur le lac des Quatre Cantons, et du cadavre supposé de Pilate qui y aurait été transporté: la piété la plus sincère n’entre nullement en contradiction avec des formes de pensée naïves et qui touchent au surnaturel païen…
Certes, on est parfois quelque peu perplexe devant le caractère succinct de l’information: sur la route du retour, le pèlerin arrive à Burgos. En quittant la ville par la porte Saint-Nicolas, il prendra à droite à la bifurcation, et «arrivera directement à Strasbourg» –soit un itinéraire de quelque 1400 km sans plus de précisions.
Mais trois éléments nous retiendront plus particulièrement. D’abord, le gîte: dès lors qu’il sort des pays germanophones, le voyageur est content de trouver des auberges «allemandes» sur sa route. Que Genève soit une ville «propre» semble déjà acquis à la fin du XVe siècle, mais il faut surtout prendre gîte dans la première maison hors la ville, chez Peter von Freiburg (Fryburg)
où tu trouves à boire et à manger en suffisance,
et où, en plus, l’hôte t’aidera pour toutes tes affaires. L’image de saint Jacques est suspendue à gauche de la porte d’entrée.
Le deuxième ordre de remarques concerne les noms de lieu: notre voyageur remonte depuis Bordeaux, et arrive sur la Loire, mais la graphie parfois surprenante des toponymes déroute le lecteur moderne. C'est que le texte rend compte de ce que le voyageur a entendu, avec l’accent d’outre Rhin. Il rentre d’abord à Thorß (Tours) (1), que l’on appelle en welch (en roman) Thuron, et d’où l’on peut gagner directement la Lorraine. Dans l’immédiat, il faut remonter la Loire, passer par Amboß (Amboise), puis gagner Blese (Blois) et par plusieurs autres villes que l’auteur ne détaille pas. La dernière de celles-ci accueille la cour d’un évêque –probablement Meung, possession des évêques d’Orléans– et on y recevra peut-être une aumône. Et, enfin, c’est Orliens (Orléans) une «belle ville».
On ne peut pas passer sous silence le commentaire sur Paris, en cette toute fin du XVe siècle:
Après cela, tu arrives bientôt à Paris, / Cette ville où se rendent tous ceux qui veulent devenir savants
Dans les arts, ou dans le droit canon et romain. / Sur la terre, je n’ai jamais vu une ville semblable.
On devine l’admiration de Künig, même si celui-ci confond et si l’enseignement du droit romain est en réalité interdit à Paris –mais se pratique à Orléans, où il n'en a pourtant rien dit, non plus que des Allemands membres de la Natio Germanica.
Notre dernière remarque concerne les difficultés du voyage à l’étranger: l’auteur souligne à plusieurs reprises combien il faut être attentif à ne pas se faire gruger, et l’impossibilité de se faire comprendre explique, n’en doutons pas, son attention à signaler les «bonnes auberges» entendons celles tenues par des compatriotes de confiance. Sur la route du retour, il y a comme un soupir de soulagement, lorsqu’il s’agit d’arriver en Lorraine (à Metz, ou à Widersdorf = Vergaville), et
Là, tu pourras parler avec les gens.
Enfin!...
Un document exceptionnel, bien loin de l’Itinéraire de Breydenbach et de ses compagnons et dont le propos est complètement différent: c’est un petit opuscule, que l’on pourra se procurer en route en passant par Strasbourg, pour un prix raisonnable, et que l’on emportera sans complications. Bien sûr, il est inutile d’y insister, mais il est bien clair que ces pèlerins sans grandes ressources et exposés à tous les risques d’un voyage lointain, sont désormais alphabétisés, et suffisamment acculturés pour que l’imprimé leur soit devenu un objet d’usage relativement banal...

1) Rappelons que la prononciation de l'allemand est accentuée, et que les s finaux ne sont pas muets. Le voyageur a peut-être lu Tours, et il transcrit Thorss. Il faut aussi tenir compte du rôle du compositeur strasbourgeois. Plus loin, nous lirons pareillement Stampoß (Étampes), avant d'arriver à Hamyens (Amiens), après avoir quitté Paris par le nord.

samedi 17 mars 2018

Conférence d'histoire du livre

 
École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 19 mars 2018
16h-18h
La bibliothèque de la "Nation Germanique"
de l'université d'Orléans (fin)
par
Monsieur Frédéric Barbier
directeur d'études

Reliure aux armes de la Nation Gemanique d'Orléans (© Médiathèque d'Orléans)

La conférence donnera aussi l’occasion d’évoquer la figure d’un intermédiaire culturel appartenant au petit monde du livre : Pierre Trepperel, lequel exerce comme libraire juré de l'université d'Orléans.
Fils du libraire parisien et marchand grossier en soie Jean (II) Trepperel, il est apparenté aux familles de libraires Janot, Le Noir et de Marnef. En 1545, Trepperel exerce à Angers, cette adresse apparaissant sur une édition à son nom du Théâtre des bons engins de Guillaume de La Perrière. Mais, dès avant le 3 août 1547, il est établi libraire à Orléans, où il succède en 1558 au libraire François Gueiard en qualité de receveur général de l'université. Trepperel travaille aussi de manière occasionnelle en association avec l'imprimeur orléanais Éloi Gibier.
Calviniste, il signe un acte de soumission au roi le 8 août 1570, mais, d'après le témoignage du juriste strasbourgeois Johann Wilhelm Botzheim, il est massacré lors de la Saint-Barthélemy (fin août 1572), alors même qu'il entre dans une église pour abjurer. Les actes de l'université confirment son décès à la date du 8 oct. 1572. Sa veuve se remarie avec le libraire Jean Courtin.

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mercredi 6 décembre 2017

Soutenance de thèse de doctorat

 Avis de soutenance de thèse de doctorat

Monsieur Qinghua LIU
soutiendra publiquement ses travaux de thèse intitulés
Missions et chrétientés en transition:
la paroisse urbaine de Pékin au XVIIIe siècle

Les travaux ont été dirigés par Monsieur Jean-Robert Armogathe

La soutenance est prévue pour le
vendredi 08 décembre 2017,
à 9h00

Lieu : Maison des Sciences de l'Homme, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris,
salle EPHE AS1-09 (1er sous-sol, salle 9)

Jury
MM Jean-Robert ARMOGATHE, École Pratique des Hautes Études, directeur de la thèse
Luca GABBIANI, École française d’Extrême-Orient, pré-rapporteur
M. Vincent GOOSSAERT, École Pratique des Hautes Études, examinateur
M. Nicolas STANDAERT, Université catholique de Louvain, pré-rapporteur
 
Résumé :
Ce travail présente une histoire sociale de la paroisse du Beitang à Pékin.
La première partie montre l’évolution de la paroisse, depuis son émergence en 1688 dans la Cité impériale à sa fermeture en 1827. Après avoir rappelé les services rendus à la Cour par les jésuites suivant leurs divers «métiers», nous avons analysé la situation des jésuites de Pékin après 1773, au moment de la crise de la Compagnie en Europe et en Chine.
Les lazaristes arrivèrent en 1785 dans une situation de chaos où se trouvaient les jésuites et leur succédèrent à la Cour des Qing. À la suite des révoltes et des crises de l’Empire, l’état de la mission à Pékin devint de plus et plus fragile, et se posa alors le problème du maintien des chrétientés fragmentées avant l’expulsion des lazaristes par l’empereur mandchou.
La seconde partie illustre la constitution d’un réseau, d’une structure et de la vie religieuse d’une paroisse urbaine. En mettant en lumière la coopération de tous les membres de la paroisse, on voit comment cette communauté a pu établir et maintenir une église, une maison charitable et un séminaire dans la société locale. On y voit une religiosité chrétienne sous une forme française; mais d’autre part, elle rejoint également la tradition des diverses religions chinoises.
Nous avons présenté les formes de la piété, les missionnaires, les procureurs, les clergés indigènes et les laïcs dans toutes leurs fonctions pour former une paroisse active au centre ville, dans l’exercice de sa vie religieuse. Avec une liste des livres sacrés et livres de morale chrétiens de langue chinoise, les confréries et les laïcs jouèrent un rôle important dans cette vie, dans le contexte de la Révolution française où le nombre de missionnaires envoyés en Chine était particulièrement réduit.
Communiqué par Monsieur Liu.

vendredi 24 novembre 2017

Conférence d'histoire du livre

Miklós Zrínyi, par Elias Wideman, 1652
École normale supérieure (Ulm)
Labex TransferS
Institut d’histoire moderne et contemporaine

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 27 novembre 2017
16h-18h
Transferts et modernité dans la théorie politique du XVIIe siècle:
Miklós Pázmány et le jeune Miklós Zrínyi
par
Monsieur István Monok,
professeur à l’Université de Szeged,
directeur général des Archives et Bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie,
professeur invité étranger à l’École normale supérieure (Labex TransferS)

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26). Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Cette conférence est la quatrième et dernière de la série présentée sur le thème
«Les transferts culturels à l’œuvre: culture française, librairie et pratiques de lecture en Hongrie royale de la fin du XVe siècle aux années 1680»
par Monsieur Monok durant son séjour parisien. 

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

vendredi 17 novembre 2017

Conférence d'histoire du livre

Ex libris de Balthasar Batthyány
 École normale supérieure (Ulm)
Labex TransferS
Institut d’histoire moderne et contemporaine

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 20 novembre 2017
16h-18h
Étude de cas: Balthasar Batthyány, ou l’humanisme de la Réforme à travers les textes français
par
Monsieur István Monok,
professeur à l’Université de Szeged,
directeur général des Archives et Bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie,
professeur invité étranger à l’École normale supérieure (Labex TransferS)

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26). Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Cette conférence est la troisième d'une série de quatre conférences  présentées sur le thème
«Les transferts culturels à l’œuvre: culture française, librairie et pratiques de lecture en Hongrie royale de la fin du XVe siècle aux années 1680»
par Monsieur Monok durant son séjour parisien. 

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

samedi 11 novembre 2017

Conférence d'histoire du livre

Nouveau Testament hongrois, 1541
 École normale supérieure (Ulm)
Labex TransferS
Institut d’histoire moderne et contemporaine

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 13 novembre 2017
16h-18h
Humanisme et piété dans les lectures en Hongrie au début du XVIe siècle
par
Monsieur István Monok,
professeur à l’Université de Szeged,
directeur général des Archives et Bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie,
professeur invité étranger à l’École normale supérieure (Labex TransferS)

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26). Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Cette conférence est la seconde d'une série de quatre conférences  présentées sur le thème
«Les transferts culturels à l’œuvre: culture française, librairie et pratiques de lecture en Hongrie royale de la fin du XVe siècle aux années 1680»
par Monsieur Monok durant son séjour parisien. 

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mardi 7 novembre 2017

Conférence d'histoire du livre

École normale supérieure (Ulm)
Labex TransferS
Institut d’histoire moderne et contemporaine

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

Mardi 7 novembre 2017
14h-16h
Livres français, lecteurs hongrois, années 1470-1680:
introduction à la problématique, aperçu sur les sources, mise en place de la chronologie
par
Monsieur István Monok,
professeur à l’Université de Szeged,
directeur général des Archives et Bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie,
professeur invité étranger à l’École normale supérieure (Labex TransferS)

Lieu: École normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, salle de conférences de l’Institut d’histoire moderne et contemporaine (escalier D, 3e étage).

La conférence est publique, dans la limite des places disponibles. Elle ouvre une série de quatre conférences publiques présentées sur le thème
«Les transferts culturels à l’œuvre: culture française, librairie et pratiques de lecture en Hongrie royale de la fin du XVe siècle aux années 1680» par Monsieur Monok durant son séjour parisien. 

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

vendredi 27 octobre 2017

Nouvelle publication

Ex oriente amicitia. Mélanges offerts à Frédéric Barbier à l’occasion de son 65e anniversaire, éd. Claire Madl, István Monok,
Budapest, Magyar Tudományos Akadémia Könyvtár és Információs Központ, 2017,
420 p., ill.
(«L’Europe en réseaux. Contributions à l’histoire de la culture écrite, 1650-1918», VII).
ISBN, 978-963-7451-31-7

István Monok, «Frédéric Barbier, un historien du livre qui sait où se trouve l’Europe centrale»
Sándor Csernus, «Naissance d’un adage flexible et aujourd’hui de retour: ‘la Hongrie, rempart de la chrétienté’»
Attila Verók, «Der Bibliothekskatalog als historische Quelle für die Ideengeschichte? Realität, Schwirigkeiten, Perspektiven, an einem Beispiel aus Siebenbürgen»
Ágnes Dukkon, «Le cheminement dans l’Europe des XVIe et XVIIe siècles du Calendrier historial, un type de publication populaire»
Ildikó Sz. Kristóf, «Anthropologie dans le calendrier: la représentation des curiosités de la nature et des peuples exotiques dans les calendriers de Nagyszombat (Trnava), 1676-1773»
István Monok, «L’aristocratie de Hongrie et de Transylvanie aux XVIIe et XVIIIe siècles et le ‘livre pour tous’»
Martin Svatos, «La Bibliotheca bohemica et la Nova collectio scriptorum rerum Bohemicarum de Magnoald Ziegelbauer, OSB. Un regard extérieur sur l’histoire et l’historiographie du royaume de Bohème »
Marie-Élisabeth Ducreux, «Qu’est-ce qu’un propre des saints dans les « pays de l’empereur » après le concile de Trente? Une comparaison des livres d’offices liturgiques imprimés aux XVIIe et XVIIIe siècles»
Claire Madl, «Langue et édition scolaire en Bohême au temps de la réforme de Marie-Thérèse. Retour sur une grande question et de petits livres»
Olga Granasztói, «Éloge du roi de Prusse. Les connotations politiques d’un succès de librairie: la Hongrie et la Prusse entre 1787-1790»
Olga Penke, «La traduction hongroise de La Nouvelle Héloïse. Un transfert culturel manqué»
Doina Hendre Biró, «Le contexte politique et les conditions d’achat de l’ancienne imprimerie des jésuites par Ignace Batthyány, évêque de Transylvanie»
Andrea Seidler, «Aubruchstimmung. Die Gründung des preßburgischen Ungarischen Magazins (1781-1787). Versuch einer Dokumentation»
Norbert Bachleitner, «Die österreichische Zensur, 1751-1848»
Eva Mârza, Iacob Mârza, «Le catalogue de la bibliothèque des thélogiens roumains de Budapest, 1890-1891»

lundi 23 octobre 2017

Conférences d'histoire du livre

Samedi 4 novembre 2017, à 14h.
Soutenance de la thèse de doctorat de
Monsieur Yves Le Guillou, conservateur à la Bibliothèque nationale de France.
Sujet: Topographie d'une bibliothèque. Les livres de Julien Brodeau, avocat au Parlement de Paris (1583-1653) (résumé ici).
Jury: Mmes et MM Frédéric Barbier, directeur d’études à l’EPHE, directeur de recherche au CNRS, directeur de la thèse; Pierre Bonin, vice-président à la Recherche, professeur à l’Université de Paris I; Emmanuelle Chapron, professeur à l’Université d’Aix-Marseille; Marisa Midori Deaecto, professeur à l’Université de Sao Paulo, pré-rapporteur; Robert Descimon, directeur d’études à l’EHESS, pré-rapporteur; Jean-Claude Waquet, directeur d’études à l’EPHE.
Lieu: Bibliothèque nationale de France, quai François Mauriac, auditorium 70.
La soutenance est publique.

Lundi 6 novembre 2017, à 17h.
Conférence publique d’histoire du livre
Lire et traduire De la démocratie en France, de François Guizot» (détails ici),
par Madame Marisa Midori Deaecto, professeur d’Histoire du livre à l’Université de Sao Paulo, professeur invité à l’École nationale des chartes.
Lieu: École nationale des chartes, 65 rue de Richelieu, 75002 Paris, salle Léopold Delisle (attention: l’inscription en ligne est obligatoire).

Mardi 7 novembre 2017, à 14h.
Conférence publique d’histoire du livre
Livres français, lecteurs hongrois : introduction à la problématique, aperçu sur les sources, mise en place de la chronologie,
par Monsieur István Monok, professeur à l’Université de Szeged, directeur général des Archives et Bibliothèques de l’Académie des sciences de Hongrie, professeur invité étranger à l’École normale supérieure (Labex TransferS).
Lieu : École normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, salle de conférences de l’Institut d’histoire moderne et contemporaine.
La conférence est publique, dans la limite des places disponibles. Elle inaugure une série de quatre conférences publiques présentées sur le thème
«Les transferts culturels à l’œuvre : culture française, librairie et pratiques de lecture en Hongrie royale de la fin du XVe siècle aux années 1680» par Monsieur Monok durant son séjour parisien.

mardi 12 septembre 2017

À travers l'Archipel grec

Une visite dans ce qu’il est convenu d’appeler l’«Archipel», autrement dit les îles grecques de la mer Égée et notamment les Cyclades, attire l’attention du voyageur sur plusieurs points.
D’abord, la facilité apparente de communications. Il est bien évident que le cadre physique, les produits éventuellement disponibles (bois, pierre, etc.), déterminent nombre d’aspects de la vie matérielle des habitants. Il est moins évident de considérer que ce même cadre peut orienter des dispositions intellectuelles et favoriser ou non la curiosité, les capacités d’invention, etc. Dans cette «mer semée d’îles» (Choiseul), où l’on n’est pratiquement jamais hors de vue d’une côte, les échanges et les transferts sont de longue date tout particulièrement nombreux. On prendra d’autant plus facilement la mer qu’il s’agit toujours de pratiquer une forme de cabotage, et que la circulation par voie de terre est rendue très difficile par le relief complexe qui est celui de la plupart des îles. Même si le vent est défavorable, on trouve facilement à se mettre à l’abri en attendant qu’il tombe, ou qu’il tourne.
Sous Oia, l'échelle d'Amoudi... et sa route d'accès
Ces îles sont peuplées dès l’époque néolithique (bon nombre de noms ont une origine antéhellénique). Jusqu’au IIIe millénaire, la navigation se fait par pirogues ou par radeaux, mais la civilisation cycladique innove, avec le travail du cuivre et de la poterie, avec un nouveau type d’embarcations, à une douzaine de bancs de rameurs… et avec les débuts de l’écriture pictographique. Les navires plus importants seront, en revanche, une innovation continentale (mycénienne), tout comme le sera le Linéaire A.
Mais les oppositions sont là: certaines îles sont favorisées, et d’autres non. Santorin est la plus proche de la Crète. Si la rade est évidemment très calme, la présence de la falaise abrupte de la caldera complique considérablement les échanges entre le niveau de la mer et celui des habitations. Les «échelles» (scala) effectivement accessibles y sont très rares, à l’image de celle de la ville préhistorique d’Akrotíri, plus encore de la crique d’Amoudi, en-dessous du bourg d’Oia. Amoudi a joué un rôle majeur dans le commerce des Cyclades, comme en témoignent les maisons des armateurs aujourd’hui encore préservées. Si l’on ajoute que Santorin n’a pratiquement pas de ressources propres en eau potable (elle était en partie fournie, jusque dans les années 1960, par des bateaux-citernes expédiés d’îles plus fortunées), on comprend que l’île soit, en fait, assez peu hospitalière.
Ancien chemin creux près de Melanès
Remontons vers le nord. À Naxos, la plus grande des Cyclades (412 km2), c’est un paysage tout différent devant lequel nous sommes: bien située au centre de l’Archipel, toute proche de l’île de Paros (à 5 km à peine) et des Petites Cyclades, l’île bénéficie de rades abritées, notamment à l’ouest. L’essor de l’activité commerciale explique que Naxos et, même si dans une moindre mesure, Paros, prennent rang parmi les cités grecques ayant connu le monnayage le plus précoce. Elle possède aussi des ruisseaux, certes pour la plupart asséchés pendant l’été, mais qui favorisent l’implantation humaine: on estime que le quart de la surface de l’île est effectivement cultivable, et encore nombre d’anciennes terrasses sont aujourd’hui à l’abandon. Choiseul, lorsqu’il pénètre à l’intérieur de l’île, admire
des vallées délicieuses arrosées de mille ruisseaux, et des forêts d’orangers, de figuiers et de grenadiers. La terre par sa fécondité semble prévenir tous les besoins de ses habitans; elle nourrit une infinité de bestiaux, de gibier. Le blé, l’huile, les figues et le vin y sont toujours abondans. On y recueille aussi la soie. Tant d’avantages l’avoient fait nommer par les anciens la petite Sicile (Voyage pittoresque, I, p. 41-42).
Le culte de Demeter, la déesse des récoltes, est d’ailleurs répandu à Naxos comme à Paros, les olivier sont omniprésents, tandis que le vin de Naxos est effectivement réputé depuis l’Antiquité –Dionysos / Bacchus lui-même n’a-t-il pas été élevé dans l’île? Naxos possède du bois, denrée bien rare dans les îles: la vallée de Melanès, c'est étymologiquement l'équivalent de Vallombreuse. Mais Naxos a aussi de belles carrières de marbre, même si celui-ci est moins réputé que celui extrait de Paros.
L’histoire de Naxos est tout particulièrement marquée par la domination vénitienne: à la suite de la Quatrième Croisade, en effet, l’Archipel est dévolu à la Sérénissime et constitué par l’empereur en duché, dont Naxos devient la capitale. Les dynasties des Sanudo (Marco Sanudo) et de leurs successeurs y règnent du début du XIIIe siècle jusqu’à la conquête de l’île par les Ottomans en 1537, tandis que Naxos est devenue siège d’un archevêché catholique après la chute de Rhodes, et qu’elle possède un collège de Jésuites en 1626 –avec une bibliothèque. Un couvent de Capucins est aussi bientôt fondé, où descendront en 1835 Ludwig Ross et ses compagnons, lorsqu’ils parviennent dans l'île après une traversée de trois heures à peine depuis Delos.
La vieille ville de Naxos est dominée par le castro vénitien, résidence du duc, et elle conserve un certain nombre de belles maisons patriciennes, mais les seigneurs feudataires ont aussi élevé des «tours vénitiennes», comme sièges de leur pouvoir, dans les localités de l’intérieur. On sait que l’essentiel de cette structure féodale se perpétue en effet à l’époque ottomane. Pour Ross, en 1835, la colline du castro est le «Faubourg Saint-Germain» de Naxos, où sont établis les descendants de la «noblesse latine» et le clergé catholique –même si le nombre des fidèles est alors considérablement diminué. C’est un ancien dragon italien, entré dans les ordre, qui tient alors le couvent capucin (mais il reçoit aussi pour ses services 800 francs par an du Gouvernement français). Quant aux grecs orthodoxes, ils sont installés entre le pied de la colline et le port.
Voyage pittoresque de la Grèce, Vue de la ville de Naxia
La présence du catholicisme n’est pas non plus sans faciliter les échanges avec l’Europe occidentale, tandis que les escales régulières des navires favorisent encore les transferts et rétrotransferts, dont le vocabulaire vient témoigner (par ex. καστέλι, pour castello, etc.). Que conclure, en définitive, face à un paysage culturel aussi complexe? D’une part, la possibilité de naviguer assez facilement, à la rencontre des continents asiatique, africain et européen, et les ouvertures et autres échanges qui peuvent s’ensuivre. Mais, à l’inverse, la tension toujours présente: l’insularité est aussi vecteur d'isolement et d’identité, et Naxos a été des années durant, pendant l’Antiquité, l’adversaire résolue de Paros…

B. Slot, Archipelagus turbatus. Les Cyclades entre colonisation latine et occupation ottomane, c. 15001718, Istanbul 1982.
Vitalien Laurent, «La Mission des jésuites à Naxos de 1627 à 1643», dans Échos d’Orient, 33 (1934), p. 218-226 et 354-375; 34 (1935), p. 97-105, 179-204, 350-367 et 472-487 (donne une bibliographie complémentaire).