Affichage des articles dont le libellé est Paris. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Paris. Afficher tous les articles

samedi 13 décembre 2014

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études,
IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 15 décembre 2014
16h-18h

Une histoire du livre et de la librairie à Paris (3):
l'Ancien Régime (1)
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études


Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage, salle 115). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux.
Accès les plus proches (250 m. à pied)
Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare.
Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

samedi 6 décembre 2014

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études,
IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 8 décembre 2014
16h-18h

"Une histoire du livre et de la librairie à Paris (2) :
les XIVe-XVIe siècles"

par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études

A l'Hôtel de Saint-Pol, Pierre Salmon remet au roi un exemplaire de son livre des Dialogues (1409) (BnF, fr 23279)

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage, salle 115). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux.
Accès les plus proches (250 m. à pied)
Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare.
Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

dimanche 30 novembre 2014

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études,
IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 1er décembre 2014
16h-18h

"Une histoire de la librairie parisienne (1)"

par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études
Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage, salle 115). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux.
Accès les plus proches (250 m. à pied):Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare.
Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

samedi 29 mars 2014

Conférence d'histoire du livre: la librairie à Paris au XIXe siècle

École pratique des hautes études,
IVe section

Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 31 mars 2014

16h-18h
La librairie parisienne sous surveillance (1815-1848)
par
Madame Marie-Claire Boscq,
docteur de l'Université de Versailles-
Saint-Quentin-en Yvelines

Les galeries de bois au Palais-Royal, 1820: à gauche, la librairie Dentu
Au temps des dernières monarchies françaises, les diffuseurs d’écrits, imprimeurs en lettres et libraires, font l’objet d’un contrôle serré, orchestré par l’administration de la Librairie. Imprimeurs et libraires doivent être titulaires d’un brevet signé par le roi, titre professionnel personnel. Le brevet est l’instrument-clé du contrôle (à l’entrée en exercice et, ultérieurement, par la menace d’une suppression en cas de condamnation). Les inspecteurs de la Librairie et les commissaires de police contrôlent ateliers et boutiques, s’assurent du respect des procédures et vérifient que les ouvrages diffusés ne sont pas contraires à l’ordre établi et porteurs de subversion. Les lois promulguées au cours des trois règnes définissent, en matière de publications, les crimes et délits passibles de sanctions et les peines afférentes (amendes et emprisonnement). L’étude de la surveillance de la librairie de 1814 à 1848 souligne les hésitations du pouvoir, entre liberté de publication et censure.

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2013-2014. Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg). Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand). 
Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

jeudi 13 mars 2014

Autour de Paris aux 18e et 19e siècles: les libraires en "villégiature"

Dès le XVIIe et de plus en plus au cours du XVIIIe siècle, les représentants de la noblesse et certains membres de familles aisées séjournent dans des «villégiatures» proches de Paris. L’ouest de la capitale est tout particulièrement apprécié: il bénéficie non seulement de  la proximité des villes (Versailles, Saint-Germain-en-Laye) et des résidences (Marly-le-Roi) royales, mais aussi de la relative facilité de circulation (la route de Paris à Versailles est l’une des plus passantes du royaume), sans oublier l’agrément d’un paysage souvent pittoresque, ni le fleuve lui-même et ses méandres.
Il est particulièrement frappant de voir, au XVIIIe siècle, un certain nombre de représentants parisiens des professions du livre séjourner eux aussi hors la ville, soit en faisant l’acquisition de propriétés plus ou moins importantes, soit en utilisant des biens appartenant plus anciennement à leur famille. Bornons-nous à mentionner, pour ne pas quitter l’ouest de Paris, la famille des Saugrain, installée à Poissy: la collégiale de Poissy conserve aujourd'hui une pierre tombale portant leur patronyme (cliché 1).
Si, en principe, on s’installe dans ces «campagnes» pour quelques jours au moins, et en général pour quelques semaines, il devient possible, à la fin du XVIIIe siècle, d’y faire éventuellement une excursion de la journée.
Par ailleurs, les événements liés à la Révolution bouleversent quelque peu les hiérarchies traditionnelles: nombre de familles de la «librairie ancienne» disparaissent, tandis que de nouveaux venus s’imposent parfois rapidement, alors même que la quantité des biens immobiliers mis sur le marché atteint des sommets à la suite  des confiscations... Mais nous restons plus sur le modèle ancien de la villégiature aux portes de la ville, que sur le celui de la future banlieue.
Le XIXe siècle est le temps du changement, mais celui-ci ne se fait pas de manière linéaire. L'essor des voies ferrées (et celui de la circulation à vapeur sur la Seine) joue bien entendu, un rôle stratégique, puisque les trajets prennent désormais quelques dizaines de minutes, mais la mutation est antérieure, et quelques exemples privilégiés montrent que le modèle du «pendulaire», autrement dit de celui qui travaille à Paris mais qui, parfois, passe la soirée à la campagne, se rencontre déjà sous la Restauration.
Les Levrault ont une maison de librairie à Paris, rue de la Harpe, dès les années 1800. Lorsque Caroline Levrault, née en 1798, épouse en 1822 Jean-Charles Pitois (†1843), celui-ci va prend bientôt la direction des «affaires» dans la capitale. Mais ce qui nous intéresse ici, c’est, dans une perspective d'anthropologie historique, le genre de vie du jeune ménage qui, en ville, s'installe d'abord rue de l’Est, non loin du quartier traditionnel des libraires. En 1826, alors que son mari travaille toujours à Paris, «Caroline et les enfants» passent l’été à Bagneux, où ils ont d’ailleurs des connaissances, et où la vieille Madame Levrault vient aussi auprès sa fille et de ses petits enfants. Le premier objectif est de faire séjourner les tout jeunes enfants à la campagne (l'air pur, les nourritures saines!), mais Caroline s’inquiète aussi pour son mari:
Je suis seulement peinée de voir que Pitois est si seul, et qu’il vit entièrement du restaurant (…). Marie [une jeune voisine, dans la même situation?] ne se plaît guère ici, et rentre toutes les semaines [à Paris] pour passer deux jours à mettre son ménage en ordre (3 juillet 1826).
Heureusement, le trajet de Paris à Bagneux est suffisamment court pour permettre au libraire de venir à l’occasion passer une nuit sur place. Plus tard (1834-1835), on sera volontiers l'été à Sceaux, avant de louer, pour 800 f. par an, une maison à Issy, où il est également possible de venir pour la soirée. Pitois écrit à sa belle-mère, le 18 juillet 1835:
Ce soir (…) à 5h.1/2, je me sauve à Sceaux embrasser mes chères. J'en ai assez de cette semaine, mais je suis satisfait de tout ce que j'ai accompli…
Mieux, à l’image des banlieusards et autres pendulaires d’aujourd’hui, nous le voyons même profiter du trajet pour travailler sur des dossiers urgents: dans une lettre de l’été précédente (17 juillet 1834), il indique qu’il s’est plongé dans deux manuscrits du chanoine Schmidt, le principal auteur à succès de la maison:
En voici encore deux, La colombe et La guirlande de houblon que j'ai relus ce matin à Sceaux et dans le trajet. La Guirlande est surtout un très bon livre (…) Le style m'en paraît aussi assez soigné…
L’irruption du chemin-de-fer, avec le Paris-Saint-Germain et les deux lignes Paris-Versailles (1837) annoncent les changements radicaux: c’est la banlieue au sens moderne du terme, celle où l'on habite à demeure, qui va bientôt se développer, d’abord dans la petite couronne, et progressivement de plus en plus loin. Les opérations immobilières profitables se mulitplient le long des nouvelles voies de communication, tandis que, sous le Second Empire, il devient même financièrement intéressant de «délocaliser» –à l’image de Paul Dupont, qui installe son usine d’imprimerie à Clichy en 1867 (cliché 2). La banlieue va alors complètement changer d’apparence, et l’agglomération, de mode de fonctionnement: avouons que, pour nombre d'entre elles, ces agréables «villégiatures» anciennes n'évoquent plus guère, pour nous,... la villégiature.

mercredi 29 janvier 2014

Conférences dhistoire du livre

 École pratique des hautes études,
IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre


Lundi 3 février 2014 

14h-16h
La librairie scolaire et l'espace urbain
à Paris au XVIIIe siècle
 par
Madame Emmanuelle Chapron,
maître de conférences à l'Université de Provence,
 membre de l'Institut universitaire de France,
chargée de conférences à l'EPHE 

16h-18h  
Du nouveau sur les bibliothèques Mazarine(s):
localisations, aménagement, décor (1642-1974)

par
Monsieur Yann Sordet,
directeur de la Bibliothèque Mazarine

 
 Une relecture des sources de l’histoire du palais Mazarin et l’examen de nombreux documents inédits permettent aujourd’hui de proposer une chronologie précise des localisations successives des bibliothèques parisiennes de Mazarin, de l’hôtel de Clèves au site actuel, en passant par l’hôtel de Chevry-Tubeuf (devenu le siège historique de la Bibliothèque nationale de France). Cette enquête renouvelle la connaissance du décor de la grande «bibliothèque des colonnes» et identifie les acteurs responsables de sa mise en place (1648) et de son transfert, désormais daté en toute certitude de mai à août 1668.
Le rôle des architectes Pierre le Muet et Maurizio Valperga est discuté. On révèle la part prise par plusieurs artisans, notamment les menuisiers de talent Pierre Dionys, collaborateur du peintre Charles Errard dans les années 1640-1660, et Jean Charon, qui réajusta le décor dans le palais conçu par Le Vau pour le nouveau Collège Mazarin. Les résultats de cette enquête conduite par Yann Sordet ont récemment fait l’objet d’une publication dans le cadre d’un colloque international consacré au décor des bibliothèques de l’âge classique (Actes sous presse). 
On revient à cette occasion sur l’interprétation classique selon laquelle la Mazarine introduit en France le modèle architectonique de la bibliothèque moderne, on interroge les principes qui ont présidé à son aménagement, et on la confronte aux modèles qui ont inspiré son dessin: l’Escorial (1563-1584), l’Ambrosiana (1609), la Barberiniana (1630), la bibliothèque inachevée de Richelieu (1642). 
On évoque également les circonstances qui auraient pu entraîner soit sa disparition, soit une modification significative de son décor. Certaines sont connues (périls sur les structures dès le XVIIe siècle, projets haussmaniens à partir de 1853), mais la plupart sont inédites (proposition de supprimer les colonnes en 1666, volonté d’acquisition par le duc de Nevers en 1668, ou projets de mise en peinture à partir de 1966). La séquence continue des transformations ou destructions auxquelles, depuis le XVIIe siècle, la Mazarine a échappé parfois in extremis, tend à montrer que les décors des bibliothèques sont peut-être plus vulnérables que les livres. 

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux, où l'on peut notamment s'informer et se procurer les livrets du Programme des conférences 2013-2014. Accès les plus proches (250 m. à pied): Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare. Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg). Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand). 
Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mercredi 11 décembre 2013

Soutenance de thèse en histoire du livre

Soutenance de thèse en histoire du livre

Marie-Claire Boscq soutiendra sa thèse de doctorat,
préparée sous la direction de Jean-Yves Mollier,
sur
La librairie parisienne sous surveillance (1814-1848).
Imprimeurs en lettres et libraires sous les monarchies constitutionnelles
  le jeudi 12 décembre 2013 à 14h30

Jury : Mmes et MM
Frédéric Barbier, directeur d’études à l’EPHE, directeur de recherche au CNRS (Ens/ Ulm), membre de l’Institut d’études avancées de l’université de Strasbourg,
Christine Haynes, professeur à l’université de Charlotte (Etats-Unis), pré-rapporteur,
Jean-Dominique Mellot, conservateur en chef à la Bibliothèque nationale de France,
Jean-Yves Mollier, professeur à l’université de Versailles- St-Quentin, directeur de la thèse,
Elisabeth Parinet, directeur d’études à l’Ecole nationale des chartes, pré-rapporteur,
Jean-Claude Yon, professeur à l’université de Versailles- St-Quentin, directeur de la thèse

La soutenance est publique. Elle aura lieu à l’université de Versailles- Saint-Quentin, bâtiment d’Alembert, salle des thèses, 57 bd d’Alembert, 78280 Guyancourt.
Le quartier des libraires, à Paris, avant Haussmann
Marie-Claire Boscq situe son étude sur la surveillance de la librairie au temps des dernières monarchies françaises, de 1814 à 1848, dans Paris intra-muros. Les textes fondateurs de Napoléon Ier (décret du 5 février 1810) et de Louis XVIII (loi du 21 octobre 1814) constituent en effet le socle de la surveillance, avec la création de ces deux institutions majeures que sont, d’une part, l’administration chargée de la gestion et de la surveillance du commerce des écrits (la « librairie ») et, d’autre part, l’instauration d’un brevet professionnel obligatoire pour tout imprimeur en lettres et libraire tenant boutique. S’y ajoute la mise en place d’un numerus clausus pour les imprimeurs typographes.
L’étude se divise en trois parties.
La première s’attache aux conditions d’obtention du brevet, véritable sésame d’«entrée en librairie», que suit une analyse quantitative et qualitative des 1800 brevetés parisiens de la période (analyse conduite sur la base des dossiers de brevets conservés aux Archives nationales). La deuxième partie s’intéresse aux «armes de la surveillance»: d’une part, son cadre légal et réglementaire et, de l’autre, les hommes chargés du contrôle, inspecteurs de la librairie et commissaires de police. La surveillance en action est l’objet de la troisième partie: contrôle des professionnels et contrôle des ouvrages. Les écrits contraires à l’ordre politique, religieux ou moral du moment sont dénoncés et les professionnels poursuivis. Les condamnations prononcées à leur encontre sont nombreuses et peuvent être lourdes (amendes et prison). La presse périodique et le théâtre ne sont pas pris en compte dans cette étude.
En conclusion, entre liberté de publier annoncée par les Chartes et censure inavouée, cette étude souligne les hésitations du pouvoir monarchique que trahissent les inflexions politiques des différents gouvernements (communiqué par M.-C. Boscq).

jeudi 3 octobre 2013

En relisant le Journal de Gide

Les travaux récents d’histoire littéraire –et d’histoire du livre– insistent souvent sur le rôle stratégique des réseaux de sociabilité, tout comme sur celui des pratiques, des lieux où l’on se retrouve, etc. Nous parlions tout récemment de Madame de Staël et du «salon de l'Europe» que celle-ci tenait à Coppet. Le fait est particulièrement sensible au fil des pages quand nous reprenons la lecture du Journal d’André Gide, notamment s’agissant du réseau du Mercure de France, et de son directeur, Alfred Vallette. Prenons un florilège de citations. Chaque fois, Gide part pour un certain nombre de courses dans Paris:
5 janvier 1907: «Première étape aux bureaux du Mercure ; il s’agit d’obtenir un bureau de tabac pour la veuve d’Emmanuel Signoret; j’ai déjà parlé de cela à Fontaine; la demande qu’elle doit adresser au ministère doit sera appuyée de quelques signatures choisies; c’est ce choix que nous déterminons, Vallette et moi…»
Ou, comment les littérateurs et leurs éditeurs travaillent, dans les bureaux mêmes de la revue, à bien d’autres choses qu’à écrire et à publier. Mais on aurait tort d’analyser l’épisode sous son seul aspect négatif: l’amitié joue ici un rôle central, en l’occurrence celle envers Emmanuel Signoret, poète admiré de Gide, mais décédé alors qu’il n’avait même pas trente ans.
Nouveau témoignage d’amitié deux ans plus tard, à l’occasion de la disparition de Charles-Louis Philippe, lui aussi poète, mais aussi romancier, et l’une des figures majeures de passeurs lors des débuts de La NRF. Charles-Louis Philippe décède à 35 ans, à la fin de 1909, et le Mercure est un temps transformé en succursale d’une agence funéraire –ou, le deuil et les cérémonies liées au deuil comme moment d’amitié et, plus largement, de sociabilité (en définitive, Gide est tellement atteint par la nouvelle qu’il n’ira pas à la levée du corps):
Mercredi [22 décembre] 1909: «Au Mercure de France, où l’édition des œuvres de Lucien Jean qu’il devait préfacer reste en souffrance; pendant que je cause avec Vallette, Chanvin écrits quelques lettres de deuil…»
Poursuivre les amis dans la ville est aussi à l’ordre du jour, en 1912:
12 novembre 1912: «Stupide emploi de matinée [hier]. (…) Au Mercure, ou je n’ai pas trouvé Vallette (je rapportai le volumes des Prétextes, corrigé pour un nouveau tirage); puis à La NRF, où je n’ai pas trouvé Rivière; puis rue d’Assas, où je n’ai pas trouvé Schlumberger…» [Jean Schlumberger, l'un des fondateur de La NRF].
Une quinzaine d’années plus tard, l’environnement est pratiquement le même:
5 janvier 1928: «Puis [passé à la] NRF; puis Mercure. Plaisir à causer avec Vallette, de grand bon sens et d’agréable bonhomie; je crois même de certain cœur». On appréciera cette dernière note, de la part d’une personnalité du monde des lettres, à l’égard d’une personnalité de celui de l’édition.
Mais ce qui nous frappe aujourd’hui plus particulièrement, c’est la dislocation, voire la disparition, de ces modes anciens de solidarités, sous la poussée de plusieurs phénomènes.
La topographie de la très grande ville en est un, les amis que l’on souhaiterait voir ne vivant plus, à Paris, dans un périmètre si étroit que le périple improvisé d'une adresse à l'autre soit encore possible.
La disparition des espaces de rencontre joue aussi son rôle: les maisons d’édition se sont transformées, et les revues, quand elles ont réussi à se survivre à elles-mêmes, n'interviennent plus de la même manière. Il y a une ou deux décennies, la Maison des sciences de l’homme, boulevard Saint-Germain à Paris, a certainement pu remplir cette fonction d’espace ouvert de sociabilité dans le domaine des sciences humaines, mais, là encore, la conjoncture a changé.
Enfin, les techniques de communication et l’économie générale des médias interviennent aussi: Proust communiquait déjà régulièrement par téléphone, Gide le fera bientôt lui aussi, mais l’irruption des médias de masse (radio et télévision), puis celle, plus récente, des nouveaux médias (SMS, courriels et autres systèmes construisant des réseaux sociaux) déplacent aussi en profondeur les pratiques de la sociabilité lettrée, voire de la sociabilité savante, et des configurations sociales les plus larges.
Autant de questions sur lesquelles l'historien ne peut manquer de s’interroger. Enfin, il est frappé par le rôle non seulement de ces «espaces», mais aussi de ces intermédiaires privilégiés, dont le rôle a été si grand, pour l’histoire de la littérature et des idées, à une époque donnée. Quelle histoire de la littérature traite, aujourd’hui, d’Alfred Vallette? André Suarès, constamment présent dans le Journal, est aujourd'hui oublié. Et combien d'autres? Nul doute, à nos yeux, qu’une enquête systématique appliquant les méthodologies de la théorie des réseaux au champ littéraire parisien du début du XXe siècle n’aboutisse à des résultats riches et signifiants.

jeudi 29 novembre 2012

Un programme de recherche

Les organes de presse paraissant dans une langue autre que la ou les langues du pays d'édition constituent un phénomène international à la fois important, ancien, mais toujours d’actualité, que quelques exemples permettent d’illustrer. À Londres, puis à Saint-Hélier sur l’île de Jersey, entre 1853 et 1856, L’Homme, Journal de la démocratie universelle, dirigé par Charles Ribeyrolles, s’adresse aux exilés du coup d’État du 2 décembre 1852.
Au même moment en France, les Galignani, éditeurs anglo-parisiens, diffusent leur quotidien en anglais, célèbre dans le monde entier, Galignani’s Messenger (1814-1890). Ailleurs, des périodiques en langues étrangères voient aussi le jour: certains naissent dans des communautés d’immigrés, comme La Estrella de Chile (1891) à Paris; d’autres se veulent des organes de communication transatlantique, tel El Correo de ultramar (1842-1886), également publié dans la Ville Lumière pour le marché hispano-américain. Aujourd’hui encore, le Buenos Aires Herald, A world of information in a few words, fondé en 1876, est toujours en vente dans la capitale argentine. En Birmanie, les voyageurs et les résidents étrangers peuvent, depuis quelques années, lire le Myanmar Times, Myanmar’s first international weekly. En Chine, les mêmes ont la possibilité de consulter China Daily, à Moscou ils achètent Moscow News et s’ils veulent pousser jusqu’à Oulan Bator ils y trouvent The Mongol Messenger.
Au petit jour, l'arrivé du train d'Irkoutsk dans la capitale mongole (voir: https://picasaweb.google.com/112490136752855584753/TranssiberienAout2010)



Ces titres sont, pour la plupart, les «oubliés» de l’histoire mondiale de la presse. Imprimés d’un type particulier, ils réclament qu’un regard nouveau soit porté sur eux. L’état des travaux, sur un corpus dont il est encore difficile de mesurer l’importance –en France, pour le seul XIXème siècle, plus de 500 périodiques en langues étrangères, actuellement recensés est à la fois embryonnaire et dispersé. Or, en dépit de leur nombre, de la qualité et de la pérennité de certains, la plupart de ces périodiques n’ont que peu ou pas attiré l’attention des chercheurs, que ce soit en France, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada, voire en Australie, tous, pourtant, pays d’immigration.
Les seules études s’attardant sur un petit nombre d’entre aux sont associées à des recherches portant sur des groupes de réfugiés politiques. Ces journaux et revues méritent, pourtant, d’être considérés en tant que tels, en tant qu’organes appartenant à l’histoire des presses nationales. Or, jusqu’ici, en raison de l’«étrangeté» de la langue dans laquelle ils sont rédigés, ils ont presque partout été laissés de côté, toutes les histoires de l’imprimé ayant essentiellement eu pour but de contribuer à l’édification de la saga nationale. Aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation, ne serait-il pas justifié de les envisager dans une optique transnationale? Ne serait-il pas stimulant, et peut-être fructueux, de constituer des équipes de chercheurs originaires de pays différents: des Latino-Américains et des Français, par exemple, afin d’étudier les quelque 80 journaux en espagnol ou les revues en portugais, publiés à Paris au XIXe siècle?
Au terme d’un travail initial de recensement et de mise au point d’une bibliographie raisonnée, une rencontre scientifique pourrait être organisée afin de comparer les résultats auxquels les différents membres du réseau seront parvenus, notamment autour des thèmes suivant: les types de publications, les hommes qui les ont initiées, les maisons d’édition ou de presse qui les ont lancées sur le marché, les langues dans lesquelles ces imprimés sont rédigés, les réseaux qui les ont portés, leur longévité, leur chronologie, leur contenu, leurs lecteurs, leur aire de diffusion…
Une première publication internationale pourrait alors être envisagée, qui tenterait de mieux cerner le rôle de ces organes dans le mouvement général de circulation des hommes et de leurs idées, de retracer dans leur complexité les transferts culturels auxquels ils donnent lieu, de comprendre les identités métissées auxquelles ils ont donné naissance, et, par là même de concevoir une histoire globalisante de la presse en langues étrangères et de sa circulation dans le monde.

Informations complémentaires:
Les collègues, enseignants et chercheurs, tout comme les étudiants, de toutes disciplines – historiens du livre, de la presse ou de l’immigration, spécialistes d’une aire culturelle spécifique, germanistes, hispanistes, anglicistes… intéressés par un tel projet, sont invités à rejoindre le réseau en se faisant connaître auprès de Diana Cooper-Richet, responsable de TRANSFOPRESS en collaboration avec Michel Rapoport, chercheurs au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (CHCSC) de l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.
Contact : transfopress@uvsq.fr
(communiqué par Diana Cooper-Richet).

mercredi 14 novembre 2012

Histoire et civilisation du livre, 2012

Vient de paraître:
Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, VIII (2012),
Genève, Librairie Droz, 2012, 424 p., ill.

POUR UNE HISTOIRE TRANSNATIONALE DU LIVRE, dossier réuni sous la direction de Martin Lyons et de Jean-Yves Mollier
L’histoire du livre dans une perspective transnationale, par Martin Lyons et Jean-Yves Mollier
Considérations brèves sur l’histoire du livre chinois dans une perspective transculturelle, par Jean-Pierre Drège
Pour une histoire européenne du livre et de l’édition : enseignements et perspectives, par François Vallotton
L’histoire du livre en Amérique du Nord, par Jacques Michon
L’Espace atlantique et la civilisation mondialisée: histoire et évolution du livre en Amérique latine, par Eliana Regina De Freitas Dutra
Book history in Africa: A historiography, par Élizabeth le Roux
Le livre dans les Indes Néerlandaises: un marché nouveau pour les Pays-Bas, par Lisa Kuitert
Le livre dans l’espace arabe: dimensions transnationales, par Franck Mermier
Book history in India, par Abhijit Gupta
Les libraires français en Russie au Siècle des Lumières, par Vladislav Rjeoutski
Les réseaux commerciaux d'une presse périphérique à l'aube de la Révolution : la Société typographique de Neuchâtel, par Frédéric Inderwildi
Paris et la présence lusophone dans la première moitié du XIXe siècle, par Diana Cooper-Richet
Romans et commerce de librairie à Rio de Janeiro au XIXe siècle, par Sandra Guardini Teixeira Vasconcelos
ÉTUDES D’HISTOIRE DU LIVRE
Le livre parisien en Hongrie et en Europe centrale (XVe-XVIIIe siècle), par István Monok
L’inventaire après décès de Marie Attaingnant : quelques aspects économiques à propos des imprimés parisiens de musique au XVIe siècle, par Olivier Grellety Bosviel
Fuir les mauvais livres : sur une bibliophobie de l’Église au Siècle des Lumières, par Joël Fouilleron
Un aperçu de « la vie des autres » : la police parisienne du livre et ses informateurs sous l’Ancien Régime, par Gudrun Gersmann
Journaux et livres : la lecture dans les aventures du reporter sans plume Tintin, par Michel Porret

LIVRES, TRAVAUX ET RENCONTRES
L’achèvement d’un grand chantier dédié au Livre et à son histoire: le Dictionnaire encyclopédique du livre (DEL), par Jean-Dominique Mellot
Le monde du livre face aux lois de copyright international au XIXe siècle: Grande-Bretagne, France, Belgique, Etats-Unis, par Marie-François Cachin et Claire Parfait
Comptes rendus:
Catalogus incunabulorum et librorum sedecimo saeculo impressorum qui in Bibliotheca Dioecesianae Sabariensis asservantur (István Monok); Régi magyarorszàgi szerzők (RMSz) [Anciens auteurs hongrois] (Làszló Szelestei Nagy); XVI–XVII a. lituanika (István Monok); Libri in vendita. Cataloghi librari nelle biblioteche padovane (Emmanuelle Chapron); Hungarian Printers’ and Publishers’ Devices, 1488-1800 (Gabor Balazs, Jean-Dominique Mellot).
Libri per tutti: Generi editoriali di larga circolazione tra antico regime ed età contemporanea (Raphaële Mouren); Édition et diffusion de l’Imitation de Jésus-Christ (1470-1800) (István Monok); Lorenzo Valla e l'Umanesimo bolognese (Raphaële Mouren); Les Écrits à Lyon au XVIIe siècle (Emmanuelle Chapron); Baroque en Bohême (Michel Espagne); Réseaux de l’esprit en Europe, des Lumières au XIXe siècle (Sabine Juratic); Le Rêve grec de Monsieur de Choiseul (Emmanuelle Chapron).
Lost Illusions (Sheza Moledina); Carte franceză în Moldova până la 1859 (Olimpia Mitric); 1911-2011. Gallimard. Un siècle d’édition (Frédéric Barbier); Merchants of Culture (Anthony Glinoër).

La revue Histoire et civilisation du livre est publiée depuis 2005. Le rédacteur en chef en est Frédéric Barbier (EPHE et CNRS). Le Comité de rédaction est composé de Mmes et MM
Catherine Bertho Lavenir (Paris III), Emmanuelle Chapron (Aix- Marseille), Jean-Marc Chatelain (Bibliothèque nationale de France), Roger Chartier (Collège de France), François Déroche (Institut de France), Jean-Pierre Drège (EPHE), Sabine Juratic (CNRS), Claire Lesage (Bibliothèque nationale de France), Michel Melot (Inventaire général), Jean-Dominique Mellot (Bibliothèque nationale de France), Jean-Yves Mollier (Versailles / St-Quentin-en Yvelines), Raphaële Mouren (ENSSIB), Daniel Roche (Collège de France), Yann Sordet (Bibliothèque Mazarine), Marie-Hélène Tesnière (Bibliothèque nationale de France), Dominique Varry (ENSSIB).

mardi 6 novembre 2012

Symposium: l'université et les livres

À l’occasion du cinquantième anniversaire des Presses de l’Université de São Paulo (EDUSP), la plus grande université du Brésil organise un symposium international consacré au thème «Université et édition». Le fait que ce qu’Henri-Jean Martin désignait élégamment comme le «petit monde du livre» soit étroitement lié à un autre «petit monde», celui des universités, est bien connu historiquement. Le symposium, organisé sous la responsabilité scientifique du professeur Deaecto donne une occasion de revenir sur cette problématique, tout en envisageant les évolutions actuelles, encore la typologie des différents modèles de presses universitaires, le rapport du public et du privé, etc.
Mais nous conserverons ici la perspective historique. La copie des manuscrits est des siècles durant restée chose de l’Église, pour les abbayes ou pour les chapitres cathédraux. On copie sur place les textes dont on pense avoir besoin, et qui seront ensuite tenus à disposition dans les différents bâtiments (l’église, les cellules des moines, l’infirmerie, le cloître et son école, etc., outre, bien sûr, le scriptorium ou la bibliothèque). Les collections laïques sont très rares, la principale étant peut-être, sous Charlemagne, celle du palais d’Aix-la-Chapelle, plus tard celles des différentes cours royales et autres.
Même si les manuscrits voyagent, nous le savons (on pourrait même dire, paradoxalement, qu’ils voyagent d’autant plus qu’ils sont plus rares), nous sommes dans une logique d’autoproduction, et il n’y a pratiquement pas de marché du livre au sens économique du terme.
La conjoncture change à partir du XIe siècle. Les causes générales sont connues: l’essor démographique, la montée des villes, le développement des échanges, la rationalisation politique progressivement à l’œuvre et –les universités. Par suite, la demande en formation élémentaire se fait pressante: il faut souvent, en ville, savoir lire, écrire et compter, et l’accès aux fonctions supérieures suppose une formation elle-même plus spécialisée.
À Paris, les maîtres investissent les pentes de la Montagne Sainte-Geneviève, tandis que les grands établissements religieux voient leurs écoles recruter davantage, que ce soit Sainte-Geneviève et Saint-Victor, ou l’école du cloître Notre-Dame. Au tournant du XIIe siècle, maîtres et étudiants s’organisent en corporation, l’universitas (universitas studiorum). Un siècle plus tard, la renommée des enseignements aurait attiré jusqu’à dix mille étudiants «immatriculés» dans la capitale du royaume…
Autorisée par la papauté, l’université est donc fondamentalement une corporation: elle n’assure pas de cours, elle ne fournit pas de services, mais elle apporte un statut et un certain nombre de garanties. L’enseignement, la mise à disposition de bibliothèques, voire le logement des étudiants et des professeurs, sont le fait d’autres structures, au premier chef les écoles et les nouveaux «collèges», dont le plus célèbre, pour Paris, est celui fondé par Robert de Sorbon en 1257: la Sorbonne, qui possède plus de mille volumes dans sa bibliothèque à la fin du XIIIe siècle.
Mais, avec l’université, c’est aussi une nouvelle économie du livre qui s’impose: il faut en effet fournir des manuels aux étudiants, sans parler du nécessaire d’écriture, parchemin, plumes, encres, cahiers, etc. Des professionnels s’établissent en ville, qui vont assurer ces services nouveaux: à Paris, les premières mentions datent du début du XIIIe siècle, lorsque Jean de Garlande explique, dans son Dictionarius, que le «parvis» de la cathédrale constitue le lieu où sont réunis ceux qui font commerce du livre «scolaire», alias du livre d’école.
Marque typographique de Bocard, à Paris, fin du XVe s.

Un siècle plus tard (1316), le contrôle de la corporation sur la nouvelle branche d’activités est assuré: libraires, copistes, enlumineurs, parcheminiers, relieurs, etc., tous appartiennent à l'université (ils sont ses «suppôts»). Ils prêtent serment devant le recteur dont ils suivent la procession, ils versent une caution importante, et ils doivent demeurer dans le périmètre, ou enclos, de l’université, qui correspond essentiellement au Quartier latin. En contrepartie, ils sont exemptés du guet et de l’impôt de la taille. Enfin, 
quatre jurés choisis par leurs pairs veillent au respect de la réglementation, qui concerne essentiellement le prix de location des livres et la correction des manuscrits.
Et, pour anticiper sur ce qui suivra: les historiens du livre le savent, les premiers typographes parisiens sont appelés eux aussi à l’initiative de l’université (1470), et celle-ci regroupe les professions liées à l’art nouveau qu’est l’imprimerie. En 1488 on dénombre parmi ses «suppôts» vingt quatre libraires jurés, quatre parcheminiers, quatre marchands et sept fabricants de papier, deux enlumineurs, deux relieurs et deux «écrivains»… La marque typographique de Bocard réunit les armes de la royauté, celles de l'université de Paris et celles de la ville, tandis que la légende proclame:
Honneur au roy et à la court! Salut à l'université dont notre bien procède et sourt [sort]! Dieu gart [garde] Paris la cité!
On le voit, avec notamment l’université (mais elle n'est pas la seule), c’est la logique du marché qui émerge dans le domaine du livre, selon une articulation qui s'impose pendant environ deux siècles. À partir du début du XVIe siècle en revanche, le lien se dénoue progressivement: si l’université subsiste en tant que corporation, elle perd le contrôle sur la branche, face à la concurrence montante de l’absolutisme royal. L’intérêt économique d’un privilège («imprimeur de l’université») devient lui-même limité, à une époque où l’essentiel de la production émanant de l’alma mater consiste en feuilles de programme et en positions de thèses, plus qu'en «librairie» à proprement parler manuels et autres livres scolaires sont publiés plus ou moins librement. La clientèle d’un important collège jésuite (par exemple à Dole), et surtout celle de l'administration (les imprimeurs du roi!), constitue désormais une manne autrement profitable…
Dans quelle mesure les presses universitaires actuelles sont indépendantes de la manne de l'argent public, c'est, parmi d'autres questions annoncées par le programme, ce que le symposium nous dira.
Séance d'ouverture du symposium

dimanche 21 octobre 2012

Un homme du livre... Née de La Rochelle (2)

Descendant de cette ancienne famille de notables et de gens de robe du Nivernais que nous avons présentée et dont certains ont eu des prétentions littéraires, le jeune Jean-François Née de la Rochelle est né à Paris le 9 novembre 1751. L’enfant aurait sans doute été destiné à une carrière juridique mais, après la mort de son père (1756), sa mère, Anne, se remarie avec l’un de ses cousins, le libraire parisien Jean-Baptiste Gogué, installé depuis 1761 quai des Augustins, puis rue du Hurepoix. Les Gogué sont eux aussi liés à la robe, puisque le père, lui aussi Jean-Baptiste, était commis au greffe de la Grand’Chambre du Parlement de Paris.
Gogué fait donner à l’enfant une éducation très complète, et, plus tard, ce sera naturellement chez lui que le jeune homme effectuera son apprentissage. Reçu libraire le 31 décembre 1773, Née de La Rochelle est d’abord associé à son beau-père, puis lui succède en 1786. Il est surtout connu de ses confrères comme tenant boutique de librairie ancienne (entendons, la librairie d’occasion et d’antiquariat), mais il édite aussi, et il écrit lui-même –nous y reviendrons. Il aurait été libraire de l’Université de Paris, de la Cour, des Économats de l’administration royale, et du Mont-de-Piété. Il exercera jusqu’en 1793, année où il cède son commerce à Jacques Simon Merlin, jusque là avoué en province. Nous restons dans cette logique de l'endogamie qui caractérise la librairie d’Ancien Régime, puisque Merlin avait épousé la sœur de Jean-François, Edmée Louise Née de La Rochelle: nous les retrouvons, en 1799, rue du Hurepoix.
À quarante ans à peine, notre ancien libraire retourne alors au «pays», certainement par goût personnel, certainement aussi pour échapper aux troubles qui parcourent alors la capitale. Il s’installe 10 quai Neuf de Loire à La Charité-s/Loire, acquiert des terres dans le plat-pays, et se consacre à la vie d’un notable de province dont les goûts intellectuels sont reconnus. «Agent de la commune», puis «président de la municipalité [du] canton et membre du Conseil d’arrondissement de Cosne», il est nommé en 1806 juge de paix à La Charité.
Son activité à ce poste semble pourtant l’occuper assez peu, et les reproches s’accumulent, au point qu’une enquête policière est diligentée. Les conclusions en sont bien peu favorables:
«[le juge] passait son temps en dehors de la Charité, où il ne se rendait que le samedi soir, [il] tenait son audience le lundi et repartait le même jour dans l’après-midi pour ne revenir qu’à la fin de la semaine». Selon l'habitude d’un officier d’Ancien Régime, Née estime sa charge à 20000f., et souhaite la céder à son greffier, à défaut à un tiers. Si son équité est reconnue, on regrette qu’il n’hésite pas à accepter toutes sortes de cadeaux. Un second rapport établi par le parquet de Cosne le 23 janvier 1827 est suffisamment défavorable pour qu’il soit mis en congé dès le 17 février. Pour couper court au scandale, le procureur du Roi s’emploie à obtenir sa démission, et aucune pension de retraite ne lui sera allouée. En 1823, le magistrat jouissait d’une honnête aisance, avec un revenu annuel de l’ordre de 3000 ll. (ce qui suppose une fortune de quelque 60.000 ll., sa charge lui rapportant moins de 1000 f.).
Née décèdera à La Charité le 16 février 1838: c’est à l’occasion de son acte de décès que nous apprenons qu’il était veuf d’une certaine Marie-Madeleine Foy. Les témoins venus déclarer le décès sont représentatifs du petit monde des notables balzaciens de province –le percepteur et le notaire. Née de la Rochelle ne laissant pas d’enfants, son héritier universel et exécuteur testamentaire est son neveu, le libraire parisien Romain Merlin. Celui-ci aura simplement à effectuer plusieurs legs: 300 f. à l’hospice, une rente viagère et des legs à des amis ou parents de La Charité ou de Clamecy.
La bibliothèque personnelle de Née de La Rochelle est vendue chez Silvestre le 14 janvier 1839, et le catalogue publié à cette occasion comprend une notice bio-bibliographique sur notre ancien libraire. La bibliothèque représente quant à elle 2452 notices, dont certains manuscrits. Figure en définitive bien caractéristique de son époque, Née de La Rochelle est surtout connu comme l’un des premiers «libraires érudits», et comme l’auteur notamment d’un certain nombre de travaux d’histoire du livre et de bibliographie. Nous y reviendrons dans un prochain billet.
Catalogue des livres de feu M. Née de La Rochelle…, Paris, R. Merlin, 1839. La Notice bio-bibliographique est reprise dans Romain Merlin, «Histoire littéraire: les bibliographes français, II. Née de La Rochelle (1)», dans
Revue bibliographique. Journal de bibliologie, d'histoire littéraire, d'imprimerie et de librairie, 1ère année, n° 1, Paris, Au bureau de la Revue bibliographique, 1839, p. 261-269 (ces deux titres sont disponibles sur Google Books).

mardi 2 octobre 2012

L'infosphère: à propos d'un article de géographie

Le géographe Henri Desbois a publié dans un numéro récent de la revue Historiens et géographes un article consacré à la problématique de l’articulation entre ville et systèmes d’information (Henri Desbois, «L’infosphère urbaine et la reconfiguration des imaginaires de la ville», dans Historiens et géographes, juill.-août 2012, n° 419, p. 159-163). Après avoir constaté que l’écriture était à l’origine une invention liée à la ville (chez les Égyptiens comme en Mésopotamie, en Chine ou dans l’empire Maya), l’auteur revient sur le rôle essentiel qui est celui de l’information par rapport au phénomène de la ville:
La ville est un lieu de concentration, d’échange et de traitement de l’information. La nature et la forme de cette information sont extrêmement variables. Elle peut être publique ou privée, savoir structuré ou opinion commune, complexe ou élémentaire, écrite ou orale, etc. Dès les origines de l’urbanisation, les villes ont vu émerger des techniques, des outils et des institutions dédiées au traitement de l’information. L’écriture, la monnaie, les bibliothèques en sont des exemples parmi les plus importants. L’information, qu’elle soit commerciale, scientifique, etc., est ainsi une composante de l’environnement urbain. Elle en est à la fois un élément immatériel, aussi constitutif de la ville que les bâtiments et les rues, et une force qui imprime sa marque sur les formes urbaines par les infrastructures et les équipements qui lui sont dédiés. On propose d’employer le néologisme d’«infosphère» pour désigner la part informationnelle de l’environnement urbain…
Ce ne sont pas les historiens du livre, encore moins les responsables de l’exposition sur la trajectoire du livre à Paris, qui s’élèveront contre une telle assertion (cf. réf. infra). Le concept d’«infosphère» viendrait ainsi en contrepoint de celui de «graphosphère» proposé en son temps par Régis Debray (Cours de médiologie générale, nelle éd., Paris, 2001), et dont la perspective se réfère plus à la chronologie: la graphosphère désigne le monde nouveau, et de plus en plus complexe, de concepts, de pratiques et de représentations, dans lequel les civilisations entrent dès lors qu’elles mettent en œuvre l’écriture, et où elles s’immergent progressivement selon que les signes graphiques envahissent tous les domaines de leur vie quotidienne.
Nous ne discuterons pas ici de l’intérêt d’un concept expressément conçu pour être utilisé dans le champ de la géographie (avec une dimension relative aux «représentations» de la ville dans le cinéma, dans la littérature, etc.). Nous soulignerons plutôt un aspect resté plus en retrait dans l’article de Henri Desbois, et qui n’en est pas moins fondamental pour l’analyse historique de l’infosphère: il s’agit de la question du ou des pouvoirs. Si l’infosphère est bien un élément constitutif de plus en plus important de la civilisation urbaine, nous pensons qu’elle constitue aussi un acteur central du pouvoir d’attirance de la ville (au moins, depuis l’époque moderne) et de sa domination sur une certaine géographie. Éclairons l’hypothèse par trois exemples.

Voici, d’abord, le célébrissime Dénombrement de Bethléem, mis en scène par Breughel dans un village de Flandre, en hiver (1556). Nulle part la moindre référence à l’écrit, si ce n’est avec ces officiers dépêchés de la «résidence» voisine, qui se sont installés à l’auberge (au premier plan à gauche de la scène) où, armés de leurs registres, ils font le recensement des habitants, de manière à lever les taxes. Le monde rural reste pratiquement tout en dehors de la civilisation écrite, laquelle apparaît, au contraire, comme le principal moyen d’enfermement, de contrôle et d’exploitation sur lequel les pouvoirs de la ville (ou, un temps, du château) appuient leur domination.
Le second exemple sera celui, bien connu, du jeune grec Adamantos Coraÿs, qui a quitté Smyrne pour l’Europe, et vient se former à la médecine à Montpellier, avant de s’installer à Paris à la veille de la Révolution. Ce qui le frappe avant tout, dans la capitale du royaume, c’est précisément la densité de l’infosphère, incomparable avec ce que connaissent alors les plus grandes ville de l’Empire ottoman –qu’il s’agisse d’information courante et d’échanges quotidiens, ou de recherche savante. Il s'adresse à un correspondant, en 1788:
Représentez-vous à l’esprit une ville plus grande que Constantinople, renfermant 800.000 habitants, une multitude d’académies diverses, une foule de bibliothèques publiques, toutes les sciences et tous les arts dans la perfection, une foule d’homme savants répandus par toute la ville, sur les places publiques, dans les marchés, dans les cafés où l’on trouve toutes les nouvelles politiques et littéraires, des journaux en allemand, en anglais, en français, en un mot, dans toutes les langues (…). Ajoutez à cela une foule de piétons, une autre foule portée dans des voitures et courant de tous côtés (…), telle est la ville de Paris!
Pour Coraÿs, l'infosphère est au cœur de la ville. Il revient sur le thème, deux ans plus tard:
Avez-vous jamais vu un ouvrier travailler sans outils? Et croyez–vous que les quatre ou cinq cents volumes que vous avez à peine à Smyrne (et encore tous grecs seulement) suffiraient à me fournir la matière qui est nécessaire à mon livre? Ici, outre la bibliothèque du juge [Clavier] chez lequel je demeure, j’ai encore [parmi mes amis] Villoisson et deux autres savants, dont les bibliothèques renferment huit ou dix mile volumes chacune. Et si je ne trouve pas, dans ce nombre, le livre qu’il me faut, j’ai la permission d’aller le demander à la Bibliothèque royale, qui possède 350 000 volumes…

Quant à notre troisième exemple, ce sera une carte, qui met en évidence l’existence d’infosphères dans lesquelles la spécialisation donne parfois à telle ou telle ville un statut hors de proportion avec son poids réel. C’est ce phénomène qui permet par exemple à Angoulême, de s’imposer aujourd’hui dans le domaine des salons relatifs à la bande dessinée, et dans le domaine plus général de l’économie de celle-ci. Le statut de l'infosphère dans l'histoire d'Angoulême est peut-être plus particulièrement favorable, il n'en reste pas moins que c'est un choix politique récent qui explique que cette ville moyenne de la province française voisine avec des métropoles mondiales comme Tokyo ou Séoul et Hong Kong, voire San Diego (en Californie).
Bien d'autres exemples significatifs viennent à l'esprit, mais ce n'est pas le lieu de les développer dans une note nécessairement brève. L’infosphère est à nos yeux un concept intéressant à explorer, notamment par l’historien du livre et des médias, et dans une perspective chronologique. La catégorie du «pouvoir» permettrait certainement de préciser l’analyse pour de futures recherches.

- La Capitale des livres. Le monde du livre et de la presse à Paris, du Moyen Âge au XXIe siècle [catalogue d’exposition], Paris, Paris-Bibliothèques / PUF, 2007, 339 p.
- Lettres de Coray au protopsalte de Smyrne Dimitrios Lotos…, éd. Mis de Queux de Saint–Hilaire, P., Firmin-Didot, 1880.
- Atlante della communicazione, dir. Fausto Colombo, Milano, Ulrich Hoepli, 2005, ici p. 121.

jeudi 5 juillet 2012

Encore les émigrés...

Jean-Yves Mollier, Bruno Dubot,
Histoire de la librairie Larousse (1852-2010),
Paris, Fayard, 2012, 736 p., ill.
ISBN 978 2 213 64407 3

Table des matières
Première partie
Aux temps de Pierre Larousse et d’Augustin Boyer
Deuxième partie
La librairie Larousse au temps de l’apogée du capitalisme familial (1895-1951)
Troisième partie
De la Librairie Larousse à l’intégration dans un groupe à vocation mondiale (1952-2010) Sources, bibliographie, index nominum

Deux thèmes évoqués par de récents billets semblent être d'actualité: il s'agit, d'une part, des monographies d'entreprise (la maison Mame, sur laquelle une véritable somme vient d'être publiée); et, d'autre part, du rôle des migrants dans l'économie du livre depuis le XVe siècle. Les deux thèmes se retrouvent dans une étude récemment parue: c’est en effet à Pierre Larousse et à sa maison que Jean-Yves Mollier et Bruno Dubot ont consacré un travail probablement définitif, et leur livre éclaire non seulement une page de l’histoire de l’édition française à la période contemporaine, mais aussi certaines caractéristiques qui sont propres à Paris à la même époque.
Bornons-nous à de dernier point. Paris est une ville qui vit de l’émigration (mais nos deux auteurs ont sans doute le tort de considérer implicitement que le phénomène ne daterait que de la fin du XVIIIe siècle, et qu’il se limiterait aux migrants intérieurs):
«Trois ensembles géographiques devaient en profiter [de l’ouverture des métiers du livre à l’époque de la Révolution]: la Normandie des frères Garnier, à cause du colportage ancien; la Champagne, des Ardennes de Louis Hachette au plateau de Langres de Diderot et d’Ernest Flammarion; et la Bourgogne de Pierre Larousse, d’Eugène Renduel et d’Armand Colin. Nourrissant la capitale des richesses de la province, (…) ces remues d’hommes et de femmes n’ont cessé de faire de Paris une ville où l’on s’installe plutôt que l’on y vient au monde, dans laquelle on transporte ses espoirs et à qui on lance des défis. Chez Pierre Larousse, que ses camarade surnommeront affectueusement «le bibliothécaire», il y aura de cela dans les années 1840…» (p. 22).
Rien ne prédisposait en effet, dans son bourg natal de Toucy, le jeune Pierre Larousse à une carrière dans la «librairie», mais son itinéraire illustre, au tout début de la monarchie de Juillet, le modèle de la réussite méritocratique à la française. Soutenu par l’instituteur en poste à l’école primaire de la localité, Larousse passe en effet le concours de l’École normale d’instituteurs de Versailles, où il décroche une des quatre bourses créées par le département de l’Yonne et où il entre à dix-sept ans, en 1834. Le voici nommé à Toucy, quatre ans plus tard.
Il n’y restera que peu de temps: le cadre d’action de l’instituteur d’une grosse bourgade comme la sienne est trop étroit à ses yeux, et Larousse est bientôt de retour à Paris, où il est auditeur régulier de nombre de cours et conférences, lecteur assidu des principales bibliothèques publiques et, pour finir, répétiteur dans une institution du quartier du Marais, sur la rive droite.
C’est dans les années qui suivront qu’il commence à rédiger des manuels scolaires, avant de se lancer, en 1852, dans l’édition proprement dite, en grande partie pour ne pas céder à un éditeur extérieur les droits sur ses livres. La maison est d’abord établie boulevard Beaumarchais (1851), mais la clientèle visée est celle des enseignants de sorte que, bientôt, la librairie se déplace dans le quartier Latin, rue Pierre Sarrazin, où elle voisine… avec la Librairie Hachette. La célèbre marque de Larousse, avec sa figure féminine, symbolise avec bonheur cette conception du média imprimé comme servant avant tout à diffuser des connaissances elles-mêmes articulées avec une véritable morale, voire avec un choix politique (celui du système républicain).
Nous ne pouvons qu'engager les lecteurs à découvrir la saga de la maison fondée par Pierre Larousse, dont Jean-Yves Mollier et Bruno Dubot font en même temps un exemple idéaltypique du changement de conjoncture, du capitalisme familial aux groupes protéiformes et aux conglomérats financiers dominant l'édition française contemporaine.

samedi 16 juin 2012

Nouvelle publication: Hubert Martin Cazin

Jean-Paul Fontaine,
Cazin, l’éponyme galvaudé, préface de Christian Galantaris,
Paris, L’Hexaèdre éditeur, 2012,
332 p., ill.
ISBN 978-2-919271-01-6

Né à Reims en 1724, Hubert Martin Cazin est un des grands noms de la librairie des Lumières. Il succède en 1755 à son père comme libraire dans sa ville natale (où il est notamment le libraire de l’université), avant de s’établir à Paris en 1785 (un premier établissement a échoué en 1777). Proche des frontières du nord, Cazin s’engage régulièrement dans le commerce des livres prohibés, pour lequel il est condamné à plusieurs reprises: il est notamment en affaires avec la Société typographique de Bouillon, dont il expédie les livres jusqu’aux entrepôts de La Villette, avant de les faire pénétrer dans Paris.
Mais Cazin est avant tout célèbre pour sa collection d’élégants petits volumes, pour lesquels il choisit le format in-18 qui a pris son nom. Les «Cazin» connaissent un franc succès, au point d’être largement plagiés par la concurrence, et Cazin lui-même expliquera, en 1785, avoir donné deux cents titres sous cette forme (voir p. 239-240, notice n° 28). À côté des Alde, des Elzevier et des Plantin, mais aussi des Estienne et des Giunta, puis des Didot et des Bodoni, les Cazin prennent bientôt rang parmi les adresses particulièrement recherchées des amateurs –Charles Nodier parlera à  leur sujet de «familles patriciennes», voire «royales», de l’imprimerie. Cazin décède à Paris en 1795. On ne prête qu’aux riches –le dicton reste d’actualité, et on attribué à Cazin nombre de publications dont en réalité il n’est pas responsable.
Le docteur Jean-Paul Fontaine, «bibliophile rémois», qui s’est attaché depuis des années à l’étude de Cazin et de ses productions, vient de publier la somme que l'on attendait et qui fait le point de manière définitive sur le sujet. Il y aborde successivement
- l’historiographie: «Les biographes et bibliographes de Cazin»;
- la biographie de Cazin, en quatre chapitres: «Les Cazin à Reims avant Cazin», «Cazin, libraire à Reims», «Cazin, libraire à Paris» et «Les Cazin après Cazin»;
- le chapitre six envisage la problématique bibliographique et bibliophilique : « Identification des éditions in-18 de Cazin » (avec une liste des «faux Cazin»);
- enfin, le chapitre sept, qui n’est pas vraiment un chapitre, propose la bibliographie des «Éditions authentiques de Cazin», soit soixante-quinze éditions, publiées de 1762 à 1793. Les notices sont présentées par ordre chronologique, et donnent tous les éléments nécessaire, y compris la localisation avec la cote des exemplaires examinés (à Reims et en Champagne-Ardenne, mais aussi à Dijon, Rouen, Versailles, etc.). L’ensemble est complété par les sources et la bibliographie, et par un index librorum et nominum.
Modèle d’érudition bibliographique et de précision historique, l’ouvrage est illustré au fil du texte (notamment pour le matériel typographique), et par deux très beaux cahiers d’illustrations en couleur.