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samedi 2 novembre 2013

Un manuel sur Gutenberg

Nous parlions, il y a déjà quelque temps, de l’organisation des études d’histoire du livre en Allemagne, et de la fondation de chaires universitaires de «sciences du livre» –à Leipzig, Munich, Erlangen et Mayence. Le titulaire de la chaire Gutenberg à Mayence est depuis 1992 Stephan Füssel, en même temps rédacteur en chef de la revue de référence Gutenberg Jahrbuch. Stephan Füssel avait consacré sa thèse d’habilitation à Georg Joachim Göschen, l’un des principaux libraires éditeurs de la période charnière de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle.
Or, l’année 2013 voit la réédition du Johannes Gutenberg de Füssel, dans l’agréable collection de poche dite «Rororo». Un petit mot permettra d'expliciter ce titre d'apparence quelque peu surprenante. Après la Seconde Guerre mondiale en effet, les principaux éditeurs généralement installés à Leipzig se replient vers l’ouest. C’est le cas de Rowohlt, qui fonde à Hambourg le périodique Story, dans lequel il publie notamment des romans en feuilletons (1946). Quatre ans plus tard, c’est le lancement, sur le modèle américain, de la première collection de livres de poche en Allemagne, les Rohwolt Rotations Romane, alias Rororo. Le premier titre de la série est Kleiner Mann, was nun? de Hans Falada, un roman déjà donné par Rowohlt en 1932, publié en français dès l’année suivante (Et puis après?), et traitant de l’odyssée d’un jeune couple à l’ère de la crise économique dans la République de Weimar.
La collection Rororo est un succès immédiat, un million d’exemplaires des différents titres proposés sont écoulés dès la première année, et le catalogue s’élève aujourd’hui à 16000 titres, dans plusieurs séries romans, encyclopédies, monographies, etc. Le Johannes Gutenberg de Füssel prend rang dans cette dernière série.
La première caractéristique qui saute aux yeux avec ces petits volumes (le format est le même que celui de la collection «Que sais-je?») réside dans leur très belle présentation matérielle: couverture en couleurs, papier de qualité, bonne typographie, très nombreuses illustrations, souvent  en couleurs.
Mais le plus intéressant est évidemment dans le contenu, qui fait du Gutenberg de Füssel un véritable ouvrage de références. La présentation est chronologique, en deux grandes parties: d’abord, la vie de l’inventeur et sa production, en très courts chapitres qui peuvent constituer autant de notices (par ex., sur la «Bible de Burgos» ou encore sur le «Livre de modèles» (Musterbuch) de Göttingen. Les chapitres qui suivent cette manière de bio-bibliographie tracent un tableau suggestif des prolongements et des conséquences de l’invention de la typographie en caractères mobiles à court et à moyen terme: l’atelier de Fust et Schöffer, la diffusion de l’imprimerie, l’humanisme et l’imprimerie, l’imprimerie et la Réforme, etc. La conclusion, en quatre pages, offre un coup d’œil rétrospectif sur le «temps de Gutenberg», soit les années 1400-2000, cette dernière date se justifiant par la désignation de Gutenberg comme «l’homme du millénaire» en l’an 2000.
L’ouvrage se referme avec les notes (p. 136-138); les «témoignages» (Zeugnisse: il s’agit d’une série de précieux extraits, traduits en allemand, et relatifs à l’invention de l’imprimerie, depuis la célèbre lettre de Piccolomini en 1455); une liste des exemplaires conservés de la Bible à 42 lignes et des exemplaires numérisés disponibles en ligne; une liste des principaux imprimeurs ayant exercé jusqu’à aujourd’hui (avouons qu’étant donnée sa brièveté, nous n’en voyons pas l’absolue nécessité); une chronologie de l’établissement de l’imprimerie dans un certain nombre de villes et de pays jusqu’au XIXe siècle; la carte des grands centres d’imprimerie au XVe siècle (1); une chronologie des principales inventions dans la branche; enfin, une orientation bibliographique (pratiquement limitée aux titres en allemand).
On ne peut qu’être frappé par la qualité de l’ensemble: un texte qui correspond aux standards de la recherche universitaire tout en restant facile d’accès, et un choix judicieux d’illustrations elles-mêmes accompagnées de leurs références. En définitive, un petit volume très agréable, et qui montre que le choix du poche et d’une politique de bas prix (en l’occurrence, 8,99 euros) n'est pas antinomique avec la qualité au niveau tant du contenu que de la forme. Une démonstration comme quoi le poche et le grand tirage ne sont pas nécessairement synonymes de culture dite «populaire», voire de l'objectif de fournir un «livre pour tous». Et, même si le marché du livre germanophone n'est pas plus important que celui du livre francophone, nous ne connaissons pas d'expérience comparable de ce côté-ci du Rhin.

(1) La présentation cartographique la plus exhaustive reste celle donnée par Philippe Nieto, « Géographie des impressions européennes du XVe siècle », dans Le Berceau du livre: autour des incunables. Études et essais offerts au Professeur Pierre Aquilon par ses élèves, ses collègues et ses amis, dir. Frédéric Barbier, Genève, Librairie Droz, 2003, p. 125-174, cartes, ill. (Revue française d’histoire du livre, 118-121).
 
Stephan Füssel, Johannes Gutenberg, 5e éd. revue et augm., Reinbeck, Rohwolt Taschenbuch Verlag, 2013, 159 p., ill. (1ère éd., 1999).

mardi 22 octobre 2013

Anthropologie historique des métiers du livre

Nous avions signalé la tenue du colloque de Rome, sur les métiers du livre, en mars 2012. Les Actes de ce colloque viennent d’être publiés, dans un délai par conséquent très remarquable:
Mobilità dei mestieri del libro tra Quattrocento e Seicento, Convegno internazionale, Roma, 14-16 marzo 2012,
éd. Marco Santoro et Samanta Segatori,
Pisa, Roma, Fabrizio Serra Ed, 2013, 398 p.
(«Biblioteca di Paratesto»).
ISBN 88-6227-523-4

Sommaire
Marco Santoro, Presentazione
Cosimo Palagiano, I flussi migratori in Italia tra il ’400 e il ’600
Concetta Bianca, La mobilità dei letterati
Frédéric Barbier, Émigration et transferts culturels dans la «librairie» aux époques moderne et contemporaine : le cas de l’Allemagne et de la France
Stephan Füssel, Die Ausbreitung des Buchdrucks in Deutschland und durch deutsche Drucker in Europa (ca. 1454-1470)
Ursula Rautenberg, Verbreitender Buchhandel im deutschen Sprachraum von circa 1480 bis zum Ende des 16. Jahrhunderts
Lotte Hellinga, Printers move to England
Por Manuel-José Pedraza-Gracia, Aproximación al estudio de la movilidad de los impresores en la Corona de Aragón peninsular en los siglos xv y xvi
Fermin de los Reyes, La movilidad de los impresores en Castilla en el siglo xv
Malcolm Walsby, Mobilità tipografica in Francia durante le guerre di religione
Lodovica Braida, Una rete di librai cosmopoliti: i briançonesi in Italia e il loro ruolo di editori
Giuseppina Zappella, Flussi di mobilità degli artisti del libro napoletano del Seicento
Maria Gioia Tavoni, Stampare in itinere : il torchio al seguito
Lorenzo Baldacchini, Cantastorie-editori nell’Italia del Cinquecento
Edoardo Barbieri, Note sulla committenza editoriale ecclesiastica nell’Italia del Quattro e Cinquecento
Giorgio Montecchi, Circolazione libraria e mobilità dei primi tipografi in area medio padana
Arnaldo Ganda, Stampatori e librai del Quattrocento, che si spostano da Venezia a Milano e viceversa
Anna Giulia Cavagna, Mappa e tipologia delle migrazioni di tipografi-editori. Riflessioni metodologiche : il caso di Pavia e Genova nel xvi secolo
Marco Santoro, La mobilità dei mestieri del libro : caratteristiche e valenze
Rosa Marisa Borraccini, La mobilità dei mestieri del libro nello Stato pontificio
Giuseppe Lipari, La mobilità dei mestieri del libro in Sicilia
Giancarlo Volpato, La mobilità dei mestieri del libro nell’area veneta tra Quattro e Seicento
Indice dei nomi, éd. Samanta Segatori

mercredi 25 septembre 2013

Histoire des bibliothèques: nouvelle publication

En librairie, aujourd'hui 25 septembre:
Frédéric Barbier, Histoire des bibliothèques, d’Alexandrie aux bibliothèques virtuelles,
Paris, Armand Colin, 2013,
304 p., ill. («Coll. U»)
EAN 9782200274405

Aujourd’hui, où nous sommes plongés dans la «troisième révolution du livre», la révolution des nouveaux médias, la question des bibliothèques se pose dans des conditions largement nouvelles. Pourtant, les bibliothèques et les collections de livres n’intéressent pas seulement le présent, et leur histoire est intrinsèquement liée à l’histoire même de la pensée et de la civilisation occidentales Lire la suite en ligne

Sommaire de l’ouvrage
Introduction- La bibliothèque : les mots et les choses
Chapitre 1- Les origines antiques
Chapitre 2- Le temps de Dieu (VIe siècle-968)
Chapitre 3- Émergence de la modernité (968-1439)
Chapitre 4- Le temps de l’homme (1439-1545)
Chapitre 5- L’innovation baroque (1545-1627)
Chapitre 6- Les bibliothèques et l’invention de l’absolutisme (1627-1719)
Chapitre 7- L’utilité comme impératif (1719-1789)
Chapitre 8- Le public et les bibliothèques, entre révolutions et industrialisation (1 : 1789-1851)
Chapitre 9- Le public et les bibliothèques, entre révolutions et industrialisation (2 : 1851-1914)
Conclusion- Hier et demain : histoire des bibliothèques
Bibliographie sélective
Table des illustrations
(Ci-dessus) Fresque commémorative illustrant le sauvetage des livres de  la bibliothèque du Collège calviniste de Debrecen, par les élèves, lors d'un incendie en 1802. Une vue de cette bibliothèque a été choisie pour illustrer la couverture de l’ouvrage.

mardi 10 septembre 2013

Vient de paraître


Vient de paraître (en librairie le 25 septembre prochain):
Frédéric Barbier, Histoire des bibliothèques, d’Alexandrie aux bibliothèques virtuelles,
Paris, Armand Colin, 2013,
304 p., ill. («Coll. U»)
EAN 9782200274405

Aujourd’hui, où nous sommes plongés dans la «troisième révolution du livre», la révolution des nouveaux médias, la question des bibliothèques se pose dans des conditions largement nouvelles. Pourtant, les bibliothèques et les collections de livres n’intéressent pas seulement le présent, et leur histoire est intrinsèquement liée à l’histoire même de la pensée et de la civilisation occidentales.
De l’Antiquité classique, avec le modèle toujours pris en référence du Musée d’Alexandrie, aux bibliothèques des grands monastères carolingiens, puis à la bibliothèque des rois de France, à celle de Mathias Corvin, à la Bibliothèque vaticane et aux monumentales collections italiennes, allemandes, etc., cette histoire met en jeu des perspectives d’ordre intellectuel et scientifique, mais aussi d’ordre politique et social: la bibliothèque est signe de distinction pour un prince qui sera autant le prince des muses que le prince des armes. L’histoire des bibliothèques, profondément renouvelée par la Réforme, prendra une signification encore élargie à partir du XVIIIe et au XIXe siècle avec la «deuxième révolution du livre»: le livre, c’est le savoir et la civilisation, de sorte que l’accès au livre et à l’écrit devient un enjeu politique important.
En définitive, l’histoire des bibliothèques ne désigne donc pas seulement un domaine très particulier de l’histoire générale, mais est directement articulée avec l’histoire de la pensée, des idées, de la politique, de l’information, voire de l’architecture et de l’urbanisme. En adoptant un cadre chronologique large et en insistant systématiquement sur la perspective comparatiste, l’auteur envisage cette thématique très importante (mais paradoxalement négligée) en fonction des transformations du système général des médias au cours des siècles. La question des bibliothèques, comme plus largement celle de l’information, s’impose l’une des interrogations de civilisation essentielles posées en notre début de IIIe millénaire (Quatrième de couverture).

dimanche 16 juin 2013

Un article sur les formulaires et autres travaux de ville


Un article récent nous permet de revenir sur une problématique étonnamment oubliée à l’âge de la supposée bonne gouvernance et de la rationalisation administrative. Il s’agit de la contribution de
Dimitri Brunetti, « L’introduzione della stampa nel documenti d’archivio: moduli, attestati, lasciapassere»,
dans Crisopoli. Bolletino del Museo Bodoniano di Parma, 14 (2011), p. 107-116, ill. (ISSN 2281-4590).
La première dimension envisagée par l'auteur concerne un aspect spécifique de l’économie de la «librairie» d’Ancien Régime: les travaux de ville, ces activités peu nobles, ont pourtant assuré de longue date l’équilibre économique de la majorité des ateliers d’imprimerie. Une seconde dimension est d’ailleurs aussi présente dès l’origine, qui relève davantage de la problématique de la gestion: nous savons que, déjà, Gutenberg s’est financé en produisant des travaux de ville, et notamment (très probablement) des lettres d’indulgences (l'Église catholique semble avoir une propension certaine pour la fabrication et l'utilisation du formulaire pré-imprimé).
Cette dimension de l’économie du livre a fait l’objet de plusieurs études en français, des «non-livres» de Nicolas Petit aux publications lyonnaises d’Alan Marshall. Les papiers à en-tête, factures commerciales, ou encore tracts et affiches de toutes sortes, relèvent bien entendu de ce modèle, sans oublier les ex-libris gravés ou imprimé, et surtout la publicité imprimée.
Le thème présente pourtant une dimension plus novatrice, en ce sens qu’il introduit à la problématique (si fort en vogue aujourd'hui) de la rationalité administrative –et qu’il touche à la normalisation, et à l’invention du formulaire. L’article donne un certain nombre d’exemples significatifs, indiqués en sous-titres, qu’il s’agisse d’attestations, de laissez-passer ou d’autres documents du même type, sans oublier la lettre de change et les pièces à caractère financier. On pense par exemple aux borderaux pré-imprimés que les banquiers joignaient à chacune de leurs correspondances, et où ils donnaient les cours des places avec lesquelles ils étaient en relation. Il est bien évident que, dans le long terme («de Gutenberg à l’ère du numérique», comme le proposait Anne-Marie Bruleaux) l’étude de cette histoire du «formulaire» pré-imprimé serait particulièrement enrichissante, non seulement pour l’histoire du livre et de l’imprimerie, mais aussi pour l’histoire politique ou encore pour l’histoire administrative –donc, en dernière analyse, pour l’histoire des mentalités et des pratiques culturelles.
Nous voudrions profiter de cette note pour attirer l’attention sur cette revue relativement méconnue des historiens du livre, Crisopoli, publiée par le Musée Bodoni de Parme. Chaque livraison propose plusieurs grandes sections: Ad libros, sur les livres et l’histoire du livre en général; Palatina, sur les collections spécifiquement conservées à Parme; Parmensia, sur l’histoire de la ville et du duché, surtout dans le domaine de l’écrit et du livre; Res et monumenta, pour les études d’archéologie, de codicologie, et les éditions de document; la dernière partie, enfin, traite des activités du Musée Bodoni lui-même (Attività del Museo Bodoniano). Nous ne pouvons que souligner combien la qualité formelle de la revue se combine avec l’intérêt des contributions publiées (dont plusieurs, dans la livraison ici présentée, concernent notamment la bibliographie matérielle et l’analyse chimique des pigments des miniatures).

vendredi 14 juin 2013

Les bibliothèques des Lumières en Europe

Un'Istituzione dei Lumi: la biblioteca.
Teoria, gestione e pratiche biblioteconomiche nell’Europa dei Lumi,
[Actes du congrès international, Parme, Biblioteca Palatina, 20-21 mai 2011],
éd. Frédéric Barbier, Andrea De Pasquale,
Parma, Museo Bodoniano, 2013,
243 p., ill.
«Caratteri», 8

ISBN 9 788890 834707

Biblioteca Palatina, Parme, Galerie Petitot
Table
«Introduction»
«En France: le privé et le public, ou Qu’est-ce qu’une bibliothèque des Lumières», par Frédéric Barbier
«Circulation et échanges des catalogues de bibliothèques dans l’Europe du XVIIIe siècle», par Emmanuelle Chapron
«Modifiche strutturali delle classificazioni bibliographiche nell XVIII secolo», par Alfredo Serrai
«Le bibliotheche pubbliche nell »Italia nord-occidentale nell’XVIII secolo: servizi e gestione», par Andrea De Pasquale
«Juan Andrés e Fernandez de Moratin: due viaggiatori a confronto in visita alla Biblioteca Palatina di Parma», par Maria Gioia Tavoni
«La cultura libraria della Repubblica di Venezia nel settecento», par Dorit Raines
«La rete delle biblioteche ecclesiastiche a Venezia e nello stato veneziano», par Antonella Barzazi
«La situation exceptionnelle des bibliothèques du canton des Grisons sous l’Ancien Régime», par Jan-Andrea Bernhard
«Une grande bibliothèque provinciale au XVIIIe siècle: l’abbaye Saint-Vincent du Mans», par Didier Travier
«Les libraires parisiens et les bibliothèques au XVIIIe siècle», par Sabine Juratic
«Les bibliothécaires, entre Ancien Régime et Révolution: portrait de groupe… et destins individuels», par Dominique Varry
«La collection Vettori dans la bibliothèque du prince-électeur de Bavière, 1778-1806: l’achat d’une bibliothèque exceptionnelle», par Raphaële Mouren
«Identité culturelle, identité nationale: les bibliothèques institutionnelles en Hongrie et en Transylvanie au XVIIIe siècle», par Istvan Monok
«La coscienza culturale dei Sassoni di Transilvania e la fondazione della biblioteca Brukenthal», par Aiitla Verok

mercredi 6 février 2013

Les papiers dominotés

Une trilogie consacrée aux Papiers Décorés du XVIIIe siècle: papiers dominotés français, papiers dominotés italiens, papiers dorés d’Allemagne
(Paris, Éditions des Cendres)

L’univers étonnant que le livre d’André Jammes, Papiers dominotés. Trait d’union entre l’imagerie populaire et les papiers peints. France 1750-1820 (Paris, Éditions des Cendres, 2010), a permis de découvrir s’augmente aujourd’hui d’un nouveau volume qui présente quelque deux cents nouveaux, lumineux et délicats papiers dominotés français, publiés au format et accompagnés de notices descriptives.
Cette découverte se prolonge par celles des papiers dominotés italiens, datant de la même période (plus de 500 modèles), et des attachants papiers dorés, papiers dorés gaufrés et papiers à la colle produits en Allemagne (deux cents modèles). Comme pour les dominotés français, il s’agit de champs nouveaux, jusqu’ici pratiquement inexplorés.
Les trois volumes présentent la plus large iconographie en couleurs jamais rassemblée sur ces sujets. Réunis ils composent un vaste et éclairant panorama des motifs mis en œuvre par les artisans artistes, dépassant le seul domaine de la gravure et du livre, et touchant ceux des arts du tissu, du bois, de la pierre… Ils ne devraient manquer à aucune bibliothèque choisie, publique ou privée, d’autant que leur tirage limité les rendra rapidement recherchés, comme celui d’André Jammes, dont il ne reste qu’une poignée d’exemplaires.

Marc Kopylov, Papiers dominotés français, ou l’Art de revêtir d’éphémères couvertures colorées livres & brochures entre 1750 et 1820.
Le livre d’André Jammes a permis de découvrir l’univers de ces merveilleux papiers, lumineux et sauvages à la fois. Il est prolongé par ce nouveau volume, qu’il a préfacé. Ce sont quelque deux cent nouveaux dominotés publiés qui viennent enrichir notre connaissance d’un univers dont nous essayons de rassembler les bribes épargnées par le temps. Deux cents dominos simples, curieux, étonnamment modernes…, produits à Aix-en-Provence, Arras, Rouen, Avignon, Besançon, Le Mans… –des villes dont ,si l’on savait que des graveurs et dominotiers y avaient œuvré nous ne connaissions jusqu’ici parfois pas la moindre réalisation. L’inventaire général constitue la prochaine étape à franchir.
408 pages. ISBN 978-2-86742-207-2

Marc Kopylov, Papiers dominotés italiens. Un univers de couleurs, de fantaisie et d’invention (1750-1850).
C’est un Français, Louis La Ferté, introduit vers 1740 l’art du papier dominoté en Italie. Appelé comme relieur à la cour de Parme, il y réalise ses premiers dominos et va bientôt ouvrir boutique à Bologne. D’autres graveurs, restés à quelques exceptions près anonymes, suivent son exemple, et le goût pour les dominos est bientôt tel que dans bien des cités de Vénétie, de Toscane des artisans produisent de splendides carte decorate. Couleurs éclatantes, variété, profusion et épanouissement des motifs… les Italiens empruntent, inventent, croisent, multiplient. Il s’ensuit une production considérable dont notre livre rend compte en présentant quelque deux cents dominos splendides et en publiant le catalogue de la Maison Bertinazzi, unica rassemblant plus de trois cents modèles de la fin du XVIIIe siècle. Ce livre est le premier à fournir semblable panorama commenté.
408 pages
ISBN 978-2-86742-208-9
Christiane F. Kopylov, Papiers dorés d’Allemagne au siècle des Lumières (1680-1830).
Si les papiers dorés ou papiers d’Augsbourg ont été renommés tout au long du XVIIIe siècle, jamais aucun livre ne leur a été consacré en français. Seuls quelques volumes, érudits, ont paru en allemand, mais sans utilisation systématique de la reproduction en couleurs.
À partir de collections privées et de fonds publics, nous avons choisi plus de deux cents papiers dorés et papiers à la colle parmi les plus séduisants et les plus rares d’une production fort prisée en son temps. Cette monographie est une première fenêtre ouverte sur un univers qui reste à découvrir. Ces dorés ont recouvert autant d’humbles volumes (notamment des almanachs) que des livres de prestige, et ils ont souvent été mis en œuvre comme gardes de reliures d’exception. Jamais pareil ensemble n’avait été réuni.
448 pages
ISBN 978-2-86742-209-6

Pour chaque volume: tirage limité à 999 ex.
L’un des 15 ex. numérotés I-XV augmenté d’un papier dominoté: 320 euros. L’un des 185 premiers ex. numérotés 1-185 vendus accompagnés des deux ouvrages paraissant simultanément: 405 euros les trois volumes. L’un des 799 suivants: 135 euros.
(Communiqué par Marc Kopylov)

dimanche 6 janvier 2013

Nouvelle publication sur les imprimeurs lyonnais

La tradition française est celle d’associer étroitement, dans l’enseignement, l’histoire et la géographie, et nous pensons que c’est là une tradition heureuse. Heureuse, du moins, à supposer que les deux domaines aient pu conserver un certain contenu, et échapper (mais par quel miracle auraient-ils pu y échapper?) aux vagues successives de réformes et de remises à niveau, ou de modernisation, des programmes. Il est en effet très difficile, voire impossible, de s’opposer à la marée bureaucratique et aux effets de mode, comme en témoigne éloquemment une lettre de Georges Pompidou, alors pourtant président de la République, à son ami Robert Pujol, en 1971 (déjà!):
Ce que tu me dis de l’enseignement du français ne m’étonne pas. (…) J’ai essayé d’obtenir [du ministre] qu’on soit raisonnable, et il m’a promis que sa circulaire (prochaine) le serait. C’est bien beau d’être moderne, mais encore faut-il apprendre les bases… (cf. réf. infra).
Les meilleures intentions du monde ne font apparemment pas les meilleurs programmes...
Mais là n’est pas notre propos d'aujourd'hui (même si nous aurions beaucoup à dire). Si la combinaison de l’histoire et de la géographie nous semble effectivement heureuse, c’est parce que la chronologie –le déroulement du temps– se donne aussi à lire dans la géographie, à quelque échelle que ce soit, de la nation à la province, au canton, à la ville, au quartier, au bourg (avec son château!), etc. L’un de ses grands plaisirs reste pour l’historien, qui est en même temps un amateur (au sens étymologique du terme: qui aime), celui d’aller à la découverte d’un espace dans lequel il apprend à reconnaître les traces du passé, toujours apparentes dans un présent auxquelles elles sembleraient parfois pourtant bien étrangères.
Le petit guide Sur les pas des imprimeurs lyonnais, récemment publié par Sheza Moledina, docteur de l’EPHE, dans les collections du Musée de l’imprimerie de Lyon, ne nous propose pas autre chose qu’une promenade sans prétention, mais réellement savante, dans la capitale des Gaules, à la recherche des imprimeurs et des libraires de ces six derniers siècles.
L’ouvrage s’ouvre par un plan de la presqu’île, qui a regroupé l’essentiel des activités du livre lyonnais depuis le XVe siècle. Puis il développe un plan chronologique organisé en chapitres très courts : «Lyon à la Renaissance», «Le quartier des imprimeurs», «Barthélemy Buyer et les débuts de l’imprimerie à Lyon», «Constitution d’un corps de métier», «Les premiers ateliers d’imprimerie à Lyon» présentent en deux douzaines de pages environ les débuts lyonnais de la nouvelle activité. L’auteur nous conduit ensuite de l’humanisme lyonnais aux premières (et célèbres) grèves des années 1539-1541, à la topographie urbaine, aux grandes figures de Rabelais, de Gryphe et de Dolet, à la crise religieuse, à l’activité des jésuites, aux contrefacteurs lyonnais de l’âge des Lumières, etc. Le livre se termine sur l’invention de la lumitype («La lumitype: une invention lyonnaise», p. 89-93), avant de se refermer sur une brève mais précieuse bibliographie.
Voici donc un volume dont nous ne pouvons qu’espérer qu’il inspire d’autres publications analogues. L’illustration est non seulement élégante, mais souvent très pertinente (la marque du graveur et éditeur d’estampes Jacques Fornazéris, toujours visible sur le linteau d’une porte de la rue Mercière, p. 15!). Si l’ampleur réduite du volume (moins de cent pages) interdit évidemment d’aborder tous les sujets, on n’en apprécie pas moins la réussite de l’entreprise. Le petit format invite à la promenade (c'est vraiment «un livre de poche»), le prix reste tout à fait raisonnable, et la réalisation matérielle est de très bonne facture. Enfin, rien n’interdit de prolonger l’excursion en visitant, bien sûr… le Musée de l’imprimerie de Lyon.

Georges Pompidou, Lettres, notes et portraits, 1928-1974, Paris, Robert Laffont, 2012, p. 445.
Sheza Moledina, Sur les pas des imprimeurs lyonnais, collab. Christiane Partensky, Pierre Janin, Nicole Dejean, Marie-Odile de Curraize, Guy Parguez, Régis Neyret, Lyon, Éd. LivresEMCC, 2012, 96 p., ill. ISBN 978-2-35740-251-5.

jeudi 27 décembre 2012

Histoire du livre et contes de fées

Zeichensprachen des literarischen Buchs in der frühen Neuzeit: die « Melusine » des Thüring von Ringoltingen,
éd. Ursula Rautenberg, Hans-Jörg Künast, Mechthild Habermann, Heidrun Stein-Kecks,
Berlin, Boston, Walter de Gruyter, 2012,
VIII-422 p., ill., index.
ISBN 978-3-11-026049-6

Comme il arrive un peu trop souvent, le Roman de Mélusine est peut-être trop connu, en France du moins, pour avoir fait l’objet des études novatrices qu’il supposerait. Nous sommes en Poitou, dans la famille des comtes de Lusignan, descendants mythiques de la fée Mélusine: Thomas Fouilleron nous a expliqué comment la «forgerie généalogique» était consubstantielle à l’état nobiliaire, et au demeurant les Montmorency aussi descendraient de Mélusine, tandis que le cimier des La Rochefoucauld, eux-mêmes branche cadette des Parthenay, comtes de Lusignan, est surmonté d’«une mélusine à deux queues dans sa cuve, les mains levées, tenant de sa dextre un peigne et de sa senestre un miroir»… Il est d'autant plus significatif de voir ces armoiries traditionnelles encore frappées, à la fin du XVIIIe siècle, sur les reliures de la bibliothèque familiale (cf cliché infra).
Avec le Roman de Mélusine, c'est en effet l’environnement de la noblesse qui s'impose, voire celui de la plus haute noblesse. Nous connaissons deux versions du texte original: l’une est rédigée en vers par Couldrette à la demande de Guillaume Larchevêque, descendant des Parthenay; l’autre, en prose, composée, sur l’ordre du duc Jean de Berry, par Jean d’Arras dans les dernières années du XIVe siècle. Dans les deux cas, les préoccupations politiques sont largement présentes, notamment parce que, sur la frontière du Poitou et à l’heure de la guerre anglaise, le duc se prétend précisément l’héritier des Lusignan. Même observation lorsque le texte est donné en allemand d’après la version de Couldrette en 1456, par Thüring von Ringoltingen, l’une des plus grosses fortunes de Berne, ville dont il est aussi avoyer. Ringoltingen dédie son travail au comte de Neuchâtel Rodolphe de Hochberg.

Mais nous quittons définitivement ce cadre lorsque Mélusine est imprimé, en allemand et pour la première fois, à Bâle, chez Bernhard Riechel en 1473-1474. Près de quatre-vingts éditions allemandes sont répertoriées, avec toutes sortes de variantes, jusqu’à la fin du XIXe siècle. C’est cette tradition très remarquable qu’a explorée un programme de recherche conduit par l’université d’Erlangen, sous la direction du Pr. Ursula Rautenberg, de 2007 à 2011, et ayant donné lieu à un colloque tenu en octobre 2010: le volume ici signalé contient les Actes de ce colloque.
Rappelons au passage que, comme on le sait, la réintroduction en France du Mélusine sous forme d’imprimé s’opère elle aussi par le biais de cette même géographie aux marches du royaume, puisque la première édition en est donnée à Genève, par un typographe d’origine allemande, Adam Steinschaber, en 1478 (le paradoxe est même encore plus remarquable si l'on considère qu'il s’agit du premier roman de chevalerie publié en français).
Moins lisible qu'on ne souhaiterait, la "Mélusine" des La Rochefoucauld
Le volume d’Actes s’ouvre, de manière très judicieuse, par une série de tables: les sources et les abréviations, mais surtout la table des éditions du roman allemand de 1473 à 1890, et plusieurs tableaux donnant leur stemma par grandes périodes. Le texte lui-même se structure en trois grandes parties, que nous présentons ici rapidement, en nous excusant de ne pas pouvoir mentionner toutes les contributions:
1) Buch und Werk (le livre et l’œuvre). Cette partie, qui comprend cinq contributions, s’ouvre par une étude de Jan-Dirk Müller consacrée à l’articulation du texte et du paratexte aux XVe et XVIe siècles: l’auteur y démontre comment «les éditions de Mélusine reflètent la longue et difficile restructuration à laquelle les conditions de publication sous forme d’imprimé soumettent un processus de communication littéraire datant de l’âge du manuscrit» (p. 29). Hans-Jörg Künast envisage quant à lui les éditions du XVIIIe et du début du XIXe siècle, notamment à Augsbourg et en Allemagne du sud.
2) Buch und Text (le livre et le texte) : il s’agit ici d’analyses de contenu, d’études de variantes et d’histoire de la langue et de sa syntaxe. La contribution d’Anja Voeste porte sur le rôle du compositeur par rapport à l’orthographe des éditions du XVIe siècle, et reprend la problématique du colloque «L’écrivain et l’imprimeur» tenu au Mans en 2009. Arend Mihm étudie avec une très grande précision le travail de composition de l’édition Bämler, à Augsbourg en 1474 (voir notamment les graphiques des p. 171, 177 et 178). L’un des grands intérêts du colloque a en effet concerné l’approche interdisciplinaire, et l’intégration du travail des historiens de la littérature et du livre avec celui des spécialistes de la linguistique historique. Les résultats sont impressionnants, et tout à fait convaincants.
3) Buch und Bild (le livre et l’image). Mais l’histoire de l’art aussi entre dans le champ d’étude. On sait en effet que le Roman de Mélusine a traditionnellement été largement illustré, et les six contributions de cette partie envisagent par conséquent des thèmes comme la représentation de la femme (Kristina Domanski) et celle du merveilleux (Françoise Clier-Colombani), ou encore la problématique des transferts dans le domaine de l’iconographie (Nicolas Bock).
Voici donc un travail novateur, qui a l’immense mérite de mettre en œuvre un aggiornamento scientifique particulièrement bien venu: l’articulation intelligente de disciplines trop souvent disjointes dans le champ universitaire est très fructueuse. Le principe consistant à envisager la monographie d’un certain texte dans le plus long terme (par exemple le Calendrier des berger) a été appliqué à plusieurs reprises dans les conférences de l’École pratique des Hautes Études: son intérêt est ici une nouvelle fois confirmé, de même que celui du concept de vectorialité des textes dans l'espace et dans le temps. Quant à l'intérêt scientifique de la tradition de la philologie allemande, c'est peu de dire qu'il est toujours d'actualité. Et, accessoirement, il est toujours utile d'apprendre l'allemand... non seulement (il va de soi) pour les historiens du livre, mais même pour les historiens en général.

mercredi 14 novembre 2012

Histoire et civilisation du livre, 2012

Vient de paraître:
Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, VIII (2012),
Genève, Librairie Droz, 2012, 424 p., ill.

POUR UNE HISTOIRE TRANSNATIONALE DU LIVRE, dossier réuni sous la direction de Martin Lyons et de Jean-Yves Mollier
L’histoire du livre dans une perspective transnationale, par Martin Lyons et Jean-Yves Mollier
Considérations brèves sur l’histoire du livre chinois dans une perspective transculturelle, par Jean-Pierre Drège
Pour une histoire européenne du livre et de l’édition : enseignements et perspectives, par François Vallotton
L’histoire du livre en Amérique du Nord, par Jacques Michon
L’Espace atlantique et la civilisation mondialisée: histoire et évolution du livre en Amérique latine, par Eliana Regina De Freitas Dutra
Book history in Africa: A historiography, par Élizabeth le Roux
Le livre dans les Indes Néerlandaises: un marché nouveau pour les Pays-Bas, par Lisa Kuitert
Le livre dans l’espace arabe: dimensions transnationales, par Franck Mermier
Book history in India, par Abhijit Gupta
Les libraires français en Russie au Siècle des Lumières, par Vladislav Rjeoutski
Les réseaux commerciaux d'une presse périphérique à l'aube de la Révolution : la Société typographique de Neuchâtel, par Frédéric Inderwildi
Paris et la présence lusophone dans la première moitié du XIXe siècle, par Diana Cooper-Richet
Romans et commerce de librairie à Rio de Janeiro au XIXe siècle, par Sandra Guardini Teixeira Vasconcelos
ÉTUDES D’HISTOIRE DU LIVRE
Le livre parisien en Hongrie et en Europe centrale (XVe-XVIIIe siècle), par István Monok
L’inventaire après décès de Marie Attaingnant : quelques aspects économiques à propos des imprimés parisiens de musique au XVIe siècle, par Olivier Grellety Bosviel
Fuir les mauvais livres : sur une bibliophobie de l’Église au Siècle des Lumières, par Joël Fouilleron
Un aperçu de « la vie des autres » : la police parisienne du livre et ses informateurs sous l’Ancien Régime, par Gudrun Gersmann
Journaux et livres : la lecture dans les aventures du reporter sans plume Tintin, par Michel Porret

LIVRES, TRAVAUX ET RENCONTRES
L’achèvement d’un grand chantier dédié au Livre et à son histoire: le Dictionnaire encyclopédique du livre (DEL), par Jean-Dominique Mellot
Le monde du livre face aux lois de copyright international au XIXe siècle: Grande-Bretagne, France, Belgique, Etats-Unis, par Marie-François Cachin et Claire Parfait
Comptes rendus:
Catalogus incunabulorum et librorum sedecimo saeculo impressorum qui in Bibliotheca Dioecesianae Sabariensis asservantur (István Monok); Régi magyarorszàgi szerzők (RMSz) [Anciens auteurs hongrois] (Làszló Szelestei Nagy); XVI–XVII a. lituanika (István Monok); Libri in vendita. Cataloghi librari nelle biblioteche padovane (Emmanuelle Chapron); Hungarian Printers’ and Publishers’ Devices, 1488-1800 (Gabor Balazs, Jean-Dominique Mellot).
Libri per tutti: Generi editoriali di larga circolazione tra antico regime ed età contemporanea (Raphaële Mouren); Édition et diffusion de l’Imitation de Jésus-Christ (1470-1800) (István Monok); Lorenzo Valla e l'Umanesimo bolognese (Raphaële Mouren); Les Écrits à Lyon au XVIIe siècle (Emmanuelle Chapron); Baroque en Bohême (Michel Espagne); Réseaux de l’esprit en Europe, des Lumières au XIXe siècle (Sabine Juratic); Le Rêve grec de Monsieur de Choiseul (Emmanuelle Chapron).
Lost Illusions (Sheza Moledina); Carte franceză în Moldova până la 1859 (Olimpia Mitric); 1911-2011. Gallimard. Un siècle d’édition (Frédéric Barbier); Merchants of Culture (Anthony Glinoër).

La revue Histoire et civilisation du livre est publiée depuis 2005. Le rédacteur en chef en est Frédéric Barbier (EPHE et CNRS). Le Comité de rédaction est composé de Mmes et MM
Catherine Bertho Lavenir (Paris III), Emmanuelle Chapron (Aix- Marseille), Jean-Marc Chatelain (Bibliothèque nationale de France), Roger Chartier (Collège de France), François Déroche (Institut de France), Jean-Pierre Drège (EPHE), Sabine Juratic (CNRS), Claire Lesage (Bibliothèque nationale de France), Michel Melot (Inventaire général), Jean-Dominique Mellot (Bibliothèque nationale de France), Jean-Yves Mollier (Versailles / St-Quentin-en Yvelines), Raphaële Mouren (ENSSIB), Daniel Roche (Collège de France), Yann Sordet (Bibliothèque Mazarine), Marie-Hélène Tesnière (Bibliothèque nationale de France), Dominique Varry (ENSSIB).

mardi 30 octobre 2012

Exposition et catalogue sur le livre arménien

La commémoration, en 2012, du cinquième centenaire de l’imprimerie en arménien est l’occasion de plusieurs publications et manifestations scientifiques, parmi lesquelles l’exposition présentée par la Bibliothèque Mazarine occupe l’une des premières places –le catalogue vient d’en être publié, sous forme d’un très élégant volume:
Le Livre arménien de la Renaissance aux Lumières: une culture en diaspora, dir. Mikaël Nikanian, Yann Sordet,
Paris, Bibliothèque Mazarine & Éditions des Cendres, 2012,
189 p., ill. ISBN 979 10 90853 02 7 et 978 2 86742 203 4.

Dans sa Préface, Yann Sordet, directeur de la Bibliothèque Mazarine, rappelle que, si la production manuscrite arménienne est «abondante et brillante», l’essor de la production imprimée dans cette langue se heurte à des difficultés matérielles qui expliquent la relative modestie de ses débuts: il se pose, d’une part, la question des caractères typographiques, puisque l’arménien a un alphabet spécifique, pour lequel la gravure et la fonte supposent des investissements lourds. Cet impératif est rendu plus contraignant encore par la difficulté de rentabiliser ces investissements, dans un marché quantitativement limité, et surtout très dispersé. Moins d’une vingtaine d’éditions en arménien sont connues pour le XVIe siècle, sortant de presses de Venise, de Rome ou de Constantinople.
Le XVIIe siècle est marqué par un certain essor, surtout grâce aux imprimeurs d’Amsterdam à partir de 1658 (mais Paris joue aussi un rôle, avec Antoine Vitré). Le XVIIIe siècle est dominé quant à lui par la production de Constantinople, où la communauté arménienne compte alors quelque 80 000 membres, où est implanté le patriarcat, et où une vingtaine d’ateliers spécialisés sont connus. Dans le même temps, les Mékhitaristes de S. Lazzaro s’attachent à publier les textes des classiques. Les premières presses ayant fonctionné en Arménie «historique» apparaissent enfin à Etchmiadzin dans la décennie 1770.
Yann Sordet poursuit en présentant le fonds arménien de la Bibliothèque Mazarine, lequel, «bien que modeste en volume (…), comprend des exemplaires remarquables, pour certains jamais encore décrits, [et] qui témoignent par leurs provenances de la présence du livre arménien dans les grandes bibliothèques princières, conventuelles ou savantes de l’Ancien Régime» (plusieurs exemplaires présentés à l'exposition sont prêtés par d’autres établissemens, la Bibliothèque de l’Institut et surtout la BULAC, ou par des particuliers).
Ce tableau général nécessairement bref est précisé par deux contributions particulièrement précieuses: Jean-Pierre Mahé, membre de l’Institut, fait le point sur «La piété de Yakob, premier imprimeur arménien», connu par cinq ouvrages publiés à Venise en 1512-1514. Mikaël Nikanian, conservateur à la Bibliothèque nationale de France, donne ensuite un article «De la Renaissance aux Lumières: les origines du livre arménien (1512-1800)». Le lecteur francophone dispose ainsi, avec ces trois contributions, d’un tableau d’ensemble de l’édition arménienne d’Ancien Régime, tableau proposé par les meilleurs spécialistes à ce jour.
Le catalogue des pièces exposées s’ouvre par le premier livre imprimé en arménien, le [Saint livre du vendredi], dont l’exemplaire vient de Mazarin. Ajoutons que nous approuvons pleinement le principe d’avoir limité le nombre des pièces à quarante-neuf, ce qui permet au visiteur de les découvrir plus précisément, et ce qui permet aussi de leur consacrer des notices plus longues et systématiquement illustrées. Le catalogue est suivi d’une bibliographie (p. 183-185) et d’un index nominum (avec cependant une entrée à «Paris»).

jeudi 4 octobre 2012

Une exposition à Dole sur les livres de voyages

À l’occasion d’une conférence à Dole, nous retrouvons avec plaisir la Médiathèque de cette ville, installée dans le superbe Hôtel-Dieu, sur les rives du Doubs. La Médiathèque, qui conserve des fonds importants relatifs à l’Orient, mais aussi au Nouveau Monde, nous propose précisément une exposition consacrée aux Traces de voyageurs, de l’Orient au Mexique (jusqu’au 19 janvier 2013). Parallèlement, un catalogue élégant et érudit a été publié sous la direction de Rodolphe Leroy, directeur de l’Hôtel-Dieu.
Le superbe bâtiment de l'Hôtel-Dieu de Dole
Un point positif a priori concerne le nombre limité de pièces qui ont été sélectionnées, soit environ soixante-dix: trop d’expositions, encore aujourd’hui, développent des théories beaucoup plus impressionnantes, mais qu’il est en définitive impossible de maîtriser et qui n’aboutissent qu’à imposer des visites partielles. Ici, la possibilité nous est donnée, de considérer effectivement avec toute l'attention nécessaire chacun des objets présentés (livres, mais aussi documents iconographiques, et plusieurs autres pièces prêtées notamment par le Muséum d'histoire naturelle, par le Musée de Rochefort, etc.).
Le catalogue s’ouvre par un rappel historique: d’où proviennent les livres de voyages de la Bibliothèque de Dole? Les confiscations révolutionnaires représentent quelque 7000 livres imprimés, mais la ville enrichit considérablement ce fonds primitif en achetant, en 1826, les 4000 volumes de la collection Casimir de Persan. Le bibliothécaire Jean-Joseph Pallu (†1864) a également joué un rôle décisif pour susciter de nombreux dons, ce qui est d’autant plus précieux que la conjoncture budgétaire est alors relativement contrainte.
Traces de voyageurs
Puis viennent plusieurs études plus fouillées concernant différents aspects du voyage de L’Astrolabe (notamment « la collecte d’objets océaniens », p. 22-29), le voyage de Choiseul-Gouffier en Grèce, l'exploration et l'étude du Mexique (avec l'évocation d’un personnage méconnu, Firmin Bocourt), sans oublier la place des exposition universelles dans la découverte par un plus large public des civilisations et des géographies encore méconnues.
L’exposition elle-même est divisée en deux grandes parties, qui recouvrent grossièrement la chronologie. La première partie est consacrée aux espaces progressivement explorés à l’époque des Lumières, le Pacifique, l’Orient et l’Extrême-Orient, et l'Afrique (avec l’expédition d’Abyssinie, cf. n° 19).
La première pièce est un beau globe terrestre, daté de 1804, dressé par Robert de Vaugondy et provenant de la collection Casimir de Persan. Puis ce sont les grands voyages de découverte du XVIIIe siècle, de La Pérouse à Cook, à Bougainville et aux autres navigateurs. Le Voyage du comte de Choiseul-Gouffier en Grèce (n° 20-22) inaugure le genre prolifique des «Voyages pittoresques», et la présentation des volumes imprimés est enrichie par celle de deux aquarelles attribuées au comte et correspondant peut-être à des croquis pris au cours du voyage (n° 23 et 24 du catalogue, avec reprod.). Bien évidemment, la monumentale Description de l’Égypte ne saurait faire défaut (n° 31-35).
La seconde partie de l’exposition est consacrée plus spécifiquement au Mexique, ce qui constitue un choix réellement original: l’«aventure mexicaine» dans laquelle s’est fourvoyée la France du Second Empire a en effet donné l’occasion d’organiser une expédition scientifique, sur le modèle de l’expédition d’Égypte. Les résultats en sont importants, qui concernent diverses disciplines (de la zoologie à la linguistique et à l’archéologie), et ils seront publiés, notamment par l’Imprimerie nationale, jusqu’au début du XXe siècle (n° 54-56)
L’exposition est spectaculaire, et témoigne des richesses conservée dans nos bibliothèques et autres établissements publics. Elle dépasse aussi l’analyse classique des livres de voyage, pour introduire à la problématique de l’altérité et de l'identité. L'histoire des voyages constitue réellement un champ qui concerne l’histoire non seulement de la géographie, mais aussi des connaissances scientifiques les plus diverses: on pense tout particulièrement à l'ethnologie, déjà envisagée par Paul Hazard dans son étude classique sur la Crise de conscience européenne - une étude, faut-il le rappeler, dans laquelle le voyage constitue une des principales thématiques.
Et, puisque nous sommes à Dole, nous pouvons en profiter pour voyager nous aussi, à la découverte d'une ligne ferroviaire exceptionnelle à la fois par son tracé et par la beauté des paysages jurassiens: le trajet de Dole à Andelot, puis à Morez et à Saint-Claude est réellement somptueux... même par un temps médiocre. Les voyageurs du passé, et l'expérience du présent, nous l'ont déjà appris: l'intérêt de la découverte ne suppose pas nécessairement un plus grand éloignement. Il n'est que de manifester quelque curiosité... et de profiter de l'occasion.

Traces de voyageurs, de l’Orient au Mexique, dir. Rodolphe Leroy, [Besançon], Éditions du Sekoya, 2012, 87 p., ill. (« Cahiers de l’Hôtel-Dieu », 5). .
ISBN 978-2-84751-105-5.

Au-dessus d'Arbois, dont on découvre le site, et le vignoble proche.

Une succession extraordinaire de viaducs et de tunnels permet à la ligne de redescendre de la Crête de la Joux jusqu'à hauteur de Morez, qui est une gare en cul-de-sac.
La découverte de Saint-Claude, accrochée au-dessus du confluent de la Bienne et du Tacon


jeudi 27 septembre 2012

Publication des Actes du symposium de Sinaia

Les Actes du IVe Symposium roumain d’histoire du livre viennent de paraître: ce symposium s’était tenu à Sinaia (Roumanie) du 20 au 23 septembre 2011, et portait sur
«Livres et bibliothèques de la noblesse, du Moyen Âge au XXe siècle». On ne peut que souligner la rapidité de l’édition des symoposium successifs organisés par nos collègues roumains. Dans ce volume, toutes les communications sauf une sont publiées en français.

Sommaire
Allocution, par Florin Rotaru directeur général de la Bibliothèque métropolitaine de Bucarest
Introduction: Livres et bibliothèques de la noblesse, du Moyen Âge au XXe siècle, par Frédéric Barbier
Sacra Parallela, par Rodica Paléologue
L’aristocratie centre-européenne des XVIe-XVIIe siècles, et ses goûts de lecture des romans de chevalerie publiés en espagnol, italien et français, par Jarošlava Kasparova
Les bibliothèques de la noblesse: l’œil vivant de son temps, par Jitka Radimska
Les livres de la noblesse, ou la noblesse des livres : la prééminence des armes ou des lettres sous la «Restauration» du Portugal, par Daniel Magalhães Porto Saraiva
Les nobles comme « passeurs culturels » et le rôle de l’imprimé en France aux XVIe-XIXe siècles: l’exemple des La Rochefoucauld, par Frédéric Barbier
Transformations linguistiques et thématiques dans les bibliothèques aristocratiques de la Hongrie du XVIIIe siècle, par István Monok
La bibliothèque Batthyaneum, fondée à Alba Julia par l’évêque de Transylvanie, le comte Ignaz Batthyány, par Doina Henri Biro
Lectures et bibliothèques de la noblesse dans les principautés roumaines (XVIIIe siècle): bilan et perspectives de recherches, par Radu G. Paun
Cantemir: bibliothèques réelles, bibliothèques imaginaires, par Ştefan Lemny
Les bibliothèques Kaunitz: des catalogues et des lectures multiples, par Christine Lebeau
Un grand commis bibliophile: le marquis de Méjanes, par Raphaële Mouren
Une place de bibliothécaire auprès d’un héros législateur ne doit pas être facile à remplir: les bibliothèques de Napoléon Ier, par Charles-Éloi Vial
Les éditions de Jean-Baptiste Bodoni dans les bibliothèques des nobles d’Europe au XIXe siècle, par Andrea De Pasquale
Les bibliothèques de la noblesse brésilienne au XIXe siècle: l’inventaire du marquis de Monte Alegre, par Marisa Midori De Aecto
Śrī Bavānrao Panta-Pratinidi (1868-1951), chief of Audh: Founder and Patron of Institutions and Libraries, par Shreenand L. Bapat
Cet ensemble de textes est complété par cinq «Études d’histoire du livre» consacrées l’histoire du livre en Roumanie, mais sans rapports avec le thème général de la noblesse. Le volume se présente sous la forme de Mélanges offerts à Frédéric Barbier pour son soixantième anniversaire, et il porte l’avant-titre: «In honorem professoris Frédéric Barbier 60».

Bibliothèque métropolitaine de Bucarest. Actes du symposium international Le livre, la Roumanie, l’Europe. 4e édition : 20-23 septembre 2011. Tome I: (…) Histoire et civilisation du livre, textes réunis et édités par Frédéric Barbier, Bucarest, Editura Biblioteca Bucureştilor, 2012, XVI-[2-]324 p., ill.
ISSN 2068 9756

mardi 25 septembre 2012

Nouvelle publication: "Livro"

La deuxième livraison de la revue
Livro. Revista do nucléo de studos do livro e da edição
vient de sortir à São Paolo.
Il s’agit d’un imposant volume de 480 pages, publié sous la direction de Plinio Martins Filho et de Marisa Midori De Aecto, et dont le contenu se répartit entre plusieurs grandes rubriques:
1- «Leituras», avec sept articles, notamment celui sur la censure (José Augusto dos Santos-Alves), sur les transferts culturels et l’histoire du livre (Michel Espagne), etc.
2- Le «Dossié» traite des techniques et des pratiques de production des livres: il accueille huit contributions, les unes rétrospectives (par ex. Raphaële Mouren, «Conceber e Fabricar un Livro: um Empreendimento de Equipe»), les autres relatives à des expériences contemporaines (par ex. Mayra Laudana, «Livro de Artista»).
3- Dans la section «Arquivo», nous trouvons quatre contributions, parmi lesquelles on remarque plus particulièrement un article de Dorothée de Bruchard sur William Morris, et une «Note» (Nota) de ce dernier.
4- La section «Acervo» traite des bibliothèques: les bibliothèques privées et la lecture à l’époque moderne (István Monok), la bibliothèque d’Urbino (Claudio Giordano), le récit d’un étonnant «Voyage à travers les anciennes bibliothèques de Transylvanie» (Marisa Midori De Aecto), la bibliothèque publique de Salvador de Bahia (Fabiano Cataldo de Azevedo) et «Le bibliothécaire» (Hugo Segawa)
5- Suivent plusieurs sections plus courtes: Almanaque (avec des textes plus littéraires), Memoria, Bibliomania (comptes rendus d’ouvrages, dont certains prennent la dimension de petits articles), Estante Editorial, Debate, Letra & Artes.
Nous ne pouvons que souligner la qualité du contenu, mais ce qui est au moins aussi remarquable, c’est la qualité formelle de la revue: la mise en pages est particulièrement soignée, les reproductions en couleurs ne manquent pas, chaque section est introduite par une page de titre imprimée en blanc sur fond noir, et l’ouvrage est scandé par des créations iconographiques d’artistes contemporains, qui en font pratiquement un livre de bibliophilie.
La qualité des textes rejoint la qualité formelle de la mise en livre, et l’ensemble fait à la fois l’honneur des éditeurs, et le plaisir des lecteurs.
ISSN 2179-801 X (août 2012)

jeudi 13 septembre 2012

Une exposition d'histoire du livre

Voici une «Histoire du livre» qui ne veut pas dire son nom, et un catalogue d’exposition qui ne veut pas non plus dire son nom. Pourtant, le très bel ouvrage de Pascal Fulacher sorti cette semaine, Six siècles d’art du livre. De l’incunable au livre d’artiste (Paris, Citadelle et Mazenod, MLM, 2012), est bien l’un et l’autre.
Le volume est en effet publié à l’occasion de l’exposition présentée sous le même titre par le Musée des Lettres et Manuscrits, jusqu’au 20 janvier 2013. La qualité des quelque cent vingt pièces proposées permet de retracer, à travers leur théorie, une histoire du livre mettant l’accent sur la rareté des exemplaires, sur leur esthétique (qu’il s’agisse de la typographie, des illustrations, des reliures, etc.), et souvent sur leur caractère spectaculaire. Nous citerons plus particulièrement:
D'abord, une impressionnante suite de somptueux manuscrits: un Tristan du Maître de Wavrin, un Ovide en français ayant appartenu à Anne de Bretagne, de superbes Heures peut-être illustrées par Simon Marmion, un Quinte-Curce avec dix-sept peintures en grisaille, les Heures aux armes de la famille Petau, ou encore un élégant portulan du milieu du XVIIe siècle.
Parmi les premiers imprimés, voici des exemplaires du Parsifal de Wolfram von Eschenbach (Strasbourg, 1477), de Dante (Florence, 1481) et du Decameron (Venise, 1492), ou encore  un De Imitatione Christi en français (Paris, 1493) avec l’ex libris de Baluze –sans oublier les Chroniques de 1493.
L’exposition se poursuit en évoquant, entre autres, les figures de Machiavel, de Ronsard, de Montaigne et de Molière. Puis ce sont Les Plaisirs de l’isle enchantée et un superbe ensemble de reliures (on admire tout particulièrement une reliure dans le style de Grolier, ou, à une tout autre époque, une autre reliure de Marius Michel).
Nous insisterons en effet sur l’intérêt des pièces relatives à la période postérieure aux années médianes du XIXe siècle: les innovations dans l'esthétique typographique, l’Art Nouveau, les éditions illustrées (Cocteau, Matisse, Braque…), La Fin du monde de Blaise Cendras, autant de livres spectaculaires, qui constituent une véritable galerie du livre d’art et du livre d’artiste de l’époque contemporaine.
Le catalogue lui-même est particulièrement soigné: Pascal Fulacher, directeur du Musée, y donne une suite de textes retraçant l’histoire du livre depuis le Moyen Âge, mais en s’appuyant tout particulièrement sur les pièces exposées (lesquelles font l’objet de notices détaillées). La mise en pages réserve des encadrés permettant de rappeler certains éléments importants (par ex. sur «Le mode de fabrication du papier» sous l’Ancien Régime), le tout magnifiquement illustré (les fonds noirs sont réellement spectaculaires...).
Voici donc une réalisation bifrons, exposition et catalogue, qui fait honneur aussi bien au Musée qu’à l’éditeur.
Musée des Lettres et Manuscrits, 222 boulevard Saint-Germain, Paris.

Pascal Fulacher, Six siècles d’art du livre. De l’incunable au livre d’artiste, préf. Frédéric Barbier, Paris, Citadelle et Mazenod, MLM, 2012, 318 p., ill. (ISBN 978-2-85088-543-3).