dimanche 30 mai 2010

Séance foraine d'Amiens

École pratique des hautes études
IVe Section, Sciences historiques et philologiques
Conférence d'histoire et civilisation du livre

En 2010, la traditionnelle séance foraine organisée à titre privé par la Conférence d’Histoire et civilisation du livre se déroulera à Amiens, grâce à l’obligeance de Madame Séverine Montigny, conservateur, directrice de la Bibliothèque municipale de cette ville, qui veut bien nous accueillir. La date retenue est celle du mardi 15 juin prochain. Au cas où vous viendriez par le train, les horaires sont les suivants :
Paris (Gare du Nord) 8h04 (9h14), 8h19 (9h56) (TER),  9h07 (10h29) (TER).
La ligne d’Amiens suit le tracé de la ligne classique Paris-Lille, une des premières radiales françaises, construite par les Rothschild. Après la sortie de l’agglomération parisienne, elle laisse sur sa droite l’aéroport de Roissy / Charles-de-Gaulle avant d’atteindre la forêt de Chantilly. Elle surplombe le site de la Reine blanche, puis traverse Chantilly et passe en viaduc la vallée de la Nonette. Chantilly est connu de tous les historiens du livre par la très riche bibliothèque du château, à laquelle la Conférence avait consacré une de ses précédentes séances foraines. Après la forêt, nous débouchons sur la belle vallée de l’Oise, malheureusement défigurée par les implantations industrielles des abords de Creil et de Montataire. Rappelons cependant que Montataire est lié depuis 1921 au nom d’Hippolyte Marinoni († 1904), le célèbre constructeur de machines à imprimer.
Peu après la gare de Creil, on passe la bifurcation par laquelle la ligne de Compiègne, Bruxelles, Cologne et au-delà (Hambourg et Berlin) se débranche, sur la droite, de celle d’Amiens, Calais et Lille. Nous remontons alors le cours de la petite rivière de la Brèche jusqu’à hauteur de Clermont-de-l’Oise. Les familles de la plus haute noblesse du royaume ont leurs noms attachés à certains villages proches, notamment Fitz-James et Liancourt. Puis, par la vallée de l’Arré, nous grimpons sur le plateau picard, à Saint-Just-en-Chaussée, dont la toponymie dit bien l’origine gallo-romaine. Les maisons en briques commencent à apparaître dans les villages. Le charmant site du château de Saint-Rémy-en-l’Eau, avant Saint-Just à droite, nous fait ressouvenir de Charles Claude Flahaut de la Billarderie : né à Saint-Rémy, il est plus connu sous son titre de comte d’Angivillier et comme le dernier directeur des Bâtiments du roi.
La croupe entre les bassins de la Seine et de la Somme est une région de grandes cultures céréalières (env. 120 m. d’altitude) : le paysage présente de rares grosses fermes, des silos… et quelques éoliennes. C’est à hauteur de l’embranchement de Breteuil que nous basculons vers la Picardie, en suivant peu après le cours de la Noye, affluente de la Somme. Boves, au confluent de la Noye et de l’Avre, a longtemps constitué une frontière pour les Capétiens : le traité de Boves, en 1185, marque la victoire de Philippe Auguste sur les Flamands, et une date importante de la conquête de la suprématie royale sur les grands féodaux. Parmi les acquisitions du Capétien figure précisément la ville d’Amiens, à laquelle le roi concède une charte communale en 1209. Sur la droite se débranche la ligne Amiens-Compiègne.
Après Boves, le chemin de fer passe à Longueau, importante cité cheminote où se séparent les lignes de Calais et de Lille, et entre à Amiens (gare dite Gare du Nord). Ville très importante depuis l’époque gauloise (Samarobriva), Amiens est la capitale historique et administrative de la Picardie. La Bibliothèque Louis Aragon est située au 50 rue de la République, dans le centre de la ville. Nous y avons rendez-vous à 10h45 précises.
Les confiscations révolutionnaires avaient rassemblé dans la préfecture de la Somme un certain nombre de fonds de livres, au premier rang desquels celui de Corbie. La construction d’une bibliothèque est entreprise en 1823 à l’initiative du préfet Tocqueville, le père de l’écrivain : le bâtiment actuel, très bien restauré à la fin du siècle dernier, est ainsi par lui-même un témoignage significatif de l’architecture des nouvelles bibliothèques publiques en France au XIXe siècle. Il a été agrandi de deux ailes construites dans les années 1900 grâce au financement d’un mécène, Auguste Janvier.
Les fonds amiénois sont très riches: plus de 2500 manuscrits, 250 incunables, 40 000 livres anciens, outre les fonds plus récents d’étude et de recherche, les estampes, la photographie, etc. Parmi les entrées postérieures à la Révolution, on doit citer les livres de Louis Alexandre Cozette († 1842), la collection Charles de l’Escalopier († 1861) et la collection Jean Masson († 1933). Ce dernier, industriel et bibliophile, était particulièrement intéressé par les imprimés de l’Europe du nord-ouest. Enfin, on sait que Jules Verne († 1905) a passé à Amiens une grande partie de sa vie : il était logique que la Bibliothèque de cette ville se consacre aussi à la constitution d’un fonds exhaustif de ses œuvres dans les célèbres collections Hetzel.

10h45 Accueil à la Bibliothèque, par Madame Séverine Montigny, conservateur, directrice de la Bibliothèque municipale d’Amiens. Visite du bâtiment.
11h30 Présentation des manuscrits du fonds ancien de la Bibliothèque, par Monsieur Jean Vezin, directeur d’études, correspondant de l’Institut
13h Déjeuner. Selon l’habitude, nous nous efforcerons de réserver un restaurant pour déjeuner ensemble à proximité de la Bibliothèque
14h30 Présentation d’imprimés anciens (incunables, ouvrages des XVIe-XVIIIe siècles), par Mme Lyse Schwarzfuchs et M. Frédéric Barbier. Le thème principal retenu est celui des langues d’impression (éditions en différentes langues, dictionnaires et lexiques, traductions, etc.). Parmi les exemplaires que nous étudierons, la Cité de Dieu (éd. Abbeville, 1486), le célèbre Boccace d'Amiens, le Quintuplex Psalterium de Lefèvre d'Etaples, la Bible polyglotte d'Alcala, le De Asse en français de 1522, etc., outre plusieurs éditions hébraïques.
17h (environ) Fin de la visite.

Pour le retour, les horaires de la soirée sont donnés ci-dessous (ss toute réserve):
17h15 (18h23), 18h11 (19h20), 19h10 (20h20), 19h43 (21h20) (TER), 20h40 (22h08) (TER), 22h (23h17) (TER).

Le nombre de places étant limité, on est prié de s’inscrire, notamment pour réserver le déjeuner, jusqu’au lundi 7 juin et par téléphone auprès de : Mme Martine Grelot, I.H.M.C., 01 44 32 31 52 (et : martine.grelot@ens.fr).

Une visite d’Amiens devrait évidemment inclure la cathédrale Notre-Dame, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco ; le Musée de Picardie, remarquable pour ses collections anciennes d’archéologie, d’ivoires, de sculptures et de peintures ; la Maison Jules Verne, qui conserve intact le cadre de vie de l’écrivain. Toujours en ville, la vallée de la Somme est célèbre pour l’ancien quartier Saint-Leu et pour les hortillonnages. L’abbaye de Corbie, fondée au VIIe siècle, était située sur la Somme, à une quinzaine de kilomètres à l’est d’Amiens.

Informations complémentaires
Office de tourisme : http://www.amiens-tourisme.com/
Bibliothèque d’Amiens : http://www.bm-amiens.fr/AMIENS/Accueil.asp
Cathédrale d’Amiens : http://www.u-picardie.fr/Cathedrale/visite.html
Bus d’Amiens : http://www.ametis.fr/

Quelques clichés sur Amiens (photos F. Barbier) :
http://picasaweb.google.com/112490136752855584753/Amiens#

vendredi 28 mai 2010

Conférence d'histoire du livre


École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

La prochaine conférence aura lieu le lundi 31 mai 2010
Corporations du livre, vie des ateliers et main d’œuvre typographique sous l’Ancien Régime (4)
par
Monsieur Jean Dominique Mellot,
conservateur en chef à la Bibliothèque nationale de France

La conférence d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, en Sorbonne, de 16h à 18h (escalier E, 1er étage, Salle Gaston Paris).
La conférence est ouverte aux étudiants et auditeurs inscrits à l'EPHE

mardi 25 mai 2010

Bibliothèques et gestion administrative

La presse quotidienne régionale aussi traite parfois de problèmes relatifs aux bibliothèques. C'est ainsi que la Nouvelle République du samedi 22 mai 2010 nous propose (p. 13) un article de Laurence Texier consacré au 56e congrès de l’Association des bibliothécaires français (ABF), qui s’est tenu à Tours la semaine dernière. L’ordre du jour portait sur les rapports entre les bibliothèques et l'argent : sont intervenus notamment Didier Guilbaud, directeur du livre et de la lecture publique de Touraine, Régis Rech, directeur de la Bibliothèque municipale de Tours, et Patrick Bourdy, conseiller général en charge de la Culture.
Les bibliothèques créent de la richesse, mais celle-ci n’apparaît dans les bilans comptables que de manière marginale. L’investissement consenti pour sa bibliothèque par une collectivité comme une ville ou une institution d'enseignement, doit être évalué en fonction de multiples retombées : service de lecture publique, infrastructure disponible pour l’étude et la recherche, image et attractivité, animations, rencontres, etc.
Selon la définition de Patrick Bazin, la bibliothèque fonctionne, aujourd’hui comme hier, comme un « espace public de la connaissance » : sa vocation est de rassembler et d’organiser les documents (imprimés, numériques, multimédias, bases de données, etc.) pour les mettre à disposition de tous, en répondant à toutes sortes d’attentes et aux demandes les plus diverses. Une étude récente prouve que la qualité de la formation scolaire est directement créatrice de richesses pour la collectivité : la bibliothèque se place précisément dans cette même logique.
Mais l’idée, banale chez certains gestionnaires, selon laquelle un service doit être payant pour être considéré (selon l’adage bien connu, « ce qui est gratuit n’a pas de valeur ») est une idée fausse : quel que soit le montant des abonnements, ceux-ci ne balanceront jamais de manière significative les dépenses engagées pour la bibliothèque, et les dommages collatéraux entraînés par la « mise à niveau » des tarifs peuvent être bien supérieurs au bénéfice comptable trompeur qui en découlera… peut-être.
Or, le même numéro de  la Nouvelle République revient incidemment (p. 17) sur la question du service rendu par la bibliothèque. L’article de Delphine Courtier s’intitule : « Le samedi à la bibliothèque, la place est comptée ! » Et d’expliquer : « Période d’examens oblige, les bibliothèques sont bondées. Le samedi, c’est presque mission impossible de trouver une place à la bibliothèque centrale » [de Tours]. Car le premier service rendu par une bibliothèque, c’est son accessibilité : l’insuffisance des places de lecture et l’étroitesse des horaires d’ouverture peuvent en effet constituer des obstacles au bon fonctionnement du service.
Nous ne sommes plus de longue date à l’époque où les bibliothèques municipales étaient en France fermées le lundi, mais ouvertes le reste de la semaine, matin et après-midi, et souvent jusqu’à 19h. Nous ne sommes plus à l’époque où Henri-Jean Martin rapportait aux étudiants que nous étudions son expérience de directeur de la Bibliothèque de Lyon : la salle de lecture y était ouverte le dimanche matin et le directeur y passait régulièrement ce jour-là, parce que c’était le moment où il pouvait rencontrer certains lecteurs, s’informer des travaux des uns et des autres, éventuellement donner des conseils d’orientation dans les fonds et nouer des collaborations.
Nous ne sommes plus non plus à l’époque encore plus lointaine où, à Charlemagne, dans les dernières années avant le baccalauréat, le jeune lycéen que j’étais pouvait traverser la Seine et s’inscrire à la Bibliothèque Sainte-Geneviève pour y travailler et y préparer ses exposés. Aujourd’hui, tous ceux qui passent place du Panthéon y remarquent la file des étudiants attendant qu’une place se libère dans la grande salle de lecture pour pouvoir enfin travailler (ne parlons pas d'y accueillir des lycéens!). Qu’une ville universitaire comme Paris, qui constituerait globalement le plus gros campus du monde et qui dispose de ressources inestimables en matière de bibliothèques publiques, ne soit pas en mesure de fournir des conditions de travail normales aux étudiants qui le souhaitent et qui ont payé pour cela, en dit long sur les insuffisances de notre organisation, et sur les coûts qui en dérivent pour toute la collectivité.
Inversement, une certaine intégration est facteur d’enrichissement, d’efficacité et d’économies bien réelles. À Tours, la Bibliothèque universitaire des Lettres est située dans le centre de la ville, mais, nous dit  Delphine Coutier, elle est fermée le samedi après-midi et pendant une partie des vacances scolaires. À quelques centaines de mètres à peine, la Bibliothèque municipale rend les mêmes services d’une bibliothèque d’études, mais dans des conditions parfois difficiles. Or, un coup d’œil à l’étranger nous montre que d’autres systèmes fonctionnent. Les bibliothèques allemandes d'étude et de recherche constituent souvent des services communs, ouverts librement aux étudiants et aux lecteurs qui le souhaitent : à la Bibliothèque régionale et universitaire de Dresde, on accède sans même prendre de carte d’inscription (donc gratuitement) aux centaines de milliers de volumes, périodiques, CD, DVD, etc., disponibles en libre accès. Si l’on souhaite travailler sur les collections conservées en magasin, à la Réserve, etc., ou encore emprunter, une carte de lecteur sera nécessaire, mais elle est elle aussi gratuite. Les places sont en nombre suffisant, malgré le succès de la nouvelle Bibliothèque, et les salles sont ouvertes de 8h à minuit en semaine, et à 18h le dimanche.

Robert Barro, Jong-Wha Lee, « A new data set of educational attainment in the world, 1950-2010 », NBER working paper, 15 902, avril 2010.
Bibliothèque de Dresde (SLUB) : http://www.slub-dresden.de/
Cliché: un des magasins en libre accès de la Bibliothèque de Dresde (cliché FB).

jeudi 20 mai 2010

Pentecôte

Le lundi de Pentecôte étant un jour férié, la Conférence d’Histoire et civilisation du livre de l’EPHE n’aura pas lieu le 24 mai 2010. Prochaine séance le 31 mai.
Mais la Pentecôte intéresse aussi l’historien du livre.
Cette très ancienne fête du calendrier juif évolue peu à peu jusqu’à marquer le renouvellement de l’alliance du peuple élu avec Dieu. Sa date est mobile, et son étymologie indique qu’elle vient sept semaines après Pâques. Son importance est évidente par exemple lorsque l’apôtre Paul écourte son périple en Asie mineure pour être présent à Jérusalem à cette occasion (Actes XX, 16).
Dans le Nouveau Testament, la Pentecôte est investie d’une signification nouvelle : il s’agit du jour où se réalise la promesse du Christ d’envoyer après sa mort l’Esprit Saint à ses disciples. Les manifestations de l’événement sont spectaculaires (Actes II, 1-13), que les artistes illustrant le thème rendent le plus souvent en représentant les langues de feu qui descendent sur la tête des apôtres. Parfois aussi, la venue du Saint Esprit est symbolisée par une colombe, comme dans ce Missel à l’usage de Saint-Amand copié et enluminé au tout début du XVe siècle (cf cliché : Bibl. municipale de Valenciennes, ms 118).  Après avoir été visités du Saint Esprit, les disciples parlent chacun des langues différentes, ce qui leur permet de s’adresser à tous les peuples.
La fête chrétienne referme ainsi de manière symbolique l’épisode de l’Ancien Testament concluant la Genèse : les descendants de Noé ont entrepris la construction d’une ville et d’une tour, quand Dieu confond leur langage « afin qu’ils n’entendent plus la langue les uns des autres » (Gen. XI, 7) (cf cliché : la Tour de Babel dans la Bible allemande de Koberger, Nuremberg, 1483). La descente de l’Esprit Saint rétablit l’unité pour tous ceux qui ont la foi : les conséquences de la Pentecôte intéressent de fait l’histoire universelle, puisque le rapport à Dieu n’est désormais plus réservé au seul peuple élu, mais qu’il s’ouvre à toutes les nations. Rien de surprenant si la Pentecôte marque une date majeure du calendrier chrétien : chez les Protestants par exemple, la Cène n’était à l’origine célébrée qu’à quatre reprises dans l’année, dont une fois à la Pentecôte.
Le peuple de Dieu sera universel: de la Pentecôte naissent l’épopée des missions et une partie de la problématique moderne des langues. Ainsi, l’invention de l’imprimerie par Gutenberg sera-t-elle analysée comme un prolongement de la Pentecôte : grâce à la nouvelle technique, il sera encore plus facile d’annoncer la Bonne Nouvelle à chacun dans sa propre langue, et la diffusion des livres est comparée à la dispersion des apôtres partis accomplir leur œuvre d’évangélisation. Lefèvre d’Étaples publie à Paris en 1509 un Pasutier en cinq langues, et la première Bible polyglotte est entreprise sous l’égide du cardinal Cisneros à Alcalà à partir de 1514.
Mais c’est la Réforme qui encourage le plus vivement le travail philologique sur le texte et sur la traduction des Écritures. Un siècle plus tard, la Contre-Réforme entreprend de répondre à cette vague d’érudition. À Rome, la Congrégation De Propaganda fide dispose d’une Tipografia poliglotta  à partir de 1626, dont l'appellation dit assez le programme. La Tipografia est célèbre pour sa richesse en fontes typographiques (latin, grec et hébreu, mais aussi arménien, éthiopien, arabe, copte, japonais, etc., et jusqu’au tibétain), qui témoigne éloquemment de la volonté de l’Église catholique de développer désormais partout son activité missionnaire.
Bien sûr, on pourra s’amuser de ce qu’une république laïque commémore la Pentecôte, dont la majorité de nos concitoyens ont probablement oublié la signification. Il est vrai qu’elle la commémore surtout… le lendemain de la Pentecôte.

Note bibliogr. : Jean Céard, « De Babel à la Pentecôte : la transformation du mythe de la confusion des langues au XVIe siècle », dans Bibliothèque d’humanisme et Renaissance, 1981, t. XLII. Giuseppe Della Torre, « La tipografia poliglotta De propaganda fide », dans Studi e ricerche sull’oriente cristiano, 14, 1991, p. 173-211. « La tipografia poliglotta De propaganda fide. Il declino dell istituzione », ibid., 17, 1994, p. 3-28.

mardi 18 mai 2010

Les langues en Bohème au XVIIIe siècle


Vendredi 21 mai 2010, 14h-16h
Cinquième séance du séminaire « Langues, livres, lecteurs
 »

Diffusion du livre français et pratiques linguistiques
dans la monarchie des Habsbourg au XVIIIe siècle
par
Madame Claire Madl (CeFres, Prague)

La diffusion du livre français au XVIIIe siècle est un phénomène aussi généralement connu que difficile à appréhender dans le détail. Dans la monarchie des Habsbourg, il doit être étudié au sein de pratiques plurilingues aux caractères spécifiques.
Dans un premier temps, il s’agira de définir et de caractériser la place du livre français dans les lectures des habitants des pays tchèques, d’évaluer les canaux d’approvisionnement en livres français et de dégager les différentes représentations attribuées aux langues en présence, en particulier le français. Les sources utilisées sont les inventaires de bibliothèques, bourgeoises ou nobles et les catalogues de libraires, mais aussi un certain nombre de témoignages explicites dont nous disposons sur la question de la langue.
Il est ensuite possible d’examiner la façon dont les individus usent de ces représentations dominantes, qu’ils s’y soumettent ou qu’ils les déjouent, pour donner à leurs écrits un caractère particulier dans lequel se lit la valeur qu’ils souhaitent accorder à la relation sociale établie par ce biais.

Le séminaire se tient dans la salle de réunion de l'Institut d'histoire moderne et contemporaine,
École normale supérieure, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris (01 44 32 31 52).
Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Informations sur le séminaire:
http://www.ihmc.ens.fr/Langues-livres-lecteurs-le.html
(Cliché: la vieille ville de Prague, vue prise depuis le Pont Charles. Cliché FB).

lundi 17 mai 2010

"Livres de large circulation"

Libri per tutti. Generi editoriali di larga circolazione tra antico regime et età contemporanea, éd. Lodovica Braida, Mario Infelise,
Torino [Turin], Utet Libreria, 2010,
VII-359 p., ill., index (pas d'ISBN?). 


Table:
« Libri per tutti » (Mario Infelise). 
1ère partie : « Tra oralità e scrittura ».
« I libri di cavalleria » (Marina Roggero); « “Scritti da  essercitare” : diffusione e usi dei libri di magia
in età moderna » (Federico Barbierato) ; « Voci tra le carte : libri di canzoni, leggere per cantare » (Tiziana Plebani).
2e partie : « Letture religiose ».
« L’“Arsenal devoto” : libri e letture religiose nell’età moderna » (Mario Rosa) ; « “Emuliamo i perversi”. Una strategia éditoriale cattolica nell’Italia dell’Ottocento » (Roberto Rusconi) ; « La battaglia degli almanacchi. Protestanti e cattolici nell’Italia libérale » (Maria Iolanda Palazzolo).
3e partie : « Nuove strategie e nuovi lettori ».
« La lettura romanzesca e la gran norma dell’interesse » (Giovanna Rosa) ; « “Popolo leggi !” : libri illustrati di largo consumo tra Otto e Novecento » (Giorgio Bacci) ; « “Scienza per tutti” » (Paola Govoni).
4e partie : « Libri per ragazzi e per la scuola ».
« Il libro di scuola tra editoria e pedagogia dell’Ottocento » (Giorgio Chiosso) ; « Editora “piccina” ? Libri per l’infanzia tra XIX e XX secolo » (Pino Boero) ; « Editoria scolastica e mercato librario nell’Italia del Novecento » (Monica Galfré).
5e partie : « La forma della distribuzione ».
« Molti libri, quanti lettori ? Le nuove vie della distribuzione » (Gabriele Turi) ; « La “Libreria della gente” : l’editoria di Demetra » (Aldo Cecconi).
6e partie : « I “Libri per tutti” nella storiografia ».
« Volksliteratur, Trivialliteratur, Kolportageliteratur : concettualizzazioni e prospettive comparatiste nella letteratura di larga circolazione (in Germania e in Francia) » (Hans-Jürgen Lüsebrink) ; « Testi di larga circolazione in Spagna tra antico regime ed età contemporanea » (Antonio Castillo Gómez) ; « Prodotti editoriali di larga circolazione : la via francese » (Jean-Yves Mollier) ; « Gli studi italiana sui “libri per tutti“ in antico regime. Tra storia sociale, storia del libro e storia della censura » (Lodovica Braida).
Voir aussi: http://milano.unicatt.it/events_3576.html
Voir aussi le billet publié à la date du 30 août.

jeudi 13 mai 2010

Conférence d'histoire du livre


École pratique des hautes études
(Section des Sciences historiques et philologiques)
 
Conférence d’Histoire et civilisation du livre
Année 2009-2010

La prochaine conférence aura lieu le
lundi 17 mai 2010:
«L'une des meilleures bibliothèques du royaume:
la bibliothèque de Saint-Vincent du Mans au XVIIIe siècle»,
par
M. Didier Travier,
conservateur des fonds patrimoniaux
de la Bibliothèque du Mans (Médiathèque Louis Aragon).

Sauf indication contraire, les conférences ont lieu à l’EPHE, en Sorbonne, escalier E, 1er étage.
Elles sont ouvertes aux étudiants et auditeurs inscrits à l’EPHE.

Clichés: 1) La bibliothèque de Saint-Vincent du Mans (Médiathèque Louis Aragon). 2) Monsieur Travier reçoit les participants à la séance foraine de la Conférence d'Histoire et civilisation du livre qui s'est tenue au Mans en 2009 (clichés FB).

mardi 11 mai 2010

Du nouveau sur Charles Nodier

L’exposition «Sous les aigles napoléoniennes: bicentenaire des provinces illyriennes» a été présentée à Ljubljana (Musée national de Slovénie) jusqu'au 25 avril dernier. Elle est ouverte Paris (Musée de l'Armée) du 12 mai à la fin octobre 2010. En outre, un colloque organisé par l'Institut Napoléon sur «Les provinces illyriennes dans l'Europe napoléonienne» se déroulera les 20 et 21 mai au Musée de l'Armée (programme: http://www.institut-napoleon.org/agenda/cadre3.htm).
Le catalogue publié à cette occasion intéresse aussi les historiens du livre, et particulièrement les Français. Notre collègue Anja Dular y publie en effet trois articles:
1) Une étude sur l’histoire des bibliothèques ayant existé sur le territoire de la Carniole (actuelle Slovénie) jusque dans la première moitié du XIXe siècle.
2) Une étude consacrée à Charles Nodier. En effet, Nodier devient, en 1812, bibliothécaire et surtout rédacteur en chef du nouveau Télégraphe officiel publié par l’administration des Provinces illyriennes. Il donne à ce titre un renom certain, mais le repli, puis la désagrégation du Grand Empire napoléonien entraîne la disparition du titre, dont la dernière livraison sort en septembre 1813 à Trieste. De retour à Paris, Nodier publiera pourtant plusieurs textes inspirés de son séjour en Illyrie, notamment le roman de Jean Zbogar, plus tard traduit en slovène (1886). Cet article de Madame Dular est tout particulièrement intéressant pour la recherche française, qui jusqu’à présent n’avait pas les moyens de mieux connaître les conditions du séjour de Nodier dans les pays slaves du sud.
3) Un article récapitulatif sur «L’imprimerie et le commerce des livres» en Carniole, notamment au XVIIIe siècle et au début du XIXe.
Les textes sont publiés en slovène et en français, avec un résumé en anglais.
Rappelons que Madame Dular a déjà publié dans Histoire et civilisation du livre. Revue internationale (Genève, Librairie Droz) plusieurs études sur l’histoire du livre dans la Slovénie actuelle: « Le commerce des livres en Carniole (XVIe- début du XIXe siècle)» (III, 2007) et «Sprachen in Büchern und Bücher in Sprachen auf slowenischem Gebiet» (V, 2010)
(Communiqué par Anja Dular et Jacques-Olivier Boudon).
Cliché: détail d'une carte de l'Europe, 1789. La Slovénie (all. Krain) est au cœur d'un espace très complexe touchant aux pays italiens, allemands et slaves. Contrairement à la Croatie (capitale Zagreb, alld Agram) rattachée au royaume de Hongrie, la Slovénie dépend de Vienne. La carte situe notamment la capitale de Ljubljana (all. Laibach) et les villes de Cilley (auj. Celje, Slovénie) et de Zeng (auj. Senj, Croatie). Plus loin, Wien (Vienne), Presburg (Bratislava) et Ofen (désignation allde de Pest). Napoléon fait passer la côte illyrienne sous administration française pour renforcer le blocus continental contre l'Angleterre.

samedi 8 mai 2010

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études
(Section des Sciences historiques et philologiques)
Conférence d’Histoire et civilisation du livre

Année 2009-2010

La prochaine conférence aura lieu le
lundi 10 mai 2010:
«Introduction à l'histoire des bibliothèques
en Occident»,
par M. Frédéric Barbier, directeur d’études

Sauf indication contraire, les conférences ont lieu à l’EPHE, en Sorbonne, escalier E, 1er étage.
Elles sont ouvertes aux étudiants et auditeurs inscrits à l’EPHE.

Ci-contre: hall de la Bibliothèque municipale centrale de Toulouse (cliché FB)

vendredi 7 mai 2010

Rendez les livres empruntés ! Rex Libris, "un héros de notre temps"

Il y a quelques semaines, rangeant ce que j’appelle mon «bureau-cabine» de la rue d’Ulm (ceux qui connaissent les lieux comprennent aussitôt le sens de cette désignation), je décidai de faire le vide dans des tas de papiers empilés sur les étagères. Et là, surprise, au milieu des dossiers, un livre, emprunté à une bibliothèque (très recommandable, mais que l’on m’excusera de ne pas nommer plus précisément) …il y a plusieurs années, et peu à peu oublié par moi. Comme le lendemain je partais quelques jours pour des conférences à l’étranger (les lecteurs de ce blog auront compris que c’était en Hongrie), je le mets de côté pour le restituer à qui de droit dès mon retour.
L’incident me fait ressouvenir d’une série amusante découverte il y a peut-être une dizaine d'années, mais elle aussi enfouie dans les strates de toutes sortes de souvenirs plus récents. Une petite excursion sur la Toile me permet de l'identifier rapidement: il s'agit de Rex Libris, du nom du directeur d'une bibliothèque publique américaine fictive. En tant que membre d'un mystérieux ordre secret, Rex Libris est aussi le dépositaire de la science universelle accumulée depuis la Bibliothèque d'Alexandrie, et l'adversaire résolu des forces de l'obscurité et du mal. Création de James Turner, il défend sa bibliothèque contre toutes sortes d'attaquants (ah, s'il pouvait la défendre contre certaines administrations!), traque les voleurs de livres et s'emploie, en utilisant parfois des moyens spectaculaires, à récupérer les livres empruntés et jamais restitués. La bande dessinée comique joue sur la combinaison entre une profession à l'image convenue et des péripéties directement décalquées du cinéma d'action américain. Dans un autre environnement, la recette fait penser à celle d'Indiana Jones.
Le cliché qui me trottait dans la tête, et que j'avais peut-être vu autrefois en affiche au détour d'une bibliothèque, était celui où Rex Libris, dans la posture impérieuse de l'Oncle Sam, désigne d'un doigt vengeur le lecteur fautif (moi...) en le questionnant: «vous avez RENDU vos livres à la Bibliothèque? Hein, vous les avez rendus?». Que les lecteurs se rassurent, le livre indument et trop longtemps conservé a été cette fois rendu à l’institution trop généreuse qui me l'avais confié!

NB- Rappelons, même si Rex Libris n’y apparaît pas, l’article de Marianne Pernoo, «Images et portraits de bibliothécaires: littérature et cinéma», dans Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, III, 2007, p. 364-378. Sur ce blog, billet du 21 mars 2010 sur «Gutenberg en BD». Et, sur Internet: http://www.jtillustration.com/rex/index.html (d'où est tiré le cliché ci-dessus).

mardi 4 mai 2010

Révolution dans les médias, ou: ce qu’il y a derrière les mots

Le prochain Forum sur le papier électronique (@Paperworld) organisé par Éric Le Ray et EPC@Partners aura lieu à la Cité des sciences et de l’industrie (Paris) les 6 et 7 mai 2010.

Éric Le Ray, docteur de l'École pratique des hautes études (Conférence d'Histoire et civilisation du livre), est un spécialiste de l'histoire de l'innovation dans le domaine du livre et des médias. Il a créé au Canada la société EPC@Partners, qui travaille à la recherche-développement sur les nouveaux médias et sur leurs supports.
Le «papier électronique» constitue probablement l'un des changements techniques majeurs de notre tournant de millénaire, et EPC@Partners organise depuis plusieurs années des manifestations scientifiques et des présentations sur ce thème. Parmi les choix intellectuels les plus porteurs qui sous-tendent cette action figure celui d'articuler le plus étroitement possible la perspective historique, l'analyse de la situation actuelle et la prospective.
La théorie des «Trois révolutions du livre» marque le point de départ de la démarche. Elle a été exposée à l’occasion du colloque de Lyon / Villeurbanne de 1998 (éd. sous la dir. de Frédéric Barbier, Genève, Droz, 2000, 443 p., index, ill.), et a inspiré l’exposition du CNAM en 2002 (éd. sous la dir. d'Alain Mercier, Musée du CNAM et Imprimerie nationale: cf cliché). Après douze ans, il est utile à la fois de revenir sur les acquis scientifiques et de recadrer la problématique de cette théorie, en fonction, notamment, des avancées de la technologie contemporaine.
Du côté positif, mentionnons d’entrée le fait que, avec le comparatisme des «révolutions», la perspective historique s’est imposée comme un impératif pour toute réflexion scientifique sur le livre et sur les médias aujourd’hui. Ce choix épistémologique implique de redéfinir les médias comme désignant globalement non pas simplement les médias dits «de masse» mais, selon la formule de Henri-Jean Martin, «les systèmes sociaux de communication». Autrement dit, à chaque civilisation son faisceau de «médias», et à chaque période un équilibre éventuellement changeant entre ceux-ci.
Sans revenir sur le rôle de l’oralité (envisagée par ex. par Françoise Waquet dans son étude Parler comme un livre, Paris, Albin Michel, 2003), l’historien du livre occidental ne peut qu’observer les mutations du média dominant depuis le XVe siècle: les «nouveaux médias» aujourd’hui, la télévision et la radio il y a peu, la presse périodique de masse au XIXe siècle, les périodiques et les plaquettes au XVIIIe , les imprimés au sens large depuis le XVe.
On ne peut qu’être étonné en constatant par exemple que la controverse dramatique sur le jansénisme est en définitive lancée par la publication d’un énorme traité, qui paraîtrait aujourd’hui bien indigeste (plus de 1000 pages sur deux colonnes en latin…), l’Augustinus, à Louvain en 1640. D’une part, les textes sont indissociables de leurs supports matériels, de l’autre, cette configuration s’articule chaque fois avec une configuration socioculturelle bien déterminée.
Par ailleurs, la recherche apporte des éléments de connaissance sur les logiques et sur les rythmes du changement: la formule des «trois révolutions» présente l’avantage… de la médiatisation, mais elle suppose d’être précisée. La statistique de la production imprimée témoigne de ce qu’il s’est effectivement produit dans le domaine de l'imprimé des changements majeurs d’échelle, des «révolutions», à certaines périodes (par ex. au XVe siècle en Europe). Mais une analyse plus fine de ces phénomènes amène aussi à mieux appréhender leur logique de développement.
En effet, les rythmes propres de l’innovation technologique ne sont pas tout (par ex., le processus de l’invention de Gutenberg). En amont, il est impératif de prendre en compte l’élargissement du marché potentiel (celui de la lecture aux XIVe et XVe siècles) et les différentes voies explorées pour répondre à cet élargissement, avant que le déséquilibre ne devienne trop flagrant. Mais le processus se prolonge en aval: avec un changement technique majeur comme celui des années 1450, c’est toute une branche d’activité nouvelle qui se met en place, en articulation avec l’émergence du marché lui-même nouveau lui correspondant. La typologie de l’innovation, innovation de procédé, puis de produit, puis d’organisation et de «consommation», offre une des voies les plus intéressantes pour développer l’analyse des prolongement de l’invention, et d’un certain nombre de ses conséquences… jusqu’au prochain déséquilibre et à la prochaine «révolution».
Ce sont là différents points sur lesquels les travaux du prochain Forum de Paris devraient permettre d’avancer, dans la perspective propre qui est celle de cette manifestation.
 
Bibliographie indicative
Frédéric Barbier, L’Europe de Gutenberg. L’imprimé et l’invention de la modernité occidentale, Paris, Librairie Belin, 2006, 364 p., ill. («Histoire & société»).
Frédéric Barbier, Catherine Bertho Lavenir, Histoire des médias, de Diderot à Internet, 3e éd., Paris, Armand Colin, 2003 («Collection U»). Ouvrage traduit en chinois, espagnol, grec, hongrois, italien et turc. 4e éd. en préparation.
Jean-Dominique Mellot, «Qu’est-ce qu’un livre? Qu’est-ce que l’histoire du livre?», dans Histoire et civilisation du livre. Revue internationale, 2, 2006, p. 4-18, ill.

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